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L’Etat doit libérer José Bové !

Le parquet de la Cour d’appel de Montpellier examinait mardi 30 août et donnera jeudi sa décision sur la remise en liberté provisoire de José Bové, le responsable de la Coordination paysanne de l’Aveyron, incarcéré depuis le 12 août dernier pour " dégradations en réunion et menaces de destructions ", à la suite du démontage du chantier de construction d’un MacDo à Millau. L’Etat, par l’intermédiaire de la chambre d’accusation de Montpellier, demandait son maintien en détention et beaucoup de militants paysans, écœurés, mettaient en parallèle son incarcération avec l’impunité totale pour les gros agriculteurs qui ont récemment saccagé les bureaux de Dominique Voynet et dont aucun n’a été inquiété. La Coordination paysanne avait appelé à des rassemblements de soutien à Montpellier, Paris et dans d’autres villes de province et plusieurs centaines de personnes et de militants, à l’appel de l’extrême-gauche, des syndicats CGT, Sud, de plusieurs syndicats CFDT, d’associations comme AC !, des Verts, et de plusieurs syndicats agricoles, se sont rassemblées, pour exiger la libération de Bové, arborant des banderoles " libérez José Bové " ou " syndicalistes emprisonnés, démocratie en danger ".

Derrière la Coordination paysanne, syndicat qui représente les petits paysans, en rupture avec la FNSEA, s’exprime depuis plusieurs semaines le ras-le-bol de ces derniers contre la baisse des prix à la production qui les contraint souvent à vendre à perte leur production, et les méfaits de la mondialisation qui se traduit par le diktat des multinationales de la distribution qui imposent aux producteurs des prix toujours plus bas. C’est pour dénoncer cela que la Coordination paysanne a multiplié les actions contre les MacDo, pour protester " contre la mondialisation ".

Le mouvement dénonce les mesures de rétorsion américaines contre certains produits français en réponse au refus de la Communauté européenne d’importer du bœuf aux hormones venant des Etats-Unis.

Dans cette affaire, le ministre de l’agriculture, Glavany, a joué à la fois les hypocrites en déclarant regretter l’incarcération de José Bové mais qu’il ne pouvait intervenir dans une procédure judiciaire, et les démagogues en s’indignant et affirmant sa " colère contre la position américaine ", retournant contre les trusts américains la responsabilité de la ruine des petits paysans français. Mais les multinationales de la distribution, qui étranglent les paysans et les ruinent, ce sont autant les trusts français de l’agro-alimentaire et les grands groupes comme Carrefour et autres Auchan, qui possèdent leurs propres centrales d’achat et qui imposent leurs prix, que les multinationales américaines et les MacDo.

Face à la ruine à laquelle sont réduits des milliers de petits agriculteurs et au monopole des grands groupes, certains dirigeants de la FNSEA réclament " un réel droit de la concurrence, afin d'éviter une situation de monopole qui empêcherait le marché de fonctionner ". Ils dénoncent la fuite en avant de la concentration dans l’agro-alimentaire, à l’image du projet de fusion entre Carrefour et Promodès, les deux géants français de la distribution qui contrôleront s’ils fusionnent, plus du tiers du marché français : " ce nouveau mastodonte, explique un responsable de la FNSEA, qui possède toute la panoplie de distribution de l'hypermarché à la supérette en passant par les hard discounters, ... n'est bon ni pour les consommateurs, qui auront moins de choix et risqueront bientôt de payer plus cher, ni pour les producteurs, qui ne pourront plus négocier leurs prix et seront à la merci du distributeur ".

Ce n’est pas un " réel droit à la concurrence " qui peut briser la loi des monopoles, car c’est cette même concurrence acharnée que se mènent les trusts de l’agro-alimentaire à l’échelle mondiale qui pousse à la concentration et au monopole de groupes toujours plus puissants. Les producteurs ne pourront défendre leurs intérêts qu'en s'alliant aux travailleurs des villes comme à ceux de la distribution pour imposer contre la grande propriété capitaliste leur contrôle, au profit de la collectivité.

Catherine Aulnay

Echo de la fête de quartier du PC aux Aubiers, cité au nord de Bordeaux

Des militants du PC que nous côtoyons chaque semaine en vendant chacun notre presse, nous ont invités à la fête du quartier qu’ils organisaient, et notamment au débat sur la situation aujourd’hui.

L’ambiance était très chaleureuse, et lors du débat qui rassemblait une trentaine de personnes, les discussions étaient très fournies. Après une présentation dénonçant le chômage, la mondialisation, le problème est posé de comment s’organiser aujourd’hui. Des militants sont intervenus pour raconter leur situation qui se dégrade, avec l’absence de couverture sociale, la précarité. Un autre disait que toutes les subventions du gouvernement allaient dans les poches des bourgeois et qu’il fallait leur prendre l’argent.

Nous sommes intervenus pour dire qu’on est confronté aux mêmes problèmes, en disant que le camarade qui avait fait la présentation n’avait pas parlé de la participation des ministres communistes au gouvernement et qu’on avait besoin de dire clairement qu’ils étaient responsables avec tout le gouvernement de la dégradation de notre situation, ce gouvernement étant au service des patrons. Et que se battre contre cette politique anti-ouvrière, ça veut dire se battre contre ce gouvernement. C’est ensemble que nous devons préparer les luttes, militants du PC, de l’extrême-gauche, les jeunes…

Des camarades approuvaient, l'un disant qu’il était content qu’on en parle. Là-dessus, le responsable de la Fédération a dit que ce problème-là est aussi discuté dans le PC. Il a rajouté qu'on pouvait agir en étant au gouvernement, mais à condition que les gens se battent. Alors qu’un camarade demandait dans quelle mesure les ministres communistes influençaient le gouvernement, ce même responsable répondait : " Faut pas se leurrer, sans les luttes, les élus n’obtiennent rien ".

Les discussions se sont poursuivies après le débat, une militante disant qu’il fallait qu’on échange entre nous. Et rendez-vous a été pris ensemble pour faire notre prochaine vente en commun.

14 000 F !

C’est le prix du centimètre pour rallonger le pont du porte-avion " Charles-de-Gaulle ".

On ne peut pas tout prévoir : il manque 4,4 mètres à ce pont, soit 6 millions de francs, pour que certains avions puissent s’y poser.

Pas plus qu’on ne pouvait prévoir que les vitres blindées spéciales de 6 cm d’épaisseur du poste de commandement du navire seraient aussi transparentes… que du papier d’aluminium, et qu’il a donc fallu les changer contre des vitres plus classiques.

Pas plus que les normes européennes en matière nucléaire changeraient et donc qu’il faut reconcevoir les blindages autour des moteurs nucléaires de ce bateau.

Il n’a pas encore servi, mais il va falloir aussi changer les tuyauteries qui se sont usées durant tout le temps de la construction.

Commencé en 1987, le joyau de la flotte militaire aura coûté au total plus de 20 milliards de francs, 16 % de plus que prévu.

Ce n’est visiblement pas un problème pour l’Etat, puisque l’armée veut en commander un deuxième du même type, pour être utilisé pendant les périodes de révision du premier. Coût annoncé : 15 milliards.

20 milliards plus 15 milliards, les constructeurs de la navale peuvent se frotter les mains.

Fusion Carrefour-Promodès : la concentration des géants de la distribution pour mieux prendre en otage petits producteurs et consommateurs

Carrefour et Promodès viennent d’annoncer leur prochaine fusion à travers une " OPE amicale " qui vise à constituer le deuxième groupe mondial de distribution, derrière le géant américain Wal-Mart. Le nouvel ensemble qui gardera le nom Carrefour sera le premier groupe privé français, tous secteurs confondus, avec un chiffre d’affaires pour 1998 de 355 milliards de francs, une capitalisation boursière de 321 milliards de francs. Il emploiera 240 000 personnes (dont 110 000 en France) dans 9 000 magasins répartis dans 26 pays.

Cette nouvelle concentration fait suite à deux autres rapprochements intervenus cette année en vue de constituer des supercentrales d’achats : celui de Leclerc et de Système U et celui de Casino et de Cora. Eux-mêmes faisant suite au rachat par Auchan des Docks de France (Mammouth).

Sur les 20 principaux groupes de distribution mondiaux, cinq sont français : Intermarché, Carrefour, Promodès, Auchan, Leclerc. Et cette position de monopole a permis en quelques années à leurs principaux actionnaires d’accumuler des profits colossaux. Ainsi selon le classement des Français les plus riches en 1998 de la revue Capital, on trouvait la famille Mulliez (Auchan) en troisième position, les familles Defforey et Fourniers respectivement à la cinquième et onzième place, toutes les deux actionnaires de Carrefour et la famille Halley (Promodès) à la sixième. L’Etat a encouragé le développement de ces grands groupes de la distribution qui en exerçant une pression sur les prix à la production, l’aidait à limiter l’inflation… sur le dos des petits producteurs et des consommateurs qui ne profitent pas de la baisse des prix.

Ces nouvelles concentrations ne font qu’empirer la situation, le nouveau Carrefour comprend les hypermarchés Carrefour, Continent, les supermarchés Champion, Stoc, Shopi et Codec, les supérettes 8 à huit, Comod et les hard-discount Ed l’Epicier.

Le nouveau groupe dont la puissance d’achat doit dépasser les 300 milliards de francs dans le monde espère économiser rapidement 4 milliards de francs de " synergies " entraînées par la fusion. En clair, cela signifie que les fournisseurs grands et petits s’attendent à contribuer largement à ces économies par de nouvelles pressions sur les prix. Les fournisseurs de produits de grande consommation n’auront plus pour vendre leurs produits que cinq interlocuteurs en France dont deux qui concentrent la moitié des achats. Le nouveau Carrefour et Leclerc détiennent 57,9 % du marché des hypermarchés et le nouveau Carrefour et Intermarché représentent 47,9 % de celui des supermarchés. Jamais les grandes centrales d’achats n’ont été dans une telle position de force pour imposer leurs conditions aux producteurs : produire toujours plus, toujours moins cher, même si c’est au prix de la qualité et donc de la santé des consommateurs comme l’ont révélé les affaires récentes des farines à la dioxine ou mélangées à des boues de station d'épuration.

La Bourse ne s’y est pas trompée, le cours des actions des grands groupes de distribution s’est envolé au lendemain de l’annonce de la fusion, + 10 % pour Carrefour alors que les actions d’un industriel de l’agro-alimentaire comme Danone, baissaient de 3 %, les commentateurs prévoyant une baisse de ses marges !

Pour Daniel Bernard, président de Carrefour, qui ne manque pas de cynisme, cette fusion est " une chance formidable pour nos producteurs, nos PME et PMI, comme pour les grands groupes alimentaires français ", " Nos filières agricoles fédèrent 30 000 producteurs et éleveurs qui font de nous le premier partenaire de l’agriculture française, nos partenariats sont nombreux avec les PME, notamment à l’export ". Il est vrai que des industriels de l’agro-alimentaire comme Danone espèrent tirer un avantage à la longue de ces fusions, la politique d’expansion des grandes centrales d’achats leur ouvrant de nouveaux marchés à travers le monde. Et ce sont en réalité les petits producteurs comme les consommateurs qui paieront les conséquences de ces concentrations géantes.

Et justement, cette annonce intervient alors que les petits producteurs multiplient les actions contre la baisse des prix qui les étrangle. Ainsi les producteurs de lait se mobilisent contre la chute des prix à la production de 5,4 centimes par litre et les producteurs de fruits et légumes ont mené une série d’actions " coups de poing " pour protester contre la chute des prix qui entraîne une situation intenable, celle des petits producteurs " payés 50 % en-dessous de leur prix de revient, dont l’existence même est remise en cause ".

Comme le souligne la FNSEA, " toute la crise actuelle tourne autour de la difficulté de négocier avec la grande distribution, elle-même très concentrée à travers les centrales d’achat ", les agriculteurs vont " voir leurs marges totalement confisquées par un groupe qui décidera des prix d’achats en fonction de ses seuls intérêts ". Mais elle en appelle à l’intervention de l’Etat. Or, ce n’est certainement pas l’Etat qui aidera à sortir de cette folle logique de la course aux profits qui étrangle les petits producteurs, car il défend les intérêts des grandes groupes financiers de l’agro-alimentaire et de la distribution. Comme le dit la Confédération paysanne : " Que font les pouvoirs publics ? Ils se félicitent des fusions, pendant que l’OMC favorise la constitution de géants privés et le démantèlement des politiques publiques ". Et c’est justement pour cela que les petits producteurs ont les mêmes intérêts à défendre que l’ensemble du monde du travail, imposer le contrôle de la collectivité sur la production et la distribution des biens de consommations contre les intérêts financiers de quelques actionnaires parasites et de l’Etat à leur service.

Charles Meno