Le Noël des familles ouvrières : violence, chômage et misère. Il est urgent de prendre notre avenir en mains
En cette période de fin dannée une minorité de nantis se précipite vers les produits de luxe. Mais les familles ouvrières se débattent sans relâche sous le poids de difficultés multiples. Oui, cette société dexploitation poursuit sa course sans trêve ni répit avec toutes ses conséquences sociales dramatiques. Parmi dautres, il y a la violence qui vient dexploser dans plusieurs cités populaires. Elle est la conséquence du sort intolérable qui est réservé dans cette société à une grande partie de la jeunesse.
Près de Melun un jeune de 16 ans au volant dune voiture volée a été tué dune balle dans la tête par un policier. A Lyon un autre policier a abattu dans un commissariat un jeune de 24 ans au RMI, qui avait les menottes aux mains. Le ministre de lIntérieur Chevènement sest tout de suite insurgé contre ceux qui feraient un " amalgame " entre ces deux drames. Mais le rapprochement est éclairant : il juge et condamne cette société dont Chevènement défend les fondements.
Face à la dégradation de la vie dans les cités, Chevènement et le gouvernement nont rien dautre à proposer que la répression policière. Tout comme ses prédécesseurs, Chevènement voudrait nous faire croire que la police est au service de tous les citoyens, mis à part quelques brebis galeuses commettant des bavures. Mais cest ladministration policière elle-même qui avait réintégré dans une autre région le policier meurtrier de Lyon malgré les divers délits quil avait commis dans le passé. La hiérarchie policière sait très bien ce quelle fait et ce que les gouvernants attendent delle ; et cela na rien à voir avec les intérêts de la population.
A la suite de Chevènement, tous les tenants de lordre social actuel se sont lancés dans un débat hypocrite sur la nécessité de mieux former les policiers. Tous ces gens-là savent pertinemment que la police ne peut pas valoir mieux que la société quelle est chargée de défendre. Ils savent quelle est inévitablement corrompue par toutes les situations violentes et sordides dans lesquelles elle est constamment plongée. Ils réclament donc avant tout que les flics puissent sentraîner à tirer sur des cibles mouvantes. Voilà en quoi consiste le fin mot de leur humanisme, permettre à la police dabattre plus sûrement leurs cibles humaines.
Même sils ne peuvent pas lavouer, pour eux lessentiel est que les quartiers riches puissent continuer à vivre et à dormir bien tranquillement et que la propriété des gens fortunés soit bien protégée. Ils se moquent du sort de ces quartiers populaires minés par le chômage et par un pouvoir dachat en chute libre. Ils veulent seulement que toute la violence qui explose en leur sein, soit comprimée à lintérieur de ces quartiers. Car tous leurs discours politiciens à leau de rose sur " la nécessité de dialoguer " ne peut masquer la réalité sociale fondamentale. Ce sont les classes populaires qui sont les victimes de la violence urbaine de jeunes sans espoir comme de celle de policiers qui ne peuvent que laggraver.
Comment la jeunesse des banlieues populaires pourrait-elle échapper à la démoralisation du chômage et aux formes de violence qui laccompagnent ? La réponse ne peut venir que du monde du travail lui-même. Si elle tardait trop, le Front National tirerait tout le bénéfice de cette situation. Non seulement il engrangerait encore plus de voix aux élections et dinfluence dans le pays, mais il pourrait en plus dévoyer la colère et le désespoir dune partie des travailleurs, des chômeurs et des jeunes déboussolés contre lensemble de la classe ouvrière. Par sa démagogie sécuritaire, Chevènement ne fait dailleurs que faciliter les choses à Le Pen qui sapprête à ramasser la mise plus tard.
Il est urgent quun espoir de transformation radicale de la société apparaisse dans les rangs du monde du travail. Tous les politiciens des partis gouvernementaux cherchent à nous endormir. Ils nous prennent pour des gamins à qui il faudrait faire des cours déducation civique. Nous navons pas besoin deux et nous navons pas à avoir confiance en eux. Ils veulent nous faire supporter les maux de la société capitaliste mais ils ne font strictement rien pour les combattre. La politique des gouvernants de gauche nous maintient dans une impasse qui correspond trop bien aux intérêts actuels du patronat et des gros actionnaires. Ils ne veulent pas combattre le chômage puisquils ne veulent pas sattaquer à ceux qui le créent et en profitent, à savoir les capitalistes.
Le mouvement ouvrier doit se reconstruire lui-même, avec ses propres forces. Tous les travailleurs soucieux de lavenir de leurs proches, de lavenir de leur classe et de celui de toute la société peuvent y contribuer. Un mouvement ouvrier bien organisé, disposant dorganisations syndicales dynamiques et démocratiques et dun parti qui soit totalement dévoué à ses intérêts pourra à nouveau redonner un espoir aux jeunes. Il affirmera sa présence partout, dans les entreprises mais aussi dans tous les quartiers populaires où il rendra la présence des flics inutiles. Cela est à notre portée parce que cela offrira des perspectives et un idéal à tous les travailleurs, à tous les jeunes pour changer la société et préparer un monde enfin humain, cest-à-dire socialiste et communiste.
Chômeurs en lutte, ce nest quun début
Mardi 23 décembre, les actions des chômeurs continuaient de sétendre et de toucher de nouvelles villes. Les organisations de chômeurs, et notamment celles liées à la CGT, se mobilisent à la veille de Noël. Après Marseille et les Bouches-du-Rhône, Toulouse, Arras et Paris, cest également à Chatellerault, Lorient, Montbéliard , Le Havre et Saint-Etienne du Rouvray (banlieue de Rouen) etc. quont eu lieu des actions, des rassemblements devant les locaux de la CAF, de lUNEDIC ou des occupations dANPE. Les revendications avancées vont dune prime de Noël à lexigence dune revalorisation des indemnités de chômage.
Le gouvernement a annoncé une minable augmentation de 3 % de lAllocation Spécifique de Solidarité. Cette allocation est versée à 500 000 chômeurs déclarés en fin de droits. Elle était de 74 F par jour. Une augmentation de 1,48 F pour tous ceux qui ne touchent que cette allocation, voilà la mesure de la " solidarité " de ce gouvernement vis-à-vis des chômeurs les plus démunis. Mais les travailleurs au chômage ne demandent pas laumône, ils réclament leurs droits. Quil sagisse des UNEDIC, de la Sécurité Sociale ou directement du gouvernement, tous les organismes chargés de lindemnisation du chômage gèrent des milliards issus des cotisations ou des impôts des salariés. Largent versé aux chômeurs, cest le leur, celui de leurs cotisations, de celles de leur famille.
Le patronat agit et fait agir le gouvernement comme si les indemnités versées aux chômeurs relevaient de lassistance et pas de lassurance. Il pèse de tout son poids pour réduire au maximum le nombre de chômeurs indemnisés, les taux et les durées dindemnisation. Mais les caisses des patrons et des capitalistes sont pleines. Elles se remplissent chaque jour, à la Bourse ou dans leurs comptes en banque grâce aux profits tirés des licenciements, des baisses deffectifs, de la productivité gagnée sur les salariés. Les responsables du chômage sont ceux qui en profitent.
Les mouvements actuels sont un début de réponse des chômeurs. Ils ont bien sûr la sympathie de tous les travailleurs. Ils peuvent être une étape vers une lutte dune toute autre ampleur qui réunira les travailleurs, avec ou sans emploi, pour imposer des mesures visant à combattre radicalement le chômage et ses responsables.
97, un tournant et une rupture, pour que 98 soit le début dune remontée du mouvement ouvrier
Pour les militants qui sont à lorigine de notre tendance, 1997 aura été une année difficile, dense, riche en rebondissements. Aucun dentre nous nimaginait il y a un an où nous en serions aujourdhui. Lorsquil y a un peu plus dun an, nous étions, soit écartés de toute responsabilité, soit mis au ban de notre ancienne organisation, nous étions loin dimaginer jusquoù irait le repli sectaire de la direction de Lutte Ouvrière, qui devait aboutir six mois plus tard à notre exclusion, puis à la naissance de " Voix des Travailleurs ".
Surtout, ce que nous étions incapables dimaginer, prisonniers des raisonnements de notre ancienne organisation, cest à quel point notre milieu militant dans les entreprises, nos proches, comprendraient ce qui se passait et nous apporteraient leur soutien. Ils lont compris dautant plus facilement quils nétaient prisonniers daucun a priori et queux avaient depuis longtemps perçu, voire souffert des attitudes sectaires de notre ancienne organisation. Cest en eux que nous avons trouvé la vérification de nos raisonnements et la force davancer.
Le chemin parcouru, le fait quaujourdhui nous ne soyons plus la tendance issue de Lutte Ouvrière, mais de fait, depuis que les camarades de la Ligue Socialiste des Travailleurs nous ont rejoints, une tendance militant pour une organisation unique des révolutionnaires, augure bien de la suite et nous donne une pleine confiance.
Lannée qui se termine représente un tournant tant sur le plan social que politique.
Cette année se termine par un krach rampant dont personne ne peut dire aujourdhui quelles seront les exactes conséquences, mais qui signe la faillite du capitalisme. Tous les éloges de la propriété privée et de la concurrence capitalistes qui ont suivi la chute du mur de Berlin et la fin de lURSS, étalent aujourdhui leur vanité et leur hypocrisie, au moment où le capitalisme répand partout ruine, chômage, misère.
Un tournant, aussi, parce que cette année est laboutissement dune longue période inaugurée par la chute du mur de Berlin jusquà la fin de lURSS et maintenant, la fin des partis staliniens. Ici, en France, le Parti Communiste sest trouvé à nouveau propulsé à la gestion des affaires de la bourgeoisie, après les élections législatives anticipées et semble sinstaller pour une longue période, du moins si la bourgeoisie le lui permet, au gouvernement, aux basques du PS, pour devenir un parti parlementaire de plus en plus semblable au PS.
De lensemble de cette évolution résultent la nécessité impérieuse comme les possibilités de la naissance dun nouveau parti des travailleurs.
Toute une génération qui a déjà connu la gauche au gouvernement ne pourra pas rester sans rien faire, les attaques sont trop brutales, la démoralisation passée, lenvie de se battre à nouveau trop forte pour être étouffée. A ses côtés, la nouvelle génération, sans avenir, inquiète du chômage et de la montée des idées réactionnaires ne pourra faire confiance à la gauche pour faire face au danger de Le Pen. Inévitablement, elle se détournera du conformisme et de la passivité des partis parlementaires et gouvernementaux, de leur politique au service des classes dominantes, pour trouver le chemin de la contestation sociale et politique.
Nous espérons que lannée 98 sera lannée qui verra samorcer ce mouvement qui rapprochera ces deux générations pour jeter les jalons dun nouveau parti. Cela ne se fera pas spontanément, exigera un travail patient et tenace, passera par des échecs, mais cest en passant par ces épreuves que le monde du travail saura donner naissance à son parti.
Ce sont tous nos vux, ce sont aussi nos perspectives, nos tâches, le travail auquel nous nous consacrerons tous ensemble, amis et camarades lecteurs, chacun selon ses forces et ses moyens, son passé et son expérience. Lannée 98 ne sera pas facile pour les travailleurs, la dégradation des conditions de vie fera inévitablement de nouveaux ravages, de nouvelles victimes et face à ces menaces, nous navons pas dautre issue que dagir pour que se regroupent les forces du monde du travail et dabord bien évidemment, les forces de notre famille politique, celle des marxistes révolutionnaires.
Ce nest quen retrouvant les chemins de la lutte et de lorganisation que les travailleurs pourront inverser le cours des choses, en retrouvant le chemin de la solidarité et de la fraternité, face à la folie de ce système qui non content dexploiter les travailleurs voudrait les opposer les uns aux les autres, et sème la violence et le racisme.
Alors camarades et amis, bonne fin dannée et tous nos vux de réussite, tous ensemble.