éditorial


Face a l'arrogance patronale, les travailleurs reprennent confiance en eux-mêmes et dans la lutte

 Les patrons devraient rendre public prochainement le montant de leurs salaires, ainsi en ont décidé le baron Seillière, président du Medef et Pineau-Valencienne, président de l’Association française des entreprises privées. Cet appel des représentants du patronat, la main sur le cœur, à dire toute la vérité sur les salaires perçus par les dirigeants des grands groupes capitalistes n’a rien à voir avec une soudaine conversion à la transparence et à la démocratie.

Seillière et Pineau-Valencienne ont eux-mêmes refusé de dire combien ils touchaient, n’ayant visiblement aucune envie de prendre les devants pour donner l’exemple. Et de quelle transparence pourrait-il être question dans cette société où les PDG touchent en plus de leur salaire, de l’ordre de 4 à 15 millions de francs par an, les dividendes des actions de leur propre entreprise ou d’autres, ou quand on apprend qu’une société comme Elf aurait financé la campagne électorale d’un Kohl par l’intermédiaire d’un Mitterrand ?

L’appel à la publication des fortunes patronales est un geste d’arrogance vis-à-vis de l’opinion publique et des salariés. En se disant prêts à nous livrer le montant de leurs salaires, ils assument sans complexes leur situation de privilégiés et ils voudraient nous faire accepter comme normal le fonctionnement de leur système. Ils revendiquent haut et fort leur enrichissement personnel acquis par la multiplication des licenciements, l’augmentation de la précarité, la baisse du coût du travail et les nombreuses subventions que leur accorde généreusement le gouvernement.

Leur politique, encouragée par le gouvernement, c’est la fuite en avant vers la course aux profits avec pour conséquences, d’un côté, pour les dirigeants capitalistes, des salaires exorbitants et de multiples avantages, de l’autre, pour nous, la baisse de notre pouvoir d’achat et la dégradation de nos conditions de travail et de vie.

Les petites provocations d’un patronat aveuglé par le mépris ont l’effet inverse de celui qu’ils espèrent. Sa propagande pour tenter de légitimer le profit ne peut que nous encourager à revendiquer notre part des richesses produites par notre seul travail dont des salaires qui nous permettent de vivre.

De la même façon, son mépris à l’égard des syndicats qu’il voudrait voir à sa botte pour se livrer à de nouvelles attaques, ouvre les yeux de tous sur le paritarisme, la collaboration de classe contre nos intérêts.

Le Medef fait un chantage à son départ des organismes paritaires au 31 décembre prochain pour que des mesures soient prises rapidement dans le sens d’une privatisation des assurances-maladie et de chômage.

Et il a annoncé qu’il convoquait les directions syndicales le 3 février prochain pour discuter de ce qu’il appelle " la rénovation sociale ". La nouveauté dont il se targue, c’est d’ici le 30 juin, la diminution des droits pour les chômeurs et d’ici le 31 décembre, de nouvelles mesures d’austérité pour la Sécurité sociale et la remise en cause des retraites par répartition.

Cette politique de mise au pied du mur des organisations syndicales et des salariés a l’entier soutien du gouvernement. Jospin s’est réjoui de ce que le patronat ouvre des négociations directement avec les syndicats. Comme si c’était de discussions prenant en compte les intérêts des salariés dont il était question !

En prenant les devants, Seillière rend service au gouvernement, il lui permet de rester à l’écart et de tenter de faire croire qu’il a une autre politique que celle du patronat. Mais gouvernement et patronat marchent bien la main dans la main, les travailleurs ne sont pas dupes et ils ne sont pas d’accord avec cette logique aveugle de la course aux profits qui conduit toute la société à la catastrophe.

Pour les salariés de Moulinex qui ont déjà connu deux vagues de licenciements, dont les salaires sont bloqués depuis 1995 et la flexibilité des horaires imposée, il ne peut être question de ne pas réagir à l’annonce d’une troisième vague de licenciements par leur patron qui, entre-temps, a empoché les subventions du gouvernement qui ont servi à enrichir encore plus les actionnaires.

Il ne peut être question d’accepter de continuer à voir nos conditions reculer. Nous sommes de plus en plus nombreux à le penser et, de plus en plus souvent, à prendre le chemin de la lutte comme les hospitaliers qui refusent les suppressions de lits et de services au nom de la rentabilité des services publics voulue par le gouvernement. Ils ont bien raison de faire une grève nationale le 28 janvier prochain et de manifester publiquement leur désaccord avec la politique irresponsable du gouvernement. Les postiers aussi se mobilisent cette semaine, une nouvelle fois, contre une politique qui voudrait imposer le passage aux 35 heures sans création d’emplois alors que la précarité augmente dans leurs rangs.

Les résistances à la politique du patronat et du gouvernement commencent à s’organiser. Préparer notre propre contre-offensive dans l’unité et la démocratie est la seule voie pour, en défendant nos intérêts de salariés, défendre l’intérêt collectif.