dans les entreprises



Renault-Cléon : la direction met en place la flexibilité au jour le jour

La mise en place des 35 h et des nouveaux horaires a démarré le 30 août. La direction avait profité du mois de congés pour tout installer. Dans les ateliers, des ex-bureaux de chefs ont été transformés en réfectoires avec tables, chaises, frigidaires, micro-ondes et plaques chauffantes. Des appareils réfrigérés ont aussi été installés pour permettre " une restauration de pro-ximité " avec entrées entre 4 et 7 F et plats chauds à 16 F. Le premier jour, la direction avait donc mis les petits plats dans les grands avec au menu saucisse / lentilles ; ce qui n’a pas manqué de faire dire aux travailleurs que les syndicats signataires de l’accord local, avaient bradé leurs intérêts pour un plat de… lentilles. Le patron nous a même accordé 10 minutes de temps de pause supplémentaire pour pouvoir manger à l’atelier, mais cela ne lui coûte rien car il nous retire trois jours par an du compteur collectif qui passe ainsi de 30 à 27 jours. Sur une journée de 8 heures, nous disposons donc de 40 minutes de repos au total.

Pour les équipes en 2X8 et nuit, la journée de travail a été rallongée de 30 minutes par jour permettant de " capitaliser " sur l’année 27 jours collectifs ( 23 pour l’équipe de nuit ). A cela, s’ajoutent quatre jours individuels pour le salarié. Ces 27 jours collectifs sont à la disposition de la direction pour lui permettre de gérer sa production et flexibiliser nos horaires sur l’année, le mois, la semaine, voire la journée, en cas de panne ou de rupture d’approvisionnement chez un fournisseur par exemple. Pour mieux faire passer la pilule auprès du personnel et des syndicats " amis ", le patron a mis en place la fameuse semaine de 4 jours dont tous les syndicats à l’usine, y compris la CGT, demandaient la création. La direction a trouvé là un excellent moyen pour y introduire la semaine de 6 jours glissants. Sur un cycle de 4 semaines, cela donne : une première semaine de 4 jours du matin du lundi au jeudi, la deuxième de 5 jours du soir, la troisième semaine de 4 jours du matin du mercredi au samedi, et la quatrième semaine identique à la deuxième. Sur l’équipe du matin, l’atelier est divisé en 2 demi-équipes. Pour avoir un effectif complet, la direction a créé une équipe complémentaire composée pour le moment d’intérimaires. Elle sera toujours en équipe du matin les lundi, mardi, vendredi et samedi. Pour l’équipe de nuit, l’organisation est calquée sur celle des équipes. En fait, la direction ouvre ses installations 6 jours sur 7 avec tous les samedis systématiquement travaillés du matin. Pour Renault, les 35 h à la sauce Aubry se traduisent déjà par des gains importants en terme d’ouverture des installations : pas moins de 8 samedis obligatoires et gratuits (non payés en heures supplémentaires). Ces horaires seront appliqués pendant au moins 8 mois par an. L’accord signé par les syndicats perroquets en juin dernier, prévoit qu’il y aura au moins 16 semaines de 4 jours par an. Mais la direction s’est bien gardée d’écrire noir sur blanc que le nombre de samedis obligatoires sera limité à 8 par an comme elle l’avait annoncé dans les négociations. Renault a ainsi les mains libres pour imposer jusqu’à 11 à 12 samedis par an !

La nocivité des nouveaux horaires ne s’est pas fait attendre. Les travailleurs d’un secteur d’usinage ont été prévenus chez eux, le jour de la reprise, de ne pas se présenter à l’atelier le lundi mais le lendemain. Au bâtiment Boîtes, la direction a même renvoyé chez eux, en fin de matinée, des travailleurs des chaînes de montage pour diverses raisons. Les horaires de travail sont chamboulés selon les besoins du patron et il n’est pas rare de passer de la semaine de 4 jours… à celle de 5 ou 6 jours et vice versa avec des délais de prévenance réduits au strict minimum.

Renault affiche clairement ses intentions en matière de flexibilité et par là-même son arrogance et son mépris le plus total envers les travailleurs. Les récents chiffres publiés pour le premier semestre 99 indiquent pour Renault un bénéfice net de 7,8 milliards (en hausse de 33 % par rapport à 98). Renault, Peugeot ou Michelin affichent une insolence à la mesure des capitulations des syndicats et des partis de la gauche plurielle au gouvernement.

Aciérie de l’Atlantique, Bayonne : l’arrogance d’un patronat de choc

Implantée dans le port de Bayonne en 1996, avec d’importantes aides publiques, cette Aciérie de l’Atlantique (ADA), qui emploie 230 travailleurs, réalise des importations de ferrailles et fabrique des billettes d’acier. Elle fait partie du groupe Marcial Ucin, entreprise familiale aux activités diversifiées, créée en Espagne en 1958. Le groupe possède cinq aciéries et détient 30 % du marché espagnol des ronds à béton, du fil machine et du treillis soudé. Le site de Bayonne produit un million de tonnes de billettes d’acier par an ; il a un chiffre d’affaires d’environ un milliard de francs, qui est prévu en augmentation. ADA, unité tout-électrique, est une des plus modernes aciéries d’Europe et présentée comme le fleuron du groupe.

Et, pourtant, dès le départ en 96, tout n’est pas aussi rose qu’annoncé : les salaires sont très bas, les conditions de travail très dures pour des équipes en 5x8 se succédant au rythme des fours qui fonctionnent vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept ; les accidents de travail sont nombreux (en 96, leur taux de fréquence était de 200, il est aujourd’hui tombé à 50, alors que ce taux n’est que de 9 au niveau national) ; certains sont très graves, il y a eu un mort. La plupart des ouvriers sont jeunes, c’est le premier emploi stable pour nombre d’entre eux, mais... trop, c’est trop. La grève éclate, elle dure tout le mois d’octobre 97. Ils obtiennent une revalorisation des salaires, un renforcement des règles de sécurité. Mais les rapports direction-salariés et la situation de ces derniers ne change guère vraiment.

Le 24 août 99, c’est de nouveau la grève. L’Intersyndicale refuse la nouvelle grille de classification des métiers proposée par la direction, laquelle ne présente pas de garanties contre le traitement " à la tête du client ", les salaires restent trop bas. Les grévistes installent des barrages filtrants pour bloquer le passage des camions de l’usine. Une tente est installée à l’entrée : des salariés des environs, de Turboméca en particulier, très proche, viennent voir les grévistes chaque jour au piquet de grève. La population manifeste sa solidarité.

Tout est alors bon pour exercer une pression maximale sur les grévistes : le groupe, par la voix du directeur général d’ADA, menace de fermer le site, dans le cadre d’une éventuelle restructuration. Le 3 septembre, le Tribunal de Grande instance de Bayonne rend une ordonnance condamnant ceux qui continueraient à bloquer l’accès des camions à l’usine à une amende quotidienne de 100 000 F par personne et par infraction. Le directeur veut obtenir le licenciement de quatre délégués syndicaux ; lors des entretiens préalables aux licenciements, il leur a signifié les griefs retenus contre eux : entrave des véhicules sortant de l’usine, volonté de nuire à l’entreprise ayant entraîné un préjudice de plusieurs millions de francs, envahissement des locaux administratifs et organisation d’actes d’intimidation à l’encontre du directeur des ressources humaines. Autre provo-cation : puisque la grille de classification qu’il proposait a été refusée par les syndicats, le directeur explique que les salaires augmenteront de 4 % en septembre, au lieu des 11,7 % prévus dans la grille.

Voilà ce que subissent les ouvriers dans cette aciérie de haute technologie. Alors certes, l’activité a repris début septembre à ADA ; non seulement les salariés n’ont rien obtenu mais la menace de licenciements plane, et au-delà des quatre délégués syndicaux. De fait, le 13 septembre, la direction d’ADA annonce que treize autres licenciements (dont deux touchant des salariés " protégés ") sont envisagés, les griefs sont les mêmes que pour les délégués syndicaux. La direction veut manifestement écraser les syndicats et toute velléité de révolte ouvrière pour faire passer totalement son organisation du travail et exploiter de façon éhontée les travailleurs. Comme on peut s’en douter, rien n’est réglé et la situation reste très tendue. La provocation patronale atteint un tel niveau qu’elle ne pourra qu’engendrer une nouvelle riposte des travailleurs. " Le conflit sera dur ", a d’ores et déjà annoncé le délégué CGT de l’entreprise. Des batailles d’envergure sont décidément nécessaires pour faire plier ce patronat de choc.

Grève des services d'urgence à Marseille : la police ne remplacera pas le personnel soignant

A l’hôpital Nord de Marseille, hôpital des quartiers les plus pauvres, la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, c’est une nouvelle agression d’une infirmière par un patient alcoolique dans le service des urgences, dans la nuit du 4 au 5 septembre. Le personnel du service s’est aussitôt mis en grève, rejoint rapidement par les collègues des urgences des deux autres hôpitaux de l’Assistance Publique Hôpitaux de Marseille, et par les médecins.

Depuis plusieurs années, la fréquentation des urgences à Marseille augmente de 6 % par an. Le médecin-chef des urgences de l’hôpital d’où est partie la grève, explique : " en dix ans la fréquentation des urgences a doublé sans que les moyens ni l’organisation ne suivent. Les incidents se multiplient et s’aggravent ". Dans le service des urgences de cet hôpital, 200 personnes sont accueillies chaque jour, installées parfois à trois ou quatre dans des boxes prévus pour un seul. L’attente moyenne y est de 7 heures, et parfois bien plus quand il n’y a pas de lits disponibles dans les services d’hospitalisation. Les médecins estiment qu’ils devraient être, en plus des internes, trois le jour et deux la nuit, alors qu’actuellement il n’y en a qu’un le jour et un la nuit. " A certains moments, dit le chef de service, la sécurité des patients est mise en jeu, pas à cause d’un agité, mais en raison des sous-effectifs ".

Le personnel a réagi à l’accumulation de brutalités. Le manque d’effectifs rend la situation périlleuse. Les délais d’attente sont augmentés jusqu’à 7 heures, faute d’agents en nombre suffisant, ceci attise une violence latente. Le service des urgences Nord comprend 15 lits alors qu’il y en avait 5 il y a 3 ans, mais le nombre d’agents est resté le même. Après une semaine de grève, la Préfecture pense régler le conflit en accordant la présence de 2 policiers dont un emploi-jeune, dans chacun des trois services d’urgences de la ville, de 13 heures à 1 heure du matin et l’Agence Régionale de l’Hospitalisation accorde le renfort de 3,5 postes de médecins.

Vendredi dernier, 200 personnes sur les 350 que comptent les services d’urgence de Marseille ont manifesté. L’assemblée générale a décidé de poursuivre le mouvement et réclame le recrutement de 12 médecins et de personnels paramédicaux, médico-sociaux et administratifs. Car, comme en témoignaient des infirmières, " si nous sommes seules ou à deux, nous travaillons avec un pincement au cœur, mais quand nous sommes 4 ou 5, nous travaillons sans inquiétude ".

La détresse d’une partie de plus en plus importante de la population qui s’appauvrit au point de ne plus consulter de médecin traitant et de renoncer à se soigner, qui s’ajoute au manque de personnel pour faire face aux besoins : c’est un cocktail explosif... pas seulement à Marseille.

Turboméca-Tarnos (près de Bayonne) C.S.L. société sous-traitante : La lutte a payé, ils ont gagné !

Il a fallu quatre jours de grève totale à la vingtaine de salariés de la C.S.L. pour faire reculer leur patron. Suite à une entrevue avec lui le 7 septembre, les grévistes ont obtenu que leurs deux camarades en C.D.D. soient réintégrés et leurs contrats requalifiés en C.D.I. C’est la détermination qui a payé ; c’est elle qui a fait que d’autres salariés de la C.S.L. envoyés par le patron depuis le site de Bordes (près de Pau) pour faire le travail des grévistes y renoncent et finissent par déposer eux aussi un cahier de revendications. La grève était soutenue par tout le monde ; lors de la collecte organisée le lundi 6, c’est plus de 15 000 F qui ont été récoltés.

A la reprise du travail le mercredi 8, les camarades de la C.S.L. avaient tous le sourire, fiers d’avoir gagné. A la cantine, tout le monde les interpellait pour leur dire " bravo ! ". La grève a changé les rapports entre salariés C.S.L. et salariés Turboméca, des liens se sont créés. Dans cette grève, se sont reconnus tous ceux qui savent que pour lutter contre la précarité du travail, la seule solution, c’est la lutte.