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Les pompiers en colère contre Jospin et Chevènement

Le mécontentement se renforce chez les pompiers. Lors de leur congrès national à Lyon, un mouvement de grève était déjà lancé depuis le 18 septembre. Le gouvernement n'a pas hésité à envoyer un cordon de CRS pour les accueillir à l'entrée de ce congrès. Et ce n'est pas l'intervention de Chevènement (ministre de tutelle) qui a calmé les esprits puisque les pompiers l'ont prise comme une véritable déclaration de guerre. Il n'y avait aucune avancée en ce qui concerne leurs revendications. Les pompiers ont répondu en lançant un appel de grève administrative tous syndicats confondus à partir du 24 septembre 1997.

En effet, le gouvernement Jospin et son ministre de l'Intérieur Chevènement veulent leur imposer : une augmentation du temps de travail de 56 heures payées 39 à 67 heures par semaine, la diminution du nombre de sapeurs-pompiers sur les véhicules de secours mettant en cause l'efficacité et la sécurité lors de l'intervention, le paiement par les particuliers d'interventions non urgentes qui sont gratuites pour l'instant.

En juin déjà, les pompiers s'étaient mis en grève pour protester contre ces projets.

Plus de travail pour eux alors que dans le même temps, le nombre de chômeurs est en augmentation constante. Conscients de cela, à Rouen, les pompiers s’en sont directement préoccupés. En faisant signer leur pétition, ils avaient indiqué une colonne " chômeurs ". Leur but était de comptabiliser le nombre de signataires, demandeurs d’emplois, en faisant correspondre avec le nombre d’emplois que eux pompiers réclamaient, c’est-à-dire une centaine. Cette démarche, tout comme le mouvement, étaient organisés par la CGT sur l’ensemble des casernes de Rouen, rencontrant la sympathie des travailleurs et des chômeurs. Les chômeurs ont exprimé, selon les grévistes, à maintes reprises leur satisfaction que les pompiers fassent le lien entre ceux qui sont privés d’emplois et ceux qui ne le sont pas.

Début septembre, les pompiers ont enfin reçu une réponse du ministre. Il a annoncé une prime sur le salaire de base de 6 % pour un simple pompier soit 460 F et 34 % pour un colonel soit 7260 F. Ce ministre de gauche a le sens de la hiérarchie et par ses décisions ne se différencie pas de ses prédécesseurs. Quant à l’augmentation des effectifs et la diminution du temps de travail, rien n’a été décidé.

Les pompiers font largement connaître leur mécontentement et sur leurs camions ils ont écrit en grand "pompiers en grève, secours gratuits assurés".

Renault-Cléon : à trop tendre la chaîne, elle peut sauter

A l’usine de Renault-Cléon, les conditions de travail ne cessent de se dégrader depuis la mise en place des nouveaux horaires, qui se traduisent par une réduction des temps de pause, un allongement du travail effectif de 21 minutes par jour, et le repas en fin de poste ce qui a eu des répercussions sur notre santé.

Sur les Tabliers au montage du moteur F, les nouveaux horaires ont en plus coïncidé avec une montée en cadence. La direction estime elle-même que les gains de productivité atteignent plus de 30 % par rapport aux installations de 1982. Autant dire que pour les travailleurs, dont beaucoup ont plus de 50 ans dans ce secteur, les cadences sont encore plus dures et le travail encore plus épuisant surtout que tout repas chaud est exclu jusqu’à la fin du travail.

En l’espace de 6 mois, 8 travailleurs se sont évanouis, 5 depuis le retour des congés malgré le mois de vacances. La direction a le culot de prétendre que cela n’est pas lié au travail, que cela aurait pu avoir lieu à la maison. Mais ce n’est pas assis dans un fauteuil mais à leur poste de travail que ces camarades se sont évanouis.

Dans le même bâtiment, sur une autre chaîne de montage, la direction a pris des mesures qui aggravent aussi les conditions de travail. Elle a fait supprimer un magasin automatique de stockage des carters-cylindres. Ce sont maintenant aux travailleurs du secteur de mettre ces carters en containers, plus de 2300 par jour. Les caristes n’arrêtent pas de circuler dans les allées. Les carters doivent être mis en stockage par type de pièces et doivent être remontés sur les convoyeurs de la chaîne de montage qui se trouvent 30 mètres plus loin. Même les caristes, entre deux rotations, sont sollicités pour aider les manutentionnaires, ce qui est nouveau à Cléon.

Autre exemple de cette politique de la direction : sur la chaîne préparation-culasses, elle a fait supprimer au mois d’août un robot qui posait automatiquement les 4 pré-chambres sur la culasse. C’est un camarade de plus de 50 ans qui a des problèmes de dos, qui est en invalidité, à qui il a été imposé de faire le travail du robot en plus de son travail. La main d’œuvre humaine coûte moins cher que les machines et pour maintenir ses profits, Renault n’hésite pas à aggraver les conditions de travail de chacun, ce qui ne se passe pas sans réaction.

Jeudi 26 septembre, dans un secteur de montage de la boite de vitesse JB, nous avons débrayé pendant 30 minutes parce que la maîtrise a essayé de faire passer par tous les moyens une augmentation de production : 1100 boites de vitesse par équipe au lieu de 1000 avant les congés d’été (il y a quelques années, la production était de 750 boites de vitesse). Mais ce n’est pas le seul endroit de l’usine où un débrayage a eu lieu. Mercredi 25 septembre à la Fonderie, les machinistes ont débrayé suite à des menaces à l’encontre de plusieurs travailleurs. La maîtrise dans sa course au rendement avait pris la fâcheuse manie d’attendre au pied des machines et de guetter le moindre retard. C’est au moment de la visite de l’usine par les familles et le public que ce débrayage a eu lieu provoquant la panique du chef.

Même s’ils restent isolés, ces petits débrayages sont révélateurs du fait que les travailleurs de Cléon supportent de moins en moins les cadences folles et les pressions qu’on exerce sur eux pour qu’ils les acceptent.

Grève a Chambourcy (Nestlé) contre la fermeture de l’usine

La direction de Nestlé-France vient d’annoncer sa décision de fermer l’usine Chambourcy de Carbon-Blanc en Gironde pour juillet 98. La direction met en avant les difficultés financières de Chambourcy alors que le trust Nestlé a vu ses bénéfices augmenter encore l’année dernière de 16 %. Ce sont donc 223 travailleurs qui seront mis à la porte, en plus des 50 licenciés dans le site Chambourcy de Lisieux et une soixantaine serait mutée sur les trois autres sites Chambourcy. La direction parle d’un éventuel repreneur, mais personne n’y croit.

Déjà en 1992, lors de la fermeture de l’usine de Marseille qui s’était traduite par 200 licenciements, des camarades avaient été mutés à Carbon-Blanc. Ils se retrouvent aujourd’hui menacés à nouveau de licenciement ou bien de mutation… mais ils se souviennent très bien de la grève qui avait alors éclaté contre la fermeture de l’usine et qui dura deux semaines. A ce moment-là, les travailleurs de Marseille avaient séquestré le directeur de l’usine pendant trois jours.

Cette fois-ci, la menace de la fermeture planait depuis plusieurs mois. Alors, le mardi 23 septembre, le matin du CCE extraordinaire à Paris de Nestlé-France, les travailleurs de Carbon-Blanc ont débrayé. Puis, à l’annonce officielle de la fermeture, ils se sont mis en grève à l’unanimité lors de leur assemblée générale. Le même jour sur les quatre autres sites Chambourcy, les travailleurs se sont mis en grève par solidarité, comprenant bien aussi que tout le monde est aujourd’hui menacé. Ils exprimaient ainsi tous leur colère et leur écœurement face au mépris des patrons.

Lors de la première nuit de grève, les entrées et sorties de l’usine furent bloquées par des clarks et des dizaines de palettes. Le deuxième jour, ce sont les camarades de l’entrepôt à côté de l’usine, peu nombreux, qui appelaient en renfort ceux de l’usine pour contrôler la circulation des camions. Les grévistes s’organisaient ainsi pour empêcher l’entrée et la sortie des produits Nestlé, vérifiant eux-mêmes le chargement de chaque camion. La production fut totalement arrêtée et les stocks bloqués pendant trois jours. Finalement la direction proposa de reprendre le travail pour le lundi suivant contre le paiement des jours de grève et la promesse de tout faire pour trouver un repreneur dans les semaines qui viennent et de proposer un plan social satisfaisant.

Les responsables syndicaux qui ont pris au sérieux ces paroles étaient moins déterminés pour continuer la grève. Ils ont proposé la reprise du travail qui fut votée par les grévistes faute d’autres perspectives. Mais les paroles de la direction, les travailleurs savent bien ce qu’elles valent : beaucoup discutaient des années d’efforts demandées pour obtenir la certification ISO 9002 (norme de qualité et d’hygiène) qui garantissait selon les patrons l’avenir de l’usine. Aujourd’hui on peut voir ce qu’il en est. Alors, même si la reprise a été votée, les travailleurs sont convaincus que la bagarre ne fait que commencer.

La pénurie frappe les soignants et les soignés

L’hôpital de Rouelles est un service de gériatrie qui dépend de la direction de l’Hôpital Général du Havre. Les patients y sont répartis sur 3 étages partagés chacun en 4 ailes recevant 20 patients, soit 80 patients par étage.

Il y a 4 agents par étage, ce qui leur permet de travailler 2 par 2. Chaque équipe de 2 doit effectuer en moyenne 35 changes deux fois par nuit. Autant dire que cela ressemble plus à du travail à la chaîne qu’à un service de soins.

Là où ça se complique, c’est lorsqu’une aide-soignante est absente : celle qui reste a le même travail à faire toute seule car il n’y a plus de remplaçante. En effet, les indemnités de remplacement attribuées à ce secteur sont épuisées depuis mars !

Le personnel de nuit roule sur 3 nuits, 3 repos normalement mais la direction n’a pas trouvé mieux pour régler le problème des absences que de leur proposer de faire une quatrième nuit payée 700 à 800 francs selon le grade. Celles qui acceptent ce système n’ont plus alors que 2 nuits de repos.

Cette pénurie de personnel frappe à la fois les agents hospitaliers et les personnes âgées hospitalisées qui paient pourtant très cher leur placement.