La violence de Le Pen : reflet sans fard de la brutalité de classe
La Russie au G8 : réintégrée dans le monde impérialiste avec le strapontin d'un pays pauvre
A la suite du congrès de la LCR :
Tribune libre de la tendance Révolution !
Le dernier congrès de la LCR était spécialement réuni pour débattre du changement de nom et du changement de statut de lorganisation.
La LCR sest formée, comme beaucoup dorganisations dextrême-gauche, au lendemain de 1968, en sappuyant sur les traditions marxistes révolutionnaires de la IVème Internationale et de sa section française. Cest à la fois ce socle et le dynamisme de la nouvelle génération qui ont permis que, ces trente dernières années, des milliers de militants révolutionnaires se soient formés et organisés au sein de la LCR. Cest ce qui a permis une implantation dans de nombreuses entreprises et le développement dun important travail de masse. Dans la CADAC, AC !, Ras lFront, le mouvement de défense des droits des immigrés, la CGT, la gauche CFDT, la FSU ou les SUD, de nombreux militants de la LCR ont solidement contribué à la construction de structures et de campagnes dont personne ne peut ignorer le rôle quelles jouent dans laction anticapitaliste.
Cette présence dans la Ligue de nombreux(ses) militant(te)s aguerri(e)s et ce travail de masse important ont fait ressortir encore plus la nécessité de construire une force politique qui, dans le prolongement de cette activité se place clairement dans une perspective révolutionnaire. Lutter jusquau bout pour légalité des droits pour les immigrés, pour le droit au logement, pour les droits des femmes, pour que les syndicats soient de réelles armes face au patronat, pour quun mouvement comme celui de nov-déc 95 trouve aujourdhui son prolongement dans une mobilisation densemble de la classe ouvrière, tous ces combats dessinent clairement ce que devrait être laction dun parti révolutionnaire aujourd'hui.
Malheureusement, malgré cette richesse militante de la LCR, sa direction na de cesse depuis plusieurs années de se détourner de cette orientation.
Ce dernier congrès se déroulait alors que depuis huit mois, le gouvernement de la gauche plurielle prolonge, à sa manière, laction des gouvernements précédents et ne remet en rien en cause la gestion de lEtat dans lintérêt des capitalistes.
Or, la majorité de la LCR pensait justement prendre sa place dans cette gauche officielle pour en former laile gauche afin de rompre avec la marginalité et de se lier aux courants contestataires du PC et du PS, ainsi quaux Verts. La presse de la Ligue na de cesse dexpliquer ce que devrait être une bonne politique de gauche , sans oser dire clairement que ce gouvernement de gauche est un gouvernement dalternance capitaliste, qui gère loyalement le capitalisme, tout en prétendant plus ou moins lui donner un visage social .
Dun côté, les militant(e)s de la Ligue saffrontent ouvertement au gouvernement dans le mouvement des sans-papiers, face à la privatisation des Télécom ou dAir France, dans le mouvement des chômeurs, et de lautre, la Ligue est aux abonnés absents dans la construction dune alternative révolutionnaire.
Aussi, la direction voulait faire faire un nouveau pas dans le mauvais sens, en cherchant un nouveau sigle plus présentable, en supprimant le mot de communiste , en affichant clairement quelle rompait avec des traditions militantes des cellules dintervention au profit des sections territoriales, collant mieux à la vie électorale.
La direction na pas atteint son objectif. De peu puisque 60 % des délégués partageaient cette orientation. Mais de nombreux militants se sont abstenus et la tendance B ! lancée par les camarades de Révolution ! a progressé de manière significative, un(e) militant(e) sur quatre se prononçant pour ses positions.
Ces résultats, tout comme le succès de la Rencontre militante initiée par notre tendance, la Fraction de LO et VdT, nous conforte dans notre projet : celui de construire un pôle des révolutionnaires à même de représenter une perspective pour tous les militants qui luttent pratiquement aujourdhui contre le capitalisme. Si la direction de la LCR a clairement tourné le dos devant cette perspective, nous sommes persuadés que cest la voie à suivre et que celle-ci simposera aussi aux militant(e)s révolutionnaires présent(e)s dans la Ligue.
Les dégâts de lexclusion sur la santé
Le Haut Comité de la Santé publique, créé en 1991, vient de rendre public un rapport qui dénonce la dégradation des conditions sanitaires des couches sociales les plus défavorisées , expliquant que la progression actuelle des phénomènes de précarisation qui fragilisent des secteurs entiers de la population est susceptible de provoquer à long terme, une réelle dégradation de la santé des couches sociales les plus défavorisées, et au delà, celle de la population toute entière.
Le comité révèle que la souffrance psychique est actuellement, dans le domaine de la santé, le symptôme majeur de la précarité . Le sentiment dinutilité, voire de honte est selon lui à lorigine dune souffrance mentale qui peut être associée au déclenchement de maladies organiques graves comme celles dont on note aujourdhui une recrudescence, comme la tuberculose ou les dermatoses.
Le comité, qui définit la précarité comme labsence dune ou de plusieurs sécurités révèle que le phénomène est devenu aujourdhui massif et touche 20 à 25 % de la population vivant en France, soit de 12 à 15 millions de personnes .
La dégradation des conditions sanitaires touche particulièrement les enfants et les plus jeunes : entre 400 000 et 600 000 enfants de moins de six ans vivent dans un ménage considéré comme vivant en dessous du seuil de pauvreté, cest-à-dire dont les revenus sont inférieurs à 3 300 F par mois, et le suivi médical gratuit et régulier sarrête après six ans. Or, depuis des années, la part des remboursements na cessé de diminuer, et lassurance-maladie laisse aujourdhui en moyenne plus de 28 % des dépenses de santé à la charge des familles.
Les travailleurs étrangers sont aussi parmi les premières victimes de la dégradation des soins et de la santé, avec un pourcentage de tuberculoses beaucoup plus élevé que parmi la population française, deux fois plus de complications de grossesses et davantage de victimes du saturnisme, par exemple.
Alors que le Comité note lamélioration régulière de la santé et de lespérance de vie sans incapacité depuis cinquante ans , cest bien à une aggravation des inégalités à laquelle on assiste, la baisse des remboursements et linstauration dune médecine à deux vitesses ayant touché plus durement les travailleurs précaires et les exclus.
La violence de Le Pen : reflet sans fard de la brutalité de classe
Malgré les images de télévision montrant clairement la scène, Le Pen a nié avoir porté des coups, déclarant quil navait fait que répondre aux provocations de ses opposants.
Cette violence et ces agressions physiques, qui suivent tout naturellement les agressions verbales et les insultes qua lhabitude de proférer le dirigeant dextrême droite, révèlent les objectifs et les méthodes de lapprenti dictateur qui rêve de réduire au silence par tous les moyens ses adversaires politiques, sa haine de la démocratie et de la confrontation didées. Et tant mieux quelles soient ainsi mises sur la place publique.
Mais ce nest évidemment pas un procès - quel quen soit le jugement qui sera rendu le 2 avril - qui nous protégera de cette violence. Au mieux, linéligibilité de Le Pen qui peut suivre sa condamnation ne ferait quécarter pour un temps de la course aux postes un concurrent : à lintérieur de son propre parti, au profit de Mégret par exemple, et dans les élections, au profit de politiciens des partis de la droite traditionnelle.
Cette violence est inscrite dans les rapports sociaux. Les rapports dexploitation sont imprégnés dune brutalité qui ne connaît que le rapport de forces, seulement masquée par le caractère légal des rapports économiques. Et cest tout à fait légalement aussi que lEtat fait matraquer des manifestants grévistes ou chômeurs.
Cette violence, sans fard chez Le Pen dès aujourdhui, la bourgeoisie nhésitera pas à lutiliser, en faisant appel au besoin aux sbires de lextrême droite, pour imposer lexploitation inhumaine nécessaire à ses profits.
Plans
de suppressions demplois à Peugeot et Renault :
Ce plan social n'a pas un caractère vraiment exceptionnel.
Car nous aurons des mesures de réduction d'emploi récurrentes.
Dans les prochaines années, le simple jeu de l'amélioration
de la productivité dans un marché sans croissance mettra en
évidence des sureffectifs de 3 000 à 4 000
personnes , avait déclaré Folz, le PDG de PSA,
il y a dix jours au journal Le Monde . Une semaine
plus tard, Renault présentait ainsi dans un communiqué la
suppression de 1500 postes et le reclassement de 1200 salariés :
Le plan emploi 1997 arrive à échéance
fin février 1998. A l'occasion du CCE du 19 février 1998, Renault
a confirmé son intention de mettre en place un plan emploi pour 1998,
moins important cependant qu'en 1997
On ne peut être plus clair : chaque plan de licenciements sera suivi dun nouveau, et ces déclarations de PDG des plus gros groupes capitalistes ne font quindiquer une détermination, commune à lensemble du patronat, à accroître ses bénéfices sur le dos des salariés, à accentuer la guerre quil mène depuis des années contre le monde du travail.
Les effectifs de Renault sont passés de 105 000 en 1980 à 56 000 en 97, ceux de PSA de 203 000 en 83 à 159 000 en 90, et 120 000 en 97. La productivité par salarié dans le groupe Renault a augmenté de 80 % en 10 ans, et plus encore à Peugeot. Mais cette compétitivité accrue qui permet aux deux groupes capitalistes de tenir tête à leurs concurrents sur le marché, ne sest pas traduite contrairement à ce quen disaient leurs dirigeants et les différents gouvernements dans les années précédentes par une reprise des embauches. Elle na fait - et cest là leur seul objectif - que grossir les profits et les dividendes versés aux actionnaires. Cest par un tour de passe-passe comptable que Peugeot annonce une perte de 2,5 milliards de francs cette année : le bénéfice appelé à très juste titre dexploitation sélève à 2,4 milliards de francs, mais le groupe a provisionné une bonne partie de ses rentrées entre autres pour financer les plans de licenciements, et il a réduit de 7 milliards son endettement. Quant à Renault, il avait dégagé 1,67 milliard de francs, rien que pour le premier semestre 97.
Les capitalistes ne connaissent que le rapport de forces, la guerre sociale, et chaque coup prépare le suivant.
La Russie au G8 : Réintégrée dans le monde impérialiste avec le strapontin dun pays pauvre
La Russie est intronisée parmi les pays capitalistes, une étape est franchie , comme le titrait le Figaro de mardi dernier. Mais elle nest pas admise dans la cour des grandes puissances qui décident du sort des peuples.
Le G7 avait pour mission officielle de discuter les meilleurs moyens de juguler la crise asiatique et den prévenir de semblables. Mais les ministres et financiers des pays impérialistes ne se sont même pas donné la peine de masquer leur impuissance à y maîtriser quoi que ce soit, et leurs objectifs réels. Les puissances occidentales ont fait porter la responsabilité de la crise sur les pays dAsie, et en particulier le Japon, leur concurrent essentiel, sommé de relancer la consommation intérieure, et de diminuer ses exportations. Tous ont affiché leur détermination à imposer aux peuples dAsie les plans du FMI dans toute leur brutalité, et la pénétration des capitaux occidentaux dans leurs économies. Le tout a été enrobé de quelques belles phrases comme quoi les capitaux privés devraient eux aussi payer la facture, vu hypocrite et pieux au moment où les Etats puisent dans les fonds publics pour colmater les brèches créées par leffondrement des spéculations privées.
Après ce G7 dirigé contre les peuples des pays pauvres, il y a donc eu le G8 sur lemploi, où les dirigeants russes ont été invités sinon à discuter, du moins à écouter, ministres et financiers des pays riches, des meilleurs moyens de sen prendre à leur classe ouvrière sous couvert de lutte contre le chômage, et de réduire au maximum les dépenses destinées à la protection sociale.
Le gouvernement russe est partie prenante de cet objectif, faire payer la population, le monde du travail, pour continuer à aider financiers et possédants à senrichir. En ce moment, il est sur le point de faire adopter par le parlement en dernière lecture, un projet de budget, qui prévoit une réduction jamais vue des dépenses publiques, de façon à ce que le FMI, dont le directeur était cette semaine en visite à Moscou, débloque de nouvelles tranches des prêts prévus. Et Eltsine, qui avait promis lan dernier que les arriérés de salaires de la Fonction Publique seraient versés avant le 1er janvier 98, a une fois de plus repoussé léchéance... au 1er janvier 1999.
La réintroduction du capitalisme en Russie après le démantèlement de lancienne URSS a ramené la deuxième puissance mondial au rang dun pays pauvre, vassal de limpérialisme, sous la coupe du FMI.