Depuis maintenant un mois, la population roumaine est touchée par une épidémie de méningite virale ; plus de 4 000 personnes sont contaminées, en majorité des enfants et des jeunes, et chaque jour, une centaine de nouveaux cas se déclarent. En plus de la méningite, une épidémie de conjonctivite, elle aussi due à un virus, a touché près dun millier de personnes en 15 jours, et cest maintenant lhépatite A qui sest déclarée, menaçant aussi de faire des ravages. 200 enfants sont déjà atteints, au point quen Moldavie, la région la plus pauvre de Roumanie, les autorités locales ont repoussé la rentrée scolaire, la moitié des établissements scolaires ne possédant plus de structures sanitaires. La fièvre typhoïde, qui avait disparu depuis la guerre, vient de refaire son apparition dans le pays.
Cest la misère qui est la cause de cette vague dépidémies, aggravées par le délabrement des hôpitaux et des services de santé, débordés, qui ne peuvent enrayer leur développement. " Environ 80 % des rivières de Roumanie sont polluées et présentent un risque dinfection très sérieux ", explique le directeur de lhôpital de Bucarest, et de plus en plus de familles sont privées deau courante parce quelles ne sont plus en mesure de payer leur facture. Les pluies torrentielles qui se sont abattues ce week-end, provoquant de graves inondations dans plusieurs régions, aggravent la situation des plus démunis et les conditions sanitaires déjà précaires, comme à lhôpital municipal de Ramnicu-Sarat, où les employés ont dû évacuer les sous-sols et la morgue qui étaient inondés, avec des seaux.
Cest bien " de tous les maux de la misère ", ainsi que titrait le journal Le Monde, dont souffre la population roumaine : la société se trouve aujourdhui brutalement ramenée en arrière, à la suite de leffondrement de lURSS et des régimes des ex-pays de lEst comme la Roumanie, livrée aux appétits et aux intérêts privés du marché capitaliste. La récession économique dans laquelle est plongée léconomie depuis trois ans et la crise ouverte par le démantèlement de lindustrie, de lagriculture dEtat et des services publics, ont plongé la classe ouvrière et la population pauvre dans la misère et le dénuement. Loin d'avoir été libérée de la pauvreté, de la dictature et de la corruption des classes dirigeantes, leur situation na fait que saggraver. Les travailleurs et les classes populaires roumaines subissent de plein fouet les méfaits du retour à la propriété privée et sont étranglés par les plans du FMI qui conditionne ses prêts à la capacité des dirigeants roumains à imposer la privatisation de lindustrie et de la production agricole, la libéralisation du marché, c'est-à-dire la suppression des subventions dEtat aux produits de première nécessité et la réduction du déficit budgétaire par une restructuration des services publics, qui doit se traduire par le licenciement de milliers de fonctionnaires.
Les dirigeants de la Roumanie, pour la plupart anciens bureaucrates sous le régime de Ceaucescu, reconvertis au libéralisme et à léconomie de marché, quils se disent sociaux-démocrates ou chrétiens-démocrates, selon les cas, invoquent les dizaines dannées de dictature communiste pour justifier les réformes quils tentent de mettre en place et " les sacrifices " quils cherchent à imposer à la population. Pressés par les exigences des financiers occidentaux dont le FMI est le fondé de pouvoir, ils tentent daccélérer le rythme des réformes libérales, après avoir annoncé à la classe ouvrière en février 1997, aux côtés de responsables de la Banque mondiale et de représentants du FMI, un nouveau plan qui allait demander à tous " de la peine, de la sueur et de l'austérité ".
La Roumanie, dont une grande partie des revenus provenait de la vente de charbon à lURSS et aux autres pays du bloc soviétique, se retrouve aujourdhui ruinée par la crise russe. Les capitaux occidentaux ne se sont que très peu investis jusquà maintenant dans léconomie, les investisseurs et les banques occidentales jugeant encore trop lent le rythme des privatisations et des restructurations nécessaire au profit, cest-à-dire les milliers de licenciements, les fermetures dusines vétustes et non rentables, du fait de la résistance de la classe ouvrière et des mineurs en particulier, à qui les gouvernements successifs ont craint dimposer des attaques de front trop brutales et dont ils craignent les réactions.
Car dans la " transition vers léconomie de marché " et le démantèlement de léconomie au profit des intérêts privés, les dirigeants se heurtent à une classe ouvrière puissante et organisée qui a fait la preuve dans le passé de sa capacité à lutter pour ses intérêts. Les premiers coups portés se sont traduits par laccroissement rapide de la misère. La dévaluation de la monnaie et la suppression des subventions dEtat ont fait récemment grimper les prix de lessence et des transports jusquà 500 % ainsi que la plupart des produits alimentaires de base. Les plans de licenciements ont entraîné un taux massif de chômage qui atteint 25 % dans la région minière du Jiu, après la fermeture dune centaine de mines et la suppression de 90 000 emplois en 1997.
Dabord qualifié de " succès " par la Banque mondiale, le plan de fermeture des mines sest vite heurté à la colère des mineurs qui ont déferlé plusieurs fois par milliers vers la capitale, réussissant à imposer lan dernier au gouvernement larrêt dun nouveau plan de 6 500 licenciements, des augmentations de salaire et la réouverture de deux mines fermées. La vivacité des réactions ouvrières n'a pu cependant empêcher un recul général.
Catherine Aulnay
Après Oslo, après " Wye River ", le nouvel accord israelo-palestinien revient à la case départ et na pas encore commencé à aborder les problèmes fondamentaux
Les négociations laborieuses de ces dernières semaines entre Israël et lAutorité palestinienne ont abouti, samedi 4 septembre, à la signature dun document dit de " Charm El Cheikh ". Il ne fait que redéfinir les accords de " Wye Planta-tion " signés en octobre 98 par Netanyahou et " gelés " par celui-ci deux mois après. Eux-mêmes reprenaient pour une bonne part des décisions prises à Oslo deux ans auparavant et jamais entrées en vigueur. Ce bref rappel suffit à rendre très prudent sur lapplication réelle, dans les semaines qui vont suivre, des points signés dans ce nouvel accord.
Un premier point concerne les prisonniers palestiniens. Après dinfâmes marchandages, Arafat a obtenu 350 promesses de libération en deux vagues dici le 8 octobre et un nombre indéterminé en décembre, examiné par une commission. A Wye, 500 Palestiniens auraient dû être libérés. Barak, premier ministre israélien a encore revu le chiffre à la baisse. La construction dun nouveau port devrait démarrer à Gaza le 1er octobre. A propos des retraits militaires israéliens des territoires palestiniens, Barak dispose cette fois-ci de quatre mois et non plus de six semaines pour évacuer ses troupes. Très prochainement, daprès le calendrier fixé, 7 % du territoire de Cisjordanie passerait dun contrôle exclusif israélien (statut " B ") à un contrôle conjoint israélo-palestinien (statut " C "). A partir du 15 novembre, Israël se redéploierait sur 3 % de la Cisjordanie qui passerait de la " zone C " à la " zone B ", cest-à-dire sous contrôle commun israélo-palestinien. En janvier 2000, Israël devrait transférer 5,1 % de la Cisjordanie du contrôle conjoint israélo-palestinien au contrôle total de lAutorité palestinienne. Ce qui aboutirait au contrôle par les Palestiniens de 40 % de la Cisjordanie, partiellement ou en totalité, contre 29 % aujourdhui. Enfin, un libre passage entre Gaza et la Cisjordanie sera ouvert le 1er octobre par une route au Sud. Il reste à se mettre daccord sur le tracé dune voie Nord qui devrait être ouverte au plus tard quatre mois après. La création de ces passages protégés maintes fois reportée, permettant à la population de circuler plus librement entre les deux parties de lEtat autonome palestinien, est pourtant la moindre des choses et montre à quel point la situation dun tel Etat coupé en deux est non viable.
On voit quavec ce calendrier, Barak sest donné des délais ; en même temps, il fait un geste vis-à-vis des Américains qui font pression sur leur allié privilégié quest Israël pour calmer un peu le jeu dans cette région explosive du monde. Cela donne aussi un peu de grain à moudre à Arafat qui craint lui aussi les réactions dune population palestinienne exaspérée par le maintien de la présence israélienne sur ses territoires à travers larmée et les colons juifs installés. Enfin, cela permet à Barak dapparaître différent de Nétanyahou, ce dont commençait à douter beaucoup de monde au Proche-Orient et en Israël même.
Mais rien ne permet de dire que le processus de paix est réellement engagé. Dici laccord de paix définitif, prévu au 20 septembre 2000, bien des événements peuvent intervenir. La double tentative dattentat survenue en Israël quelques jours après a rabattu loptimisme de façade des officiels. Et puis surtout, de nombreux sujets restent en suspens. Personne na encore évoqué le Golan, territoire frontalier avec la Syrie, annexé par Israël en 1981. Le gouvernement israélien peut être contraint de déclarer le droit des Palestiniens à lindépendance, ce qui nest pas encore fait, mais cela restera lettre morte si des problèmes aussi cruciaux que les frontières du futur Etat, les colonies juives de peuplement, le statut de Jéru-salem-Est et le sort des réfugiés ne sont pas résolus. Or, sur tous ces points, aucun début damorce de concession na été fait par Israël, au contraire. Ainsi, par exemple, les travaux ont repris à Har Homa, future colonie juive située à la lisière de Jérusalem, dont le début de chantier avait provoqué de violents affrontements en mars 96. Le gouvernement de Barak na toujours pas fait évacuer les dizaines de collines de Cisjordanie conquises ces derniers mois par des intégristes religieux.
Barak, sil ne veut heurter ni les colons, ni la droite, ni lextrême-droite israéliennes risque de continuer, comme il la fait ces derniers mois à avancer à reculons. Mais tous les reculs faits par lEtat israélien jusquà maintenant ne sont pas venus de la volonté de ses dirigeants, ils lui ont été imposés par la lutte du peuple palestinien qui na jamais désarmé, mais aussi par la jeunesse et les travailleurs israéliens qui aspirent à la paix et qui ont déjà renvoyé Nétanyahou dans ses foyers.
Elise Sabe
Les dossiers noirs de lEtat italien
19 ans après une catastrophe aérienne qui avait fait 81 morts au large de la Sicile, le juge dinstruction italien Rosario Priore a décidé dinculper devant la Cour dassises 4 généraux italiens pour " haute trahison " et cinq officiers pour " faux témoignages ". A lépoque, lenquête navait retenu que deux hypothèses : une bombe qui aurait explosé à bord, ou bien un missile qui aurait touché par erreur le DC9.
En fait, le DC9 aurait été abattu par des avions de lOTAN, américains ou français, ayant pris en chasse ce jour-là un appareil militaire lybien. Non seulement le commandant militaire de lOTAN, qui était censé assurer la défense des pays dEurope contre le " danger communiste " na pas hésité à sacrifier la vie de dizaines de civils, mais ce commandement est censé ne pouvoir engager des opérations militaires quaprès consultation de ses pays membres. LEtat italien comme les autorités françaises et américaines ont toujours nié lexistence dune opération militaire, et la présence davions de lOTAN dans cette zone à ce moment-là, dissimulant les preuves et faisant tout pour étouffer laffaire. Celle-ci aurait par trop révélé à quel point, derrière la façade dun Etat démocratique, il y a un Etat dans lEtat, hors datteinte de la population et de lopinion publique, en loccurrence dans ce cas, lOTAN et les armées italienne, française et américaine.
Lassociation des familles des victimes est déterminée à " demander des comptes aux militaires ainsi qu'aux pays alliés ".