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Fête de l’Huma : Hue durcit le ton pour mieux se défiler

La direction du PCF s’est employée à donner un ton " anticapitaliste " à la Fête de l’Huma. Hue s’est efforcé de se faire l’écho du mécontentement des militants du PC en prononçant un discours critiquant " appelons-le par son nom : le capitalisme ". Il a même mis en avant des mots d’ordre revendicatifs qui sont une version édulcorée du programme d'Arlette Laguiller en 95 et de LO et la LCR aux Européennes.

Contre le chômage, Hue propose un " moratoire sur les licenciements " qui se traduirait à l’Assemblée par le dépôt " d’une loi antilicenciements " et il propose que soit institué un contrôle sur l’attribution des fonds publics au patronat.

Pour défendre ces revendications, il propose d’organiser une grande manifestation contre le chômage avec " toutes les forces de gauche ". Manifestation dont les modalités ne sont pas pour le moment précisées et dont on ne sait pas si elle aura vraiment lieu.

Comment peut-on lutter dans la rue et dans les entreprises contre la politique que l’on mène au gouvernement ?

Mais si le ton de Hue semblait combatif, il s’est bien gardé de mettre en cause la politique du gouvernement. S’il dénonce " les privatisations en série, les concentrations, les fusions de grands groupes ", il ne dit pas un mot du soutien affiché du gouvernement à ces opérations financières. Il se contente de reprendre le refrain du gouvernement dont " l’action ne va pas assez loin ", qui " subit trop facilement les pressions du patronat ", en somme un gouvernement faible qui irait là où le poussent les vents les plus forts. C’est en cela que le discours de Hue reprend les aspirations et les déceptions des militants et de sympathisants de son parti pour mieux les aiguiller sur la voie de garage du soutien au gouvernement et donc à la politique du patronat. Hue est bien obligé d’ouvrir la soupape du mécontentement, mais en lui donnant comme limites le soutien au gouvernement et la solidarité avec les dirigeants du Parti socialiste, il vide ses critiques de tout contenu réel.

Le PC soupape de sécurité à la politique du gouvernement Jospin

Ce discours contestataire du PC, le PS s’en accommode fort bien. Jospin sait que le mécontentement social est réel. Il sait également que l’extrême-gauche – comme l’ont prouvé les résultats électoraux des Régionales et des Européennes – représente désormais un courant d’opinion important dans le pays et attire - au moins sur le plan électoral - une partie du public du PCF et il ne veut pas lui laisser le monopole de la contestation sociale et de la critique du gouvernement.

Un PCF discrédité auprès de ses militants, n’ayant plus le poids et la crédibilité pour défendre dans les entreprises la politique du gouvernement, n’est d’aucune utilité au PS. Alors, il lui laisse la bride sur le cou et il peut d’autant plus condescendre à discuter avec lui " des droits nouveaux des salariés " ou de la " mobilisation contre le chômage ", qu’il sait que la direction du PCF ne franchira pas la ligne jaune, ligotée par sa solidarité ministérielle et le besoin d’accords électoraux avec le PS pour les municipales.

Discutons entre militants du mouvement ouvrier des moyens de lutter contre le chômage et la politique des patrons et du gouvernement !

Il est en tout cas significatif de la situation sociale et politique que pour tenter de récupérer du crédit auprès de son public, Hue soit obligé de tenir un langage combatif et de mettre en avant des revendications et des propositions d’action. Alors, même si nous savons que la direction du PC n’a pas l’intention d’aller au delà de quelques déclarations spectaculaires, puisqu’elle pose auprès de ses militants le problème des revendications à mettre en avant, des moyens à employer pour les faire aboutir, discutons-en. Toutes les occasions de débat, tout ce qui permet de discuter entre militants des moyens de s’opposer aux licenciements, de contester le pouvoir des patrons dans les entreprises, de dénoncer la politique du gouvernement, ne peut que nous renforcer et aider à nous rassembler. Les militants d’extrême-gauche n’ont aucune crainte ni aucune réticence à mener fraternellement et démocratiquement ces discussions avec les militants du PC, car nous n’avons aucune solidarité gouvernementale, aucun intérêt électoral qui nous lie les mains et notre seul objectif, c’est de rassembler toutes les forces du mouvement ouvrier contre les attaques du patronat et du gouvernement.

Jean Kersau

" La deuxième étape " de Jospin ou la mise en scène de sa propre campagne présidentielle…

Jospin est un politique habile à se servir des faiblesses de ses adversaires comme de ses " amis ", à s'en saisir pour dire, en bon démagogue, ce qu'eux-mêmes n'osent pas dire ou le reprendre à son compte pour mieux le vider de tout contenu. C'est ainsi qu'il a amorti le choc des licenciements chez Michelin, s'indignant, se disant même choqué, déplorant son impuissance pour, comme s'il voulait récupérer l'appel de Robert Hue à une manifestation nationale, appeler à la mobilisation des salariés, des organisations syndicales et de l'opinion publique pour exercer leur pression sur Michelin. Les licenciements ne sont pas " un fait acquis ", a-t-il dit. Habile certes, mais la ficelle est un peu grosse et contribue plus à ouvrir les yeux des travailleurs qu'à les aveugler.

Les Verts, pour leur part, sans doute jaloux de la servilité à l'égard de Jospin de Robert Hue, se sont précipités aussitôt pour applaudir.

Le Medef appelle à manifester contre la deuxième loi Aubry, Robert Hue lance l'idée, rien que l'idée pour le moment, d'une manifestation nationale pour l'emploi, Jospin appelle à la mobilisation, ainsi se met en place, dans le théatre d'ombre qu'est la scène politique, cette mauvaise comédie, de la gauche moderniste affrontant un patronat ringard, ultra-libéral. Les salariés, l'opinion publique sont appelés à arbitrer… lors des prochaines élections bien plus que dans la rue.

Jospin se dessine son propre rôle, celui de l'homme ouvert et de dialogue, démocrate et réaliste, progressiste et pratique, qui s'oppose à Chirac, vieux et sans appui.

C'est bien là la " deuxième étape ", celle de la mue du Premier ministre en futur président de la République.

Cette deuxième étape n'est possible que parce que la première a, semble-t-il, abouti au résultat escompté, régler le ballet de la gauche plurielle, que chacun apprenne son rôle et le répète, rôle de faire-valoir de la nouvelle diva. Quand les Verts grognent, Robert Hue aboie et réciproquement, si Robert Hue hausse le ton, avec l'accord tacite de son maître, les Verts applaudissent Jospin qui a eu la bonne réplique et le beau geste…

Comédie tout aussi insupportable que l'arrogance du jeune Edouard Michelin : les uns amusent la galerie, distraient les esprits, détournent l'attention pendant que l'autre et ses amis se livrent à des attaques en règle contre nous.

Jospin, dans son élan présidentiel, prend sans doute les choses un peu trop de haut. Sa condescendance méprisante à l'égard des salariés et de l'opinion ne flatte ni ne trompe ceux qui, dans les entreprises et les bureaux, travaillent à organiser la résistance des travailleurs aux mauvais coups que gouvernement et patronat leur portent. Aujourd'hui, la révolte de millions de salariés est impuissante à s'exprimer, mais il n'y a que ceux qui sont aveuglés par " l'opinion publique " officielle, fabriquée par les médias, qui ne voient pas les évolutions qui s'opèrent dans les consciences, loin de la scène officielle et des spectateurs qui applaudissent le vaudeville.

Lentement, l'opinion du monde du travail se détache de Jospin comme des partis qui font sa cour. Il nous faut accompagner pas à pas cette évolution, en toute solidarité, dans l'unité, pour aider à l'émergence d'un pôle de radicalité et de mobilisation, une nouvelle force capable de peser dans la vie sociale et politique pour révéler à la population la duplicité des politiciens comme les moyens d'agir contre la minorité de parasites qui dirigent l'économie, pour mener la lutte de classe.

Yvan Lemaître

Jospin comme Chirac prêts à s’attaquer aux retraites

Dans son allocution télévisée, Jospin a joué le maître d’école faisant la leçon à Chirac qui était intervenu le 10 septembre dernier sur l’avenir des retraites : " je ne crois pas que nous voulions utiliser la même méthode qui a abouti à des millions de gens dans la rue et finalement à bloquer le dossier… ". Prônant à nouveau " une méthode de concertation ", et sans se risquer à parler des fonds de pension, il a annoncé que des mesures seraient prises début 2000. La méthode Jospin veut aller tranquillement vers des mesures contre les retraites en compromettant les directions syndicales ; la méthode Chirac consiste à vouloir agir vite en se posant en réformateur de ce que seraient les archaïsmes d’une société regardant vers le passé. L’un et l’autre sont d'accord pour s’attaquer au régime de répartition ; la différence est que Jospin est en position de rendre partie prenante les directions syndicales de mesures anti-ouvrières, et pas Chirac. Le seul problème du gouvernement, mais il est de taille, est qu’il n’y ait pas " des millions de gens dans la rue " !

Comme avec les 35 heures, le statut des fonctionnaires, les lits d’hospitalisation, etc., le gouvernement est à l’initiative d’une large propagande qui consiste à justifier avec des arguments soi-disant objectifs, les attaques qu’il s’apprête à mener. Il y a une répartition des rôles entre Jospin, Chirac, le MEDEF et les organismes chargés de faire des rapports sur mesure pour exercer le maximum de pressions sur le monde du travail pour lui lier les mains et lui présenter comme inévitables les remises en cause des quelques droits qui n’ont pas encore été totalement laminés. L’argument qui se veut de poids pour faire taire la révolte des salariés devant les mesures anti-ouvrières décidées pour que la finance s’enrichisse toujours plus et plus vite est… celui de la modernité et de l’égalité sociale !

Dans son discours à l’occasion de l’" année internationale des personnes âgées ", Chirac s’est présenté comme porteur d’un projet de nouvelle société (pas moins) : " ce qui est en cause, en réalité, c’est notre capacité à ouvrir la voie à une autre organisation de la société ". Projet qu’il a concrétisé en termes plus précis : " une épargne-retraite qui s’ajoute à la retraite normale permettrait à la France de reprendre le contrôle de ses grandes entreprises ".

Le MEDEF est lui aussi monté au créneau : le baron Seillière vient d’annoncer que le dispositif de l’ARPE ne serait pas reconduit au-delà du 31 décembre prochain. Cette mesure qui permettait à des salariés de moins de 60 ans de partir à la retraite en étant remplacés par des plus jeunes, est encore trop pour le patronat ; même si dans la réalité, cela a permis aux entreprises de rajeunir leurs effectifs… en payant des salaires moindres et bien souvent, sans respecter la proportion d’une embauche pour un départ. Et le MEDEF a pris position pour avancer les décisions concernant le financement des retraites à 60 ans pour les régimes de l’Arcco-Agirc pour les salariés du privé.

Le prochain rapport de la Cour des Comptes qui doit paraître le 21 septembre, s’appuyant sur le rapport Charpin, déplore que le fonds de réserve déjà décidé par le gouvernement ne soit approvisionné que par 4 milliards de francs et recommande d’aller plus vite.

La création de fonds de pension dont la décision est déjà prise, sous forme de la création d’un fonds de réserve alimenté par des sommes équivalentes à 3 % du produit intérieur brut, ouvre la voie aux assurances privées dans le domaine de la retraite qui deviendrait un marché juteux. Ce serait un pas vers la possibilité pour les entreprises privées de spéculer sur les retraites pour faire des placements de capitaux qui alimenteraient les fusions, rachats d’entreprises à une échelle gigantesque. C’est cela le modernisme pour les politiciens et les patrons : créer des fonds de pension qui comme ceux des Etats-Unis ou de Grande-Bretagne mettent la main sur les retraites pour le plus grand profit des banques et des assurances.