éditorial



Le 1er mai : célébrer les luttes du passé pour préparer les luttes de l'avenir

Au milieu de l'agitation dérisoire des politiciens en quête d'un poste de député ou de ministre, la date du 1er mai arrive cette semaine comme un rappel symbolique, un écho des luttes ouvrières du passé contre la bourgeoisie.

Dans plusieurs pays, le 1er mai reste une journée de mobilisation des travailleurs qui bien souvent, comme par exemple en Turquie, s'affrontent durement aux forces de répression. Mais y compris dans les pays impérialistes comme la France où les manifestations ont davantage le caractère de défilés commémoratifs en rien menaçants pour l'ordre établi, le 1er mai est appelé à reprendre toute sa signification de journée internationale des travailleurs. Il est vraiment souhaitable que ces manifestations soient un succès, surtout si leurs participants commencent à renouer avec les idées qui présidèrent à cette initiative du 1er mai. Car ce serait une façon de dire à la face du petit monde des exploiteurs et des politiciens à leur service : "nous sommes là, nous les travailleurs et les chômeurs. Nous renouons avec le passé des générations de salariés qui se sont battus pour une vie plus digne, pour changer leur sort, pour faire progresser cette société en la transformant de fond en comble. Nous renouons avec ce passé des luttes collectives, fraternelles pour préparer les luttes de l'avenir qui permettront de façonner un autre monde".

Evoquer l'histoire du 1er mai, ce n'est en rien se plonger dans un passé révolu car cette histoire est riche d'enseignements pour notre époque. Le 1er mai 1886, les ouvriers de Chicago manifestaient pour obtenir une journée de travail limitée à 8 heures. La répression fut sanglante. 6 dirigeants ouvriers furent pendus. A partir de 1890, des manifestations ouvrières eurent lieu dans tous les pays à l'initiative de la deuxième internationale pour obtenir partout la journée de 8 heures. Cette revendication allait au-delà de l'exigence élémentaire de ne plus être totalement exténué par l'exploitation. Les ouvriers voulaient pouvoir se reposer et avoir un peu de loisirs. Mais les plus conscients d'entre eux voulaient surtout du temps pour pouvoir s'éduquer et s'organiser pour l'émancipation des travailleurs de tous les pays;

Ces préoccupations restent entièrement actuelles. Aujourd'hui, de par le monde, des dizaines de millions de travailleurs adultes ou enfants s'épuisent à la production dix heures par jour voire plus, tandis que des dizaines de millions de personnes encore plus nombreuses sont réduites au chômage et bien souvent à la famine. C'est cela le visage du capitalisme qui rend sa destruction absolument nécessaire pour que la société devienne enfin humaine.

Dans ce pays, les politiciens de droite comme de gauche s'évertuent à maquiller le visage du capitalisme. Ils savent qu'il existe un risque d'explosion sociale et c'est pourquoi même Jospin ou Juppé se croient obligés de se démarquer du capitalisme "dur" ou du capitalisme "grossier". Mais comment la course aux profits pourrait-elle se faire autrement que durement, grossièrement, impitoyablement ? Ce système est trop aberrant, contradictoire et somme toute trop fragile, pour laisser aux hommes d'affaires et aux patrons le choix des moyens. La pression accrue de la concurrence, et l'alimentation de tous les rouages de la spéculation financière nécessitent l'exploitation de plus en plus féroce de la classe ouvrière mondiale. C'est pourquoi on ne peut s'attendre dans les années à venir qu'à des grands conflits de classe entre la bourgeoisie et la classe ouvrière.

Cela est inscrit dans la logique même de ce système d'exploitation.

Mais comment faire pour que ces luttes à venir soient victorieuses ? De très nombreux militants, travailleurs du rang ou jeunes peuvent y contribuer. Ils peuvent par leur activité et leur enthousiasme redonner confiance à la classe ouvrière dans sa force et dans sa capacité à changer le monde. Comme au siècle dernier, cela demande d'y consacrer du temps, de l'énergie pour faire revivre autour de soi les idées socialistes, communistes, révolutionnaires. Ce sont ces idées qui ouvrent des perspectives à tous et c'est à partir d'elles que se construira une force politique, un instrument d'intervention permanente, conforme aux intérêts de classe des travailleurs et conforme aux intérêts généraux de la société.

Dissolution de l'assemblée : ils s’agitent parce qu’ils ont peur de nous

Nous sommes donc appelés aux urnes. L’Assemblée Nationale en pleine discussion sur le projet de loi sur la "cohésion sociale", terme hypocrite pour désigner le drame de l’exclusion et du chômage, est dissoute. Elle n’aura même pas eu le temps de voter ce projet de loi dont tout le monde sait qu’il ne servira à rien et qu’il sera bien impuissant à lutter contre les méfaits de la politique du patronat et de l’Etat. Car ce n’est qu’un écran de fumée pour laisser croire que le gouvernement et la majorité se soucient d’apporter des solutions au problème de la "fracture sociale" selon les engagements du candidat Chirac aux élections présidentielles.

Le bilan est à l’opposé des promesses, et l’avenir s‘annonce pire. Alors, il faut faire vite. Avant que le mécontentement ne soit trop grand, que la droite ne se discrédite et laisse le temps soit à la gauche soit au Front National de capitaliser ce mécontentement, on met tout le monde devant le fait accompli. Et surtout Chirac voudrait se donner les moyens d’aggraver sa politique anti-ouvrière, opposée aux intérêts de toute la population.

D’ailleurs Gandois, le président du CNPF s’était réjoui par avance à l’idée d’élections anticipées, précisant : "Quelle que soit la date des élections, il faut changer le rythme des réformes. On ne court pas assez vite". Le rythme des réformes, cela veut dire le rythme des attaques contre les salariés. En voilà un qui doit être satisfait comme semblent l’être tous les gens de droite fiers du bon coup de leur chef.

Ils pensent qu’en prenant l’initiative, en bousculant le calendrier, Chirac prend l’avantage et masque son discrédit croissant comme celui de son premier ministre et qu’il se donne ainsi les moyens de mener sa politique comme il l’entend. Ils rêvent d’un plébiscite honteux en quelque sorte pour une politique qui n’ose pas vraiment dire clairement ses objectifs.

On fait semblant de nous demander notre avis mais tous les dés sont pipés. Tout se décide ailleurs qu’au parlement, ce théâtre d’ombres destiné à masquer les vrais rouages et mécanismes du pouvoir de la bourgeoisie et à couvrir de la légitimité populaire les mauvais coups des gouvernements contre la population.

On se réjouirait que Chirac et son premier ministre reçoivent un camouflet à la hauteur du mécontentement réel de l’immense majorité de la population. Malheureusement, ce n’est pas l’hypothèse la plus probable tellement leurs adversaires sont peu crédibles et pleutres.

Le PS n’a d’autre choix que de nous resservir la politique de la cohabitation en inversant les rôles. Cela ne leur sera pas trop difficile de part et d’autre. Et Chirac est parfaitement prêt à faire faire sa politique par le PS. Il sait que celui-ci y est parfaitement prêt aussi, pour la simple raison que le PS n’a pas d’autre politique que la droite, une politique au service du patronat et des grands groupes financiers.

Quant au PC, il nous ressert le même plat refroidi d’une vraie politique de gauche sans même l’espoir d’aller au gouvernement. Mais à quoi pourraient servir quelques députés communistes de plus ? A rien puisqu’ils ne se considèrent pas exclusivement comme les représentants de la population laborieuse et de ses luttes pour imposer un plan de défense des travailleurs.

Quand Robert Hue s’est-il engagé à se battre pour imposer l’interdiction des licenciements, pour garantir le droit des travailleurs comme de toute la population à exercer son contrôle sur les comptes des banques, des grandes entreprises comme de l’Etat ? Pourtant, il n’y a pas d’autre solution pour empêcher que la misère ne s’insinue partout, avec ses effets démoralisants, qui sécrètent le désespoir et la violence individuelle, qu’une partie croissante de la classe ouvrière et de la jeunesse ne soit marginalisée, exclue.

Il n’y a pas d’autre solution que de nous donner les moyens d’agir en toute conscience pour défendre nos intérêts. Le patronat et les politiciens qui le servent agissent en toute conscience pour défendre leurs intérêts égoïstes et avides, à nous d’agir de même pour le compte des intérêts de toute la société.

En accélérant le calendrier politique, Chirac pourrait bien n’avoir réussi qu’à rapprocher l’heure des comptes.