Russie : attentats terroristes à Moscou et guerre dans le Caucase, la fuite en avant du clan dEltsine pour tenter de sauvegarder son pouvoir
Trois attentats terroristes, dont les deux derniers qui visaient des immeubles dhabitations ouvrières ont été particulièrement meurtriers, ont fait plus de 200 morts ces quinze derniers jours à Moscou. Eltsine sest immédiatement saisi de ces attentats attribués aux combattants islamistes en guerre contre larmée russe au Daghestan, pour tenter de raffermir son pouvoir en déclenchant une campagne contre " lennemi intérieur ", dans le même temps quil est en train détendre sa guerre dans le Caucase.
Eltsine ne pouvait espérer une meilleure occasion den appeler à lunion sacrée, alors que son pouvoir prend leau de toutes parts, irrémédiablement discrédité par les affaires de corruption et sa faillite économique, au point quil craint de ne pouvoir remporter les prochaines élections législatives de décembre 99. Réunion des chefs de la police, de larmée et de la Sécurité, mesures dexception redoublant les contrôles policiers à Moscou et dans tous les lieux stratégiques du pays, propos vengeurs dEltsine et de son premier ministre Poutine contre les " criminels immondes ", les " bêtes enragées ", diffusion à la télévision des portraits robots des terroristes présumés : cest une véritable campagne qui est lancée, avec lobjectif de dresser la population contre la communauté caucasienne, déjà victime des préjugés xénophobes que répandent depuis des années les autorités. Tous les politiciens sollicités par Eltsine ont répondu présents à lappel, dont le principal rival du clan dEltsine aux prochaines législatives, le maire de Moscou, Loujkov, qui nhésite pas à surenchérir contre les " bandits tchétchènes ".
Répercussion de la guerre menée au Daghestan par larmée russe, ces attentats sont loccasion pour Eltsine dune véritable fuite en avant dans le durcissement du régime policier en Russie et lapprofondissement de la guerre dans le Caucase.
Depuis le début du mois daoût, les troupes russes tentent de repousser 2 000 combattants islamistes qui sétaient emparés de plusieurs villages au Daghestan, une petite république de la Russie, voisine de la Tchétchénie doù larmée russe avait dû se retirer en 1996, après deux ans dune guerre qui avait fait 60 000 morts. Les chefs de ces combattants, Bassaïev et Khattab, véritables seigneurs de guerre en Tchétchénie, veulent étendre leur pouvoir dans tout le Caucase du nord, dont le Daghestan.
Malgré ses communiqués de victoire, larmée russe senlise au Daghestan depuis plus dun mois, mais ces derniers jours, à la faveur de la psychose déclenchée par les attentats terroristes survenus à Moscou, Eltsine et son entourage sont en train de vouloir étendre la guerre à la Tchétchénie, avec qui, obligés de reconnaître leur défaite, ils avaient signé un accord de paix en 1996, qui lui accordait de fait une indépendance, dont le statut devait être précisé cinq ans plus tard. Laviation russe y a bombardé plusieurs villages, y faisant plus de 200 morts et le gouvernement de Poutine a lancé un ultimatum contre la Tchétchénie, dont presque tous les politiciens russes se sont déclarés solidaires, au point que le Président de celle-ci, Maskhadov, a appelé la population à se préparer à la guerre.
Depuis 91, dans le Caucase, pouvoir central de Moscou, anciens bureaucrates des républiques, et aujourdhui chefs de guerre islamistes se disputent le contrôle des ressources pétrolières de la mer Caspienne, des gisements, comme des raffineries ou des oléoducs. Comme pour le reste de lex-URSS, cest cette lutte acharnée pour laccaparement des richesses qui est à lorigine de la sécession de ses anciennes républiques, à partir du moment où y a été rétablie la propriété privée.
La guerre dans laquelle sengage à nouveau le pouvoir russe, dans sa fuite en avant pour tenter de se maintenir, pourrait sétendre à lensemble du Caucase, dans une logique semblable à celle qui a conduit à la balkanisation de lex-Yougoslavie, à une échelle et avec des conséquences encore plus catastrophiques.
Galia Trépère
Le Sida en Afrique : une catastrophe engendrée par la misère sociale
Une conférence internationale sur le Sida en Afrique sest ouverte dimanche à Lusaka, en Zambie.
Le bilan de la maladie sur le continent africain est dramatique. En quinze ans, onze millions dAfricains sont morts du Sida. Aujourdhui, 22 millions sont malades ou séropositifs. Dans un pays tel que la Zambie, un jeune de quinze ans a aujourdhui 60 % de risques de mourir du Sida.
Au Zimbabwe, pays le plus touché au monde par la maladie, 25 % de la population est infectée. Les hôpitaux sont incapables de faire face à lafflux des malades, ils nont aucun moyen pour les soigner et les services se transforment en mouroirs. 1200 personnes meurent chaque semaine du Sida. Lespérance de vie, qui avait atteint 61 ans en 1990, est aujourdhui de 49 ans.
Seulement 1 % des Africains peuvent avoir accès aux traitements du Sida, leur coût les rend inaccessibles à limmense majorité de la population. Les prix de ces médicaments sont fixés par les groupes pharmaceutiques qui ont le monopole de leur production et ont déposé des brevets afin décarter toute concurrence.
Un des derniers traitements mis au point coûte 12 000 dollars par an, alors que la plupart des Africains ne peuvent dépenser que moins de dix dollars par an pour leur santé. Quant à la trithérapie (association de trois molécules, un des traitements les plus efficaces et utilisé dans les pays riches), son coût mensuel équivaut à 10 fois le salaire dun travailleur gabonais.
Lors de la conférence, le directeur de lOnusida, organisme dépendant de lONU, a laissé entendre que celui-ci allait " persuader " lindustrie pharmaceutique de baisser ses prix. Un vu pieux alors que des sociétés de lindustrie pharmaceutique américaine viennent dempêcher le Brésil dexporter la Zidovudine, un médicament équivalent de lAZT mais cent fois moins cher, qui limite la transmission de la maladie de la mère à lenfant et prolonge la vie.
Face à la catastrophe, lurgence est aujourdhui la fourniture gratuite de ces médicaments, mais pour les firmes pharmaceutiques, il est hors de question de prendre une miette sur leurs profits.
Quant aux pays riches, laide quils fournissent pour lutter contre la maladie en Afrique est dérisoire : en 1997, elle a été au total de 150 millions de dollars, à peine léquivalent du budget dun petit hôpital en France. Quant à la Banque mondiale, les fonds quelle accorde au programme de lutte contre le sida sont tombés de 63 millions de dollars à 1,7 million de 1994 à 1997 dans le même temps où elle imposait des plans daustérité draconiens à lensemble des pays africains, réduisant brutalement les budgets sanitaires et sociaux.
Carole Lucas
Scientologie : des sectes aux églises officielles, des idéologies réactionnaires, reflet dune société malade
En quelques jours, des pièces judiciaires concernant deux affaires impliquant des membres de la secte de scientologie ont disparu à Marseille et à Caen. Simples erreurs matérielles, se défendent les tribunaux mais ces disparitions font suite au vol dune tonne de dossiers impliquant une quinzaine de scientologues à Paris lan dernier. Ces disparitions qui permettent à la secte dobtenir des reports de procès confirment les soupçons dune infiltration des milieux judiciaire et politique. Cela na rien détonnant, car nombre de ces sectes recrutent une partie de leurs membres dans les milieux des hauts cadres des entreprises ou de lEtat.
Dailleurs, à sa fondation en 1954 aux Etats-Unis, la scientologie était avant tout une entreprise de formation offrant les secrets de la réussite moyennant de très fortes sommes dargent ! Reprenant les méthodes des stages pour hauts cadres qui mettent en avant la soif de réussite dans le respect et la soumission à la hiérarchie sociale, elle a surtout recruté dans les milieux sensibles à de tels préjugés et ayant les moyens. Ces méthodes lui ont valu de nombreux procès pour " escroquerie et exercice illégal de la médecine ". Son fondateur, Ron Hubbard, a été plusieurs fois condamné et notamment en France en 1979. Cela na pas empêché la secte de se développer et de devenir une véritable multinationale comptant plusieurs millions de membres dans une centaine de pays.
Aux Etats-Unis où elle a été reconnue comme une religion, elle a aujourdhui pignon sur rue, mettant en avant ladhésion de personnalités, notamment des acteurs dHollywood comme Travolta ou Tom Cruise et pouvant se vanter du soutien actif de MacDonald. Mais en Europe, elle a plus de difficultés à se faire reconnaître notamment en France et en Allemagne où de nombreux procès ont mis en cause des membres de la secte, le plus souvent pour escroquerie.
Ces sectes veulent pouvoir être reconnues comme une religion pour bénéficier des avantages dont profitent les " religions officielles " en matière fiscale : affiliation de leurs " pasteurs " à la caisse des cultes, exonération de taxes foncières et une fiscalité très avantageuse sur les dons des adeptes.
Bref, les sectes comme la scientologie voudraient rivaliser avec ces églises officielles qui depuis des siècles ont amassé des fortunes colossales sur le marché de la crédulité, et qui tout en défendant des préjugés tout aussi réactionnaires que les élucubrations des sectes, sont totalement intégrées à tous les rouages des Etats et de la société.
Les sectes comme les religions reconnues se nourrissent des contradictions de cette société dexploitation, malade de lindividualisme, en flattant tous les préjugés que font naître la course à la réussite, la soif de profit, et en profitant de ceux qui en sont les dupes et les victimes.
Charles Meno
Tuerie de Waco : lEtat américain ment pour cacher ses propres crimes
En avril 93, 80 personnes, dont 25 enfants, étaient morts dans lincendie de leur ferme fortifiée, assiégée depuis cinquante et un jours par le FBI. Le gouvernement américain avait accusé le " gourou " de la secte davoir lui-même immolé ses adeptes en mettant le feu à la ferme. Les enquêteurs avaient même trouvé dans les ruines du foin imprégné de combustible. Quant à ceux qui étaient morts par balles, ils se seraient suicidés ou auraient été exécutés par le gourou, puisque le FBI affirmait ne pas avoir tiré un seul coup de feu.
Très vite, cette version a été contestée mais le gouvernement américain se défendait en disant que cétait de la propagande orchestrée par les nombreux groupes dextrême-droite, les " miliciens ", en guerre contre lEtat fédéral.
Récemment, les déclarations dun ancien responsable du FBI à un journal du Texas, ont révélé que le FBI avait utilisé des grenades lacrymogènes incendiaires qui lui avaient été fournies par larmée, le jour de lassaut. Un cinéaste affirme posséder des images montrant une fusillade entre les membres de la secte et les agents du FBI qui disent navoir jamais tiré. Des bandes audio et vidéo ont été saisies au siège du FBI dont les responsables ont affirmé pendant plus de six ans quil ny avait aucune trace de ce qui sétait passé.
La ministre de la Justice est également mise en cause, car elle a affirmé quelle navait jamais donné lordre dutiliser de telles armes. Et la Présidence elle-même est touchée puisque la présence de membres de la " Force Delta ", commandos spéciaux de larmée a été constatée : or ces forces ne peuvent être engagées sans laval de la Maison Blanche.
Le scandale éclabousse donc toutes les institutions de lEtat américain : FBI, Armée, ministre de la Justice, Présidence, tous unis dans cette chaîne de mensonges pour couvrir ces meurtres dEtat, froidement décidés pour mettre fin à lhumiliation infligée au FBI, tenu en échec pendant près de deux mois par un groupe dilluminés.
Paupérisation croissante pour que les riches s'enrichissent toujours plus
Si les médias ont fait beaucoup de bruit autour des chiffres officiels sur la prétendue baisse du chômage, elles ont été beaucoup moins bavardes sur des statistiques publiées la semaine dernière sur la répartition des revenus aux USA et leur évolution. Le constat est une condamnation sans appel de cette société où la guerre des riches contres les pauvres et les salariés creuse un écart croissant. La misère s'attaque à des couches toujours plus larges de travailleurs dont le dénuement alimente une richesse absurde.
2,7 millions d'Américains aux revenus les plus élevés, soit 1 % de la population, disposent d'autant que les 100 millions d'Américains aux revenus les plus modestes, soit 38 % de la population. Depuis 1977, leurs revenus ont plus que doublé alors que les revenus des 20 % d'Américains les plus pauvres chutaient encore plus bas. Ces revenus annuels étaient de 10 000 dollars en 77, aujourd'hui de 8 800.
La rémunération moyenne d'un directeur de société représentait, en 1980, 42 fois celle d'un ouvrier, aujourd'hui 419 fois !
" La thèse du Manifeste sur la tendance du capitalisme à abaisser le niveau de vie des ouvriers et même à les paupériser, a subi un feu violent. Les prêtres, les professeurs, les ministres, les journalistes, les théoriciens social-démocrates et les chefs syndicaux se sont élevés contre la théorie de la "paupérisation" progressive. Ils ont invariablement découvert le bien-être croissant des travailleurs en faisant passer l'aristocratie ouvrière pour le prolétariat ou en prenant une tendance temporaire pour une tendance générale. En même temps, l'évolution même du capitalisme le plus puissant, celui d'Amérique du Nord, a transformé des millions d'ouvriers en pauvres, entretenus aux frais de la charité étatique, municipale ou privée ". Ce qu'écrivait Léon Trotsky dans 90 ans de Manifeste communiste en 1938, garde toute son actualité, mais les ravages du libéralisme s'opèrent à une échelle encore plus grande.