éditorial



Aucune solidarité avec Jospin qui nous trompe et nous méprise comme avec ceux qui le soutiennent

Mercredi soir, lors d’une émission sur mesure, Jospin a redit ce qu’il avait dit la veille devant l’Assemblée Nationale : non aux relèvements des minimas sociaux, principale revendication du mouvement des chômeurs. Ses seuls gestes ont été de dispenser quelques aumônes dans le même temps qu’il faisait donner sa police. Bien sûr Jospin reconnaît avec condescendance la validité des revendications des chômeurs, mais se contente de nommer une Madame commission d’étude et de reporter sa réponse à plus tard.

Derrière le politicien qui se prétend socialiste se révèle le réactionnaire quand il a le cynisme de refuser l’augmentation de 1500F des minima sociaux parce que le RMI deviendrait supérieur au Smic, " c’est à dire à ce que gagne un homme ou une femme qui vont au travail chaque matin. " Et avec cynisme d’affirmer : " Nous ne voulons pas d’une société d’assistance mais d’une société fondée sur le travail et l’activité productrice." Ce que veulent les chômeurs, c’est du travail. Mais comme Jospin et tous les privilégiés ne leur reconnaissent pas ce droit, ils veulent pouvoir vivre.

Ce prétendu socialiste reprend exactement les mêmes arguments que les patrons. " Si l’écart entre Smic et minima est trop faible, l’incitation à la recherche d’emploi s’affaiblira " déclarait le CNPF. Ils ont le même mépris du monde du travail. Comme si ce n’était pas leur système qui fabriquait l’exclusion, leur course au profit qui était responsable du chômage et de la misère.

Comme tous ceux qui l’ont précédé, grandiloquent, Jospin lance " Nous allons gagner la bataille pour l’emploi ". Comme tous ceux qui l’ont précédé, il ment.

Aujourd’hui et sans attendre, dans ce pays, 6 millions de personnes sont condamnées à vivre de la misérable charité que représentent ces minima sociaux alors que de l’autre côté, le patronat, les financiers, les riches ont droit à tous les égards du gouvernement et de l’Etat.

Et que l’on ne nous fasse pas croire comme essaie de le faire Robert Hue que ce sont les velléités des différents gouvernements d’Europe de tenter de mettre sur pied une monnaie commune qui obligerait le gouvernement à résister aux revendications légitimes des chômeurs. Une telle attitude revient à détourner la légitime colère du monde du travail, à la dévoyer, pour protéger les ministres communistes et le gouvernement.

Que l’on n’essaie pas non plus de détourner le problème comme voudrait le faire Jospin en nous engageant dans la fausse bataille autour de la loi de Martine Aubry sur les 35 heures. Oui, bien sûr, tous les travailleurs du public comme du privé sont favorables à la diminution du temps de travail à condition que celle-ci ne soit pas une manœuvre pour nous imposer des diminutions de salaires, accompagnées d’une intensification du travail comme d’une augmentation des heures supplémentaires. La loi Aubry est en réalité une loi pour imposer la flexibilité, elle est une loi favorable au patronat. La seule loi qui irait dans le sens des intérêts des travailleurs serait les 35 heures sans diminution de salaire. Une telle revendication ne résoudrait pas pour autant la question du chômage, qui ne peut se résoudre qu’en imposant au patronat comme à l’Etat la répartition du travail entre tous sous le contrôle de l’ensemble des salariés et de leurs organisations.

Mais aujourd’hui, le chômage est un fait et tous ceux qui se prononcent contre les minima sociaux ou leur relèvement, sous couvert de ne pas instaurer un statut des chômeurs sont de fieffés hypocrites. La revendication de relèvement de l’ensemble des minima sociaux de 1500 F est une revendication que doit soutenir l’ensemble du monde du travail.

Samedi dernier, dans tout le pays, des milliers de travailleurs, de jeunes, sont descendus dans la rue pour affirmer leur solidarité avec les chômeurs. Ces manifestations de soutien expriment un profond changement qui s’opère dans les consciences, riche de possibilités.

En décembre 95, nous étions des milliers à redresser la tête, à sortir de la déprime que les reniements de la gauche, les mauvais coups du patronat soutenu par tous les gouvernements de cohabitation, que nous avions subis sans pouvoir rendre les coups, avaient entraîné.
Aujourd’hui, " la confiance retrouvée " selon l’expression d’un des militants du mouvement des chômeurs, l’heure est venue de tirer toutes les conclusions des années passées. En descendant dans la rue samedi, c’est ce que nous faisions de fait en manifestant contre la politique du gouvernement qui soutient, protège et défend le grand patronat, les financiers, les riches.

Après la grève des routiers, la lutte des chômeurs l’a prouvé, ce gouvernement est sourd à l’égard des besoins les plus élémentaires des chômeurs, des jeunes, de tous les travailleurs. Il n’a de compréhension que pour le grand patronat, les financiers, les riches dont la politique est responsable du chômage, de la misère, du recul de toute la société. Il faut y mettre un coup d’arrêt . Cela ne sera possible que si tous ceux qui sont dans le camp des travailleurs, qui entendent rester fidèles aux idées du socialisme et du communisme, osent aller jusqu’au bout de leurs idées, de leur révolte pour rompre toute solidarité avec les dirigeants politiques qui soutiennent le gouvernement.

Personne ne construira notre avenir à notre place et il appartient à tous ceux qui étaient dans la rue samedi sans arrière pensée ni calcul politicien, comme à tous ceux qui se sont reconnus en eux, de devenir une force nouvelle avec laquelle tous devront compter. Cette force ne peut être qu’un nouveau parti des travailleurs socialistes et communistes.

La " sécurité ", un fonds de commerce électoral pour des notables de tous bords

Le gouvernement a ressorti sa petite armada sécuritaire. Le ministre de l’Intérieur, celui des Armées, la ministre de la Justice et enfin celle des Affaires sociales viennent de réunir 350 maires sur le thème de la sécurité urbaine. Après quelques phrases creuses de rigueur sur la crise sociale, la précarisation et " la perte des repères ", tous ces gens-là sont passés à ce qu’ils estiment être le fond de la question : une répression policière efficace. Car ces derniers temps les déclarations de certains maires, qu’ils soient de gauche, de droite ou d’extrême-droite ont ceci de significatives qu’elles convergent toutes dans le sens de la mise en œuvre de moyens répressifs plus importants.

Dans une interview au Figaro du lundi 19 janvier, Chevènement avant cette réunion s’était indigné : " les parents, les éducateurs au sens large, ne transmettent plus les valeurs de base, les repères fondamentaux ". Et d’ajouter plus loin que "  la machine à intégrer, bref à fabriquer des Français, ne fonctionne plus aussi bien ". Pour continuer dans le charabia réactionnaire, Chevènement parle du " déficit de citoyenneté " des jeunes délinquants. Concrètement il est favorable à la mise sous condition des allocations familiales aux parents ayant des enfants commettant des délits et à la " rééducation " de ces jeunes dans des " internats " spécialisés, ce qu’on appelait autrefois les maisons de redressement.

Devant les maires, Chevènement a promis pour cette année la création de 6410 postes de policiers et de 8250 adjoints de sécurité armés de 7,65. Martine Aubry a assuré que de nombreux emplois seraient affectés à la sécurité. Plus de flics et l’affectation de jeunes chômeurs à des petits boulots de supplétifs de la police, voilà le fin du fin de la " réponse sociale " du gouvernement à la dégradation des relations sociales dues au chômage dans les quartiers populaires. Pour le reste, à côté des leçons de morale, et des consignes de fermeté aux policiers, Chevènement n’avait plus qu’à agiter le gadget des " contrats locaux de sécurité " entre les municipalités, les préfectures et la police. Peu de maires en ont été convaincus d’emblée mais beaucoup ont compris le message quand les ministres leur ont fait comprendre que s’ils les rejetaient, ils donneraient la fâcheuse impression de se désintéresser de la sécurité de leurs électeurs.

Tout est là pour les ministres et les notables : utiliser le thème de la sécurité comme fonds de commerce électoral. Mais les changements réels sur le terrain allant dans le sens de meilleures relations sociales ne peuvent venir que du camp adverse ; celui des travailleurs, des chômeurs et des jeunes unis dans un même combat contre tous les tenants de l’ordre établi, celui de la minorité de riches qui profitent de l’exploitation, du chômage et de la misère.

Face à la barbarie islamiste, à la complicité des généraux au pouvoir comme à l’hypocrisie des gouvernants européens, les travailleurs algériens ont besoin d’une politique pour s’armer

Trois secrétaires d’Etat aux Affaires étrangères, britannique, autrichien et luxembourgeois, la " troïka européenne ", sont donc finalement venus passer 24 heures en Algérie. Rien n’est évidemment ressorti de cette visite pendant laquelle deux attentats à la bombe ont eu lieu à Alger. Le gouvernement algérien a profité de leur venue pour dénoncer " leur volonté d’ingérence ", exiger la visite de ministres car " l’Algérie n’est pas une république bananière ". Accusé de laxisme voire de complicité avec les commandos intégristes par de larges fractions de la population, le gouvernement algérien s’est placé en position d’accusateur.

La " communauté internationale " comme se baptisent les pays impérialistes, se contente de gestes symboliques vis-à-vis de l’opinion publique. Elle se garde de froisser le gouvernement, partenaire obligé pour accéder au pétrole et au gaz algériens. Depuis la loi sur les hydrocarbures de 1990, les accords passés avec les compagnies pétrolières internationales, notamment américaines, battent en brèche le monopole de la compagnie pétrolière algérienne, la Sonatrach. Plus de quarante contrats avec les plus grandes compagnies pétrolières du monde ont été signés ces dernières années. De nouveaux gisements ont été découverts et font de l’Algérie un des pays dont les réserves de pétrole sont les plus importantes au monde. 12 milliards de barils de réserve, c’est un véritable pactole. L’Etat algérien a prévu d’augmenter sa production de brut, mais une grande partie de cette richesse sera accaparée par les grandes compagnies pétrolières impérialistes : la part de la production de la Sonatrach en l’an 2 000 ne serait plus que de 35 %.

Une partie du gaz et du pétrole algériens finit en paiement de la dette dans les comptes des grandes banques européennes et américaines et le reste est directement exploité par les compagnies pétrolières des pays riches. Et si la bourgeoisie algérienne et les responsables de l’Etat s’enrichissent du bradage des richesses du pays, le peuple algérien lui, ne voit pas la couleur du moindre dinar de la manne pétrolière. Il doit lutter à la fois contre la terreur des islamistes et la dictature des généraux qui veulent le briser pour lui imposer la misère et l’exploitation dont les premiers profiteurs sont les pays impérialistes, ces généreux donneurs de leçons de démocratie !

La véritable démocratie, seuls les travailleurs et les couches populaires algériennes peuvent la mettre en œuvre car ils n’ont aucun intérêt à la perpétuation de cet ordre social que généraux, dirigeants islamistes et gouvernants européens veulent à tout prix préserver. Pour faire face à la véritable guerre civile qui leur est livrée par les intégristes et par le pouvoir algérien, les travailleurs n’ont d’autre recours que de s’armer pour ne pas être livrés sans défense à leurs bourreaux.

Cela exige une politique clairement indépendante du pouvoir, une politique qui ne fasse confiance qu’à l’organisation indépendante des travailleurs. Cet armement nécessite une politique et une organisation, il nécessite de ne pas s’en remettre au pouvoir, de savoir qu’un affrontement avec lui est inévitable. Une telle politique, aucun des partis d’opposition algériens ne propose de la mener. FFS ou RCD se bornent à critiquer le pouvoir mais ne dénoncent pas son vrai rôle dans la guerre sociale qui est menée contre les travailleurs, car eux aussi aspirent à défendre cet ordre social.