Réponse a Michel Rodinson ou les mensonges et la folie de la direction de Lutte ouvrière
Nous reproduisons la lettre en date du 7 juillet 1997, signée de Michel Rodinson, pour Lutte Ouvrière, en réponse à une demande dexplication dun camarade jusqualors abonné à Lutte Ouvrière, à propos de notre exclusion en mars dernier. Nous publions cette lettre parce quelle nous semble significative de lhypocrisie et des mensonges de la direction de Lutte Ouvrière, comme de son étrange façon daborder aujourdhui la question vitale de la construction dun parti révolutionnaire. Nous le faisons parce que cela nous semble politiquement utile et nécessaire :
" Cher camarade,
Nous te remercions de ta lettre du 30 juin. En effet, pour avoir notre avis, le mieux est de sadresser à la source
Tu es surpris que nous nayons pas fait mention de camarades qui constituent aujourdhui " Voix des Travailleurs " dans les colonnes de Lutte Ouvrière et de Lutte des Classes. Mais nous navons jamais eu pour habitude de consacrer nos publications à exposer nos problèmes internes. Car cette exclusion est intervenue pour des motifs strictement internes - de discipline - et non pour des raisons politiques. Une exclusion pour de telles raisons ne ferait certes pas partie de nos méthodes : nous avons ainsi une fraction qui expose régulièrement ses idées dans une tribune prévue pour cela. Mais si nous estimons utile quun tel débat politique ait lieu au grand jour, nous ne voyons pas de raison de le faire pour des problèmes internes.
Bien sûr, ces camarades se découvrent maintenant des divergences politiques, mais nous navons pas lintention de nous livrer à une polémique. Sils expriment des critiques nous concernant, cest maintenant à chacun de se faire une opinion sur leur bien-fondé. Cest à chacun de juger du sérieux de ces critiques apparues après coup. A chacun de juger si, comme nous en sommes accusés, nous sommes une organisation " repliée sur elle-même ", " sectaire ", et qui ne se donne pas les moyens de construire le parti nécessaire et si ces camarades ont pour répondre à cette question du parti une meilleure solution et des capacités meilleures.
Nous nous permettons en tous les cas de transmettre ta lettre aux camarades de Bordeaux qui nous sont restés fidèles en leur demandant de prendre contact avec toi pour discuter directement et apporter tous les éclaircissements que tu souhaites.
En te remerciant en tout cas de ta lettre, nous tadressons, cher camarade, nos salutations révolutionnaires. "
Donc, notre exclusion naurait dautre raison que des raisons disciplinaires. Michel Rodinson, trop soucieux de dire ce quil faut dire a peut-être perdu tout sens critique, mais il est bien difficile dimaginer que la dissolution de deux sections puis les exclusions des militants qui nétaient pas daccord qui ont suivi, lexclusion de près de 10 % de Lutte Ouvrière, nest pas un problème politique qui ne peut avoir dautres raisons que politiques.
A moins de vivre dans un monde paranoïaque, un tel fait ne peut être que politique et exige des explications politiques.
Rodinson se livre à des contorsions qui permettent de justifier que brusquement les lecteurs de " Lutte de Classes " découvrent lexistence dun nouveau groupe trotskiste, " Voix des Travailleurs ", sans la moindre explication, comme si de rien nétait. Surtout comme sils devaient accepter les mensonges et lhypocrisie de la direction de Lutte ouvrière qui voudrait effacer cette bassesse et cet acte irresponsable.
Des raisons disciplinaires ? Lesquelles ?
Les camarades qui ont été exclus sétaient expliqué largement dans des lettres, des questions quils pouvaient se poser. Ils avaient à loccasion du dernier congrès de Lutte Ouvrière proposé une formulation différente des textes sur la situation intérieure et dans les mois qui ont précédé leur exclusion, ils se sont clairement expliqué par écrit, et sur les problèmes quils avaient pu et quils pouvaient se poser et sur les réponses que leur apportait la direction de Lutte Ouvrière, réponses assez peu nuancées, souvent silencieuses mais quant au fond extrêmement brutales et convaincantes du fait que lorganisation dans laquelle nous avions milité, pendant plus de 30 ans pour certains, nétait plus la même.
" Nous avons une fraction ", écrit Michel Rodinson. Voilà, dans ses biens, Lutte Ouvrière est propriétaire dune fraction. Mais il suffit que cette fraction exprime une critique, comme à propos de lattitude de LO à légard des manifestations contre les lois Debré, pour que soient brandies les pires menaces. Et avoir une fraction nest en soi une garantie ni de démocratie ni dhonnêteté, simple façon de gérer les problèmes quon est bien incapable de résoudre.
Oui, il y a aujourdhui une fraction à Lutte Ouvrière, comme il y a 10 % de militants de lorganisation qui sont exclus, parce que la direction de Lutte Ouvrière est incapable de répondre aux problèmes que lui posent ses propres succès, les succès de ce qui a été une politique, le travail de ses militants, de ses sympathisants, succès et travail auxquels nous avons pris largement notre part en toute modestie.
Alors il est mensonger de dire que nous nous inventons aujourdhui des divergences. Encore une fois nous avons clairement formulé les problèmes politiques qui étaient les nôtres. La direction de Lutte Ouvrière a refusé de discuter de quoi que ce soit, inventant des problèmes disciplinaires contre des camarades, dont personne ne peut faire état du moindre geste dindiscipline à légard des engagements politiques, à légard des engagements didées, de tout ce qui fonde la démocratie et la confiance dans une organisation de révolutionnaires.
" A chacun également de juger ", écrit Michel Rodinson " si ces camarades ont pour répondre à cette question du parti de meilleures solutions et des capacités meilleures ". Cette formulation est ridicule, stupide. Il ne sagit pas de savoir qui est le meilleur. Le problème, ce nest pas nous. Le problème, ce nest pas Lutte Ouvrière. Le problème, cest la tâche de la construction dun parti révolutionnaire dans notre pays et au-delà de ses frontières. Il est irresponsable de pouvoir ainsi, pour des raisons de prestige, tirer un trait sur des militants dont tout le passé, les écrits, comme les actes, sont là pour prouver que toute leur vie a été et sera consacrée au mouvement révolutionnaire. Cest le fait dun dirigeant politique prisonnier et obsédé de lui-même, dépassé par la force des idées auxquelles il sest consacré et qui voudrait diriger une organisation révolutionnaire comme il vit et comme il pense, en chef du personnel.
Le simple fait que Rodinson évoque cette possibilité, pose cette question, est un aveu en lui-même. Comment, si nous restons dans le cadre des considérations de Rodinson, nous, bannis, exclus, calomniés, pourrions-nous avoir de meilleures réponses que Lutte Ouvrière jouissant du crédit du passé, de celui dArlette Laguiller, sans parler des subsides financiers de lEtat. Eh bien, Rodinson a raison de poser le problème parce que malheureusement, il se pose. Parce que malheureusement, la direction actuelle de Lutte Ouvrière est incapable de faire face à ses responsabilités. Elle se dérobe et voilà pourquoi elle contraint des militants à sorganiser en marge de leurs camarades, en fraction, comme elle nous contraint à militer hors de notre organisation. Quelle ne sinquiète pas de nos capacités, au moins de nos capacités à militer et à construire, elles sont intactes, bien vivantes, renforcées par les épreuves.
Michel Rodinson parle de ceux " qui nous sont restés fidèles ". Sil veut parler de fidélité didées, de fidélité de filiation et dengagement, il sait de qui il sagit, de nous. Sil veut parler de ceux qui acceptent de trafiquer la vérité et de se livrer à toutes sortes de contorsions morales comme politiques pour justifier leurs propres actes et surtout pour essayer déviter les conséquences de leurs propres actes, alors, nos chemins divergent.
Mais nous sommes convaincus que rien nest écrit, tout peut basculer. Le travail passé ne sera pas ainsi dilapidé en quelques mois de crise. Chacun saura à temps prendre ses responsabilités, sans se laisser prendre en otage pour justifier linjustifiable, céder au chantage, prisonnier du passé au moment où lavenir frappe à la porte.
Nous avons confiance et savons que Michel Rodinson comme bien dautres saura effacer ces piètres lignes pour retrouver le langage honnête de la solidarité, du combat et de la camaraderie.
Trotsky : " le drame du prolétariat français "
Dans un article écrit en 1922, intitulé " le Drame du prolétariat français ", faisant le compte-rendu dune pièce de théâtre " La Nuit ", écrite par Marcel Martinet, Trotsky écrivait :
" Le radicalisme verbal, la politique des formules intransigeantes qui nouvrent la voie à aucune action, et consacrent par conséquent la passivité sous le masque de lextrémisme étaient et restent la rouille la plus pernicieuse du mouvement ouvrier français. Les orateurs qui ne savent pas en commençant la première phrase ce quils diront dans la seconde ; dhabiles bureaucrates du formalisme qui ignorent lévolution des événements ; des chefs qui ne réfléchissent pas aux conséquences de leurs propres actions ; des individualistes qui, sous le drapeau de lautonomie, de tout ce quon voudra : province, ville, syndicat, organisation, journal, défendent invariablement leur individualisme petit-bourgeois contre le contrôle, la responsabilité, la discipline ; des syndicalistes qui non seulement ne ressentent pas le besoin mais craignent de dire ce qui est, dappeler une erreur par son nom, dexiger deux-mêmes et des autres des réponses précises à une question précise et qui masquent leur impuissance sous leffort habituel du ritualisme révolutionnaire ; des poètes magnanimes qui veulent déverser sur la classe ouvrière les réserves de leur magnanimité ou de leur confusion mentale ; des saltimbanques, des improvisateurs qui sont trop paresseux pour penser et qui soffensent quil y ait des gens pour penser, des faiseurs de calembours dénués didées, des oracles de clocher ; des petits curés révolutionnaires déglises se combattant mutuellement, voilà le terrible poison du mouvement ouvrier français, voilà la menace, voilà le danger. "
Cram- Rouen : la loi ? Connaît pas !
La direction de la CRAM de Rouen na jamais caché son hostilité aux garanties de la Convention Collective des employés de la Sécu. Larticle 17 qui prévoit la titularisation au bout de six mois lexaspère particulièrement. Il a donné lieu à plusieurs procès devant les prudhommes (tous perdus par la direction), ainsi quà de nombreuses interventions de lInspection du travail.
Récemment la CRAM a encore cherché à détourner cet article en faisant appel à des sociétés dintérim pour effectuer les remplacements dans ses établissements extérieurs.
La semaine dernière la direction a franchi un pas de plus. Une employée était en CDD depuis plus de six mois début juillet. Elle demande sa titularisation, la direction refuse et met fin à son contrat. Les prudhommes saisis en procédure durgence rendent leur jugement le 7 août. Le CDD est requalifié en CDI, la réintégration ordonnée.
Que fait la direction condamnée ? Elle ignore le jugement, refuse de lappliquer et le fait savoir le 14 août à lhuissier venu lui faire une sommation à exécuter. Une nouvelle procédure en référé est engagée devant les prudhommes. Ce sont pour des raisons similaires, le refus systématique dappliquer les droits des employés, en particulier en matière de titularisation et de salaire, que la CRAM a connu en 1995 un conflit de plus de trois mois, dont un mois et demi de grève totale. Ce conflit est dans toutes les mémoires et nombreux sont les employés présents qui lévoquent.
Il vaut mieux ne pas être a l'hôpital l'été, ni comme malade, ni comme employé
Au CHU de Bordeaux, la période des vacances est encore plus difficile cette année que les années précédentes. La direction a fait fermer davantage de services afin de ne pas remplacer les congés. Mais dans les services restés ouverts, cest bien souvent la panique, car les lits manquent. Il nest pas rare que des lits soient rajoutés dans les chambres et bien souvent les médecins cherchent quel malade ils vont devoir faire sortir pour accueillir les urgences qui ne peuvent pas attendre. Aussi les services sont particulièrement lourds alors que nous sommes en nombre minimum, parfois même moins nombreux en semaine que ce qui est théoriquement prévu pour le dimanche.
Le manque de personnel, par exemple, dans un service dhématologie de lHôpital-Sud
Que ce soit pour remplacer les congés annuels ou les congés maladie, lembauche du personnel à lhôpital est insuffisante, et nous nous retrouvons dans des situations inconcevables. Comment est-il possible de travailler dans de telles conditions ? Comment pouvons nous réaliser les soins quand nous nous retrouvons à une seule aide-soignante dans un service dhématologie pour une vingtaine, sinon plus de patients, quand nous passons dun soin à un autre au plus vite ?
Le peu de personnel qui est embauché pour un à trois mois pour faire les remplacements est aussitôt lâché dans les secteurs dhospitalisation, alors que la plupart dentre eux nont eu aucune formation au préalable. Tout le monde en pâtit, le personnel qui travaille déjà à lhôpital, le personnel qui arrive pour faire les remplacements, et le malade qui subit.
La direction, elle, ne veut rien savoir. Lors dune réunion dans le service, un directeur, homme organisé qui voit loin, nous a dit sans rire : " il ny aura aucune embauche dans les 50 ans qui viennent, voire dans les 100 ans ". Tandis que ces gens-là bavardent et se moquent totalement des problèmes, nous essayons dassurer les soins aux malades. Cest sûr, ça pourra pas durer 50 ans
Les conséquences des fermetures de lits en cardiologie à lHôpital-Sud...
Pour lété, la direction a fait fermer 3 services et demi sur lhôpital cardiologique. Ainsi, elle na embauché que très peu de remplaçants pour les congés. Mais la situation est intenable : dans le service pédiatrique, la moitié du service a été fermée... sur le papier, cest-à-dire que seulement la moitié du personnel est là, mais les besoins sont tels quaucun lit na pu être fermé. Les enfants cardiaques sont donc bien là, mais il ny a personne pour sen occuper et la direction envisage de rappeler du personnel en congés.
En médecine, 2 services sont fermés, les 5 qui restent sont archi-pleins et les soins intensifs bataillent chaque jour pour trouver un lit disponible. Dans tous les services, il y a une concentration de malades " lourds " demandant beaucoup de soins, donc davantage de travail alors que nous sommes en nombre encore plus réduit que le reste de lannée. De plus il fait une telle chaleur dans les services non climatisés que cela rajoute à la fatigue des malades et à la nôtre.
Aux urgences de lhôpital Saint-André
Il nest pas rare quon doive refuser des malades par manque de place tant aux urgences quau " service-porte ", service intermédiaire entre les urgences et les secteurs dhospitalisation. Alors les médecins doivent téléphoner dans les autres hôpitaux et les cliniques pour tenter de désengorger les urgences. Cest autant dinquiétude, dangoisse pour les malades, de risques pris aussi. Et autant de complications, de temps perdu, de stress, pour le personnel et les médecins.
Et à celles de lhôpital Pellegrin
A lhôpital Pellegrin, dans le service des Urgences, la soi-disant vitrine dun hôpital moderne, on a bien senti cet été les conséquences de la politique déconomie menée par la direction : ainsi, dans une atmosphère caniculaire, faute dune climatisation cohérente, lensemble du personnel arpente des kilomètres presque en courant, souvent sans pouvoir se reposer, pour prendre en charge, soigner jusquà 130 patients par jour. Le dimanche matin, ce nest pas rare que dans le secteur des soins durgence, il ny ait quune infirmière et une aide-soignante au lieu de 2 minimum pour assurer la marche du service.
Par manque de personnel, de lits disponibles, certains patients qui doivent être hospitalisés attendent parfois jusquà 5 ou 6 heures sur un brancard !
De plus, comme la direction a décidé la fermeture de nombreux lits dans tous les autres hôpitaux du CHU, ceux-ci nous envoient en urgence des patients quils nont pas les moyens de gérer faute de place et de personnel. Cette situation fait dailleurs souvent dire aux malades qui connaissent déjà lhôpital quen été il vaut mieux rester en bonne santé. Le hic, cest que justement on ne choisit pas de rester en bonne santé !
Le personnel, lui, est épuisé, sous pression, avec en plus la menace pour les auxiliaires et les contractuels dun non-renouvellement de leur contrat à la fin de lété.