éditorial



Vote de la loi Aubry : après les simagrées, gouvernement, gauche plurielle et patronat se mettent d’accord sur le dos des travailleurs

La loi Aubry a donc été votée par 316 voix contre 234. L’ensemble des députés de la " gauche plurielle " a voté la loi en bloc et sans le moindre état d’âme. La droite a limité son opposition à quelques gesticulations parlementaires. Le CNPF poursuit sa comédie : la veille du vote, Seillière a déclaré que le cadre de la loi " était un peu moins inacceptable ".

Au delà de toutes les simagrées des uns et des autres, de ceux qui comme les Verts ou le PCF faisaient mine de vouloir " gauchir " la loi Aubry ou de ceux qui comme les patrons en faisaient une mesure " antiéconomique et autoritaire ", les voilà tous bien d’accord pour accepter cette loi qui est entièrement favorable au patronat.

La réduction du travail à 35 heures, c’était le seul engagement précis qu’avaient pris Jospin et les socialistes pendant la campagne électorale. Aidés par leurs compères de la gauche plurielle et les dirigeants syndicaux, ils avaient présenté cette mesure comme une " avancée sociale ". Quant au patronat, il mit en scène un vrai psychodrame après la conférence du 10 octobre, comme si les 35 heures allaient le mettre sur la paille.

Cette attitude a bien aidé le gouvernement pour essayer de donner le change : si cette mesure était combattue aussi vigoureusement par le patronat, c’est donc qu’elle était favorable aux salariés, répétaient à l’envi les leaders des syndicats et de la gauche plurielle. Ainsi les rôles étaient répartis et tout était en place pour duper les travailleurs.

Pourtant dès le début, Aubry et Strauss-Kahn avaient annoncé la couleur : cette loi devait permettre aux entreprises " d’améliorer leur compétitivité " en " modifiant leur organisation du travail ". Et puis, très vite des milliards ont été mis sur la table sous la forme de ces subventions dégressives bien plus avantageuses encore que celles accordées par la loi Robien. La discussion sur les 35 heures est devenue une discussion sur l’annualisation du temps de travail et sur la baisse des salaires. Au fil des jours, le nombre de subventions augmentait et Strauss Kahn affirmait devant la fine fleur du capitalisme mondial à Davos, que la loi permettait la mise en place de la flexibilité. Des enquêtes surgies opportunément démontraient qu’il n’y aurait création massive d’emplois que si les salaires étaient gelés. Enfin pour enfoncer le clou, Jospin et Aubry allèrent rendre visite en grande pompe médiatique à un patron qui appliquait la loi Robien. Loi Robien, loi Aubry, la continuité était affirmée et revendiquée : il s’agissait de permettre aux patrons d’imposer l’annualisation du temps de travail, de leur distribuer des milliards de subventions et enfin de baisser les salaires. En effet, 40 % des contrats Robien comportent une clause de baisse des salaires et de gel des augmentations sur plusieurs années et la " modération salariale " qui doit accompagner l’application de la loi Aubry est de la même veine.

Et voilà comment aujourd’hui, grâce au gouvernement et à l’appui de tous les partis de la gauche plurielle, les patrons disposent avec cette loi d’un instrument qui leur permet d’aggraver l’exploitation des salariés en généralisant l’annualisation, en baissant les salaires, même les plus bas, grâce à l’instauration du double SMIC. Cette loi leur permet aussi d’économiser des milliards sous forme d’exonérations de charges sociales, pour ceux qui mettront en place les trente cinq heures avant le 1er janvier 2 000 mais aussi pour ceux qui embaucheraient plus que les 6 % demandés, pour ceux qui passeraient aux 32 heures en deux temps, pour toutes les entreprises à bas salaires " ayant au moins 60 % d’ouvriers et dont 70 % des salariés reçoivent au plus une fois et demie le SMIC ". Aubry a même annoncé " qu’une aide structurelle d’environ 5 000 F " serait instaurée pour les entreprises qui passeraient aux 35 heures même après le 1er janvier 2000 et sans qu’elles aient la moindre obligation d’embauches.

En un mot pour les patrons, les milliards d’exonération vont couler à flots, augmentant d’autant leurs profits et creusant les déficits des organismes sociaux. Pour les travailleurs c’est la menace d’une dégradation de leurs conditions de vie et de travail.

Le vote de la loi Aubry, après la façon brutale et méprisante dont les chômeurs ont été traités, montre que ce gouvernement est l’auxiliaire dévoué des patrons. Il peut compter pour faire ses mauvais coups sur le soutien des dirigeants de la gauche plurielle et il n’a rien à craindre des dirigeants syndicaux dont les réticences font l’effet de vœux pieux.

Dans les mois qui viennent, sous prétexte d’application de cette loi, les patrons vont redoubler leurs attaques contre l’ensemble du monde du travail. Nous ne pourrons y faire face que si nous nous dégageons de tout lien de solidarité avec un gouvernement et des partis qui voudraient nous lier les mains. Une fraction croissante des travailleurs prend conscience que ce système n’offre aucun avenir au monde du travail et à l’ensemble de la société. Beaucoup de travailleurs, de militants ouvriers se sentent trompés par ce gouvernement et par les dirigeants qui les soutiennent. Il est urgent que tous ensemble nous discutions des moyens que le monde du travail devra mettre en œuvre pour faire face à l’offensive des patrons et autour de quelles idées et de quel programme nous pourrons unir les rangs ouvriers pour préparer les luttes que nous devrons mener.

Indonésie, l’armée et les religieux paradent contre la population et les travailleurs

L'Indonésie, ce sont 202,5 millions d'habitants, soit le quatrième pays du monde par la population, après la Chine, l'Inde et les Etats-Unis. Plus de 30 % de la population y vit dans des villes où le luxe le plus éhonté côtoie la misère des bidonvilles.

Aujourd’hui l’immense majorité de cette population fait face à une pénurie des biens de première nécessité du fait de la hausse des prix, conséquence de la chute de la roupie, la monnaie indonésienne, de 80 % en six mois par rapport au dollar. Le prix du riz a augmenté de 36 % le seul mois dernier, celui de l’huile de 140 %, des biens alimentaires importés qui ne sont plus subventionnés par l’Etat suite aux demandes du FMI, voient leur prix augmenter de 200 ou 250 %. Ces derniers jours de nouvelles émeutes de la faim ont éclaté, parfois très violentes, prenant aussi souvent pour cibles et pillant les commerces de la communauté chinoise.

Les classes possédantes et surtout la dictature ont tout intérêt à tenter de dévoyer la révolte des plus défavorisés contre cette minorité qui contrôlerait près de 80 % de l’économie indonésienne et surtout le commerce, " ces immigrés trop riches, trop arrogants et incapables de patriotisme ", désignés comme responsables des spéculations, pour flatter le nationalisme, le racisme.

Le chômage atteindra plus de 8 millions de personnes d’après les chiffres officiels. Mais ces chiffres ne rendent pas compte du fait que plus de 53 % de la population active est sous-employée et vit dans la misère.

Confronté à cette vague croissante de manifestations et d'émeutes, le dictateur Suharto au pouvoir depuis près de 35 ans et dont le mandat présidentiel arrive à terme, s’en prend à la presse accusée de se montrer alarmiste. S’adressant au clergé musulman, il a affiché son mépris de la population pauvre déclarant avec cynisme que " les nombreuses questions sans fondement dont beaucoup se préoccupent actuellement " demeureraient en suspens après l'élection présidentielle prévue le mois prochain. " Je prie instamment les oulémas (prêtres musulmans) d’utiliser les mosquées pour mettre la population en garde contre les actes de personnes irresponsables ", a-t-il ajouté, mobilisant le clergé du côté du pouvoir.

Dans le même temps, l’armée a fait parader dans les rues de la capitale, Djakarta, 25 000 hommes en tenue de combat, accompagnés de voitures blindées et de chars, ainsi que d’hélicoptères de combat. " Nous sommes persuadés, a déclaré le gouverneur militaire de Djakarta, que cette démonstration de force dissuadera tous ceux qui pourraient envisager de provoquer des incidents ". La menace n’est pas voilée.

Le dictateur craint que la réunion, à la fin du mois, de l’assemblée nationale (le MRP) qui lui est toute entière dévouée afin de le réélire pour la septième fois président, ne provoque des manifestations de colère.

Rien évidemment ne peut sortir de la réunion de cette assemblée. " On ne peut pas s'attendre, déclarait un opposant, à ce que les 1000 membres du MPR, pour la plupart sélectionnés par Suharto, aient une opinion différente de celle du patron. Il n'y a pas la moindre chance pour qu'il (Suharto) se démette. Il tiendra bon,
il continuera, c'est un obstiné. "

Cette opposition n’a pas d’autre politique que d’accuser le dictateur d'être responsable de la crise économique, dénonçant son insolente fortune personnelle qui s'élèverait à 16 milliards de dollars, masquant les vraies causes sociales.

Probablement la dictature née en 1966 dans un bain de sang contre les militants communistes et la classe ouvrière s’approche-t-elle de sa fin, tellement elle a suscité de haine dans l’immense majorité de la population. Déjà, les USA semblent prendre leur distance vis-à-vis du régime. Mais il ne s’effondrera pas de lui-même, seule la révolte des masses pourra le balayer, une révolte qui, si elle ne veut pas être privée des fruits de son combat ne peut faire confiance aux oppositions pas plus démocratique qu’islamiste.

Aujourd’hui s’ouvre en Indonésie une période de crise et de luttes sociales dont, à terme, dépendra, en partie, l’avenir de la planète. Le danger est grand de voir l’armée et les islamistes unir leurs forces pour installer une nouvelle dictature religieuse et nationaliste afin de briser la révolte des masses pauvres dans une Asie ravagée par la crise, menacée de conflits nationaux, de guerres.

L’Asie est le point faible du monde capitaliste, pour cela il est le premier à céder, le premier seulement, d’autres suivront. L’effondrement des pays asiatiques s’inscrit dans un processus qui ne laissera aucun pays à l’écart. Ce qui s’y déroule actuellement constitue les premiers craquements de l’ensemble du système, mais aussi les premières révoltes qui conduiront à entraîner les masses à se battre pour leur propre avenir dont dépend celui de toute la planète

" La psychose de la grande dépression économique " écrit avec condescendance un journaliste du Monde à propos de ce qu’il pense être l’état d’esprit du moment par rapport à la dégradation économique. Les discours lénifiants des dirigeants politiques et économiques comme des journalistes du monde occidental voudraient endormir les consciences. C’est aux militants de la classe ouvrière d’attirer son regard sur les dangers réels qui menacent le monde, d’éveiller son inquiétude, de l’armer d’une juste compréhension de ce qui se passe, sur les responsabilités de la bourgeoisie impérialiste comme sur les remèdes qu’elle seule pourra appliquer.

Un Etat au service des riches est forcement malhonnête et corrompu. La démocratie, c’est le contrôle de toute la société par les travailleurs

Editorial des bulletins d’entreprises du 9 février

De temps à autre, les politiciens de droite et de gauche chantent ensemble les louanges de l’Etat, ce qu’ils appellent " l’Etat de droit " ou encore " la République ". L’assassinat en Corse d’un préfet, le plus haut personnage de l’Etat dans cette région, vient de leur en donner l’occasion. Chirac, Jospin, Fabius et Robert Hue se sont rendus en Corse, tous émus, tous unis pour célébrer le culte de l’Etat national. D’après ces gens-là il s’agit d’une puissance sacrée devant laquelle tous les citoyens devraient se mettre à genoux.

Il y a un coup fourré derrière cette connivence entre les dirigeants de droite et de gauche pour s’apitoyer sur le sort d’un préfet. Ils veulent tous que leur Etat, ses représentants et ses flics en imposent à la population travailleuse. Si le dirigeant du Parti communiste est allé en Corse avec son mouchoir pour pleurer comme tous ses collègues politiciens, c’est pour peser dans ce sens. Ils ont tous tellement peur que les travailleurs et les laissés pour compte de cette société méprisent cet Etat au service des riches, le démasquent et un jour s’en prennent à lui.

Toute la presse aux ordres a cherché à intimider et à désigner comme coupable de l’assassinat du préfet la population corse. C’est une façon de renverser les responsabilités avec un cynisme sans bornes. Depuis des années toutes les tractations entre l’appareil d’Etat français et les nationalistes corses plus ou moins mafieux se sont faites en cachette et au mépris des intérêts de la population corse. Elle n’a aucune raison d’apporter son appui aux uns plutôt qu’aux autres lorsqu’ils s’accrochent entre eux.

Non, l’Etat en place n’a rien de respectable. Cette opération consensus ne peut cacher toute la malhonnêteté et toute la corruption des hommes d’Etat au service des puissants et des riches. Les enquêtes de quelques rares journalistes et juges permettent seulement d’entrevoir le haut de l’iceberg en la matière. Les affaires de corruption par Elf et Thomson révèlent les liens étroits entre les trusts et les hommes de l’Etat. Pour obtenir des décisions qui leur soient favorables, les plus grosses entreprises ont établi en permanence des liens multiples avec les gouvernants et les personnes qui gravitent autour du pouvoir. A l’inverse les gouvernants placent leurs amis à la tête des trusts ou se placent eux-mêmes dès qu’ils ne sont plus " au service de l’Etat ".

La corruption découle tout naturellement de ces liens intimes. Une amie de Roland Dumas, ancien ministre socialiste des Affaires étrangères, a reçu entre autres sommes, 45 millions de francs après la vente de frégates à Taïwan par Thomson en 1992. Des sommes très importantes ont été versées sur le compte de Dumas lui-même mais il prétend qu’elles proviennent de la vente d’œuvres d’art. Quoi qu’il en soit, cet ancien ministre socialiste fait partie de ce monde des nantis qui nous expliquent gravement que l’économie ne supporterait pas le relèvement des minima sociaux ou du SMIC de 1500 francs. Le bouquet, c’est que Dumas est aussi président du Conseil constitutionnel. Il est le garant du fameux Etat de droit qui n’est en réalité que le droit pour une minorité de " citoyens " bourgeois de piller les richesses de la société, d’exploiter les " citoyens " travailleurs et de réduire à la misère un grand nombre de " citoyens " chômeurs.

Tous les hommes d’Etat sont inféodés aux grandes banques et aux grandes entreprises. Dans la mesure où ceux de droite se prétendent démocrates et ceux de gauche socialistes ou communistes, cela ne fait que renforcer l’extrême droite en alimentant sa démagogie.

Face à ce danger, il faut d’autant plus que les travailleurs se dégagent de toute solidarité avec les gouvernants actuels et se considèrent comme les seuls représentants d’une démocratie réelle qu’ils devront un jour mettre en place par tous les moyens nécessaires. Le seul Etat honnête sera leur Etat, celui qui n’hésitera pas à exercer toute sa rigueur contre la minorité des exploiteurs et permettra à tout le monde de vivre pleinement, en profitant des progrès accomplis par l’humanité dans tous les domaines et en particulier dans le domaine scientifique.

Un tel Etat avait été mis en place par les travailleurs parisiens en 1871 et par les travailleurs russes en 1917. Nous devons nous inspirer de ces expériences qui malheureusement à leur époque n’ont pas réussi à se généraliser. Nous devons nous préparer à exercer notre contrôle, collectivement, sur toute l’économie. Dans la société à venir où toutes les femmes et tous les hommes du monde du travail exerceront des responsabilités étatiques, la corruption, la violence et la misère ne pourront plus exister.