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La finance saigne l'économie réelle, la production dont elle se nourrit en parasite, vouant les peuples à la misère

Très spectaculairement, devant les caméras de télévision, le dictateur indonésien Suharto a signé le plan du FMI qui frappe en premier lieu la grande majorité des 200 millions d’habitants du pays qui, avant même la crise, avaient l’un des niveaux de vie le plus bas du sud-est asiatique. " C‘est en effet une punition infligée à Suharto, commentait le journal Les Echos, pour avoir cru ruser avec le plan de rigueur qui lui avait été assigné par le FMI et les Etats-Unis "... " Cette leçon d’instruction civique et financière ", toujours selon le même journal, n’est en réalité qu’une déclaration de guerre des financiers par le biais de leur fondé de pouvoir au peuple indonésien. Et le dictateur n’a eu aucune difficulté à courber l’échine devant ses maîtres pour faire à son tour la leçon aux travailleurs indonésiens pendant que l’armée paradait, menaçante, pour rassurer le monde de la finance.

Et en début de semaine, la confiance retrouvée, la curée financière connaissait une accalmie. Mais aussitôt aussi, des révoltes populaires éclataient dans l’est de l’île de Java contre l’envolée des prix des denrées de base dont certaines étaient jusqu’alors subventionnées.

Les dirigeants de l’impérialisme sont parfaitement conscients que leurs décisions condamnent à très brève échéance plus de 20 millions d’Indonésiens à survivre dans le dénuement le plus total. Oui, ils savent que les profits qu’ils réussiront à drainer à nouveau sur les places financières ne peuvent résulter que d’une exploitation accrue des masses. Ils en connaissent aussi les risques. " La question n’est pas de savoir si, mais quand l’explosion aura lieu " déclarait un diplomate. Ils savent que des émeutes auront lieu, ils savent aussi que sans objectif ces émeutes sont vouées à l’échec face à l’armée, c’est du moins leur calcul cynique.

Alors les dirigeants du monde impérialiste peuvent afficher leur optimisme comme le " socialiste " Strauss-Kahn ou comme un de ses amis politiques qui se réjouissait devant l’Assemblée des effets " positifs " qu’aurait la crise asiatique en permettant aux capitalistes occidentaux de faire de bonnes affaires. Cyniques, mais surtout aveugles et stupides.

Il ne s’agit pas d’une crise asiatique, mais d’une crise du capitalisme à l‘échelle mondiale.

Quand les ministres ou autres banquiers discutent des conséquences de la crise, ils raisonnent comme si les choses devaient rester égales. Or le problème, c’est que le simple fait d’envisager un recul de la croissance provoque chez les détenteurs de capitaux une nervosité qui les conduit à chercher de nouveaux placements rentables.

Les capitaux se sont retirés des pays d’Asie parce qu’ils n’en espéraient plus de profits suffisants. Qu’importent les conséquences pour les peuples. Ils ne se réinvestissent que si le FMI avec la garantie des dictateurs locaux et de l’armée leur assure de faire de nouveaux profits, sinon ils cherchent à s’investir ailleurs.

Mais l’effondrement de ces pays, les sacrifices imposés aux peuples, cela veut dire une production qui diminue encore plus, donc moins de possibilité de faire des nouveaux profits, donc une concurrence acharnée et surtout plus de chômage, de pauvreté.

" Les licenciements sont une obligation, notre survie en dépend " déclarait la patron de Samsung. Déjà en Corée, en Malaisie, aux Philippines, des milliers d’entreprises ferment leur porte, jetant à la rue des millions de travailleurs. Les Etats tentent d’exporter la crise vers les pays encore plus faibles comme la Birmanie en expulsant les travailleurs immigrés, alimentant l’immigration clandestine en particulier vers le Japon. La Thaïlande a décidé lundi un plan d’expulsion massive de 300 000 travailleurs étrangers dans le cadre d’un projet visant l‘élimination d’un million d’immigrés. Le gouvernement malais a menacé de licencier un million de travailleurs immigrés.

La crise aussi s’exporte par l’annulation de projets industriels - Daewoo annule son projet de construction d’une usine en Lorraine -, de commandes - la compagnie Philippines Airlines a annulé sa commande de 4 Boeing 747 -, ou les menaces sur les commandes de TGV.

Le ralentissement de la production en Asie n’est pas un phénomène local, mais l’expression locale d’un processus mondial. Ce processus se manifeste brutalement là où la croissance était la plus fiévreuse, par un effondrement des pays les plus fragiles. Cet effondrement a inévitablement un effet retour sur toute l’économie mondiale qui révélera de nouvelles faiblesses.

Ce cercle vicieux, fou, ne trouve qu’une issue, l’aggravation constante de l’exploitation. Chaque étape de la crise provoque une aggravation du chômage et de la pauvreté, elle crée ainsi les conditions de l’étape suivante.

Voilà pourquoi à l’époque de la décadence impérialiste, le parasitisme des classes dominantes ne laisse pas d’autre issue aux luttes des travailleurs et des peuples opprimés que de contester le droit des classes possédantes à diriger la société, à se battre pour imposer leur droit démocratique à exercer leur contrôle sur ceux qui conduisent toute la planète à une catastrophe.

Les crimes de l'armée française au Rwanda

" Le Figaro " et " Libération " ont rappelé la semaine dernière des faits qui prouvent la responsabilité de l’Etat français dans le génocide perpétré par le régime hutu rwandais en avril 1994 : 800 000 personnes avaient été massacrées en quelques jours.

" Le Figaro " rapporte que les livraisons d’armes de la France au régime rwandais ont continué plus d’un mois après le massacre, et c’est un officier de l’armée française, le lieutenant-colonel Cholet qui était officiellement, depuis février 92 " conseiller du président de la République, chef suprême des Forces Armées Rwandaises (FAR) et chef d'état-major de l'armée rwandaise ". Quant à " Libération " , il rapporte les témoignages de deux militaires français en poste au Rwanda juste avant le génocide et qui montrent comment les soldats français avaient pour mission d’empêcher à toute force la chute du dictateur rwandais.

Ces deux journaux ne tirent pas eux-mêmes les conclusions des faits qu’ils rapportent, se contentant de poser la question de savoir si "la France est responsable de complicité dans le génocide ".

Or ce sont des militaires français qui ont organisé et dirigé l’entraînement des milices recrutées par ce régime pour éliminer de façon systématique tous ses opposants, et faire régner la terreur. Une journaliste belge, Colette Braekman a rapporté dans son livre " Rwanda, histoire d’un génocide " des témoignages selon lesquels des militaires français surveillaient même les interrogatoires des prisonniers. Et celui-ci également sur les soldats français trois jours après le début des tueries : les parachutistes français " avaient le droit et la liberté de se rendre partout où ils voulaient, avaient accès à tous les lieux, même les plus sensibles...tels que camps militaires et états-majors gouvernementaux. Aux barrages, des miliciens qui assassinaient à tour de bras levaient, en signe d’amitié, leurs machettes sanglantes et les saluaient par des " Vive la France ! "... "

Mais ce n’est pas tout. Alors que le régime qui avait été ainsi soutenu par l’armée française était en déroute, Mitterrand, soutenu par Juppé, réclama de l’ONU un mandat pour intervenir dans une opération soi-disant humanitaire : l’opération " Turquoise " couverte par une propagande écœurante fut mise en place. Une zone fut ainsi créée pour protéger la fuite des responsables du massacre, et leur servir de base à partir de laquelle ils pourraient tenter de reprendre le contrôle du pays. En vain.

En septembre 94, alors que la partie était perdue pour les protégés de l’Etat français, Mitterrand déclarait cyniquement au sommet franco-africain de Biarritz : " On ne peut pas non plus demander l’impossible à la communauté internationale, et encore moins à la France, tant elle est seule, lorsque des chefs locaux décident délibérément de conduire une aventure à la pointe des baïonnettes ou de régler des comptes à coups de machettes. Après tout, c’est de leur propre pays qu’il s’agit. "

Mitterrand lui-même, personnellement, avait une responsabilité écrasante dans la sale guerre coloniale d’Algérie, il a continué, 30 ans plus tard, la même politique fondamentale, menée par tous les gouvernements : celle de la bourgeoisie, de l’impérialisme français, qui exerce sa dictature féroce et sanglante sur les peuples pour garder et élargir sa main mise sur les richesses de l’Afrique.

Les instits en grève : ras-le-bol des promesses non tenues

Mardi 20, les " instits " du primaire se sont mis en grève à l'appel du syndicat national des instituteurs et professeurs des écoles (SNU-IPP). Ils se battent pour un corps unique des enseignants du primaire, car depuis 1989, la politique de soi-disant revalorisation de la profession, mise en place par Jospin qui était alors ministre de l'Education Nationale, a instauré un corps à deux vitesses, avec des différences de salaires qui peuvent aller de 2 000 à 3 000 F entre les anciens instituteurs et les nouveaux professeurs des écoles. Jospin s'était alors engagé à l'intégration progressive des instits dans le corps des professeurs des écoles, mais au rythme où le gouvernement mène les choses, les derniers instits ne seront pas intégrés avant... 2015.

La grève a été un succès, 50 % des instits de Gironde ont fait grève et 20 % des écoles sont restées fermées. Des assemblées locales se sont tenues le matin et l'après-midi, nous nous sommes retrouvés une centaine devant l'Inspection académique, avant de nous réunir tous ensemble pour discuter de la suite à donner à ce premier coup de colère. La plupart des interventions insistaient sur le besoin d'en finir avec " l'injustice " de salaires aussi différents entre nous, et qu'à travail égal, le salaire doit être égal. Allègre a déclaré avec le plus grand cynisme qu'il comprenait les instits, mais que les " marges de manœuvre étaient étroites, dans un contexte budgétaire difficile ". Derrière la revendication du statut réclamé par les instits, il y a le ras-le-bol des salaires bloqués depuis des années, les moyens en personnel, en matériel toujours révisés à la baisse, les classes surchargées... Le gouvernement nous répond qu'il n'y a pas d'argent avec en prime la morale.

L'assemblée générale a voté le principe d'une nouvelle grève et, les chômeurs montrant l'exemple, des actions comme l'occupation de l'Inspection académique. Ils monteront manifester à Paris le 1er février, à l'appel, cette fois de tous les syndicats.

SED Cordier : 30 % de production en plus, mais pas d’embauche

SED-Cordier, filiale de Suez, est une usine d’embouteillage de vin de la banlieue bordelaise. En décembre dernier, nous nous étions mis en grève dans la crainte que les transactions en cours entre Suez et Val d’Orbieu ne se traduisent par un nouveau mauvais coup contre nous. De retour des congés de fin d’année, la direction de SED a annoncé le passage en équipe en 2x7 pour les ateliers. Voilà le nouveau mauvais coup : Val d’Orbieu apporte de quoi augmenter la production de 30 %, mais cela doit se faire sans embauches supplémentaires.

Alors ils vont répartir nos effectifs, déjà insuffisants pour tourner en une équipe, sur les deux équipes des 2x7. Pour beaucoup de travailleurs, le passage en 2x7 est un moindre mal, et ils n’envisagent pas de s’y opposer. Ils pensent que, puisqu’il y a du " volume " en plus, il faudra bien le faire, et que si nous n’acceptons pas, le patron fera faire le travail ailleurs. Certains pensent d’ailleurs que s’il y a du travail en plus, c’est tant mieux pour nous, même si c’est au détriment de nos conditions de travail. Et il y a même l’espoir d’y gagner une légère augmentation de salaire, puisque l’équipe du service filtration, qui travaille déjà en 2x7, touche une prime hebdomadaire de 250 F.

Il n’en reste pas moins nécessaire de résister immédiatement à la dégradation des conditions de travail que le passage en 2x7 implique. Car depuis qu’ils ont décidé de passer en 2x7, nos cadres s’agitent. Le responsable de production circule dans tous les ateliers, venant discuter avec l’un ou l’autre d’entre nous, nous demandant ce que nous pensons de tel ou tel changement qu’il envisage dans les tâches à effectuer sur le poste. Sous couvert de s’intéresser à nous et de nous demander notre avis, il fait pression pour que chacun accepte individuellement ses propositions qui ne visent qu’à nous faire faire à dix le travail de quinze. Il est difficile de s’opposer individuellement à ces pressions, d’autant que pèse toujours sur nous la crainte de nouveaux licenciements. Alors, nous défendons l’idée que face à ces manœuvres, la seule riposte possible, c’est notre organisation, pour faire en sorte que, quand l’une ou l’un d’entre nous refuse de voir augmenter sa charge de travail, la direction sache bien que c’est l’ensemble des travailleurs qui refuse.

Indifférence des pouvoirs publics envers les sans-papiers grévistes de la faim de Lille

Dix-huit sans-papiers observent une grève de la faim depuis le 17 novembre à Lille pour obtenir leur régularisation. Neuf d'entre eux ont reçu, selon le MRAP, une lettre d'invitation à quitter le territoire français. Depuis le début du mouvement qui avait concerné 21 sans-papiers, un gréviste a été régularisé et deux ont cessé la grève pour des raisons médicales.

De nationalité marocaine, algérienne, sénégalaise, guinéenne, gambienne ou laotienne, les grévistes, installés au pavillon Cordonnier du CHR de Lille, sont examinés quotidiennement par un collectif de 14 médecins bénévoles et s'alimentent de thé et d'eau sucrée. Selon les médecins consultés par les associations, indique le MRAP, un certain nombre d'entre eux conserveraient des séquelles irréversibles. Reçus le 29 décembre à la Préfecture, leurs porte-parole avaient demandé que soit mis en place un groupe de travail mixte sans-papiers, associations, préfecture, afin de sortir de l'impasse et faire cesser le mouvement. Chevènement ne veut rien savoir, jouant avec la vie des grévistes de la faim.