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Octobre 1929 - Il y a soixante-dix ans, le krach de Wall Street, la première vague de libéralisme économique à l’époque impérialiste aboutit à la grande dépression puis à la guerre

Pour beaucoup, les enchaînements fous qui ont, dans les années 30, plongé le monde dans la dépression, c’est-à-dire un brutal et dramatique recul des conditions d’existence de toute la population laborieuse, pour finir par dresser les peuples les uns contre les autres pour le compte des grandes puissances rivales au cours de la deuxième guerre mondiale, ces enchaînements semblent tout aussi implacables que sans logique. Mythe d’une catastrophe impossible à conjurer, cette vision fataliste vise à dominer les consciences, tant il est vrai que comprendre est le plus court chemin vers la révolte.

La folie des enchaînements qui ont plongé le monde dans la barbarie, c’est la folie des rapports capitalistes entre les classes et les Etats.

Pour mieux mystifier les consciences, la grande dépression aurait son origine ce 24 octobre, le " jeudi noir ", début du krach, l’effondrement de Wall Street, un jour qui emporta le monde. Ce " jeudi noir " n’est que l’épisode aigu d’une crise complexe dans ses différents mécanismes, manifestation des contradictions de l’économie capitaliste. Loin de se jouer en un acte, elle a connu différents moments. D’abord crise américaine jusqu’en 1931, elle s’est transmise à l’Europe pour devenir une crise mondiale fin 1932, quand le recul fut le plus important.

Cette crise, est, pour reprendre l’expression d’Isaac Joshua dans un livre récent, La Crise de l’émergence américaine. L’Amérique devint la première puissance capitaliste au lendemain de la guerre de 14, dominant l’ancienne première puissance, l’Angleterre. La libre entreprise et le libéralisme y triomphaient dans l’euphorie jusqu’à se rompre brutalement quand l’avidité en profits de la nouvelle et puissante bourgeoise américaine se heurta aux vieilles barrières que ses rivaux d’Europe ou d’Asie avaient dressées pour protéger la part du monde que chacun avait arrachée à son rival.

Dans les années 20, les progrès de l’automobile, de l’aviation, de la radio, du téléphone, l’abondance d’énergie pétrolière, le développement de la production à la chaîne provoquèrent un bond en avant économique. La jeune et vigoureuse bourgeoisie américaine s’emparant d’un continent entier et voyant s’offrir à elle le monde après que la première guerre mondiale eût épuisé les vieux impérialismes européens, croyait que s’ouvrait à elle un marché sans limite, source de profits eux aussi sans limite, dupe d’elle-même. A la veille du " jeudi noir ", Herbert Hoover, alors ministre du Commerce, exprimait cette confiance en termes qui se voulaient " humanistes " : " aujourd’hui nous sommes plus près du triomphe final sur la pauvreté qu’aucun autre pays dans l’histoire ne l’a jamais été ".

Aveuglée par ses propres succès, avide d’encaisser le plus vite les profits à venir, la bourgeoisie plaçait en Bourse de l’argent qu’elle n’avait pas. La confiance poussait à l’endettement, pour spéculer avec de l’argent emprunté, mais aussi pour investir, ou acheter. Les années d’expansion furent financées par le crédit, l’endettement, la spéculation. Seuls les salaires stagnaient dans l’euphorie de l’abondance financière à crédit. Jusqu’au moment où, la consommation des masses populaires ne pouvant suivre, les espoirs de profits diminuèrent. En effet, le marché, la demande solvable, ne suivaient pas la production. Les ventes se ralentirent, l’inquiétude succéda à l’euphorie, puis la panique. La tendance s’inversa brutalement. Ce fut la chute, le " jeudi noir ", puis de nombreuses semaines et mois d’inexorable recul. En 1932, les cours des actions ont perdu les trois quarts de leur valeur de 1929, aux USA, le revenu national global est 55 % de ce qu’il était en 29.

La chute des actions provoqua des faillites en cascades. Les dettes gagées sur des dettes ne pouvaient être épongées. La crise bancaire se généralisa, les investissements se ralentirent puis chutèrent. Les licenciements se firent par milliers, les salaires reculèrent. La spirale de la crise s’alimentait d’elle-même.

En 1931, éclate la crise bancaire en Allemagne, puis c’est la chute de la livre sterling, la monnaie anglaise. L’Allemagne, vaincue de la première guerre, fut touchée la première. Son économie étranglée par le traité de Versailles était impuissante à se relever de la guerre. Il lui fallait trouver à tout prix des débouchés pour sa puissante industrie. La concurrence entre les vieux pays d’Europe devint extrêmement vive, au point que l’Angleterre dut dévaluer sa monnaie. La dévaluation de la livre qui jouait alors un rôle de monnaie internationale semblable, quoiqu’à un degré moindre, à celui que joue le dollar aujourd’hui, fut le signe de l’internationalisation de la crise. L’Angleterre, encore première puissance financière et coloniale si ce n’est industrielle au lendemain de la guerre, perdait son hégémonie, alors que l’Amérique n’avait pas encore réussi à s’imposer face à ses vieux rivaux européens. Il faudra la guerre pour qu’en imposant leur hégémonie, les USA deviennent le garant d’un nouvel ordre impérialiste mondial.

Après 1931, le commerce mondial chuta, la production recula partout, le chômage fit des ravages, le niveau de vie des populations se dégrada souvent de façon dramatique.

La concurrence économique exacerbée poussa les nations vaincues tombées sous la tutelle des fascistes, l’Allemagne et l’Italie avec le Japon, à défendre leur droit au pillage dans la guerre. Au prix de millions de morts allaient se décider sur les champs de bataille, le partage du monde et la domination américaine.

La flambée de libéralisme financier des années 20, les " roaring twenties ", les fastes années 20, avait été étouffée brutalement par le cadre économique imposé par les vieilles nations colonialistes d’Europe, par le protectionnisme au service des rivalités impérialistes. Pour que cette flambée devienne l’incendie ravageur que nous connaissons aujourd’hui, il fallait qu’une superpuissance s’impose, qu’une monnaie brise le protectionnisme, s’impose pour entraîner les vieilles nations dans la fuite en avant de la mondialisation dans lesquelles elles s’affaiblissent pour mieux disparaître.

Le prix à payer par l’humanité à cette évolution, fut le chômage, la misère, la famine même dans les pays industriels, puis les sacrifices de millions de vies humaines de la deuxième guerre mondiale. Pour que le monde s’ouvre au dollar, fallait-il encore la barbarie des guerres coloniales, tout particulièrement réactionnaires, à travers lesquelles s’effondreront les vieilles dominations coloniales, vaincues au profit des Etats-Unis.

Des décennies de violence, de crimes, de barbarie, pour que triomphe le droit d’une minorité à s’approprier les richesses sociales au moment où les progrès techniques rendent caduques les vieilles nations étriquées d’Europe. Ces décennies expriment la contradiction fondamentale qui condamne cette société, l’opposition irréconciliable entre l’appropriation privée des richesses alors que la production est de plus en plus socialisée, globalisée, mondialisée.

C’est bien la condamnation la plus cinglante de cette société de classe, que le progrès technique ne puisse se faire sans violence. C’est bien pourquoi, au regard de cette violence réactionnaire des classes dominantes, même les plus " modernes et démocratiques ", la violence révolutionnaire des masses opprimées est pleinement progressiste et légitime.

Yvan Lemaitre

Le capitalisme accroît la pauvreté dans le monde, tous les jours

La Journée mondiale contre la misère organisée dimanche dernier par ATD-Quart Monde a été l’occasion de rappeler l’aggravation de la misère engendrée par l’exploitation capitaliste.

Trois milliards d’êtres humains, soit un habitant de la planète sur deux, survivent aujourd’hui avec moins de deux dollars par jour. Parmi eux, un milliard trois cents mille n’ont même pas un dollar (moins de six francs) par jour.

Dans les pays pauvres, essentiellement en Afrique et en Asie (mais aussi dans l’ex-URSS où le nombre de ceux qui vivent en-dessous du seuil de pauvreté est passé de 4 millions en 1988 à 120 millions aujourd’hui), la situation est dramatique. 850 millions d’enfants souffrent de malnutrition. Dans nombre de pays, l’espérance de vie ne dépasse plus 40 ans.

Les épidémies telles que le choléra, la tuberculose, la typhoïde tuent aujourd’hui par milliers à cause de la misère. Près de trois milliards d’hommes sont privés de l’hygiène la plus élémentaire : un tiers de la population des pays pauvres n’a aujourd’hui pas accès à l’eau potable. Rien que sur le continent africain, 2 millions de personnes sont mortes du Sida cette année et 22 millions sont contaminées par le virus, sans aucun moyen de se soigner vu le prix inabordable des traitements.

La situation des plus pauvres s’aggrave sans cesse : les 25 % les plus pauvres de l’humanité n’ont aujourd’hui accès qu’à 1,1 % de la richesse mondiale contre 2,3 % en 1960.

La misère progresse aussi dans les pays riches. En Europe, on compte aujourd’hui 18 millions de chômeurs et entre 50 et 70 millions de pauvres qui ne peuvent accéder réellement aux soins ni à des logements corrects. Alors que 8,5 % de la population active européenne était au chômage en 1991, en 1998 il y en avait 11 %, dont près de la moitié depuis plus d’un an. Et rien qu’en France, un million de personnes n’ont que le RMI pour vivre et 3,3 millions de foyers vivent en-dessous du seuil de pauvreté.

C.L.

Allégement de la dette des pays pauvres :l’hypocrisie des Etats et des organismes internationaux, serviteurs des grands groupes capitalistes

Le dernier week-end de septembre, le Fonds Monétaire International (FMI), la Banque Mondiale et des représentants des Etats les plus riches de la planète réunis à Washington se sont lancés dans une auto-célébration de leur généreuse " nouvelle alliance contre la pauvreté ". A l’ordre du jour de leur réunion figurait en effet le bouclage du plan d’allégement de la dette des pays pauvres décidé à Cologne par les 7 pays les plus riches, en juin dernier. Pendant 3 mois, chacun des " généreux " puissants a tenté de réduire au maximum sa contribution. Résultats : il manque quelques centaines de millions de dollars, mais cela n’empêche pas Strauss-Kahn et consorts d’annoncer tout contents, qu’ils vont effacer, progressivement, dans les années à venir… environ 40 milliards de dollars de dettes des 41 pays les plus pauvres de la planète, la plupart en Afrique. De quoi rendre lyrique Gordon Brown, le ministre de l’économie britannique : " Ceux qui bénéficient de la plus grande prospérité que le monde a jamais connue tendent aujourd’hui la main à ceux qui sont écrasés par les dettes les plus lourdes que le monde ait jamais connues ". Il faut au moins cela pour tenter de masquer d’un voile de générosité le pillage systématique des pays pauvres par les pays les plus riches, pour le compte des groupes capitalistes.

En effet, seuls les pays les plus saignés à blanc ont pu obtenir l’allégement de leur dette. Les conditions étaient drastiques : un revenu de moins de 1 000 dollars par habitant et par an, et il fallait que le montant des intérêts qu’ils devaient verser représentent deux fois leurs exportations. Et bien évidemment ces pays devront s’engager dans un programme de réformes économiques sous la dictée du FMI, dont on connaît bien les conséquences : programme d’économies des budgets des Etats aux dépens des services publics, privatisation de tout ce qui est rentable, arrêt des subventions aux produits de première nécessité ; autant de mesures qui entraînent une aggravation de la misère des populations.

D’autre part, si certaines des dettes qui vont être allégées étaient des dettes contractées auprès d’Etats, la majorité étaient des dettes commerciales, donc auprès d’organismes privés. Et toutes les difficultés du montage de ce projet, viennent du fait que les Etats doivent prendre à leur charge ces dettes afin que les créanciers privés qui ont déjà empoché des milliards de bénéfices rien que par le paiement des intérêts puissent récupérer leur mise. Autrement dit, les fonds publics des pays riches servent à assurer les profits des financiers privés.

La misère des pays pauvres a une cause, c’est l’économie de profit qui aboutit à ce que les 3 personnes les plus riches du monde aient une fortune supérieure aux richesses produites chaque année dans les 48 pays les plus pauvres ; et que les 225 plus grandes fortunes accaparent l’équivalent du revenu annuel de 2,5 milliards d’habitants de cette planète. Qui parle de fatalité ?

Isabelle Cazaux