éditorial



Loi sur les 35 heures : le patronat tempête, le gouvernement lui fait des cadeaux et se justifie

Pour ceux qui pouvaient avoir encore des illusions sur l’intelligence du monde patronal, il leur aura sûrement suffi de voir la campagne entamée par le CNPF contre la loi des 35 heures pour se convaincre des limites de ceux qui prétendent diriger l’économie du pays. Le thème en est " Tout le monde ne chausse pas du 35 " ! Quel humour affligeant qui, sous un ton bonasse voudrait masquer son cynisme. Si ces gens-là ne brillent pas par leur esprit, nous sommes bien placés pour savoir à quel point ils brillent par le culot et le cynisme. Et leur campagne n’en manque pas, c’est le moins que l’on puisse dire.

Le CNPF et son nouveau président, le baron Ernest-Antoine Seillière, partent en guerre contre une loi dont ils prétendent qu’elle menacerait " la compétitivité des entreprises françaises " et qui ne pourrait qu’aggraver le chômage.

Si le chômage ne cesse de croître depuis des années, la responsabilité n’en revient à aucune autre loi qu’à celle de ce système social, celui de la propriété privée des capitalistes sur les entreprises industrielles ou commerciales, ce système où l’Etat sert les intérêts d’une minorité de parasites au lieu d’être au service de la collectivité, de toute la population, et qui fait passer la course aux profits avant les intérêts des hommes.

Si le chômage continue de croître dans les mois qui viennent, voire même du fait de la crise financière internationale, s’accroît brutalement, la responsabilité directe en reviendra au patronat, aux financiers, à tous les profiteurs de ce système injuste.

En partant en guerre contre une loi qui leur est entièrement profitable, les patrons entendent faire pression sur un gouvernement prêt à tout pour gagner leur confiance, afin d’obtenir plus de concessions. Ils veulent aussi mener une campagne contre toute réglementation visant à limiter, même si c’est en leur faveur, leur plein pouvoir sur l’organisation du travail, c’est à dire l’exploitation des travailleurs.

La responsabilité du gouvernement est de se plier aux intérêts et aux exigences de cette minorité, tout en faisant semblant de prendre en compte les intérêts de la population et en particulier ceux du monde du travail. C’est pourquoi, quand il prétend lutter contre le chômage, il ment.

Cette loi contre laquelle le patronat est parti en guerre en est un exemple. Il faut d’abord savoir qu’elle ne s’appliquera pas avant le 1er janvier de l’an 2000 pour les entreprises de plus de 20 salariés, et qu’elle est considérée par le gouvernement comme une loi " d’incitation et d’orientation ". Que de précautions, que de ménagements !

Comme le déclarait Jospin, cette loi est " une chance à saisir ", une chance à saisir pour le patronat, c’est certain. Martine Aubry a d’ailleurs crûment lâché le morceau à l’occasion de son tour de France des patrons, en déclarant : " l’aide de l’Etat sous forme de baisse dégressive des charges patronales, couvre la totalité des coûts induits par la réduction de la durée du travail… Calculez, vous allez voir que vous y gagnez ".

Oui, bien sûr, le patronat y gagne. Il est même le seul gagnant et sur tous les tableaux. Il y gagne parce que sous couvert de réduction du temps de travail, c’est la flexibilité du travail qu’organise le gouvernement. Il y gagne parce qu’il n’est pas question de maintenir les salaires, patrons et gouvernement sont bien d’accord là-dessus, les 35 heures payées 39, c’est une utopie et même s’il le faut, le gouvernement s’est engagé à revoir à la baisse les rémunérations des heures supplémentaires.

Comme le disait, avec un cynisme qui n’a d’équivalent que celui du patronat, la dirigeante de la CFDT, Nicole Notat, cette loi est " exactement ce que les chefs d’entreprises avaient envie d’entendre ". Et cette dernière de s’en réjouir.

Dans la foulée, Blondel, qui s’acharne à n’être en rien en reste sur sa rivale, s’est déclaré " d’accord pour qu’on travaille 6 jours sur 7 ", prêt à discuter de flexibilité et d’annualisation du temps de travail, rajoutant pour la forme " si les salariés en ont, bien entendu, l’usufruit ".

Même Viannet, au nom de la CGT, vient brusquement de découvrir, après avoir jusqu’à présent manifesté des réticences, que la loi sur les 35 heures était " l’avancée, en matière de réduction du temps de travail, la plus importante obtenue depuis 1936 ". Il est vrai que la passivité des syndicats fait que depuis l’après-guerre, malgré les considérables progrès économiques et techniques, nous étions bien loin des 40 heures obtenues grâce à la grève générale, en 36, mais il faut cependant une sacrée dose de cynisme pour présenter cette loi qui est en fait une loi sur la flexibilité du travail, et non une loi sur la réduction du temps de travail, comme une avancée.

Prétendre qu’elle permettrait de lutter contre le chômage est une hypocrisie que le gouvernement avance aujourd’hui bien prudemment, tellement il est évident que c’est faux. Cette loi n’est qu’un pas de plus pour diminuer le coût du travail en baissant les salaires et en permettant au patronat d’aménager notre temps de travail comme bon lui semble, tout en recevant des subventions.

Cette loi est un coup contre les travailleurs.

Pour lutter contre le chômage, il nous faudra prendre sur les profits, pour imposer la répartition du travail entre tous. Pour tous les travailleurs, tous les militants syndicalistes, comme les militants ou sympathisants socialistes et communistes qui ne veulent pas renoncer à la défense des intérêts du monde du travail, il faut bien tirer les leçons de ce mauvais tour que nous jouent patronat, gouvernement dit " de gauche " et dirigeants syndicalistes. Nous avons besoin de redonner vie aux organisations des travailleurs en renouant avec les idées de la lutte de classe.

Les travailleurs au chômage sont en lutte nous sommes tous avec eux

Dans plusieurs régions, les travailleurs au chômage mènent des actions pour obtenir une prime de 3 000 francs pour la fin de l’année. Depuis une semaine, à Marseille, Aix, Aubagne, Martigues, ils occupent des antennes Assedic. Alors que 7 sur 18 des antennes Assedic des Bouches du Rhône sont ainsi occupées, les 11 autres ont été fermées par crainte de l’extension du mouvement. D’ailleurs, lundi, des chômeurs de Toulouse puis mardi, d’Arras, ont rejoint le mouvement à leur tour. Mercredi 200 chômeurs ont occupé l’entrée du Musée du Louvre et d’autres actions et manifestations sont prévues dans toute la France, initiatives que nous appelons à soutenir.

En juillet dernier la modification des règles de fonctionnement du fonds social par l’UNEDIC a entraîné une diminution importante des aides d’urgence aux chômeurs. En conséquence de quoi, ils devraient pour les fêtes se serrer la ceinture encore plus que d’habitude, avec comme seul recours la charité des organisations caritatives.

En se mobilisant pour obtenir gain de cause, ils luttent pour leur dignité et celle de leurs enfants. D’après les critères de cette société, ils devraient se contenter de regarder les vitrines de Noël sans broncher. C’est révoltant et ça ne va pas continuer ainsi bien longtemps.

Les travailleurs avec ou sans emploi peuvent se battre ensemble car ils forment un même monde, une même classe. Les patrons avec l’aide du gouvernement sont responsables du chômage et de la misère que cela entraîne. Les travailleurs et les chômeurs au coude à coude ont la force de modifier bien plus que le système d’indemnisation des chômeurs. Ils sont les seuls à pouvoir supprimer le chômage en imposant la répartition du travail entre tous, avec un salaire décent pour tous.

Immigration : le parlement discute, la police décide

La loi Chevènement a donc été votée, par 276 voix contre 254. Le refus de vote de cinq députés des Verts et l’abstention du groupe parlementaire communiste leur a permis une nouvelle fois de faire mine de s’opposer à une loi réactionnaire sans pour autant empêcher qu’elle passe, en préservant ce qui pour eux est l’essentiel : l’alliance gouvernementale entre les partis de la " gauche plurielle ".

Le débat à l’Assemblée sur la loi Chevènement s’est déroulé sans surprise. La droite s’est livrée à une grossière démagogie anti-immigrés, adressant de gros clins d’œil à l’électorat du Front national. La " gauche plurielle " a émis quelques critiques très mesurées. Chevènement a joué au " ministre responsable ", défenseur " d’un projet de loi équilibré ", en un mot susceptible de plaire à la droite.

Les députés socialistes ont dans un ballet bien réglé, voté des amendements tels celui qui réduit de quinze à dix ans la durée de résidence en France exigée pour l’obtention d’une carte de séjour temporaire ou celui qui ramène la durée nécessaire à un conjoint étranger pour obtenir une carte de résident, des deux ans du projet de loi à un an… comme dans les lois Pasqua Debré. Ces amendements censés " assouplir " la loi n’ont fait que mettre en évidence à quel point cette loi Chevènement est réactionnaire.

Il n’y a donc eu pour animer cette triste comédie que des incidents de procédure dus aux provocations de la droite ou aux absences des députés socialistes qui se sont le plus souvent retrouvés à la buvette qu’en séance, ce qui en dit long sur l’intérêt qu’ils portent à la situation des immigrés. Cela a permis à Chevènement de prendre la pose et de jouer au maréchal napoléonien, déclarant à propos de l’un de ces incidents : " rien n’est perdu. La bataille de Marengo était perdue à midi, elle fut gagnée le soir ". On connaît en tout cas le vainqueur incontesté de la bataille du ridicule… Quant à Frédérique Bredin, la porte-parole socialiste, elle a entonné l’habituel refrain sur " la droite qui fait le jeu du Front national ", alibi désormais classique des socialistes lorsqu’ils prennent des mesures antiouvrières et veulent faire diversion.

Ces batailles de procédure, ces votes convenus ont un aspect d’autant plus dérisoire que l’administration et la police disposeront avec cette loi du cadre nécessaire pour se livrer à la répression contre les immigrés et que ce sont eux qui lui donneront son véritable contenu. Fait significatif : pendant que les députés palabraient, la police a procédé mardi 16 décembre à quatorze opérations simultanées contre des travailleurs clandestins, mobilisant une compagnie de CRS et plusieurs services de police : 50 personnes ont été mises en détention.

Les députés proposent, la police dispose…