éditorial 



Irak : derrière la comédie diplomatique, la menace de guerre reste permanente

L’ordre capitaliste ne peut se passer d’étrangler les peuples ou de les réduire à la misère

 Après plusieurs semaines de menaces guerrières de la part des Etats-Unis, les bombardements contre l’Irak sont reportés à plus tard. Pourtant tout était en place pour déclencher un nouveau bain de sang contre la population de ce pays. La guerre portait déjà un nom : “ Tonnerre du désert ”. Les grands média étaient fin prêts pour couvrir ce nouveau massacre puisque le président de la chaîne CNN avait promis : “ S’il y a un bombardement sur Bagdad, vous verrez de bonnes images en direct. ”

Finalement le petit ballet des diplomates cherchant prétendument à sauver la paix s’est achevé par un concert d’éloges pour le secrétaire de l’ONU, Kofi Annan. Pour l’instant Clinton s’est contenté de l’opération “ Redorage du blason de l’ONU ”. Pour les dirigeants de la plus grande puissance impérialiste, il n’est pas mauvais que leurs futures interventions militaires soient couvertes et approuvées par un organisme ayant retrouvé un peu de crédibilité. Cela leur est utile pour tromper et anesthésier l’opinion publique.

Kofi Annan a été placé à la tête des Nations unies par le Congrès américain parce qu’il était plus docile que son prédécesseur. Il a très bien joué sa partition au service de ses maîtres puisqu’en se donnant l’air de sauver la paix, il a obtenu que Saddam Hussein recule.

Le dictateur irakien a dû accepter que les contrôleurs de l’ONU puissent visiter les huit sites pouvant cacher des armes chimiques et bactériologiques pour une durée indéterminée. Ce répit dans la crise convient tout à fait aux groupes industriels français comme Total ou Elf qui sont les principaux partenaires commerciaux de l’Irak. L’activité diplomatique discrète de Chirac ou du ministre des affaires étrangères de Jospin n’avait pas d’autre but que de garantir aux patrons français des profits importants sur le dos du peuple irakien. Une “ paix ” prolongée, cela signifierait par exemple pour Bouygues un contrat lucratif pour construire une grande mosquée à Bagdad.

Mais indépendamment des intérêts d’une puissance impérialiste de seconde zone qu’est la France, il y a les intérêts généraux de l’ordre capitaliste à l’échelle de la planète. Cet ordre-là est défendu par les Etats-Unis qui tranchent entre la guerre ouverte ou la paix armée en enrôlant dans leurs interventions toutes les bourgeoisies européennes et leur personnel politique.

Pour l’instant les Etats-Unis maintiennent intégralement leur étau économique et militaire sur l’Irak. De l’aveu même des experts de l’ONU le blocus économique que subit l’Irak depuis près de huit ans a entraîné la mort de 500 000 enfants irakiens de moins de cinq ans, faute de médicaments et d’équipements hospitaliers. Des villes entières et de nombreux villages ne disposent plus ni d’électricité ni d’eau courante. Sous prétexte de mettre à la raison un dictateur récalcitrant qui était leur ancien homme de main dans la région, les Etats impérialistes étranglent tout un peuple et se tiennent prêts à déclencher bien d’autres guerres et d’autres embargos pour sauver leurs intérêts. S’ils ont toléré dernièrement que les exportations de pétrole irakien passent de deux milliards de dollars par semestre à 5,2 milliards de dollars, c’est en assortissant cette mesure de conditions sordides. Une bonne part des sommes dégagées devront servir à indemniser le Koweït qui regorge d’argent et à payer les fonctionnaires de l’ONU qui contrôlent les sites militaires en Irak !

Pour les dirigeants des grandes puissances, c’est le peuple irakien qui est leur ennemi, et non Saddam Hussein. En fait tous les peuples et y compris le peuple américain, constituent une menace potentielle pour le pouvoir des capitalistes. Si Clinton maintient 30 000 soldats et une armada énorme dans le Golfe, c’est pour être prêt à écraser n’importe quelle révolte populaire dans la région et pour inspirer la crainte à tous les peuples du monde. Les bourgeoisies que servent Clinton, Blair ou Jospin savent bien que les peuples et les travailleurs ne vont pas supporter sans broncher le joug de plus en plus lourd du système capitaliste en crise. Leurs armées, leur fric et leurs médias se révéleront inopérantes si nombre de jeunes et de travailleurs de tous les pays créent des liens entre eux et prennent conscience qu’eux seuls peuvent garantir la paix mondiale en balayant l’ordre capitaliste.

Les patrons investissent… pour mieux licencier

Les journaux ont annoncé ces derniers jours une hausse des investissements. “ Le Monde ” titrait même à la une : “ l’investissement augmentera fortement en 1998 ”. Et les commentateurs zélés d’en conclure que la reprise économique est en marche et que cette croissance est “ saine ” car elle repose sur la production de richesses matérielles puisque les investissements sont en hausse. Vision mensongère et sans aucun rapport avec la réalité économique et sociale.

Tout d’abord, cette hausse de l’investissement ressemble plus à un “effet d’annonce” qu’à une réalité tangible.

Elle a été révisée par l’INSEE qui, après avoir prévu en octobre une hausse de 3 % pour 98, annonce aujourd’hui une croissance de 10 %. Ces chiffres se basent sur des prévisions faites par les patrons et non sur des investissements effectifs. Pour mesurer le décalage qui peut exister entre les deux, il suffit de savoir que l’an dernier les patrons avaient annoncé une hausse de 2 % des investissements et qu’ils n’en avaient finalement réalisé que la moitié ou qu’en 1996, les investissements prévus avaient été de 9 % et les investissements réalisés de 1 % ! Les chiffres sont d’ailleurs contradictoires puisqu’une enquête faite par la banque Natexis auprès des 65 plus grosses entreprises françaises, prévoit un recul des investissements de 1,6 % pour l’année 1998.

Mais, même si les capitalistes décidaient d’augmenter leurs investissements qui depuis des années ont baissé, ce ne sera ni pour créer des emplois, ni pour augmenter de façon significative la production.

Les investissements sont essentiellement destinés à augmenter la productivité, pas la production. Lorsque les capitalistes investissent dans des machines, c’est pour supprimer des postes et des emplois, pour produire autant avec moins de personnel. Incapables d’élargir le marché, faute d’une augmentation de la demande solvable, laminée par la misère croissante des classes populaires, ils n’ont d’autre solution pour augmenter leur taux de profit que d’augmenter l’exploitation des travailleurs et de licencier.

C’est cette contradiction qui explique la part croissante de richesses consacrées au rachat de concurrents. Le mouvement s’est accéléré ces derniers mois : en janvier 97, il y avait eu trois offres publiques d’achat pour un montant de sept milliards de francs ; en janvier 98, treize offres publiques d’achat ont été lancées pour un montant global de 123 milliards de francs. Selon l’enquête de Natexis, les 65 plus grandes entreprises françaises ont consacré près de 100 milliards en 97 à acheter leurs concurrents. Là non plus, il ne s’agit pas d’investissements faits pour développer la production mais de prendre des parts de marché déjà existantes, d’acheter des clientèles et des réseaux de distribution. Ces rachats d’entreprise s’accompagnent toujours de restructurations qui suppriment des activités ou les réduisent en les fusionnant, ce qui pratiquement dans tous les cas se traduit par des licenciements.

Les investissements, qu’ils soient productifs ou financiers, se traduisent donc en fin de compte par des licenciements et par une exploitation accrue de ceux qui restent au travail. C’est la logique du système : la course au profit, à la compétitivité, la concurrence exacerbée à l’échelle de la planète. Il n’y a pas dans ce cadre, de politique de rechange. Il y a des années, au tout début de la crise, le chancelier allemand Helmuth Schmidt avait utilisé une formule devenue célèbre : “ les profits d’aujourd’hui sont les emplois de demain ”. La réalité a brutalement et largement démenti les illusions suscitées par ce genre de déclarations. Mais les politiciens, dont c’est la fonction, s’obstinent à propager de telles sornettes et nous promettent périodiquement des lendemains capitalistes qui chantent. Les dirigeants socialistes s’en sont fait une spécialité, ainsi Strauss-Kahn a déclaré récemment : “ aujourd’hui, le pessimisme conjoncturel n’est plus de mise. Toutes les conditions macro-économiques de la croissance sont réunies ”. Il faudrait donc “ accompagner le mouvement ” et tout reviendrait dans l’ordre.

 Mais la logique du capitalisme est implacable et les déclarations des politiciens sociaux démocrates tentant de faire croire qu’une inflexion politique pourrait entraver cette évolution, sont d’autant plus dérisoires. Et surtout mensongères.

Derrière l’hypocrisie de Chevènement, les préjugés anti-immigrés

Quatre associations de défense des étrangers ont adressé à Chevènement une demande de moratoire des reconduites à la frontière et des expulsions vers l'Algérie, “ ravagée par la violence ”. Elles n'ont reçu qu'une fin de non recevoir de Chevènement qui estime que la situation actuelle en Algérie ne justifie pas une telle mesure et qui leur écrit : “ Il n'est pas possible de considérer que la menace soit générale et toucherait toute personne sur l'ensemble du territoire algérien ”... poussant le cynisme jusqu'à expliquer que : “ En outre, il serait très dommageable pour l'Algérie de la priver une nouvelle fois de ses élites, c'est-à-dire de celles et ceux qui peuvent lui permettre de construire son avenir, au-delà des drames actuels ”.

Chevènement et Jospin refusent de suspendre les mesures de renvoi vers l’Algérie pour, selon eux, ne pas provoquer un “ appel d'air ”, et voir les Algériens affluer de préférence vers la France pour échapper à une reconduite aux frontières, préférant les livrer à la répression et à la violence de l'Etat algérien ou des islamistes.

Des déclarations tout aussi hypocrites que cyniques qui flattent les préjugés anti-immigrés voire xénophobes.