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Pour que la jeunesse prenne toute sa place dans la lutte

A l’occasion des différentes manifestations, au cours du mouvement des chômeurs, la jeunesse des lycées ou du moins une fraction d’entre elle, a tenu à exprimer sa solidarité en rejoignant les cortèges. Parfois en nombre, parfois de petites minorités, parfois des groupes ou des individus, mais de façon significative de l’évolution de la conscience d’une fraction d’entre elle.

Pour les jeunes issus de milieu populaire, s’exprime l’inquiétude pour leur propre avenir, la crainte du chômage, pour d’autres, issus de milieux privilégiés, plus souvent des individus ou des petits groupes, s’exprime une solidarité mais pour tous, aussi et surtout, une inquiétude devant le recul de la société, la montée des idées réactionnaires, l’angoisse devant ce monde sans perspectives alors que semblent s’offrir tant de possibilités.

La dégradation de la situation politique et sociale ne laisse pas la jeunesse indifférente quoi qu’en pensent tous les vieux sociologues ou militants qui dissertent sur l’apolitisme de la jeunesse. Leur propre indifférence les rend aveugles devant la générosité qui n’a pas encore la force de s’exprimer, les moyens de donner sa pleine mesure.

Une nouvelle génération se tourne vers la contestation politique, vers la lutte. Elle cherche des idées, des armes, souvent se retrouve assez facilement dans les cortèges anarchistes qui apparaissent avec un visage moins sectaire, plus ouvert et diversifié, plus étranger au monde politicien, que les chapelles trotskistes.

Mais les idées et les armes politiques dont la jeunesse a besoin, elle les trouvera dans l’héritage du mouvement ouvrier, dans les idées du marxisme révolutionnaire auxquelles elle redonnera toute leur richesse, leur force, leur fécondité.

S’atteler à la tâche de la construction d’une nouvelle force politique vivante, dynamique, entièrement fidèle aux intérêts des travailleurs, des exclus, des jeunes, sans aucun lien avec les petits politiciens de gauche, est un objectif immédiat pour tous ceux qui ne veulent pas rester passifs, une tâche qui exige initiative, audace et anticonformisme. C’est la seule façon d’échapper à cette société, à la bêtise de l’indifférence et de l’individualisme, d’exprimer sa solidarité avec tous ceux qui souffrent de ce système comme de préparer, de construire son propre avenir.

Vivre consciemment, en femme ou en homme libre, c’est faire de la politique, agir pour construire une société moderne, démocratique qui donne à chacun toute sa place, qui permette le plein développement de l’individu dans le cadre de la collectivité, grâce à la collectivité où se conjuguent les différences.

La jeunesse en s’emparant des idées du marxisme balaiera le passé des vieilles querelles de chapelles soumettant toutes les idées, les courants, les hommes à l’épreuve de la lutte à mener jusqu’au bout, sans complaisance ni duplicité, sans crainte des conséquences, défiant le passé pour mieux construire l’avenir.

Authentique, elle écartera de sa route les cyniques et les blasés. Entière, elle tournera le dos aux demi-vérités et aux petits calculs politiciens.

Contre toutes les censures, les exclusions, par sa fougue, elle imposera les droits de la vie et de la lutte.

Cuba, le pape est venu, il n’a pas vaincu

Le pape a pu enfin se rendre à Cuba... La presse s’en est donné à cœur joie. Pour mieux porter en triomphe la papauté elle a décortiqué les malheurs de Cuba. Alléluia, un des derniers bastions " communistes " à bout de souffle accueillait le porte-drapeau de l’anticommunisme, le défenseur zélé de l’ordre établi, le grand prêtre de la réaction ! Là où l’impérialisme n’a pas encore réussi à reposer le pied en maître depuis 1959, il a envoyé son meilleur ambassadeur : cela sonne comme l’avant-goût d’une victoire qu’il sent proche. La visite du pape prépare le terrain pour la réintégration de Cuba dans le marché mondial, au rang qui lui sera dévolu c’est-à-dire celui d’un pays pauvre surexploité, à qui en plus on fera payer d’avoir osé défier l’ordre impérialiste pendant si longtemps.

En effet, l’insolence cubaine, celle de ce petit pays défiant depuis sa révolution l’impérialisme américain à quelques miles de ses côtes est en berne. Cuba voit aujourd’hui ses forces lui manquer pour résister à l’embargo américain qui dure depuis plus de trente-sept ans. C’est l’acharnement impérialiste qui a mis Cuba à genoux. Le principal souci de la population est de trouver de quoi se nourrir : c’est la course aux dollars qui permettent d’acheter tout ce à quoi les tickets de rationnement ne donnent pas accès. Cuba manque de tout, de carburant, de chaussures, de vêtements, de savon. Les systèmes de santé et d’éducation gratuits sont également touchés par la pénurie : il n’y a plus de médicaments, les hôpitaux ferment, il n’y a plus ni stylos ni cahiers. La montée de la misère s’est accompagnée d’un renforcement de la religiosité sur laquelle le pape comptait s’appuyer pour délivrer ses messages réactionnaires habituels.

Mais il faut croire que le peuple cubain en impose encore pour que le pape se soit senti obligé de se prononcer contre le maintien de l’embargo. De même, dans un pays où la contraception et l’avortement sont des acquis de la révolution, le pape a dû modérer ses attaques dans ce domaine.

Il semble que la population cubaine n’ait pas affiché une grande ferveur, montrant ainsi qu’elle n’est pas dupe de la signification du voyage papal. Bien plus que de religion, c’est de politique qu’il était question, et finalement, sur ce terrain, la population cubaine n’est pas encore vaincue : malgré la volonté des dirigeants cubains de faire allégeance, le peuple cubain n’a pas encore plié le genou. Pour preuve l’empressement du gouvernement américain à répondre qu’il n’est pas question de lever l’embargo.

 Le destin de la révolution cubaine

Face à l’impérialisme américain, Cuba a représenté pendant longtemps un défi et un espoir.

En 1959, dans cette île des Caraïbes très proche des côtes de Floride, des révolutionnaires démocrates avaient pris le pouvoir, portés par les masses populaires et transformé le pays malgré l’hostilité active de la première puissance impérialiste du monde. Les militants regroupés autour de Fidel Castro avaient mené pendant plusieurs années une lutte de guérilla contre le régime de Batista, dictateur sanglant totalement inféodé aux Etats-Unis. Leur victoire avait suscité un immense enthousiasme à Cuba et une grande sympathie dans le monde entier. Ils n’étaient pas communistes, ils se défendaient même de l’être. Ils ne voulaient pas créer un Etat dirigé par les masses populaires elles-mêmes. Mais ils tenaient compte des aspirations sociales de la population. Ils n’avaient pu arriver au pouvoir que parce que les paysans pauvres s’étaient soulevés contre la dictature corrompue et voulaient en finir avec la misère et la domination des grands propriétaires. Les dirigeants castristes, forts de la volonté de tout un peuple, voulaient répondre à ces aspirations en assurant l’indépendance économique et politique à Cuba.

C’était beaucoup plus que ne pouvaient le tolérer les Etats-Unis. L’Amérique latine était leur chasse gardée et il n’était pas question pour eux que des pays s’émancipent de leur tutelle. Rapidement ils décidèrent de tout faire pour soumettre puis pour renverser le régime castriste. Les sanctions économiques, la menace puis l’intervention militaire par le biais de troupes cubaines anti-castristes, rien n’y fît. A chaque attaque le peuple cubain montra une détermination qui amena Castro à répondre par des mesures plus radicales, accentuant les transformations dans le pays et l’émancipant plus encore de la tutelle nord-américaine. C’est devant la capacité de mobilisation des masses cubaines en réponse aux pressions et aux attaques des Etats-Unis que le régime castriste amplifia la réforme agraire et la nationalisation des terres des grandes compagnies américaines, nationalisa les raffineries puis toutes les entreprises US sur le territoire cubain et passa des accords commerciaux puis politiques et militaires avec l’URSS.

C’est ainsi que Cuba put dans les années 60 représenter un espoir pour les masses opprimées d’Amérique latine. Tandis que, du Mexique au Brésil, l’oppression, l’analphabétisme et la malnutrition étaient le lot quotidien de centaines de millions de paysans sans terre, à Cuba la population bénéficiait de conditions incomparablement meilleures, en toute indépendance des Etats-Unis. Ce qui s’était passé à Cuba prouvait que la soumission à l’impérialisme et aux dictateurs à leur solde, la misère et l’arriération n’étaient pas une fatalité pour les peuples d’Amérique latine.

En mai 1961, deux ans et demi après la prise du pouvoir, Fidel Castro proclama que la révolution cubaine était "socialiste ". En octobre 1965 le parti de Castro, au pouvoir depuis près de sept ans, prit le nom de " Parti Communiste ". Mais ce n’étaient là que des étiquettes que Castro prenait pour consacrer la rupture définitive avec les Etats-Unis puis l’alliance avec l’URSS. Fidel Castro voulait développer l’économie nationale cubaine et assurer son indépendance politique vis-à-vis de l’impérialisme. L’hostilité des Etats-Unis et le contexte de la guerre froide l’amenèrent à se rapprocher puis à dépendre de l’URSS qui compensait le boycott économique imposé par les Etats capitalistes. Mais l’anti-impérialisme de Castro s’est limité à cela. Dans leur lutte contre les Etats-Unis et les possédants à Cuba les dirigeants castristes avaient le soutien des masses populaires mais ils n’ont jamais voulu que celles-ci exercent le moindre pouvoir dans le pays.

Près de quarante ans après la prise du pouvoir par les guérilleros, Cuba est au bord de l’asphyxie économique et Castro multiplie les gestes de conciliation à l’égard de l’impérialisme et de tous ses représentants. Mais c’est évidemment l’impérialisme américain qui est responsable de l’étranglement économique dans lequel se débat la population.

Les aspirations du peuple cubain, sa détermination face à l’impérialisme auraient pu permettre à la révolution d’être le flambeau du soulèvement de toutes les masses opprimées d’Amérique latine. Les choix nationalistes de Castro n’ont pas permis à la révolution cubaine de jouer ce rôle. C’est une leçon précieuse pour tous ceux qui se préoccupent de changer ce vieux monde miné par le capitalisme. Tous les nationalismes, mêmes les plus radicaux comme le castrisme ont conduit à une impasse. L’avenir appartient à l’internationalisme.

Le cynisme de Papon : l'accusé accuse la victime pour masquer ses crimes

Jeudi et vendredi dernier à Bordeaux, la déposition de Michel Slitinsky au procès Papon a provoqué des réactions violentes de Papon lui-même et de ses avocats qui avaient jusque-là gardé le silence, méprisant et ignorant les parties civiles. Face à Michel Slitinsky, le principal témoin de ce procès, celui qui par le combat de toute une vie a permis que ce procès ait lieu, Papon et ses défenseurs ont utilisé les armes de la calomnie, les insinuations et des accusations directes qui ont fait long feu, pour tenter de retourner la situation en transformant Michel Slitinsky en accusé, pour le discréditer et tenter de semer le doute sur le sérieux de ses travaux.

Michel Slitinsky a fait sortir Papon de son mépris hautain et de son indifférence par sa patience et sa détermination depuis des années, à révéler son passé et ses crimes. " Toutes les familles que j'ai entraînées avec moi sont obstinées, courageuses, modestes. Nous sommes combatifs et tranquilles. Et convaincus que notre travail sert l'histoire et la mémoire ", a-t-il déclaré. Ce procès est " toute sa vie ", sa " préoccupation ". En 1942, son père Abraham et sa soeur Alice furent arrêtés sur ordre de la préfecture dont Papon était le secrétaire général, et internés au camp de Mérignac. Son père mourut à Auschwitz le mois suivant. Alors âgé de 17 ans, il réussit à échapper aux policiers français chargés de la rafle, en se sauvant par les toits. A la fin de la guerre, il osa porter plainte contre les deux policiers français qui étaient venus arrêter sa famille, plainte qui déboucha deux ans plus tard sur un non-lieu, dont il fut informé trente ans plus tard. Par la suite, il consacra sa vie à rassembler les documents, les témoignages qui prouvent la responsabilité de Papon dans la déportation de milliers de juifs depuis Bordeaux, durant la période où il fut secrétaire général de la préfecture.

Affichant son cynisme et son mépris, Papon s'est appuyé sur deux inexactitudes relevées dans le dernier livre de Michel Slitinsky " Procès Papon, le devoir de justice " -inexactitudes que Michel Slitinsky reconnaît mais qui ne changent rien au fond- pour déclarer : " Je ne vais pas parler de la partie civile qui vient de s'exprimer, ni de ses quelques erreurs, ni de ses quelques faux, ni de ses affabulations, ni même de son pilonnage médiatique auquel il a procédé depuis quinze ans ". Son avocat a accusé Michel Slitinsky d'" amalgame volontaire pour impliquer Maurice Papon ", et d'avoir réalisé des " montages de documents ", c'est-à-dire d'avoir " fabriqué des pièces ".

Face à la détermination des familles des victimes à révéler son passé et ses crimes, Papon n'a affiché depuis le début du procès que mépris, indifférence et attitudes provocatrices. Aujourd'hui, devant l'évidence des preuves, il s'acharne à semer le doute, à brouiller les pistes, à tenter de détourner les accusations sur ses propres responsabilités et ses crimes contre ceux qui l'accusent. Mais la vérité implacable des faits est têtue.