Une provocation qui exige une réponse
Tous ensemble pour imposer linterdiction des licenciements
" Attention ! ", c'est tout ce que Jospin a trouvé à dire à l'annonce de 7 500 licenciements par Michelin, au moment même où le groupe annonçait des profits en hausse de 20 %. La Bourse de son côté, a été moins prudente puisque l'annonce des licenciements a fait bondir l'action Michelin de plus de 13 %.
Le PDG a justifié cette baisse de 10 % du nombre des salariés du groupe en prétextant la concurrence mondiale et la nécessité de préserver " la performance de demain ". Du point de vue des intérêts qu'il sert, il a raison : plus les profits augmentent, plus il y a de capitaux qui exigent pour demain de nouveaux profits qui ne peuvent se réaliser que par une exploitation accrue des salariés. En bonne logique capitaliste.
La brutalité de l'annonce n'est pas une "erreur de communication" mais bien un geste politique accompli en pleine entente avec le Medef. Il s'agit de mettre le gouvernement devant ses responsabilités, de l'obliger à s'engager plus encore du côté des patrons, de se plier à la logique des lois du marché pour ainsi donner aux travailleurs le sentiment qu'il n'y a pas d'autre issue et d'autre politique possibles.
Le patronat en a profité pour enfoncer le clou. Son président, Seillière, a déclaré : " il y a énormément d'entreprises qui réduisent leur personnel de 3 % par an Ce ne sont pas des chiffres colossaux ". Désinvolte et cynique, il encourage ouvertement les entreprises à diminuer les effectifs, à licencier.
Lundi, l'annonce de la fusion Elf-Total a été accompagnée de l'annonce d'un plan de 4 000 licenciements.
Le geste de Michelin et du patronat est pour tous les salariés une leçon politique. La folle logique de cette société fondée sur le pouvoir de l'argent sacrifie le sort de millions d'hommes pour concentrer toujours plus de richesses entre quelques mains. L'économie, le travail, au lieu de servir à satisfaire les besoins de la population, de la collectivité, sont sacrifiés à la boulimie de richesses et de puissance d'une minorité. La folie de ce système est telle qu'on en arrive à ce que les trois plus grosses fortunes du monde équivalent, aujourd'hui, au revenu des 600 millions d'habitants des pays les plus pauvres.
Il y a peu, Jospin, pris d'audace, promettait le plein emploi dans dix ans. Il l'a redit lundi soir à la télévision, affichant son contentement pour prétendre que les licenciements économiques diminuent, que le chômage recule. Et, sans ironie apparente, il a convié les salariés et leurs organisations à dire leur mot. Bluff, cynisme et démagogie.
Les déclarations de bonnes intentions servent à masquer la réalité et à entretenir de faux espoirs. Mais il est clair, quelles que soient ses explications confuses à la télévision, que Jospin n'a nullement l'intention de se battre pour le plein emploi, sinon il s'opposerait aux licenciements chez Michelin. Il commencerait par interdire les licenciements pour arrêter la progression du chômage, alors qu'il n'est même pas question de réintroduire l'autorisation administrative de licenciement, une des rares promesses de Jospin. Il procéderait à une réelle diminution du temps de travail, au lieu d'offrir la flexibilité et la précarité au patronat auquel il donne en prime des subventions, pour l'obliger à faire ce qu'il veut.
Hypocrite, Jospin a déclaré : " ce n'est pas par la loi, par les textes que l'on va réguler l'économie ". Quel culot ! Les milliards de subventions au patronat déversés par l'Etat au nom de la loi des 35 heures, là c'est normal. Par contre, utiliser la loi pour protéger les salariés, ce n'est plus possible. Voilà qui est clair.
Et d'ajouter qu'il ne " faut pas attendre tout de l'Etat et du gouvernement ". C'est vrai, il ne faut même rien en attendre, si ce n'est des mauvais coups. Le gouvernement le voudrait-il, qu'il ne pourrait s'opposer à la volonté des Michelin et autres, qu'à condition de s'appuyer sur l'organisation et la mobilisation de l'ensemble des salariés. La seule force capable de s'opposer à la volonté des puissances de l'argent, c'est la force du monde du travail. Un vrai gouvernement de gauche s'appuierait sur lui, lui donnerait les moyens de peser sur la vie politique et sociale. Jospin, à l'opposé, fait tout pour nous désarmer, tout en dégageant ses propres responsabilités sur les syndicats, les travailleurs et l'opinion.
A l'occasion de la fête de l'Huma, Robert Hue a appelé à " une grande manifestation nationale " pour exiger " un moratoire sur les licenciements, une deuxième loi sur les 35 heures, la transformation des emplois jeunes en emplois durables et un contrôle sur les utilisations des fonds publics pour l'emploi ". Oui, pour garantir les droits des salariés, des chômeurs et des jeunes, il faut réellement interdire les licenciements, garantir à tous un salaire, et imposer que les fonds publics comme les profits servent à créer des emplois sous le contrôle de la population.
Cela, seule une vaste mobilisation d'ensemble des salariés pourra l'imposer et tout ce qui va dans le sens de cette mobilisation, qui peut lui servir de point d'appui, est une bonne chose.
Les dirigeants du Parti communiste, en prenant cette initiative, essaient de faire croire qu'il est possible de faire entendre raison au gouvernement. Ils font semblant de protester alors qu'au gouvernement, les ministres communistes se plient aux volontés du Parti socialiste qui lui-même se plie aux volontés des multinationales. Ils ne trompent personne, mais il nous faut saisir chaque occasion de nous faire entendre.
Demain, ce sont les retraites qui seront mises en cause. Chirac a ouvert la brèche, Jospin donne le change en jouant les modérés soucieux des intérêts de la population. Ils se partagent les rôles, tout en servant les mêmes intérêts.
Les salariés, eux, de leur côté, sauront saisir chaque occasion pour manifester leurs intérêts en toute lucidité et se donner les moyens tant politiques que sociaux, pour imposer des lois qui garantissent à tous un travail et une vie décente.