De violents affrontements ont eu lieu lors du 26ème anniversaire du coup dEtat de Pinochet. A Santiago, une marche appelée par les associations de défense des disparus et des partis de gauche, commencée à midi samedi 11 septembre, sest terminée à 19 heures au cimetière où se trouve la plaque à la mémoire des 3 000 victimes de la dictature et la tombe dAllende. 5 000 personnes y ont été poursuivies et matraquées, trois ont été arrêtées pour linstant. Le vernis démocratique du gouvernement Frei, composé de démocrates-chrétiens qui veulent se donner des allures libérales, est vite tombé, dès que la population a manifesté à nouveau sa colère dans la rue. Le gouvernement appréhendait la réaction de la population, en particulier celle des bidonvilles qui entourent la capitale et de la jeunesse. Il a multiplié les appels au calme et les communiqués rassurants. Contraint par ce mécontentement dabandonner la commémoration du 11 septembre, jour " où le marxisme a été abattu ", selon les partisans de Pinochet, le gouvernement a dabord voulu organiser une table ronde entre les militaires et les représentants des prisonniers et disparus, pour la " concorde nationale ". " Le seul objectif de cette initiative est de préparer le retour de Pinochet au Chili " a rétorqué la présidente du groupement des familles de détenus disparus. Alors, le gouvernement a voulu remplacer le jour de commémoration par, lundi 6 septembre, un jour férié de " réflexion " et " dunité nationale ". Non seulement presque tout le monde est allé travailler normalement ce jour-là en défiant le gouvernement, mais la manifestation dun groupe de communistes venus manifester devant le palais de la Moneda de sinistre mémoire, a été réprimée violemment. Il y a eu 5 arrestations.
Les campus de la ville ont été investis par les carabiniers et jeudi 9 septembre, deux étudiants ont été arrêtés, accusés davoir lancé un cocktail Molotov. Il y a un sentiment de désaveu de plus en plus explicite de la parodie de démocratie quoffre le gouvernement actuel, aussi dur envers les couches les plus opprimées quil est complaisant envers les riches, larmée et son principal représentant aux yeux de tous, Pinochet. Le gouvernement a bien dû arrêter six militaires très compromis avec lui, sous la pression populaire et internationale, ce qui a soulevé un tollé des Forces armées qui estiment que " lon soccupe beaucoup trop des droits de lhomme ". Le fils du chef de la police politique sous Pinochet, la DINA, vient de révéler quen 1990, les corps dun millier de disparus ont été exhumés des fosses communes et jetés dans locéan pour effacer les traces des crimes. Le juge qui soccupe de certaines plaintes contre Pinochet a reçu, fin juillet, un document secret qui prouve que " les crimes de la DINA ont été organisés et perpétrés depuis lappareil dEtat ". Dans le même temps, dimportantes entreprises mondiales, en particulier espagnoles, font des affaires au Chili, qui a connu une augmentation de 77 % de son taux de chômage ces douze derniers mois, pour atteindre de 12 à 16 % de chômeurs, dont 40 % de moins de 24 ans. Lors de la dernière grande manifestation de la CUT (Centrale Unique des travailleurs), des jeunes des quartiers pauvres se sont battus toute la nuit contre les carabiniers à coups de pierres.
Dans ce contexte, le candidat socialiste Lagos que tous les sondages donnent gagnant aux futures élections présidentielles, est particulièrement silencieux. Il ne veut surtout pas parler de ce sujet dentrave à " lunité nationale " quest le jugement de Pinochet, lui qui se veut " social-démocrate allié avec le secteur libéral ". Tout est bon pour lunité nationale, même le ciel ; dailleurs, le 11 septembre, pendant que les manifestants luttaient et que des barricades se formaient dans un quartier populaire de Santiago, des militaires priaient dans une église de lEcole militaire pour Pinochet tandis que des représentants du gouvernement priaient à La Moneda à la mémoire dAllende. Tous les partis laissent entendre aujourdhui que les jeunes qui se battent à coups de pierres ou de cocktails Molotov sont des enfants perdus ou des voyous incontrôlés. Ce sont les fils des travailleurs poussés à bout par la crise, les fils des militants de gauche qui, trahis par Allende et le PC, longtemps abattus, leur ont transmis leur combativité et leur révolte. Et si ces jeunes disent majoritairement quils veulent voter pour Gladys Marín, la candidate communiste, ce nest pas pour prier et sincliner devant le passé, ils veulent, comme le disent certains : " pas de minute de silence, toute une vie de combat ! "
Sophie Candela
La " communauté internationale " : aujourd'hui, l'alliance des grandes puissances ; demain, la coopération des peuples nécessaire dans une société débarrassée de lexploitation
Depuis la disparition de lURSS, des conflits du Golfe et des Balkans jusquà l'intervention de lONU au Timor Oriental, journalistes et politiciens nont plus que le mot " communauté internationale " à la bouche. Leur " communauté internationale ", cest celle des dirigeants des puissances impérialistes, flanqués de leurs homologues chinois et russes, tous plus ou moins dociles derrière limpérialisme américain. Ce gang de mafieux qui met périodiquement certains de ces anciens hommes de mains " au ban de la communauté ", aurait exactement la même attitude, et même en pire, à lencontre dun mouvement des masses populaires dans un pays, comme la prouvé lexemple de lURSS en 1917. Quand ils justifient leurs interventions guerrières, les dirigeants impérialistes jouent avec les sentiments des exploités et des jeunes : " on en peut pas laisser faire ce qui se passe " dans tel ou tel endroit du globe. Car la multiplication des échanges et des moyens de communication a donné une dimension planétaire aux sentiments de solidarité humaine. Le besoin dune réelle communauté internationale est ressenti et cest précisément là-dessus que sappuient les Clinton, les Blair et les Chirac pour jouer les va-ten guerre. Les bases de cette communauté humaine sont dabord historiques : de la Préhistoire jusquà nos jours, les groupes humains sont de plus en plus vastes et leurs cadres dorganisation, de la tribu jusquà létat capitaliste en passant par le fief du Moyen-Age, suivent la même tendance à lexpansion. Ce mouvement est parallèle à celui des échanges de marchandises qui entraîne celui de la culture.
En créant le marché mondial, cest bien le capitalisme qui a généré les bases matérielles de ce " village planétaire ", donnant également aux forces productives une impulsion telle que lhumanité acquiert les moyens dune conscience et dun cerveau planétaires. A tel point que les idéologues capitalistes parlent même aujourdhui de la nécessité dun gouvernement mondial, en particulier dans le domaine de léconomie et de lenvironnement. Dans le système actuel, cest une utopie à laquelle les capitalistes ne croient pas eux-mêmes. Si le développement des forces productives capitalistes se joue des frontières et pousse le développement historique dans le sens de la mondialisation, la préservation des intérêts des classes capitalistes et de leurs trusts, sorganise sur une base nationale, celle des Etats. Alors la communauté internationale capitaliste devient la chambre denregistrement de lEtat le plus fort, celui des USA, que ce soit dans le domaine politique et militaire à lONU, dans le domaine financier au FMI et dans toutes ces instances internationales que lexpansion du marché a rendues nécessaires. Des sommets de la bonne conscience mondiale, tels que les sommets sur lenvironnement, la démographie mondiale ou les problèmes de leau se transforment en grand-messes où lon verse des larmes de crocodiles pendant que dans les couloirs, les trusts nationaux aidés par leurs Etats jouent des coudes pour subir le moins de contraintes possibles à leur soif de profit. La communauté internationale prenant des décisions ou rendant des avis au profit des intérêts de tous les habitants du village planétaire, cela ne pourra exister que dans une société débarrassée de la propriété privée des moyens de production, qui engendre la concurrence et la violence des classes possédantes entre elles, et contre les classes pauvres. Cest la communauté internationale des opprimés du monde entier contre la poignée doppresseurs, qui, en rendant léconomie collective et en faisant disparaître les conflits hérités des égoïsmes de classe, jettera les bases dune gestion collective des problèmes de la planète. Parce que ce sont les opprimés, au cur dun système productif dont ils sont les principales victimes, qui ont le plus intérêt à le renverser, en ont le plus les moyens, et que cest dans leurs rangs que se révèle le plus le caractère collectif de la nature humaine, car la solidarité y est une condition de la survie et de la dignité. Ce sentiment collectif, on en voit les bases aujourdhui à loccasion de grands événements comme les rencontres sportives ou culturelles mondiales, mais plus encore à loccasion des grandes catastrophes qui déclenchent de véritables mouvements de solidarité mondiaux, particulièrement forts chez les plus pauvres. Reste à leur donner un contenu de classe, cest-à-dire une perspective révolutionnaire et émancipatrice. Le mouvement ouvrier et révolutionnaire possède en la matière une riche tradition qui témoigne de ses capacités créatrices. A lorée du XXIème siècle, il détient des moyens mille fois plus efficaces quil y a un siècle pour jeter les bases matérielles et humaines dune nécessaire communauté internationale, à mille lieux de ce quelle est aujourdhui : un repaire de brigands et de va-ten guerre au service des intérêts exclusifs des trusts.
Lucien Zigand
Convoi syndical pour les Balkans
En juin dernier, un premier convoi syndical (un camion de 35 tonnes piloté par un militant de SUD-PTT et accompagné d'une militante de la CNT) quittait Paris chargé de matériel (tableaux noirs, fournitures scolaires, matériel informatique) pour l'Albanie et la Macédoine.
Il s'agissait de permettre la scolarisation des enfants réfugiés. Du point de vue matériel, c'était peu, incomparablement moins que ce qu'avaient fait les ONG. Mais du point de vue du symbole, c'était beaucoup.
C'était l'affirmation que la condamnation des bombardements de l'OTAN sur la Yougoslavie devait s'accompagner d'une solidarité active des travailleurs de France et d'Europe avec ceux du Kosovo frappés par la purification ethnique. Refusant de se contenter des habituels vagues messages de condoléances, les fédérations syndicales et les syndicats à l'origine du Convoi syndical pour les Balkans tenaient à ce que, contre la folie nationaliste et chauvine, s'exprime concrètement la solidarité internationale des travailleurs.
Aujourd'hui, les Kosovars ont, dans leur majorité, regagné leurs villes et leurs villages. Maisons brûlées, ponts détruits, routes et champs minés, le pays est dévasté.
Mais les dégâts ne sont pas seulement matériels. Ils sont peut-être encore plus profonds et plus durables dans les consciences. Les Serbes du Kosovo ont massivement fui les représailles. Les meurtres de Kosovars et de Serbes sont quotidiens.
Tout est à reconstruire. Les infrastructures matérielles, mais aussi le tissu social, la conscience pour les uns et les autres d'appartenir à une même classe par-delà les différences nationales, culturelles ou religieuses. D'une façon ou d'une autre, le fossé de haine qui sépare les peuples vivant au Kosovo devra être comblé. Il y faudra du temps, sans doute. Mais, pas plus qu'elles ne pouvaient hier, assister à la purification ethnique sans rien tenter, les organisations du mouvement ouvrier européen ne peuvent s'abstenir et regarder, impavides, les populations s'entre-déchirer.
La solidarité matérielle du mouvement ouvrier avec les peuples du Kosovo doit continuer de se manifester par l'envoi de nouveaux convois. Elle doit avoir pour but, aussi et surtout, de peser pour que les militants des mouvements ouvriers serbe et kosovar renouent des liens.
Réunion publique : Samedi 18 septembre 1999 à 14 heures au 21ter rue Voltaire 75011 Paris - Métro : Boulets-Montreuil
En présence de Brajram Mustafa (représentant le syndicat kosovar des mineurs de Trepca) et Dragomir Olujic (membre de l'union des journalistes serbes)
Brajram Mustafa est dirigeant du syndicat indépendant des mineurs du Kosovo. Voilà plus de dix ans que les mineurs kosovars ont été licenciés dans le cadre de la purification ethnique. Dragomir Olujic est Serbe, opposant de longue date à Milosevic. Tout devrait contribuer à les rassembler. Pourtant, les passions nationalistes sont telles dans les Balkans qu'à elle seule, la réunion d'un militant serbe et d'un syndicaliste kosovar à une même tribune constitue un événement et une lueur d'espoir.
Le convoi syndical pour les Balkans est soutenu par : CGT-ONIC, SDEN CGT 92, CFDT Renault Guyancourt, CGT Rhône Poulenc CRVA, CNT, SUD-PTT, SUD éducation, SUD FNAC, SUD Rail, SUD étudiant, le Secours Ouvrier pour la Bosnie...