Défendre la république des patrons et des politiciens, ou défendre par nos luttes la liberté, la démocratie et le progrès
Samedi dernier, dans les principales villes du pays, ont eu lieu, essentiellement à lappel des partis de la gauche gouvernementale, des manifestations contre le Front National. On ne pourrait que se réjouir de voir la gauche appeler les travailleurs à se mobiliser pour faire respecter la démocratie, les libertés, et sopposer à ce qui détruit toute possibilité de réelle liberté ou de réelle démocratie, le chômage, lexclusion, la misère, la domination sans limites du pouvoir de largent et de ceux qui le détiennent et qui décident sans contrôle du sort de lensemble des salariés, de lensemble de la population.
Malheureusement, ce nétait pas cela lobjectif des partis qui appelaient à ces manifestations. Ces partis, après leur maigre succès électoral aux élections régionales, voulaient que se manifestent dans la rue lapprobation et le soutien à la politique du gouvernement auxquels ils participent.
Pour lessentiel, ils ont manqué leur coup. Dune part, nombreux sont les travailleurs ou les jeunes qui les ont boudées parce quils avaient conscience que lon cherchait à dévoyer leur refus du racisme et de la xénophobie comme de tous les préjugés réactionnaires que charrie le Front National, dans des manifestations de soutien à la politique du gouvernement. Nombreux sont ceux qui ont refusé dêtre pris pour des dupes. Quant à ceux qui ont participé aux manifestations, en particulier des jeunes, ils nétaient pas là pour apporter un franc soutien au gouvernement, bien souvent même lhostilité, le désaveu, sexprimaient clairement. Jospin lavait bien compris, lui qui avait demandé à ses ministres de ne pas se mêler aux gens de la rue.
Ils ont raison ceux qui nacceptent pas de se laisser prendre aux discours grandiloquents des politiciens sur la République et ses valeurs.
Chirac et Jospin prennent la pose pour se disputer le rôle du grand sage de la République, faisant la morale aux uns et aux autres. Chacun entend profiter de la crise pour se grandir et jouer les arbitres dans le petit monde politique, pris de peur. On parle de réforme des institutions. Il serait même question dun référendum. Mais la seule idée qui soit venue à nos politiciens a été de vouloir supprimer le scrutin à la proportionnelle, plus démocratique que le scrutin majoritaire, puisquil permet à des courants minoritaires davoir des élus à condition de dépasser la barre des 5 %. Cest grâce à ce mode de scrutin que lextrême-gauche, principalement Lutte Ouvrière, a eu des élus aux dernières élections. En prétendant moderniser les institutions, cest bien plus à empêcher la présence dauthentiques représentants du monde du travail que Chirac et Jospin veulent travailler quà lutter contre le Front National.
Pour eux, les valeurs de la République, ce sont les valeurs de la propriété privée, le droit pour une minorité de sapproprier les richesses en sacrifiant la vie de millions dhommes, privés de travail, réduits à la misère ou obligés de se contenter des bas salaires. Leurs discours de morale ne sont que des mensonges destinés à masquer la réalité de linjustice et le cynisme des politiciens qui sont à son service.
Ce sont cette injustice et ce cynisme qui font le lit de lextrême-droite parce quils suscitent lécurement, le désespoir, la démoralisation qui laissent la place aux rancunes, aux préjugés, à la haine et au racisme. Cest la démoralisation provoquée par les reniements des partis de la gauche plurielle qui laisse le terrain à la démagogie dun Le Pen qui désigne limmigré, le chômeur, louvrier, le fonctionnaire, comme bouc émissaire de la faillite de la politique des patrons et des financiers qui sacrifie les intérêts de la collectivité à leurs intérêts privés.
Il y a une autre issue, bien sûr. Cest ce quont affirmé à leur façon dans la rue, les manifestants de samedi dernier et tout particulièrement une partie de la jeunesse qui a tenu à affirmer le refus dabdiquer, sa volonté de lutte. Cest ce quont affirmé avec encore plus de clarté tous ceux qui ont voté pour lextrême-gauche lors des dernières élections régionales.
Oui, cest dans la rue, par les manifestations, par la grève, par les luttes, que toutes les forces démocratiques de ce pays pourront sopposer au recul général de la société dont est responsable la politique du patronat et des financiers et dont lextrême-droite espère tirer bénéfice en se mettant demain, si ces derniers en ont besoin, à leur service contre le monde du travail.
Cette lutte pour la liberté et la démocratie est inséparable de la lutte pour le progrès social, cest-à-dire contre le chômage, lexclusion, les bas salaires, contre la politique des classes privilégiées et de lEtat qui les sert, qui sacrifie les intérêts de la collectivité aux intérêts de la Bourse. Comment mener cette lutte, comment sorganiser pour faire entendre notre voix, cest ce dont nous devons tous ensemble discuter, que nous soyons socialistes, communistes ou dextrême-gauche, pour opposer un front du monde du travail aux menaces réactionnaires.
Les profits de la bourse se nourrissent de la misère
Près de 7 millions de personnes vivent dans ce pays avec moins de 3800 F par mois. Ce sont les conditions de vie de la grande majorité des salariés qui se dégradent. A lopposé, les actions à la Bourse ne cessent daugmenter. Les économistes nous présentent cela comme un signe de bonne santé de léconomie. Pur cynisme. La croissance est trop faible pour assurer une telle hausse des profits, cest de lexploitation des travailleurs, des progrès du chômage et de la misère que résulte la hausse des actions. Cette hausse appelle une exploitation accrue du monde du travail.
En un mois, lindice de la Bourse a progressé de 14,5 %, la plus forte hausse depuis janvier 1992. Depuis le début de lannée, la valeur des actions a augmenté de 24,6 %. La machine financière tourne donc à plein régime. Mais il faut lalimenter. Tous ces milliards qui semblent se créer par miracle, se nourrissent en fait des profits des entreprises cest-à-dire de lexploitation des travailleurs. Et les actionnaires sont insatiables : une masse de plus en plus importante de capitaux financiers attend une rémunération toujours croissante. Que les entreprises fassent moins de profits et les capitaux se retirent pour aller chercher fortune ailleurs comme ils lont fait en Asie. Une bonne partie de cette abondance financière sur les places financières européennes est dailleurs due au rapatriement de capitaux placés en Asie, qui ont cherché ailleurs des placements plus sûrs et plus rentables.
Les masses de capitaux engagés dans cette course folle sont énormes. La valeur des actions cotées en Bourse à Paris est de 4600 milliards de francs, soit trois fois le budget de la France. Tout cet édifice ne tient que sil est en hausse perpétuelle, que si des garanties de profit lui sont assurées. Sinon avec le même entrain quils mettent à acheter des actions, les capitalistes les revendront au risque de provoquer un nouveau krach.
" Les profits boursiers daujourdhui sont les emplois de demain " disait cyniquement un " analyste financier ". Mais cest tout le contraire : les capitalistes achètent des actions en escomptant quelles leur rapporteront des dividendes et que les entreprises feront des profits. Augmenter la rentabilité des entreprises, cela exige une exploitation accrue des travailleurs : les licenciements, le chômage et les bas salaires nourrissent les profits capitalistes et leuphorie boursière. Tout le système ne peut fonctionner que si lexploitation des travailleurs se renforce. Cest toute la politique du patronat.
La dénonciation de la convention collective du " commerce de centre ville " - venant après celle de la banque et celle des travailleurs de lindustrie du sucre - donne une idée de ce que veulent les patrons : une liberté complète pour nous exploiter, baisser les salaires, nous imposer une flexibilité démentielle (les patrons du commerce qui contournent déjà allègrement la loi, veulent imposer le travail six jours sur sept pendant seize semaines et des semaines de 46 heures !).
Le patronat veut aussi baisser les salaires. Seillière a répété quil envisageait, quoiquil sen défende, la remise en cause généralisée du SMIC avec sa proposition de salaires à 4 000 F, quil laisse à lEtat le soin de compléter si cela lui chante. Dans toutes les branches, les négociations salariales, là encore sous le prétexte de la mise en place des 35 heures, sont bloquées ou se traduisent par des augmentations dérisoires.
Les capitalistes exigent une hausse constante des profits et leur marge de manuvre est étroite car la croissance économique est faible. La moindre concession salariale leur apparaît comme un obstacle à la hausse de leurs profits. La politique du patronat et du gouvernement est diamétralement opposée aux intérêts des travailleurs.
Manifestons samedi 4 avril notre solidarité avec les sans-papiers
A lapproche de la date du 30 avril, dernier délai pour les demandes de régularisations, les expulsions de sans-papiers se multiplient.
Après sa victoire aux Législatives, le gouvernement de gauche avait laissé espérer la régularisation des sans-papiers et labrogation des lois Pasqua-Debré.
Beaucoup dimmigrés en situation irrégulière sont alors sortis de la clandestinité, faisant confiance aux promesses du gouvernement et sont donc aujourdhui fichés par les services de police. En fait de régularisations, 30 000 clandestins seulement avaient vu leur situation régularisée fin février sur les 150 000 demandes présentées. Des dizaines de milliers dentre eux vivent aujourdhui dans la crainte de lexpulsion.
Quant à abroger les lois anti-immigrés, la gauche les a, au contraire, fortement aggravées et prépare même, en ce moment, un texte permettant dinculper les associations qui leur viennent en aide. Sans attendre la date du 30 avril, le gouvernement fait pratiquer tous les jours des expulsions et, pour un cas connu (après coup) comme celui dun travailleur marocain expulsé dernièrement de Bordeaux, combien dexpulsions faites dans la plus grande discrétion ?
Cest pourquoi les associations de sans-papiers et ceux qui les soutiennent réagissent et alertent lopinion. Plusieurs occupations déglises ont lieu actuellement, à Evry ou au Havre par exemple, mais le pouvoir réagit avec brutalité et a fait expulser violemment léglise Jeanne dArc, à Paris.
Et, vendredi 27 mars, cest ligotés, menottés et la bouche scotchée que les flics de Chevènement ont tenté dexpulser vers le Mali 5 sans-papiers dans un Airbus dAir-France. Cétait sans compter avec les comités de soutien qui ont manifesté à laéroport et entraîné la solidarité des passagers. La police a dû renoncer et relâcher certains dentre eux.
Chevènement a eu le cynisme de déclarer que les occupations déglises sont : " pain bénit pour Le Pen ". Mais ce qui est pain bénit pour Le Pen, cest que Jospin et Chevènement, tout comme Pasqua et Debré, sappuient sur les préjugés anti-immigrés pour mener une politique favorable au patronat.
Soyons nombreux à leur dire que nous ne sommes pas daccord.