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 Baisse d’impôts : des mesures " ciblées " au bénéfice des patrons et des riches

Le gouvernement a annoncé qu’il procéderait dans le prochain budget à une baisse de 38 milliards de francs d’impôts, " la plus grande baisse d’impôts connue dans notre pays depuis 10 ans " s’est félicité Strauss-Kahn.

Ces mesures ont été prises parce que les rentrées fiscales pour les six premiers mois de l’année ont fait apparaître un excédent de soixante milliards de francs que Strauss-Kahn a voulu minimiser : le gouvernement ne disposerait que d’une vingtaine de milliards, des " marges de manœuvre " " pas faramineuses ".

Les baisses d’impôts : prendre sur les ressources publiques pour faire des cadeaux aux patrons et aux plus riches

La baisse des impôts est le cheval de bataille des politiciens. Chirac, le 14 juillet avait dénoncé les " trop lourdes charges " qui pèsent sur l’économie. Fabius a récemment menacé la gauche d’être battue aux élections " par les impôts et les charges " plus que par la droite. En fait, cette exigence de baisse des impôts, c’est l’exigence de mesures prises en faveur des plus riches.

Les impôts les plus injustes sont les impôts sur la consommation qui frappent de la même manière les riches et les pauvres. La TVA est d’ailleurs l’impôt qui rapporte le plus à l’Etat, deux fois plus que l’impôt sur le revenu. Mais ce n’est pas ce genre d’impôts qui est concerné par les mesures gouvernementales : " il faut baisser les impôts et les charges sur le travail pour donner de l’air à la nouvelle croissance, pour continuer à la rendre créatrice d’emplois " a déclaré Strauss-Kahn.

Cette baisse d’impôts, elle est pratiquée par tous les gouvernements depuis des années : ce sont notamment les exonérations de charges sociales qui ont coûté des dizaines de milliards à la collectivité et permettent aux patrons de faire baisser le coût du travail. D’ailleurs, 15 milliards de baisse d’impôts étaient déjà prévus dans le budget, des mesures directement favorables aux patrons : la disparition de la surtaxe sur les sociétés – 12 milliards – et la baisse de la taxe professionnelle qui a déjà rapporté 5 milliards de francs aux patrons en 99, qui leur rapportera 2 milliards en 2 000 et de 20 à 25 milliards en cinq ans. Mais bien sûr, ce n’est jamais assez : le n°2 du MEDEF, Denis Kessler a chiffré à 450 milliards le montant des baisses d’impôts qu’il estime souhaitable ! 

La baisse de la TVA : une mesure qui fait plaisir aux patrons du Bâtiment et à ceux qui ont les moyens de faire beaucoup de réparations !

Strauss-Kahn a présenté les nouvelles mesures comme un geste de " justice sociale ". Mais baisser la TVA sur les réparations dans les logements de 20,6 % à 5,5 % n’a rien d’une " mesure sociale ". Ceux qui s’en réjouissent le plus, ce sont les patrons du Bâtiment dont le président a déclaré : " c’est une excellente nouvelle, pour laquelle nous militons depuis longtemps. Les clients vont venir vers nous ". Et à l’annonce de la mesure, les actions des entreprises de bricolage, de Bâtiment et même les Ciments Laffarge ont augmenté de 3 à 5 % !

Bien sûr, les propriétaires de logement ne sont pas tous des bourgeois et des capitalistes : bien des salariés, en s’endettant pendant des années, ont pu acquérir leur habitation. Mais ce n’est même pas à eux que cette mesure profitera le plus, mais aux ménages les plus aisés. En effet, il existait une mesure fiscale qui permettait de déduire de ses impôts le montant des réparations faites sur un logement, mais ce montant déductible était plafonné à 40 000 F sur quatre ans pour les gros travaux. Avec la baisse de la TVA, plus de limites : ce sont donc ceux qui font les plus grosses réparations, c’est à dire les plus riches qui bénéficieront le plus de ces mesures fiscales ! Ce sont les mêmes qui bénéficieront de l’autre mesure prise par le gouvernement : la baisse des frais de notaire, - en deux ans, ils ont diminué de moitié - ne profitera qu’à ceux qui ont des biens à vendre et ils en bénéficieront d’autant plus, qu’ils les vendent cher !

Pas question d’embauches ou de hausses de salaires : le gouvernement ne veut pas désespérer le CAC 40 !

Baisser les frais de notaire, donner les moyens aux plus riches de bénéficier de ressources supplémentaires, voilà les mesures que le gouvernement a jugées urgentes. Embaucher du personnel dans les services publics ? Augmenter les minima sociaux ? Augmenter les salaires ? Transformer les CES et emplois-jeunes en emplois fixes et correctement rémunérés ? Il n’en a même pas été question ! Hollande a écarté le problème des minima sociaux d’une pichenette méprisante : il faudra peut être s’en préoccuper " en fin d’année en fonction des recettes fiscales " car ce qui compte, c’est la " réduction des impôts décourageant l’emploi ", c’est-à-dire les cadeaux aux patrons !

Le gouvernement ne veut pas faire la moindre peine aux financiers, actionnaires et boursicoteurs de tout poil pour qui des embauches, la hausse des salaires sont une catastrophe qui nuirait à la valeur de leurs actions puisque c’est de la misère et du chômage qu’il tirent leurs profits. Et le gouvernement n’a fait qu’afficher une fois de plus sa servilité à défendre leurs intérêts !

Cela rend les choses encore plus claires : l’argent existe, le gouvernement ne peut plus le cacher et nous sommes dans notre droit de nous battre pour qu’il soit employé au bénéfice des travailleurs et de la collectivité.

Jean Kersau

Thomson-CSF à l’heure de la mondialisation

Fin juillet, le gouvernement a annoncé sa décision de céder à Alcatel, un des actionnaires privés de Thomson, 10 % supplémentaires du capital de Thomson. Ce qui abaisse la part de l’Etat à environ 34 % dans le capital du groupe électronique.

Cette décision correspond très exactement à ce que réclamaient les dirigeants de ces deux groupes : " elle donnerait à nos partenaires internationaux un signal clair de la volonté de Thomson-CSF de renforcer son caractère privé, et donc son engagement vers une meilleure profitabilité et une croissance plus forte " déclarait D. Ranque, PDG de Thomson, qui avait d'ailleurs annoncé au début de l’année 4 000 suppressions d’emplois afin " d’augmenter la marge opérationnelle de 5 à 7 % du chiffre d’affaires ". Ces licenciements ont aiguisé bien des appétits, et Tchuruk, le PDG d’Alcatel, qui ne cessait de réclamer une part plus importante de son groupe dans le capital de Thomson, s’est fait plus pressant à l’égard du gouvernement et a obtenu ce qu’il voulait : la part d’Alcatel passe de 16 à plus de 25 % du capital de Thomson, sans qu’Alcatel débourse le moindre centime, puisque le groupe a échangé avec l’Etat ses parts de Framatome moins profitables contre les actions Thomson !

Le groupe a aussi une " stratégie multidomestique " de conquête des marchés internationaux. En clair, il cherche à être implanté partout où il y a des marchés à prendre. Ainsi Thomson et son allié australien Transfield viennent d’être choisis par le gouvernement australien comme repreneurs des anciens arsenaux public : " le budget australien de la défense n’est pas négligeable. Estimé à 20 milliards de francs, il est équivalent à celui de l’Italie " a déclaré le PDG de Thomson. En plus, c’est une base pour se tailler des parts sur le marché asiatique.

Quelques jours auparavant, Thomson annonçait que sa collaboration avec Raytheon, n°3 de l’aéronautique de défense américain, lui a permis de remporter un contrat avec l’OTAN pour le système de commandement aérien en Europe qui n’aurait pas donné satisfaction dans la guerre contre l’ex-Yougoslavie, un contrat de 20 milliards de francs.

A l’heure de la mondialisation, tous les capitalistes parlent de libéralisation, réclament la privatisation des secteurs publics rentables comme l’armement. L’exemple de Thomson montre que loin de disparaître, le rôle de l’Etat reste très important. Mais il change de forme : maintenant, les Etats doivent faciliter les choses pour les groupes financiers, lever les obstacles qui les handicapent dans la guerre économique qu’ils se livrent. Mais surtout, grâce aux alliances internationales qu’ils nouent, les groupes comme Thomson-CSF ne bénéficient plus seulement de la protection de leur Etat national, mais ils peuvent aussi compter sur l’aide des Etats nationaux des groupes avec lesquels ils sont alliés.

Isabelle Cazeaux

La politique de restrictions du gouvernement appliquée dans les Caisses d’allocations familiales

Le versement de l’Allocation de Rentrée Scolaire vient se rajouter au travail des employés de la CAF, complètement débordés en ce moment. Dans la région parisienne en particulier, des allocations logements, parent isolé ou RMI n’ont pas été payées depuis le mois de juillet. Il y a des milliers de dossiers en retard, le courrier est bloqué depuis deux mois dans les CAF de Seine Saint-Denis et du Val de Marne, les allocataires qui viennent aux nouvelles sont filtrés par des vigiles avant de pouvoir accéder aux tickets qui leur donneront le droit d’attendre 4 à 6 heures. On imagine les tensions ainsi créées qui explosent, allant parfois jusqu’à l’agression physique des employés par des gens en situation désespérée.

La direction justifie cette situation par la mise en place d’un nouveau système informatique, mais les salariés savent bien que le problème est ailleurs. Comme dans tous les services publics, la direction appliquant la politique gouvernementale a décrété qu’il y a sureffectif de personnel. Alors les départs en retraite ne sont pas remplacés, résultat 2 000 emplois en moins en 10 ans, au moment où le travail ne cesse d’augmenter, comme le montrent les chiffres publiés par la direction : de 1994 à 1998, le nombre des allocataires a augmenté de près de 30 %, ce qui s’est traduit par une hausse de 42 % du courrier, 114 % de communications téléphoniques et près de 50 % de personnes en plus qui viennent aux guichets des CAF.

Les employés se retrouvent donc à traiter les situations dramatiques d’allocataires comme des dossiers anonymes, déshumanisés. La direction a en effet tout calculé, un militant syndical raconte : " on demande aux employés de traiter 60 courriers par jour, de répondre en 3 minutes au téléphone ". Les employés doivent répondre strictement aux problèmes qui leur sont posés et surtout ne pas informer les allocataires de leurs droits, " pas question par exemple, de signaler à cette femme enceinte qu’elle a droit, en plus de l’allocation prénatale, à l’allocation logement ". Grâce à cette politique de suppressions d’emplois et d’économies sur le dos des allocataires, la direction de la CAF peut ainsi déclarer que les caisses sont excédentaires. Pour préparer de futures baisses de charges patronales, cadeau du gouvernement Jospin aux patrons ?

BNP-Paribas : le dénouement !

La saga de la fusion BNP – Société Générale – Paribas, qui tient en haleine le monde de la finance depuis fin janvier, vient de se clore sur une décision de Trichet, gouverneur de la Banque de France.

On savait déjà que la BNP deviendrait propriétaire de Paribas, à la place de la SG qui la convoitait. Mais Paribas, pas rancunière, après avoir été l’ennemie jurée de la BNP pendant six mois, a déclaré par la bouche d’un de ses dirigeants : « dans la banque, c’est comme au rugby… on devient copains à la troisième mi-temps ».

Le dernier suspens portait sur la SG. La BNP, avec ses 37 % de titres, allait-elle en prendre le contrôle et réussir son projet de fusion à trois ?

Finalement, Trichet a donné raison aux « marchés », c’est-à-dire aux actionnaires. Il a simplement entériné que la majorité d’entre eux n’avaient pas apporté leurs titres SG à la BNP. Avec 37 % des actions, la BNP devenait le premier actionnaire de la SG, mais n’avait pas les 50 % nécessaires pour prendre la direction de la banque et imposer son projet aux autres actionnaires hostiles à la fusion. Pébereau, PDG de la BNP, devra donc se contenter de Paribas.

Toute la presse économique se satisfait de la décision de Trichet. Le gouvernement Jospin reçoit aussi des bons points pour n’avoir pas exercé cette « pression politique », comme dans le Wall Street Journal qui déclare que « le verdict final est une victoire des forces du marché sur les efforts visant à imposer un compromis maladroit pour créer un champion français au nom de l’intérêt national ».

Pour Jospin et Trichet, « l’Etat doit être un régulateur… il ne peut se substituer aux autres acteurs » comme l’a déclaré Jospin à La Rochelle. Ce sont les actionnaires qui décident, eux sont à leur service.

Alors, les « forces du marché » sont heureuses… car après six mois de bataille boursière, les choses sérieuses vont pouvoir commencer, celles que tous les actionnaires attendent : les économies et les réductions des effectifs. Pébereau avait annoncé que la BNP avait pour objectif 4 milliards d’économie, il déclare aujourd’hui : « nous allons voir si nous pouvons dépasser cette ambition ».

Les seuls qui fulminent contre la décision de Trichet, ce sont les « souverainistes », ces politiciens qui se drapent d’un nationalisme prétendument social.

Un « véritable attentat contre l’intérêt national » ! « le patriotisme économique manque complètement à nos élites dirigeantes » ! « les décisions prises sont à l’envers des nationalisations effectuées par le général de Gaulle à la Libération » ! pour ne reprendre que quelques extraits de la logorrhée de Chevènement, presque sur le point d’entrer en résistance, s’il n’y avait ce portefeuille ministériel. Brard, un député du groupe PC, plus sobrement, déclarait de son côté craindre que la SG soit rachetée par un « prédateur étranger » !

Chevènement se fait l’apôtre de la concentration financière et des fusions pour « l’intérêt national ». Une démonstration claire que derrière le chauvin populiste, c’est toujours l’intérêt du bourgeois qui se cache.

F. C.