échos de la rentrée



 L'égalité des chances ", un mythe pour la propagande gouvernementale

Allègre et Royal n’avaient pas lésiné sur les moyens pour réussir leur rentrée. Les recteurs et les inspecteurs généraux étaient tenus de descendre pour une fois dans l’année sur le terrain, les proviseurs et directeurs d’école avaient pour consigne d’occuper pendant deux jours et demi de " pré-rentrée " les enseignants de leurs établissements, les professeurs et les instituteurs avaient été chapitrés par une brochure qui leur avait personnellement été adressée pendant l’été. Quant aux élèves et à leurs parents, il s’agissait de les assommer d’entrée sous une avalanche de livrets, dépliants, extraits de règlements, formulaires et agendas. Toute la machine de l’Education nationale était mobilisée pour montrer à tous que l’Ecole de l’an 2000 était en ordre de marche derrière ses généraux. Allègre avait martelé l'ordre du jour à tous les micros qui se tendaient : " Les réformes, on les fait. Il y a eu des oppositions, mais on les fait. La réforme du lycée est passée, la réforme du collège qu'a fait Ségolène Royal est passée, l'introduction des nouvelles technologies est passée...".

Mais entre les discours de ministres et la réalité vécue par 12 millions d’élèves et 1,3 million de salariés de l’Education nationale, il y a un monde.

D’abord, dans la plupart des régions, on a compté par dizaines les établissements, surtout dans le primaire, où parents et instituteurs se sont mobilisés pour exiger la réouverture de classes fermées et l’admission des enfants de 2 ans. Dans toutes les régions aussi, des exemples aberrants de classes sans profs, ou de profs sans classes ont été signalés. Le cas, peut-être même pas extrême, du LEP Jean Pierre Timbaud à Aubervilliers (Seine-Saint- Denis) où il manquait 26 enseignants sur 91 n’est absolument pas isolé. Dans une grande partie des collèges, des LEP ou des lycées, il manque des professeurs, des surveillants, des personnels techniques.

Il ne s’agit pas là de " couacs " isolés ou de dysfonctionnements d’une machine trop lourde. C’est le résultat d’une politique délibérée de restriction budgétaire. Partout, les rectorats et les établissements ont eu la consigne de rogner au maximum, on a supprimé des classes, surchargé les autres, multiplié les heures supplémentaires pour comprimer le nombre de postes. Même là où, selon les discours officiels, le ministère fait un effort particulier. Ainsi, au collège Charcot d’Oissel (Seine-Mariti-me) qui vient d’être déclaré " Zone d’Education Prioritaire ", on a supprimé une classe de 6ème augmentant ainsi les effectifs de toutes les autres. Et il y manque plusieurs postes. Du coup, les personnels et les parents d’élèves se sont chargés de bien recevoir la brochette de recteur, inspecteurs et autres députés qui étaient venus fièrement et intelligemment visiter justement ce collège-là le jour de la rentrée !

Fabrice Isidro

Ecole Camille Maumey, Cenon-33 rentrée scolaire, jour de colère !

A Cenon, dans la banlieue bordelaise, trois écoles ont été occupées le 2 septembre, jour de la rentrée. Quatre suppressions de classes étaient annoncées depuis la fin de l’année scolaire, l’une étant compensée par la création d’une classe d’adaptation. Selon l’Inspection académique, la baisse d’effectifs sur la base des prévisions de fin 98 justifiait ces mesures.

Nous ne partagions pas cet avis et nous avions réagi dès l’annonce de cette mesure. D’abord avec la FCPE (Fédération de conseil de parents d’élèves), nous avons organisé une marche de protestation qui a rassemblé de nombreux parents des écoles concernées. Ce même jour, une pétition était décidée : en un peu plus d’un mois, 1600 signatures ont été recueillies et remises en mains propres à l’Inspecteur d’Académie au cours d’une réunion le 5 juin, où il nous a considérés comme des imbéciles qui ne connaissent rien et ne comprennent rien, le maire et son adjointe ayant droit au même traitement que nous !

Un compte-rendu de cette réu-nion avait été distribué à tous les parents de la maternelle et du primaire de C. Maumey, accompagné d’un appel à la mobilisation pour le jour de la rentrée. Tout le secteur géographique dont l’école dépend a été couvert par des groupes de parents chargés de distribuer des tracts et de coller des affiches appelant à une plus large mobilisation, à savoir les grands-parents, les amis du quartier, les commerçants, associations, etc… Les médias ont également été prévenus.

Le 2 septembre, nous étions 90 personnes à 9 heures, affichant fièrement nos banderoles, " école en colère ", " école occupée ", " non aux suppressions ". Les télés s’en sont données à cœur joie et les micros interviewaient à qui mieux mieux.

Espérant un épuisement de la mobilisation, l’Inspecteur de circonscription n’arriva qu’à 11 h 45. Nous étions une cinquantaine pour l’accueillir : nous avions décidé de le questionner et de lui montrer notre détermination. Après le comptage des enfants (obligatoire en cas de fermeture), il essaya de s’en aller en force, nous l’avons retenu et amené pour s’expliquer dans la salle de classe, vide pour cause de fermeture ! L’Inspecteur a exigé que les médias ne participent pas à la rencontre mais, à son insu, une journaliste a réussi à se faufiler dans la pièce et le résumé était dans le journal Sud Ouest, le lendemain matin ! Tout le monde a donc pu savoir qu’après avoir écouté les propos " rassurants " de l’Inspecteur sur la probabilité d’une réouverture, loin d'être dupes, nous avons voté pour décider si nous gardions l'Inspecteur le temps d'avoir une réponse définitive. La majorité s'est exprimée pour le laisser partir (23 contre 19). Il nous avait annoncé une réponse pour 15 heures, nous l'avons eue le lendemain à 11 heures du matin. Entre-temps, l'attente a été longue, nous occupions toujours l'école en compagnie du maire de la commune qui a harcelé l'Inspection académique au téléphone tout l'après-midi. Cette technique s'est avérée payante puisque, après avoir désespéré d'avoir une réponse dans la journée, l'Inspecteur a enfin donné de ses nouvelles à 19 h 30. Il avait été très occupé ce jour, puisqu'Allègre était à Bordeaux et bien entendu, tout ce beau monde était invité à se joindre aux festivités. Il a annoncé par téléphone qu'il était prêt à rouvrir la classe, à condition que les parents cessent d'occuper l'école. Nous avons donc décidé de nous retrouver à 9 heures le lendemain devant l'école et non plus dedans, mais cela ne suffisait pas, il voulait aussi que nous enlevions nos banderoles et que nous disparaissions des alentours. A l'issue d'un nouveau vote, la majorité d'entre nous a accepté ses conditions tout en ayant bien conscience de la mesquinerie et de la bassesse de ce chantage. A 11 heures, l'adjointe au maire nous a donc annoncé la réouverture officielle de la classe et la nomination d'un instituteur.

L’épreuve de force à laquelle nous a contraints l’Inspecteur d’Académie a tourné à notre avantage. Le faire revenir sur sa décision n’a pas été chose facile, même si l’effectif était revenu au même niveau que l’année précédente et ceci dès fin juin. Il a délibérément décidé de laisser la situation se dégrader et prendre des proportions importantes, et ceci au détriment des enfants de la maternelle dont la rentrée fut agitée.

Notre organisation, notre détermination et la façon démocratique dont nous avons fonctionné nous ont donné raison. Le mépris dont a fait preuve l’Inspecteur d’Académie a notre égard pendant ces six mois de préparation n’est pas étranger à notre colère et nous ne l’avons pas oublié tout au long de cette journée. Il nous reste encore à faire un tract résumant la journée du 2 septembre et à faire une banderole à l’attention de l’Inspecteur : " On a gagné ! "

Rentrée dans un collège de la banlieue de Bordeaux : le ministre cause... les moyens continuent de diminuer

Au collège " vitrine " Lapierre de la ZEP de Lormont, la rentrée est loin d’être aussi " sans problème " que l’affirme l’administration qui s’évertue à affirmer que s’il y a encore " quelques problèmes " qui n’ont pas encore de solutions, elles vont être trouvées très rapidement.

La plupart des professeurs ont eu la surprise de constater dans leurs emplois du temps, une augmentation considérable des heures supplémentaires : une collègue de français était taxée de 6 heures sup, une autre de 5 h 30, une collègue de sciences devait assurer 5 heures sup et le total des heures sup comptabilisées par les collègues de maths équivaut à un demi-poste. Les collègues dont le service ne comptait que 2 ou 3 heures supplémentaires se seraient presque estimés privilégiés. A la révolte des enseignants qui demandaient des comptes, le principal a fait appel à la conscience professionnelle et à la solidarité de tous, présentant la restriction des moyens comme une fatalité.

Dans ce collège existe une SEGPA, structure spécialisée pour des élèves en grande difficulté, qui doit faire face à une situation de pénurie qui se dégrade d’année en année. Le professeur de l’atelier de maçonnerie n’est toujours pas nommé. Un collègue maître auxiliaire de la région parisienne a demandé le poste, mais profitant du changement d’académie, le rectorat le lui propose sous contrat, c’est-à-dire cherche à lui imposer une situation encore plus précaire, qu’il ne peut accepter. Cette année, aucun professeur de dessin ne sera nommé, alors que cette matière est au programme du CAP et, par manque de moyens, plusieurs classes n’auront pas le quota d’heures minimum en français ou en maths, prévu par les programmes. Les élèves sont répartis dans les classes de manière à les remplir au maximum de leur capacité : c'est ainsi qu'existe une classe qui comprend trois niveaux : 3ème, plus Seconde et Terminale de formation professionnelle.

Les déclarations d’Allègre sur " l’élève au centre du système scolaire, l’aide aux élèves les plus en difficulté... " ou sur son action désormais centrée " sur les personnels, leur formation et leurs conditions de vie et de travail " révoltent, tant le fossé se creuse entre les phrases grandiloquentes du ministre et la réalité de sa politique appliquée par l’administration.

A lire et à faire lire, " Tableau noir " de Gérard de Sélys et Nico Hirtt

En cette rentrée, nous ne pouvons que conseiller de lire et de faire lire ce livre d'un journaliste et d'un enseignant belges, virulente dénonciation des méfaits du libéralisme sur l'éducation. Nous leur laissons la parole pour présenter leur livre, en citant leur propre introduction.

"Alerte !

Ce livre révèle comment la classe des riches

compte faire de nous

des robots

à sa totale sujétion.

Comment cette classe,

ivre d'argent et du pouvoir qu'elle achète,

veut faire des peuples du monde entier,

des serfs

tels que n'en auraient pas rêvé les seigneurs de jadis,

des esclaves

tels que n'en a jamais connu l'histoire humaine.

Ce livre dit comment cette caste veut s'approprier la

connaissance

et la faire disparaître par pans entiers.

Il dit comment elle veut nous voler notre histoire,

l'histoire de nos parents,

de nos grands-parents

et nous seriner son histoire à elle,

histoire à mourir debout,

à mourir assis,

à crever à genoux.

Tout au long de nos vies.

Des histoires de gros sous.

Qu'elle veut nous obliger à amasser pour elle.

Après avoir pris nos bras,

elle veut nous voler la tête.

Ce livre doit être diffusé.

Traduit.

Il doit passer de main en main.

Vite.

Il appelle à la résistance, à la mobilisation, au

soulèvement."

BAVURES POLICIERES : la liberté pour un policier accusé de " violence avec arme ", la prison requise pour des jeunes de cité

Farad Boukhalfa, un jeune chômeur de 29 ans, moniteur de sport pour les jeunes de son quartier, a été très grièvement blessé d’une balle dans la tête mercredi dernier par un policier à Cormeilles-en-Parisis, dans le Val-d’Oise. Les policiers impliqués ont commencé par mentir pour masquer la bavure, affirmant que Farad, après avoir grillé deux feux rouges, avait été interpellé après une course poursuite et que se débattant, il était tombé en se cognant la tête contre le trottoir. Seulement, transporté à l’hôpital, les médecins ont retrouvé une balle dans la blessure de Farad qui est depuis toujours dans le coma.

Non seulement, les policiers ont menti, il n’y a eu ni feu grillé, ni course poursuite, ni bagarre, mais les magistrats ont tout fait pour minimiser l’affaire. Le policier a été mis en examen pour " violence avec arme par dépositaire de l’autorité publique " mais laissé en liberté. Cette mise en liberté est d’autant plus révoltante que, pour les proches, " ce n’est pas un accident, c’est une tentative de meurtre ". Tous dénoncent l’attitude méprisante du policier dont les rondes musclées autour de la cité lui avaient valu le surnom de " Magnum ". Un des frères de la victime raconte qu’il connaissait Farad et qu’un jour, en montrant son pistolet, il l’avait provoqué en lui disant : " tu peux toujours courir aussi vite que tu veux, il y a là une balle qui te rattrapera toujours".

Cette indulgence de la justice pour un policier tueur est le pendant de sa sévérité contre les jeunes de cité. Ainsi, cinq jeunes d’une cité à Dammarie-les-Lys en Seine-et-Marne ont été condamnés de un à deux ans de prison ferme sans preuves suite aux émeutes qu’avait entraînées une autre bavure policière. En 1997, Abdelkader, âgé de 16 ans avait été tué par deux policiers de la BAC alors qu’il tentait de forcer un barrage au volant d’une voiture. Dès le lendemain la colère avait éclaté, 15 véhicules brûlés ainsi que le centre social. Un des deux policiers mis en examen pour " violence volontaire avec arme " est finalement aujourd’hui accusé d’" homicide volontaire ", mais si la justice a dû reculer devant la colère des habitants, elle se venge.

La justice comme la police sont au service d’une société qui n’a aucun avenir à offrir à la jeunesse si ce n’est sa violence organisée, violence d’une police gangrenée par le racisme qui multiplie les bavures, violence d’une justice qui la protège et s’en prend aux plus faibles.

C.M.