Grève des enseignants en Seine-Saint-Denis : Nous ne sommes pas des moins que rien...
Les femmes de ménage de la CPAM de Rouen remportent une première victoire
Aider
les jeunes à y voir clair afin quils sémancipent
des vieux partis pour prendre en main
lavenir
Une nouvelle
génération se tourne vers la politique, inquiète de
la montée des idées réactionnaires comme de la
dégradation de la situation sociale. Pour les jeunes aujourdhui,
alors quon leur avait promis un monde moderne, celui de la
démocratie, de lEurope, des libertés, la simple idée
davoir un emploi, de trouver sa place dans la société,
est une incertitude source dangoisse, quand les jeunes ne sont pas
tout simplement livrés à eux-mêmes, prenant en pleine
figure le mépris que la société a pour eux.
Cette évolution de la jeunesse
sest exprimée à travers le mouvement des chômeurs.
Elle sest exprimée aussi dans les différentes manifestations
qui ont pu avoir lieu contre lextrême-droite, celle de Toulouse
il y a presque un mois, les dernières manifestations de samedi,
malgré le côté très gouvernemental que les
organisateurs entendaient leur donner. Elle sexprime aussi dans le
mouvement des enseignants de la Seine-Saint-Denis, mouvement dans lequel
la jeunesse prend une place pleine et entière.
Cest la réponse à
tous les sociologues, les politiciens ou les flics qui pontifiaient sur la
jeunesse perdue et incapable de sinsérer dans la
société. Cest leur société qui refuse la
jeunesse, pas la jeunesse qui refuse la société.
Cette évolution est riche de
possibilités mais la jeunesse ne pourra réellement trouver
sa place dans les combats à venir que si elle reçoit laide
nécessaire pour sapproprier les idées dont elle a besoin.
Sinon, ce seront les vieux partis embourbés dans les jeux parlementaires
et politiciens qui essaieront de récupérer ses luttes, sa
révolte pour lencadrer, la manipuler et la soumettre,
lenfermer dans une impasse.
La jeunesse a bien mieux à faire
que de reprendre à son compte les oripeaux du réformisme, devenu
le plus plat libéralisme, et du stalinisme mort cherchant à
trouver une place confortable dans le jeu parlementaire bourgeois. Elle a
devant elle la tâche de redonner vie aux idées du marxisme
révolutionnaire.
Pour cela, elle a besoin de ceux qui
ont su, envers et contre tout, perpétuer cette filiation, en la soumettant
à ses critiques, son dynamisme, son indépendance desprit.
La jeunesse est libre du passé, uniquement comptable de lavenir.
Sans calculs ni arrière-pensées, prête à aller
jusquau bout, pleine daudace et de vie, elle ne cherche dautre
justification à ses actes que le besoin de mener une vie pleinement
humaine.
En armant sa générosité
de la conscience, de la lucidité, pour lui donner les armes de son
propre combat, pour laider à aller jusquau bout
delle-même, de ses aspirations et de ses luttes, les
révolutionnaires redonneront à leur propre combat toute la
fraîcheur des débuts et la liberté de ceux qui nont
rien à perdre.
Cest notre tâche de laider
à sapproprier les expériences du passé, à
inscrire son propre combat dans lhistoire de la lutte pour
lémancipation de lhumanité de loppression
et de la société de classes, pour lui éviter le piège
de lanarchisme qui ne dépasse pas, le plus souvent, le stade
de la révolte individuelle, qui flatte les faiblesses et les
préjugés individualistes au risque de détourner du combat
collectif.
Ainsi, toutes générations
confondues, nous retrouverons la jeunesse des idées du
marxisme.
Grève des enseignants en Seine-Saint-Denis : Nous ne sommes pas des moins que rien...
Cest une marée de jeunes qui crient, qui chantent quils ne veulent pas être élevés dans un ghetto.
Une seule solution : la manifestation ! crient par milliers ces jeunes qui il y a encore quelques semaines servaient dépouvantail... pour justifier les mesures sécuritaires de la gauche plurielle dans les banlieues. Combien ils sont à la manifestation, jeunes, profs, instits, parents délèves : 20 00030 000. En tous cas un vent de révolte souffle ce mardi après-midi dans les rues de Paris.
Avec plus de 120 établissements du secondaire et 60 écoles en grève à lappel de tous les syndicats (sauf le SE-FEN), la Seine-Saint-Denis a massivement basculé dans la grève daujourdhui. La manifestation de ce mardi est la cinquième en 3 semaines. A lintérieur du 92, dans les municipalités, dans les hôpitaux les signes de soutien se multiplient, dans les départements environnants des pétitions circulent, il y a des établissements en grève de solidarité, des réunions unitaires se préparent.
Le gouvernement compte sur le pourrissement de la grève avec lapproche des vacances de Pâques et la fermeture des établissements. Tout dépend maintenant de la possibilité délargir les assises du mouvement, davancer vers la grève générale de lEducation Nationale de toute la région parisienne.
Mais déjà on peut affirmer que cette lutte marque une étape. Les propositions ridicules dAllègre poussent la lutte vers la radicalisation. Allègre propose par exemple léquivalent de 83 postes denseignants pour des besoins qui exigeraient 2260 postes. Les enjeux dépassent la lutte pour les seuls moyens et posent la question de lexclusion, de la ségrégation sociale, les manifestants, en particulier les jeunes, crient : cest un gouvernement dun pas en avant et trois pas en arrière .
Sans aucun doute, le mouvement du 93 marque une avancée dans le processus, lent mais réel, de recomposition, réorganisation de la classe ouvrière et de sa jeunesse, commencé par la grève de novembre-décembre 95. Dans les luttes contre le CIP, des sans-papiers, des chômeurs et maintenant celle du 93, il y a le fil rouge de lauto-organisation, la volonté de construire et de contrôler la lutte depuis la base, depuis des AG et essayer de les centraliser par des méthodes de la démocratie ouvrière.
La formation du Comité Exécutif provisoire, dont parle linterview, montre que cest lauto-organisation qui donne la force au mouvement et fournit des bases pour lunité des travailleurs, mais aussi pour imposer lunité syndicale au service de la lutte.
Le mouvement a obtenu un premier succès en imposant à Allègre de discuter.
Interview
de Pierre, syndiqué à Sud-éducation, membre du comite
exécutif provisoire des établissements scolaires en lutte de
la Seine Saint Denis (faite le 28
mars)
Question : Comment la lutte se mène-t-elle ?
Réponse : Tout cela se passe dune manière inégale, variée. Il y a des établissement en grève reconductible depuis 4 semaines déjà, comme le Collège République à Bobigny, ailleurs il y a des grèves par intermittence. Entre-temps le mouvement est relayé par les élèves, ou par des parents délèves qui occupent les établissements. Pour le moment, le mouvement se limite au second degré (collèges et lycées), mais il est prévu que le premier degré, les écoles entrent dans le mouvement le mardi 31.
Q : Est-ce que les syndicats appellent à la grève générale ?
R : Sous la pression du personnel, des parents délèves dont la participation est très massive et des jeunes, les syndicats appellent à lextension de la grève, mais à part SUD-Education et la CGT, aucune syndicat nappelle ni à la grève reconductible, ni a la grève générale.
Q : Comment la lutte sorganise ?
R : Elle est rythmée par des AG des délégués détablissements, délégués mandatés par des assemblées des grévistes détablissements.
A lAG départementale qui se réunit tous les 3-4 jours, tout le monde peut y assister, mais seuls les délégués élus et mandatés ont le droit de vote. Son fonctionnement est assez lourd, car les délégués ont un mandat impératif, qui fait quil y a des aller-retour entre lAG départementale et celle des établissements avant chaque décision, les grévistes sont très attachés à la démocratie et veulent contrôler le plus petit détail, ce qui explique ce fonctionnement un peu lourd.
Q : Quel est le rôle de la plate-forme de lutte départementale adoptée par lAG ?
R : Cette plate-forme agit comme un élément décisif dunité, qui définit clairement les revendications partagées par tous et par toutes. A partir de là tout le monde a la parfaite liberté dexprimer ses idées dans lAG et de tenter de convaincre ses camarades de leur justesse. Par exemple, nous à SUD-Education, nous pensons quil manque deux revendications dans la plate-forme : premièrement, lexigence des cartes de séjour pour ceux de nos élèves menacés dexpulsion et deuxièmement, la demande de la titularisation des précaires. Nous défendons nos positions mais nous nen faisons en aucune manière un préalable.
Il faut souligner la maturité du mouvement, la patience des profs, leur intérêt pour écouter tous les arguments.
Q : Comment les grévistes dirigent leur grève ?
R : Comme je disais, il y a des AG départementales 1 à 2 fois par semaine. Mais lextension de la grève, sa durée exigeaient bien une direction quotidienne entre deux AG. Car nous avons constaté que faute de moyens linitiative nous échappait et restait à discrétion des organisation syndicales, qui, elles, avaient des moyens matériels, techniques, de communication, etc.
Au bout de longues discussions, les grévistes ont fait un grand pas en avant en élisant le lundi 23 mars un Comité danimation, sorte dexécutif qui a la tâche de prendre des initiatives entre deux AG, qui est bien entendu responsable devant les AG de délégués.
Q : Que pensez-vous de la déclaration dAllègre, selon laquelle : les professeurs en choisissant de manifester ont des attitudes dirresponsabilité qui nourrissent le FN ?
R : Cest une véritable provocation, cest Allègre qui nourrit le FN. Nous avons été révoltés. Il est intéressant de raconter comment nous sommes intervenus dans la manifestation du samedi 28 à Paris. Le SNES, qui grâce à ses moyens pour fabriquer des banderoles, disposer dune sono, etc. imposait de fait jusquici sa présence imposante, a fabriqué une banderole avec un texte dans le genre : pour barrer la route au FN, il faut des moyens . Or le Comité Exécutif considérait que ce texte nexprimait pas le sentiment des grévistes et a décidé jeudi matin de fabriquer une autre banderole qui mettait en cause clairement la responsabilité du gouvernement. Notre banderole disait : cest Allègre qui fait le lit du FN en ne donnant pas les moyens denseigner en Seine-Saint-Denis .
Q : Et votre participation à la manifestation anti Le Pen du samedi ?
R : Cest avec cette banderole et avec notre propre sono que nous sommes allés à Paris. Nous y étions 1500. Nous avons déployé notre banderole au bord de la manifestation car nous navons pas voulu quon nous assimile comme soutien au gouvernement. Notre présence a eu beaucoup de retentissement.
A larrivée à la place de la Nation, nous avons fait une haie d honneur avec nos banderoles aux cortèges du PC, MDC : le PS quant à lui a plié bagages et calicots 100 mètres avant...
Nous sommes fermement décidés à continuer, malgré les pressions, jusquà la satisfaction de nos revendications.
Les femmes de ménage de la CPAM de Rouen remportent une première victoire
A la CPAM de Rouen, les femmes de ménage viennent de voir leurs efforts couronnés par un premier succès : les Prudhommes ont reconnu leur appartenance à la Convention Collective des employés de la Sécurité Sociale et la Direction est condamnée à leur verser des rappels de salaire sur 5 ans, ce qui représente, avec les dommages et intérêts, des sommes allant de 10 000 à 70 000 F par personne.
Leur lutte avait commencé, il y a 3 ans, par une pétition signée par toutes les femmes de ménage, soit 30 personnes, portant sur les conditions de travail et le statut. En effet, elles étaient considérées comme du personnel vacataire , payé à lheure, sans aucun avantage lié à la Convention Collective couvrant le reste du personnel de la Caisse. Travaillant à temps partiel, avec des horaires décalés le soir, cette catégorie de travailleuses était mise à lécart, et surexploitée. A la suite de leur pétition, et avec laide dune déléguée du personnel, elles se sont adressées à toutes les instances officielles, pour faire reconnaître leurs droits, envahissant les couloirs de la direction, défilant dans la rue le 1er mai, interpellant la DRASS et le représentant du préfet. Comme rien ny faisait, elles ont demandé le soutien du personnel de la Caisse par une pétition ayant recueilli plusieurs centaines de signatures. 18 femmes de ménage ont porté laffaire aux Prudhommes toutes ensemble, mobilisées, elles ont pris leurs affaires en main : calcul des salaires, constitution et photocopies des dossiers, tout ceci se faisait collectivement en réunion, avec café et gâteaux pour se soutenir le moral, calculette à la main pour savoir de combien la Caisse les volait depuis tant dannées. Elles ont été présentes à chaque séance aux Prudhommes, ne se laissant pas intimider par lavocate de la Direction parlant des basses catégories , ni par les lenteurs de la justice.
Leur ténacité a payé : un premier jugement rendu en leur faveur, cest une victoire morale sur une Direction méprisante, cest aussi un avantage financier certain pour des personnes ayant travaillé toute leur vie pour un salaire de misère. Cette victoire réchauffe le cur de bien des employés de la Caisse qui se sentent eux aussi vengés . Même si la bataille juridique doit continuer en appel ou plus loin, elles sont déterminées à aller jusquau bout toutes ensemble.
La démagogie réactionnaire dAllègre et de Chevènement
Il est plus facile de manifester que de retrousser ses manches, il y a des attitudes irresponsables qui nourrissent le FN . Cest ce que déclarait Allègre, le 21 mars, face à la grève des enseignants de Seine-St-Denis. Enième dérapage dAllègre ? Non. Trois jours plus tôt, le 18 mars, Chevènement tenait exactement le même discours à propos de la lutte des sans-papiers : les occupations déglise sont pain bénit pour le Front National . Mardi, à lAssemblée Nationale, il remettait ça en sen prenant aux opposants des expulsions de sans-papiers qui contribuent à bafouer les lois, à la perte des repères dont la République a besoin pour faire front contre lextrême-droite . Mis en rage par la solidarité des passagers de Roissy empêchant lexpulsion de seize sans-papiers ce week-end, le ministre de lIntérieur a trouvé un ton digne de ses prédécesseurs les plus réactionnaires pour attaquer des petits groupes dindividus appartenant à une organisation baptisée Jeune contre le Racisme en Europe qui est en réalité une organisation trotskiste dorigine britannique . Le complot communiste venu de létranger, une vieille rengaine... de lextrême-droite justement.
Les frontières sont décidément floues... Allègre fait dans le poujadisme en déclarant lundi 30 mars : les causes de la violence chez les jeunes sont peut-être la détresse et le chômage mais quand il y a une guerre quelque part, comme en Bosnie, on cherche à y mettre fin dabord avant de se préoccuper des causes ...
Les enseignants du 93 en grève avaient bien raison dafficher sur leur banderole samedi dernier : Allègre fait le lit du Front National en ne donnant pas les moyens à la Seine-Saint-Denis .