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Au lendemain des régionales, quelles perspectives pour les militants du PCF ?

Robert Hue était plus épanoui que jamais après avoir été reçu par Chirac, qui a l’intention tout comme Jospin, de supprimer le scrutin proportionnel aux régionales. Qu’importe, Hue a estimé que de la part de Chirac : “ il ne s’agit pas du tout d’une démarche politicienne, mais d’une volonté de réforme vaste, à conduire avec le gouvernement . Sous couvert de lutte contre l’extrême-droite, la direction du PCF s’est engouffrée dans l’opération “ Front républicain ” c’est-à-dire dans une union sacrée aussi bien avec l’Elysée qu’avec Matignon. Elle l’a fait avec d’autant plus d’entrain qu’il lui fallait détourner l’attention des militants communistes s’interrogeant sur l’évolution de leur parti au lendemain des régionales. Sur le plan strictement électoral, la direction pouvait aisément présenter un bilan flatteur de sa participation à des listes communes à la gauche plurielle puisque le nombre des élus du PC, aussi bien aux régionales qu’aux cantonales, est nettement plus élevé qu’aux précédentes élections. Tout cela ne peut que faire plaisir aux notables du PCF et conforter la ligne de Robert Hue consistant à faire allégeance au Parti socialiste et à Jospin.

Mais même au niveau de l’appareil du parti, la satisfaction n’est certainement pas sans mélange. C’est le cas de Gremetz, un des dirigeants qui cultive sa différence avec l’orientation de Hue de façon homéopathique et discontinue. En février dernier, il s’était écrié devant le comité central à propos des futurs conseils régionaux : “ on va avoir des représentants gauchistes, d’autant plus que nous sommes inexistants dans la campagne ”. Le pronostic s’est vérifié y compris en Picardie censée être le fief de Gremetz et de ses amis.

Au-delà du constat désagréable pour les notables du PC de voir arriver des élus de LO et de la LCR, il y a celui d’un courant d’extrême-gauche non négligeable qui a été renforcé par l’apport de voix d’électeurs du Parti communiste. Les électeurs du PCF qui ont voté pour l’extrême-gauche ont marqué leur désapprobation de tous les partis gouvernementaux. Toutes les flatteries de Hue à l’égard de Chirac et du Parti socialiste ne risquent pas de leur faire regretter leur geste. Les militants et les travailleurs proches du Parti communiste sont peu enclins à marcher dans l’opération “ sursaut citoyen ” qui consiste à dissoudre leur parti non seulement au sein de la gauche plurielle mais dans un magma politicien incluant des hommes de droite qui ne veulent pas, pour l’instant, pactiser avec le Front National. Pour ces militants et ces travailleurs qui subissent les attaques patronales et gouvernementales contre le monde du travail, le PCF n’offre même plus un semblant de perspective. Mais en tournant leur regard vers l’extrême-gauche, ils constatent que ce courant est émietté et n’offre pas actuellement un cadre leur permettant de faire face à l’offensive de la bourgeoisie et de son Etat.

Comment surmonter cette situation ? Les militants révolutionnaires auraient tort de sous-estimer la désaffection, voire la colère de nombreux militants du PC à l’égard de la direction de leur parti. Eux sont déjà intimement persuadés qu’elle ne fera rien pour imposer au gouvernement des mesures favorables au monde du travail. A quoi bon, dans ces conditions, leur faire croire qu’il pourrait en être autrement, que leur parti pourrait le faire s’il voulait ? Par contre, nous pouvons entreprendre des choses avec les militants de ce parti.

C’est à la base, dans les quartiers et sur tous les lieux de travail, que peut se construire une union des travailleurs communistes et révolutionnaires. Cette union prendra corps à la fois dans les luttes quotidiennes et dans les débats nécessaires sur le fonctionnement de cette société et sur la façon dont nous pourrions la changer ensemble. Le ciment de cette union sera constitué par les idées communistes qui ont été dénaturées par le stalinisme ou ont gardé un caractère étriqué dans le cadre du mouvement gauchiste. Aujourd’hui les conditions objectives sont mûres pour que les idées communistes et la détermination de tous ceux qui ne baissent pas les bras face à la bourgeoisie permettent de reconstituer un mouvement ouvrier puissant et donnant leur pleine efficacité à toutes les luttes.

Clinton, marchand d’illusions pour le compte des trusts américains

La visite du président des Etats-Unis dans six pays africains s’achève jeudi 2 avril, après une tournée de onze jours où Clinton a tenté de faire oublier la série de scandales qui l’ont éclaboussé et, surtout, a voulu poser des jalons pour supplanter la présence française sur le continent africain. Longtemps, perpétuant les relations héritées du colonialisme, l’impérialisme français a considéré l’Afrique comme son pré carré, s’autorisant tous les coups tordus et faisant régner l’opacité la plus complète sur les intérêts des sociétés françaises. En venant vendre la démocratie américaine, la plus riche du monde, Clinton met les Etats-Unis en position de concurrents directs de la France. Le marché africain ne représente encore que 1,5 % des échanges commerciaux américains et l’essentiel des relations s’y fait avec l’Afrique du Sud, premier producteur mondial d’or et possédant des ressources considérables en platine, diamant, charbon, uranium. Pour ce qui est de la question de faire oublier ses déboires conjugaux, Clinton est mal tombé : le sermon du curé de Soweto - ville où les lycéens sud-africains s’étaient révoltés contre le régime de l’Apartheid en 1974 - avait pour sujet… l’adultère ; Clinton n’a pas bronché. Comme il n’a pas bronché lorsque Nelson Mandela a tenu à rappeler au représentant de l’impérialisme américain que si l’Afrique du Sud était favorable à une plus grande ouverture au marché américain, elle gardait des liens privilégiés avec Cuba, l’Iran et la Libye, pays qui avaient osé défier la puissance américaine. Clinton, en bon représentant des intérêts des capitalistes américains - dans la suite qui l’accompagne et qui nécessite trois avions pour la transporter, les hommes d’affaires y occupent une large place - n’a reculé devant aucun discours démagogique, l’hypocrisie étant le masque nécessaire pour cacher les véritables enjeux de ce voyage. En Ouganda, il a exprimé ses regrets à propos de la traite des noirs qui a dépeuplé le continent africain, en déclarant : “ si on remonte à une époque où nous n’étions pas encore une nation, les Américains d’origine européenne ont reçu les fruits de l’esclavage. Nous avons eu tort à ce sujet ”. Au Rwanda, concernant le génocide de 1994 : “ nous n’avons pas immédiatement appelé ces crimes par leur véritable nom : génocide. Nous n’avons pas agi assez vite après le début des tueries ”. Et il a même reconnu que “ le pire péché que l’Amérique ait jamais commis à l’égard de l’Afrique ”, c’est “ le péché de la négligence et de l’ignorance ”. Clinton sème sur son passage les millions de dollars qui iront enrichir les trusts américains et serviront aussi à corrompre les régimes qui seront prêts à voir augmenter la part des intérêts américains. Les populations du continent africain, les plus pauvres du monde, continuent à s’enfoncer dans la misère et le sous-développement. Mais les richesses du sous-sol sont immenses et des plans drastiques ont imposé la limitation des dépenses publiques, la privatisation des entreprises publiques et la baisse du niveau de vie pour les populations. Cela offre des possibilités pour les capitaux étrangers, assoiffés de profits comme en Afrique du Sud qui, avec un taux de chômage de 30 %, a une croissance moyenne de 2,5 % par an. Clinton a donc annulé une partie de la dette africaine pour l’année 1999 - 35 millions de dollars - vis-à-vis des USA sur un montant total de 5 milliards que le continent africain est bien en mal de rembourser. Il a promis 500 millions de dollars pour la construction de routes, etc. et 150 autres dont l’affectation n’est pas révélée. Les capitalistes peuvent se réjouir :  par exemple, Westinghouse va construire deux centrales électriques au Ghana dont la capitale,  Accra, n’est alimentée en électricité que 12 heures par jour, sans qu’existe une évacuation souterraine des eaux usagées, ce qui contribue à propager la malaria. La population continuera à survivre dans les bidonvilles. Comme elle le fait au Kenya où des inondations depuis plusieurs mois ont entraîné une épidémie de malaria et de choléra et détruit les cultures, ce qui se traduit par une pénurie alimentaire.

L’impérialisme français coupable de génocide au Rwanda : les secrets de la république sont bien gardés

Alors qu’une mission d’information parlementaire, dirigée par l’ancien ministre socialiste Paul Quilès, enquête dans la plus grande discrétion sur le génocide qui avait fait 500 000 à 800 000 morts au Rwanda en 1994, la presse brise le silence que les autorités politiques voudraient maintenir sur ces massacres.

Lundi, le journal “ Le Figaro ” a publié le fac-similé d'un télégramme du ministre français de la Coopération de l'époque, Michel Roussin, adressé à Annick Perrine, veuve du mécanicien-navigant du Falcon 50 à bord duquel voyageaient les dictateurs du Rwanda, Habyarimana, et du Burundi, Ntaryamira. Dans ce texte, M. Roussin parle de la disparition de Jean-Michel Perrine en “ service commandé ”. Le missile, d’origine soviétique, qui a abattu l’avion, ferait d’autre part partie des stocks récupérés par l’armée française en Irak lors de la guerre du Golfe.

C’est cet attentat, dans lequel sont morts les dictateurs des deux pays, qui a donné le signal du déclenchement des massacres au Rwanda, et l’Etat français, comme l’information publiée par “ Le Figaro ” le confirme, y était directement impliqué.

Le ministère des Affaires Etrangères, interrogé sur cette révélation a refusé de dire quoi que ce soit, en prenant prétexte de l’existence d’une commission d’enquête officielle. Balladur, premier ministre de Mitterrand à l’époque, a répété au journal “ Le Monde ” qui l’interrogeait, la fable d’un rôle humanitaire de l’armée française au Rwanda, se demandant aussi hypocritement “ si le génocide a été utilisé ou manipulé par des grandes puissances à des fins politiques ” ou est “ dû à des rivalités ethniques ou religieuses anciennes ”.

Tous les partis passés au gouvernement, tous leurs ministres savent ce qu’il en est de la politique de l’impérialisme français en Afrique : coups d’Etat accompagnés de massacres sanglants, soutien permanent aux dictateurs locaux choisis par l’Etat français, utilisation de commandos secrets à la Bob Denard, le tout orchestré par la cellule africaine de l’Elysée mise en place sous De Gaulle. Mais le secret du maintien de cette domination sanglante dans les anciennes colonies d’Afrique noire a toujours été bien gardé, dans une solidarité sans faille des politiciens de droite comme du Parti Socialiste. Aujourd’hui, parce que cette domination est contestée par l’impérialisme américain, parce que, après la défaite du clan soutenu par l’Etat français au Rwanda et le renversement de Mobutu dans l’ex-Zaïre, elle est d’une certaine manière en partie révolue, un coin du voile est levé par la presse sur ses crimes. Mais il ne l’est que contre la volonté du gouvernement et des partis de droite, qui se sont résolus à nommer une commission d’enquête seulement pour tenter de contrôler et de limiter autant que faire se peut, des révélations qui de toute façon se feraient. Les uns comme les autres, complices et solidaires de ce passé, entendent le rester pour préserver les secrets de la République.

Solidarité avec les sans-papiers mauritaniens

Parmi les sans-papiers qui occupent l’église de Caucriauville au Havre, de nombreux Mauritaniens sont mobilisés. En Mauritanie, le pouvoir en place est exercé par des Mauritaniens blancs : les Maures. La frontière du Sud de la Mauritanie est délimitée par le fleuve Sénégal. Indépendamment de leur nationalité, les Sénégalais et les Mauritaniens vivent sur une rive ou l’autre du fleuve. Pour les gouvernements mauritaniens et sénégalais, la domination, la possession de ces terres et du fleuve sont un enjeu économique et politique important. Ces rivalités de pouvoir entre gouvernements mauritaniens et sénégalais pour s’approprier les terres riches et l’axe fluvial commerçant qu’est le fleuve Sénégal, les ont amenés en 1989 à expulser massivement pour le gouvernement sénégalais, les Maures du Sénégal et, pour le gouvernement mauritanien, les Sénégalais de Mauritanie.

Le gouvernement mauritanien a étendu les expulsions contre les Mauritaniens noirs, les Peuhls, contre lesquels il établit un véritable apartheid. Ils témoignent :

- “ les études sont inaccessibles après le bac pour les Peuhls, car toutes les études sont enseignées en arabe, langue qui n’est pratiquée que par les Maures. Les Peuhls ont leur bac en français et cela ne leur ouvre aucune porte d’université. 

- “ j’ai été arrêté et torturé par la police, j’ai passé quinze jours en prison les mains attachées dans le dos. Puis ils m’ont libéré, mais trop de parents, d’amis sont arrêtés et n’en reviennent pas. Alors il ne te reste que la fuite. 

- “ moi j’ai vu l’armée assassiner des enfants en les prenant par les pieds et en leur claquant la tête contre les murs ”

- “ moi, militant de l’UFD (Union des Forces démocratiques), je me suis caché, ils ont arrêté ma femme, l’ont torturée et violée, ils l’ont bourrée de coups de pieds dans le ventre alors qu’elle était enceinte. ”

Rares sont ceux d’entre eux qui n’ont pas eu un parent tué ou disparu.

Le gouvernement français, en toute hypocrisie, avait fait de grandes déclarations sur la démocratie et sommé le gouvernement mauritanien de créer une façade démocratique, pluraliste : ce qu’il a fait. C’est ainsi que se sont créés en 1992 l’UFD, l’UDP (Union démocratique de progrès) et le PLEJ (Parti pour la liberté, l’égalité et la justice). Un militant du PLEJ témoigne : “ notre parti a appelé au boycott des élections en 1992, parce que tout mauritanien arrêté une fois est déchu de ses droits civiques, ce qui revient à exclure quasiment tous les mauritaniens noirs du vote, vu qu’ils sont continuellement arrêtés, surtout s’ils s’intéressent à la politique ”.

Lors de la création de ces partis, les militants de l’opposition sont sortis de l’ombre et l’Etat mauritanien les a massacrés. Ici le gouvernement de la gauche plurielle, en leur proposant de régulariser leur situation, les fait sortir de la clandestinité pour mieux les expulser, alors que dans leur pays la vie de ces travailleurs est en danger. Le gouvernement s’en moque bien : l’impérialisme français s’entend avec les pires dictateurs et ferme les yeux y compris sur les réseaux de commerce d’esclaves.

C’est pourquoi nous, travailleurs, nous dénonçons l’hypocrisie du gouvernement et sommes complètement solidaires de la lutte des sans-papiers.