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Le double jeu du PCF au service d’une politique contraire aux intérêts des travailleurs

Vis-à-vis du mouvement des chômeurs, les dirigeants du Parti communiste continuent à pratiquer le double jeu avec un cynisme tranquille. Le ministre Gayssot a approuvé l’évacuation par la police des centres d’ASSEDIC occupés par les chômeurs tandis que le député Bocquet parlait de " faute humaine et politiquement grave ". Depuis les ténors du PCF ont multiplié les déclarations en faveur des revendications des chômeurs mais ils se sont bien gardés de mobiliser à fond l’ensemble des militants de leur parti dans les manifestations du samedi 17 janvier. Ils préféraient de beaucoup réussir leur manœuvre de diversion du lendemain, consistant à faire monter à Paris le maximum de militants pour réclamer un référendum sur l’euro et sur le traité d’Amsterdam. Sur ce terrain très peu gênant pour le gouvernement et n’offrant aucune perspective aux travailleurs, ils ont pu manifester avec le MDC, le parti du ministre de l’Intérieur Chevènement Pour ne pas apparaître comme trop déphasé par rapport à l’actualité sociale, Robert Hue a parlé en abondance des chômeurs dans son discours final. Mais c’était aussi une façon de rendre " l’Europe " responsable du chômage ici, sans mettre en cause la bourgeoisie française.

Les travailleurs et les militants ouvriers qui voient les choses honnêtement ne peuvent admettre cette pratique du grand écart des dirigeants du PCF qui voudraient nous faire croire qu’ils sont à la fois dans le camp des chômeurs et des salariés et dans celui d’un gouvernement au service du patronat et des nantis. Il faut faire preuve de candeur ou soi-même de duplicité pour écrire comme le fait l’éditorialiste de LO cette semaine, que si le Parti communiste est partie prenante de la lutte des chômeurs, " c’est à son honneur ". Il ne faudrait tout de même pas confondre la sincérité et le dévouement de militants communistes impliqués dans le mouvement des chômeurs avec l’hypocrisie et l’art de brouiller les pistes de Robert Hue et de ses semblables. Il n’est pas de mise de faire dans la fausse naïveté en se demandant comme le fait l’éditorialiste de LO pourquoi les députés du Parti communiste ont voté le budget du gouvernement Jospin qui ne prévoyait ni le relèvement des minima sociaux ni la moindre aide supplémentaire pour les chômeurs. La réponse est pourtant simple et il serait bon qu’elle soit exprimée avec un maximum de clarté par les révolutionnaires : parce que les dirigeants du PC tiennent avant tout à participer au gouvernement et à être reconnus comme des responsables politiques irremplaçables, pour aider la bourgeoisie à s’en sortir en cas de mouvements sociaux dangereux pour ses intérêts. Des militants et des sympathisants du PC commencent à en prendre conscience, en particulier ceux qui jouent un rôle actif dans le mouvement des chômeurs.

Tous les discours de Robert Hue et de Bocquet n’ont visé ces derniers jours qu’à ne pas perdre trop de crédit auprès des militants de leur parti et d’en gagner auprès des chômeurs. Tout cela pour sauver la mise à Jospin comme l’exprime sans fioritures l’éditorialiste de l’Humanité lundi 19 janvier : " Et si une fracture ne s’est pas créée entre " ceux qui luttent " et " ceux qui dirigent "- comme ce fut le cas lors du mouvement de novembre-décembre 1995-, cela est à porter au crédit de ceux qui, dans l’actuelle majorité, ont tout de suite jugé légitimes les revendications des chômeurs. " Robert Hue a déclaré : " Nous sommes là pour être le relais responsable du mouvement social, dans notre place au gouvernement ". La mèche est vendue. Le but des politiciens du PCF qui ont passé un contrat de participation durable au gouvernement avec le Parti socialiste est de faire en sorte que tout mouvement au sein du monde du travail soit amorti, dévoyé et ne prenne pas conscience de sa force et de ses possibilités. Car au bout du compte ils veulent toujours blouser ou trahir les mêmes, c’est-à-dire les travailleurs et les militants de la classe ouvrière.

Il suffit de se rappeler que Hue avait affirmé en mai dernier que son parti était prêt à gouverner avec le Parti socialiste si le SMIC était relevé de 8 % et si les minima sociaux étaient augmenté de 500 francs. On connaît la suite. Jospin a augmenté le SMIC de 4 % et les minima sociaux de zéro %, ce qui n’a pas empêché le PCF de participer à son gouvernement avec beaucoup d’entrain. Les dirigeants du PC n’ont pas été depuis avares de déclarations " prenant en compte ", ou estimant " légitimes " les revendications des routiers ou des chômeurs pour en fin de parcours s’incliner devant Jospin. Robert Hue vient d’ailleurs de critiquer de façon à peine voilée la revendication d’augmentation de 1500 F des minima sociaux en la qualifiant de " maximaliste ". Ils rodent ce mauvais scénario qui risque fort de se renouveler encore bien des fois.

L’intérêt bien compris des militants du Parti communiste est de se détourner complètement de ces manœuvres et des pièges de leurs dirigeants qui veulent les asservir éternellement à un gouvernement au service de leurs ennemis de classe. Une autre voie existe. Elle consiste pour eux à se regrouper et à réaliser un front uni avec les militants révolutionnaires, les travailleurs et les jeunes qui reprennent la voie des luttes collectives et qui renouent avec les idées qui ont fait la force du mouvement ouvrier, les idées marxistes, socialistes et communistes.

Réunion-débat sur la santé à Pessac (Banlieue de Bordeaux)

Vendredi 16 janvier, les cellules du Parti Communiste de Pessac-centre et Pessac-Alouette organisaient une réunion-débat sur la Santé, la Sécu et l’Euro.

Le débat ouvert, un camarade du PC disait " le passage à la monnaie unique va aggraver la situation pour la population et nous y perdrons notre souveraineté nationale ". Un autre expliquait que " c’est l’homme lui-même qui doit construire sa santé " ! Une militante, elle, disait qu’aujour-d’hui ce n’est pas l’Euro, c’est le Franc, et cela n’empêche pas les attaques et la dégradation de notre situation.

Nous avons fait remarquer que le gouvernement actuel et ceux qui l’ont précédé depuis 20 ans n’ont pas attendu l’Euro pour porter des coups contre la protection sociale, la Santé, etc. Et que puisque nous parlions de Santé, il fallait rappeler que les premières attaques ont commencé sous un gouvernement de gauche, avec la mise en place, entre autre, du forfait hospitalier par un ministre communiste, Ralite.

Aussitôt, un responsable de cellule a voulu " rectifier " nos dires : " ce n’est pas Ralite qui l’a mis en place ! ". Personne dans la salle n’était dupe du mensonge et le débat a continué.

Plusieurs interventions ont eu lieu pour expliquer que la situation s’aggrave dans tous les secteurs de la Santé, que la protection sociale est mise à mal, que le plan Juppé s’applique sans qu’une virgule en soit changée, comme l’a récemment dit Martine Aubry.

L’un des candidats aux législatives de 97 a voulu expliquer longuement à l’assemblée que c’est faux de dire que la Santé se dégrade, mis à part pour les précaires ; que des signes disent le contraire, les gens vivent de plus en plus vieux… !

Nous avons dit que nous ne devions pas avoir les mêmes yeux ni les mêmes oreilles car autour de nous c’est au quotidien que la situation se dégrade. A l’hôpital, il y a des centaines de CES payés 2500 F par mois et des CDD et des CDI payés au SMIC. De plus en plus de ces camarades, mais aussi des travailleurs titulaires, ne peuvent plus aller chez le dentiste, changer de lunettes, etc. Et pourtant il y a de l’argent.

Plusieurs interventions dans le même sens ont suivi. Un administrateur CGT rappelait qu’il y avait près de 20 % de travailleurs précaires à l’hôpital, dont 600 CES sur 12 000 employés. Une camarade racontait qu’à la mairie il y a de plus en plus d’arrêts maladie parmi le personnel des écoles et que le maire socialiste demande que cela cesse pour ne pas dépasser le budget… Une autre disait que pour 1000 enfants scolarisés il n’y a qu’une infirmière et un médecin et demi pour la prévention.

Un vieux militant disait avoir été anarcho-syndicaliste et " c’est vrai qu’aujourd’hui nous sommes réformistes ", il n’était pas d’accord avec les déclarations de Gayssot sur les chômeurs. Un responsable de cellule disait ne pas être d’accord avec les ministres au gouvernement mais " ne faut-il pas y avoir un œil ? ".

Les bureaucrates syndicaux contre le mouvement des chômeurs

" Ce n’est plus du syndicalisme, c’est du poujadisme " a déclaré la 14 janvier sur RFI Marc Blondel (de FO) en parlant du mouvement des chômeurs. Tandis que Nicole Notat (CFDT), déclarait le 19 janvier sur France-Inter que satisfaire les revendications des chômeurs " serait du populisme ". Dans une interview à "Libération" elle dénonce " ces opérations coups de poings à visée médiatique ". " J’ai le sentiment qu’il y a de la manipulation " ajoute t-elle, tandis que "Syndicalisme", son hebdomadaire, affirme qu’il s’agit " d’une manoeuvre de plus dirigée contre la CFDT ". Nicole Notat, présidente de l’Unedic, réagit en petite patronne vexée. Ses propos trahissent un mépris réel de ceux qui, chômeurs ou salariés, se battent aujourd’hui. C’est clairement qu’elle s’oppose aux revendications des chômeurs, " la CFDT se refuse à glisser, progressivement mais dangereusement, vers l’idée d’un revenu universel garanti ", ouvertement qu’elle soutient le gouvernement " je suis ravie que la ministre de l’emploi apporte satisfaction à une revendication de l’Unedic ! " déclare t-elle en saluant les 500 millions de francs que Martine Aubry a fait semblant de céder, alors même qu’elle " donnait " en fait une somme déjà prévue... et dépensée. Quant à Marc Blondel, il tente démagogiquement d’opposer les chômeurs aux salariés, jugeant " particulièrement dangereux de développer la revendication des chômeurs lorsqu’elle conduit inéluctablement à être une revendication contre ceux qui ont un emploi ". Jospin s’est empressé mardi soir de reprendre l’argument, on ne peut satisfaire les revendications des chômeurs " puisque " ça signifierait un impôt supplémentaire pour les salariés... Les bureaucrates syndicaux n’envisagent pas une seconde l’idée de s’en prendre aux possédants. Etrangers et hostiles au monde du travail, laquais serviles du pouvoir, ils gèrent avec cynisme des conflits dont ils ont peur.

CHU de Bordeaux - non à la retraite à 60 ans

Au CHU de Bordeaux, jusqu’à août 97, les auxiliaires puéricultrices partaient à la retraite à 55 ans, comme l’ensemble des personnels dits " actifs " (travaillant auprès des malades ou avec des horaires en 2X8), après 37,5 ans de cotisations et 15 ans de service actif.

Il y a quelques semaines, deux d’entre nous des crèches de l’Hôpital-Sud, à Pessac, ont appris à quelques mois de la retraite qu’elles devraient partir à 60 ans au lieu de 55 ans car la crèche ne serait plus, brutalement, un service actif.

Aussitôt nous nous sommes réunies et avons contacté nos camarades de la crèche de l’hôpital Pellegrin afin de demander ensemble des comptes à nos directions. Que ce soit la direction de l’Hôpital-Sud ou celle de Pellegrin, la réponse est restée la même : " une note nous a été envoyée par la Direction du Budget et la CNRACL (caisse de retraite des hospitaliers) ". Note qu’elles ont appliquée avec zèle sans en dire un mot au personnel concerné. Et apparemment rien n’est officiel, il n’y a ni loi, ni décret ministériel.

La seule chose que propose la direction, c’est que nous partions dans des services de soins (actifs). Mais cela ne résoud pas le problème, en particulier pour celles qui sont près de la retraite et qui, ne pouvant justifier de 15 ans de service actif, devraient faire plusieurs années de plus, quel que soit le service.

Pour nous toutes, dont plusieurs ont des enfants ou un ami au chômage ou en travail précaire, il n’est pas question de faire 5 ans de plus, alors même que les chômeurs manifestent un peu partout pour avoir du travail. Nous connaissons toutes des camarades qui ont travaillé avec nous en CDD ou en CES et qui sont aujourd’hui au chômage ou au RMI.

La direction de l’hôpital affirme qu’elle n’a pas d’argent, mais depuis plusieurs années elle dégage plusieurs millions de francs d’excédents, dont certains placés en SICAV.

Nous sommes donc bien résolues à ne pas en rester là et à aller demander des comptes à la Caisse de retraite. D’autant que le sentiment de tous, c’est qu’aujourd’hui c’est nous qui sommes attaquées, mais demain ce sera le tour de qui ?

Echos d’entreprises

EXTRAIT DU BULLETIN " FRONT DES TRAVAILLEURS " REDIGE PAR DES MILITANTS DE LA LCR et de VDT - GRANDE PAROISSE Grand Quevilly (76)

FORMATION - PUNITION

Le 14 novembre, des collègues d’EG5 ayant posé des récupérations alors qu’ils étaient convoqués à une formation, ont été menacés de sanctions s’ils ne venaient pas ! C’est un comble.

D’autant plus que la direction fait vraiment tout pour nous dégoûter. On nous inscrit sans nous demander notre avis et pas question de refuser. Sur la convocation, il est spécifié que le repas du midi n’est pas en pris en compte. La responsable formation déclare en réunion qu’un salarié sera aussi mauvais après la formation qu’avant ! Et il faudrait après ça qu’on soit motivés !

EXTRAIT DU BULLETIN " FRONT DES TRAVAILLEURS " REDIGE PAR DES MILITANTS DE LA LCR et de VDT - GEC-ALSTHOM Petit-Quevilly (76)

UN MAUVAIS COUT

Lors du dernier CE, il a été annoncé la suppression des quarts pour 60 personnes d’ici la fin mars. L’argumentation de la direction est la réduction des coûts. Pour nous, cela signifie une baisse de salaire de 800 à 1000 francs. En 1994, nous nous sommes battus pour 1500 francs pour tous. Et aujourd’hui, c’est nous qui devrions donner sur nos salaires ! La direction cherche à nous convaincre que ce serait pour sauver des emplois. A d’autres ! On l’a déjà faite celle-là à d’autres travailleurs, comme à ceux de Renault Vilvorde, auxquels on a imposé la flexibilité pour fermer l’usine en fin de compte. Alors, les sacrifices, à ceux qui s’en mettent plein les poches de les faire.

Front national : un parti de l’ordre qui voudrait bien être le parti de l’ordre des riches et des patrons

Le week-end dernier, le Front National a tenu une convention de ses cadres pour préparer les élections régionales et cantonales.

En bons politiciens arrivistes, les dirigeants du Front National ont adapté leur tactique à l’approche des élections, pour attirer l’électorat des partis de la droite traditionnelle. C’est Mégret qui a tenu la vedette, Le Pen a modulé ses déclarations antisémites d’il y a quelques semaines et ses références au fascisme, et Gollnisch a fait des appels du pied aux petits notables du RPR et de l’UDF, constatant une " fissure " dans les partis de droite, qui " deviendra, j'en suis sûr, une grande brèche ", aux élections cantonales, a-t-il pronostiqué, en évoquant les " petits candidats locaux " qui pour beaucoup sont " des hommes honnêtes... qui partagent dans le fond nos convictions ".

Le Front National met un bémol à sa démagogie populiste pour adopter la politique qui est celle, en plus radical, de ses concurrents, celle " de l’ordre ", comme l’a dit Mégret. " L’une des principales questions qui se pose aujourd'hui est celle de l'ordre... Plus le désordre est grand et plus la légitimité naturelle de notre mouvement et de ses solutions va s'imposer". Et il a dressé un tableau d’apocalypse de la situation : " Quand les voitures brûlent, quand les autobus sont attaqués, quand les jeunes sont rackettés, quand la drogue est reine (...) quand la violence et l'insécurité se développent partout, c'est le signe dramatique que la nation se défait, que la civilisation se décompose ". Bref, le catalogue des thèmes destinés à ces bourgeois réactionnaires qui composaient l’assistance, et à qui il veut s’adresser pendant les élections, de leurs peurs et de leur hostilité à tout ce qui n’est pas leur environnement immédiat des quartiers chics, de leurs préjugés imbéciles contre les jeunes, les étrangers, les ouvriers, les communistes et socialistes.

Bref un parti anti-ouvrier, un parti de l’ordre bourgeois, que l’arrivisme fait courir.