mouvement des chômeurs



A Nancy, la lutte des chômeurs continue

L’occupation de l’antenne locale de la Société des Bourses Françaises, entamée le lundi 12 janvier, s’est achevée jeudi 15 à 6 heures du matin alors que nous étions une quarantaine sur les lieux : intervention brutale des CRS qui ont forcé les portes à la masse avant de nous traîner dehors, et qui ont cassé le bras de l’un des occupants. Cette expulsion n’a pourtant pas entamé le moral des chômeurs, puisque deux heures plus tard, 25 personnes ont rejoint les postiers du tri pour tenter d’empêcher une réunion de la direction qui s’apprête à supprimer plusieurs dizaines d’emplois à la Poste. Ensuite, passage improvisé à la CPAM : des chômeurs qui attendaient depuis des mois leur carte Sécu ont vu le problème se régler en 5 minutes. En fin d’après-midi, une délégation de chômeurs a été envoyée auprès des salariés de la compagnie de bus CGFTE (filiale de la Générale des Eaux), en grève pour les 35 heures (ce qui permettrait la création de 40 postes supplémentaires). Puis le local du PS a été envahi comme prévu. La journée du vendredi a été consacrée à la préparation de la manifestation du lendemain, avec des diffusions de tracts tout au long de la journée : en ville, dans les facs, à l’ANPE, à l’entrée des cantines d’entreprises... Les chômeurs ont le souci de faire le lien avec les salariés, rappelant qu’ils sont pour prendre sur les profits et non pas sur les salaires pour relever les minima sociaux et satisfaire leurs autres revendications. La manifestation du samedi 17 janvier a été un succès, avec plus d’un millier de personnes dans les rues de Nancy (contre 300 le mardi). A l’issue de la manifestation, plusieurs dizaines de chômeurs ont réquisitionné un immeuble de la municipalité qu’ils ont occupé pendant le week-end, pour satisfaire " directement " l’une de leurs revendications locales, qui est d’avoir une maison des associations sur la ville. A l’assemblée générale de lundi soir, de nouvelles rencontres se préparaient (avec les instituteurs en grève, avec les travailleurs hospitaliers qui revendiquent l’application des 35 heures de nuit contre 36 h 30 encore aujourd'hui), avec la perspective d’une nouvelle grosse journée d’action le 27 janvier, et d’autres actions-surprises d’ici-là.

A Elbeuf, les chômeurs toujours en lutte

Vendredi matin, les chômeurs avaient préparé un " comité d’accueil " pour Chevènement et Fabius, venus à Elbeuf inaugurer un nouveau... commissariat. 300 manifestants, parmi lesquels des salariés des entreprises de l’agglomération comme Renault Cléon ou Ralston Caudebec ainsi que de nombreux lycéens, avaient répondu à l’appel des sans-emploi en lutte. D. Marie, le maire socialiste de la ville a affirmé sa fierté de recevoir Chevènement " celui qui place la lutte contre le chômage et le droit à la sécurité au coeur de ses préoccupations ". Quant à Chevènement, contraint de recevoir les représentants des chômeurs qui refusaient de rencontrer un quelconque sous-fifre, il a réaffirmé que le gouvernement ne disposait pas des moyens de relever les minima sociaux et qu’il faudrait créer un impôt solidarité ; pour lui, le mouvement des chômeurs, " c’est une crise de médiation intellectuelle et politique... Il faut renouer le dialogue... " Bref, rien que des discours pour demander encore du temps, ce dont les privés d’emploi n’ont pas été dupes, car la plupart ne veulent plus vivre dans la précarité et demandent des réponses immédiates à leurs revendications. Lors du rassemblement devant la mairie, les manifestants ont remarqué une " fliquette " qui les filmait ; bombardée de boulettes de tracts, elle s’est retrouvée assise dans les rosiers entourant le monument aux morts, à la grande hilarité générale !

Le lendemain samedi, une nouvelle manifestation de soutien dans les rues de Rouen rassemblait 1 500 personnes.

Depuis le début de la semaine, les chômeurs continuent à se mobiliser et gardent la préoccupation de s’adresser aux salariés : mardi matin, ils étaient une vingtaine à l’usine Renault à Cléon, où un débrayage d’une heure était prévu. Environ 300 travailleurs de l’usine sont sortis des ateliers. Les sans-emploi préparent aussi activement la journée de jeudi lors de laquelle ils montreront entre autres leur solidarité avec l’action des salariés de l’agence Télécom d’Elbeuf, menacée de fermeture.

Tous attendent, sans grande illusion d’ailleurs, ce qu’annoncera Jospin dans son discours de mercredi. Beaucoup se posent le problème de tenir dans la durée, tant que leurs revendications n’auront pas été satisfaites, parce qu’ils disent qu’ils n’ont plus le choix, qu’ils en ont marre des stages bidon, d’être jetés de partout quand ils demandent du travail " les patrons veulent des jeunes avec plein de diplômes et pouvoir les payer le moins possible... ", de devoir justifier la moindre demande d’aide, de toujours compter pour survivre et de n’avoir que les flics pour réponse. Mais ils sentent aussi que pour peser vraiment sur le gouvernement et les patrons, ils ne peuvent pas rester isolés et que dans tous les secteurs, on a finalement les mêmes problèmes, ceux qui concernent l’emploi et un revenu décent pour tous.

La lutte des chômeurs à Flers (Orne)

C’est le vendredi 9 janvier que l’action des chômeurs à Flers a rejoint le mouvement national. Une trentaine de chômeurs et de militants d’AC ! se sont rendus aux bureaux des ASSEDIC, dont les portes se sont immédiatement fermées... Qu’à cela ne tienne, ce n’était que partie remise. Mais le lundi 12, les portes des ASSEDIC étaient toujours fermées, elles le resteront toute la semaine. Les chômeurs ont alors décidé de se rendre à l’ANPE, rejoints le mardi par des militants de la CGT, de la Confédération Paysanne et de plusieurs associations solidaires du mouvement. C’est à une centaine qu’ils ont investi l’ANPE, où ils ont rappelé leurs principales revendications. Un chômeur a ensuite interpellé la directrice de l’agence : " écoutez, madame ! Je gagne 2000 francs et je dois nourrir ma femme et mes deux filles. L’ANPE vient de m’envoyer une proposition de stage. On me demande 4000 francs de participation, c’est scandaleux ! ".

Ne voulant pas partir avant que les dossiers les plus urgents soient réglés, un casse-croûte a été improvisé et une trentaine de chômeurs se préparaient à occuper les locaux en y passant la nuit quand quarante policiers sont intervenus pour les faire évacuer.

Le lendemain, mercredi 14, c’est dans la Chambre de Commerce et d’Industrie que les chômeurs ont pénétré. Pierre Leverrier, directeur de la CCI et patron lui-même de plusieurs entreprises sur Flers, n’était pas là. C’est donc à son adjoint que les chômeurs ont tenu à dire clairement : " vous et vos pairs vous avez une part de responsabilité dans les situations de détresse que vivent les chômeurs qui touchent les minima sociaux. ".

Vers 20 heures, les policiers sont intervenus pour faire fermer les locaux. Mais la décision a été prise de revenir le jeudi, d’aller le vendredi à la préfecture d’Alençon, de faire sur la route du retour une " visite-surprise " au meeting d’un élu local du Parti socialiste et de monter à Caen le samedi 18 janvier où la manifestation a rassemblé près de 1500 chômeurs, travailleurs salariés et jeunes.

Toujours debout et en colère

C’est dans les locaux EDF que nous étions mercredi 14. L’occasion de dénoncer les coupures dont sont victimes bon nombre de chômeurs, un délégué CGT, agent EDF, appelant à la désobéissance. Le jeudi, nouvelle occupation d’une ASSEDIC à Cenon, en plein cœur d’une cité ouvrière. Les discussions ont été bon train toute la journée avec les travailleurs, les jeunes, beaucoup au chômage ou avec des petits boulots précaires. Des gestes de solidarité aussi : nourriture, aide pour diffuser des tracts… Ce mouvement redonne de la dignité à beaucoup avec ou sans emploi, l’envie d’exprimer sa colère, et ravive les souvenirs des luttes passées : de celles de l’hiver 95, de mai 68, et même de la lutte contre la guerre d’Algérie. En fin d’après midi, un cortège d’élus de la gauche plurielle, dont une députée PS, est venu " serrer des mains " surtout pour profiter des caméras. Mais, ces messieurs-dames sont partis avant de devoir rendre des comptes sur la politique que mènent leurs partis dans le gouvernement.

C’est à 6 heures du matin, vendredi 16, que dans la cité endormie, 200 CRS équipés "anti-émeute " sont intervenus matraque à la main, et brisant une porte vitrée, contre… 20 chômeurs ! La présence d’un journaliste nous a sans doute évité d’être matraqués. Révolté, il nous a promis que ses images concluraient son reportage.

3 heures plus tard, nous étions dans les locaux du CCAS. Là, nous avons pu juger de l’attitude de la directrice, élue locale PS et membre d’ATD quart-monde : comme les dames patronnesses du 19ème siècle, cette dame se penche sur les pauvres, mais s’ils se révoltent, elle appelle la police.

Samedi 17, après une opération péage le matin qui a rapporté 6500 F en 1 heure, nous avons manifesté dans les rues de Bordeaux à plus de 2000, chômeurs, salariés et militants d’organisations politiques, en promettant des " pavés dans la gueule des enfoirés " ou en chantant " les caisses des patrons, elles sont toujours pleines et les emplois bidons, ils sont toujours là ". Comme l’a rapporté la presse locale " on ne les fera pas taire avec 3 francs 6 sous ".

Effectivement, lundi matin nouvelle ASSEDIC occupée au Bouscat, puis ce mardi 20 février l’ANPE de Bordeaux centre où nous ont rejoint nos copains invités la veille à l’émission " d’un monde à l’autre ", chargés des croissants offerts par le personnel d’Air Inter dans l’avion du retour.

La lutte continue et le moral est bon !

A Louviers, les lycéens rejoignent la lutte des chômeurs

A Louviers, les lycéens ont, jeudi 15 et vendredi 16, décidé de rejoindre le mouvement des chômeurs. Le premier jour, environ 200 lycéens ont manifesté dans la ville, avec un arrêt devant l’ANPE puis à l’Hotel de ville où ils ont été reçus par le maire qui, très pédadogue, a expliqué que les entreprises licencient parce que cela permet aux actions côtées en Bourse d’augmenter de valeur... mais que lui-même n’y pouvait rien ! Le lendemain, les lycéens en grève avaient rallié l’autre lycée de la ville. En même temps, ils s’étaient joints aux chômeurs actifs dans le mouvement et c’est tous ensemble qu’ils ont manifesté dans la ville. En deux jours de grève, les lycéens ont appris beaucoup de choses sur la citoyenneté, et Ségolène Royal sera sans doute heureuse d’apprendre que nous faisons à Louviers, comme elle nous le proposait dans sa circulaire, des travaux pratiques. Les lycéens ont rédigé un tract-communiqué de presse : " l’avenir n’est obscur que pour ceux qui le subissent et peut s’illuminer pour ceux qui agissent ". L’attitude du proviseur a été riche d’enseignements car il est intervenu par diverses manipulations et intimidations bien peu citoyennes. D’abord en réunissant une assemblée des délégués de classe, auxquels il a demandé de voter contre la grève ! Ensuite en expliquant aux élèves qu’il était impossible de faire grève, " puisque " les délégués de classe avaient voté contre, ... et illégal, " puisqu’ " ils n’avaient pas déposé de préavis de grève !!! Enfin en envoyant aux parents des grévistes une lettre calomniatrice sur le mouvement, dans laquelle il leur demande d’user de leur force de persuasion. Le lycéen-citoyen-gréviste a ainsi appris en une seule journée combien il doit se méfier des autorités, connaître ses droits, et avoir ses propres représentants dans la lutte. Plus clair encore, combien son avenir à lui est lié aux luttes du monde du travail.

Aberrations ordinaires dans les modes de calcul des ASSEDIC

Dans le but d'indemniser le moins possible les chômeurs, il existe de nombreuses dispositions choquantes, anciennes et nouvelles, dans les règles de calcul des droits aux ASSEDIC.

Tout d'abord, la majorité des jeunes chômeurs en fin de droit n'ont même pas droit à l'ASS (Allocation Spécifique de Solidarité), car il faut avoir travaillé 5 ans pour la toucher. Et être en " fin de droit ", ça peut arriver très vite : si vous êtes au chômage après avoir travaillé l'équivalent de 4 mois à temps plein (676 h) sur les 8 derniers mois, vos droits ne durent que 4 mois. Si jamais vos 4 mois de travail s'étalent sur une période qui dépasse 8 mois, cela n'ouvre aucun droit, vous êtes directement en fin de droit !

Un scandale quotidien dans les modes de calcul, qui concerne tous ceux qui pointent au chômage, c'est le " délai de carence " qui fait qu'à chaque nouveau calcul de droits, l'ASSEDIC retire 8 jours de " carence " non indemnisés. Pour quel motif ? Aucun motif, c'est, en quelque sorte, un droit de péage, une mesquinerie révoltante !

A ces jours de carence s'ajoutent les jours déduits pour congés payés, indemnités de fin de contrat, etc. Tous ces jours retirés font rapidement au total plusieurs semaines. Il est donc courant qu'en " début de droit " vous ne touchiez rien ou presque pendant un, voire deux mois. Et ceci à chaque nouvelle étude de vos droits.

Le calcul de nouveaux droits est d'ailleurs en général une source d'angoisse. Il est en effet quasiment impossible de prévoir ce qui va en sortir tellement il y a de modes de calcul. Et surtout, entre les nouveaux droits calculés et les anciens droits restants il n'y a pas addition, ni même moyenne, les ASSEDIC tranchent lesquels sont les plus avantageux pour vous. Plus avantageux en fonction de la somme totale à vous verser, c'est-à-dire le montant journalier multiplié par le nombre de jours attribués. Cela peut conduire à se voir attribuer de nouveaux droits plus " avantageux " de 100 F par jour au lieu de 150 perçus avec les précédents droits " moins avantageux " ! Ces nouveaux droits étant rétroactifs à partir de la fin du dernier contrat de travail, les ASSEDIC peuvent réclamer un " trop perçu " qui est prélevé automatiquement sur les prochains versements ASSEDIC en 2, 4 ou 6 fois suivant le montant, ce qui peut faire plusieurs milliers de francs par mois, quelque soit le montant restant après prélèvements.

Les sans-travail qui réclament la remise à plat du mode de calcul des ASSEDIC veulent une remise en cause de toutes ces arnaques.

CPAM de Rouen : gâchis et mauvaise foi font bon ménage

Parmi les mesures prévues par le plan Juppé en 95, il en est une qui a fait long feu très vite : le carnet de santé. Destiné soi-disant à limiter les prétendus excès des assurés sociaux " qui se soigneraient trop ", il a surtout servi à mettre la pagaille dans les services de Sécu chargés de sa mise en place, avant de venir alourdir les poubelles. En effet, nous avons dû pendant plusieurs semaines gérer les expéditions intempestives de carnets, envoyés à de mauvaises adresses, ou à des assurés décédés depuis belle lurette, ou au contraire, répondre aux réclamations des assurés qui ne recevaient pas de carnet du tout, ou en recevaient trois ou quatre pour la même personne ! La présentation de l’envoi était tellement étudiée, que beaucoup ont pris cela pour une publicité et l’ont mis à la poubelle sans même ouvrir le paquet... Après cette gabegie, il a fallu que les établissements de soin s’aperçoivent que le carnet de santé n’est pas utilisable : il n’y a pas le nom du malade pour des raisons de confidentialité. Résultat, si le carnet est mal classé, on ne sait plus de quel dossier médical il fait parti, et c’est un trop gros risque d’erreur...

Enfin, le Président de la Commission des Affaires Sociales à l’Assemblée Nationale a déclaré, ce que tous les salariés avaient compris depuis le début : " le carnet de santé est un gâchis intellectuel et financier ". Quelle découverte !