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Renault-Cléon : résistances face aux attaques patronales

A l’usine Renault-Cléon, la direction n’a pas attendu la mise en place des 35 H pour se livrer à une série d’attaques en règle contre les travailleurs du site. Des discussions ont commencé entre les responsables de la Fonderie et des représentants de tous les syndicats pour faire un tour de table sur les conditions de passage du statut Renault à celui de filiale de Renault au 1er mars prochain. La direction appelle cela le " toilettage " de l’accord Renault. Cela fait partie de la procédure avant la vente de la Fonderie, courant mai 99, au groupe Teksid lié à Fiat. Les 360 salariés de ce secteur (Cléon compte 5000 personnes) savent que ce passage obligé de 2 mois par une filiale ne va pas se traduire par des changements significatifs sur les salaires.

Par contre, une fois la Fonderie vendue à Fiat, les nouveaux patrons auront tout loisir de dénoncer les accords salariaux pour chercher à imposer des rémunérations proches des autres fonderies, soit des écarts de salaires de l’ordre de 2000 F environ. La direction de Cléon est encore plus évasive sur ce que deviendra la Fonderie de Cléon dans les années à venir. De nombreux travailleurs craignent en effet les doublons avec les usines de Teksid comme celle de Pologne qui couvre déjà 40 % des besoins en carters boîtes de vitesses de l’actuelle usine de Cléon.

Vendredi 15 Janvier, la CGT appelait à deux heures de grève dans le seul secteur de la Fonderie (mais pas sur le reste de l’usine) pour aller manifester devant l’hôpital d’Elbeuf où Fabius devait venir faire une inauguration. Une vingtaine de travailleurs de la Fonderie étaient présents. Certains responsables de la CGT ne tenant pas à perturber la cérémonie, incitaient les travailleurs à rentrer à l’usine après les avoir laissés poireauter dehors pendant une heure. Malgré ces appels du pied insistants, les travailleurs présents sont alors rentrés dans l’enceinte de l’hôpital pour aller déguster quelques petits fours. Quant à Fabius, il n’est pas finalement venu et s’est fait représenter par son suppléant Marie, le maire d’Elbeuf.

Dans un autre secteur de l’usine, le Bâtiment E, la direction vient d’imposer, début janvier, aux travailleurs du Montage moteur F une nouvelle cadence horaire. Elle veut faire passer celle-ci de 74 moteurs à l’heure à 88, soit une hausse de 20 % ! Mais les ouvriers ne se laissent pas faire : ils ont choisi de résister à leur manière en utilisant les arrêts d’urgence dès qu’ils " coulent " et refusent dans leur grande majorité les heures supplémentaires en fin de poste ou le samedi. Pour mieux faire passer la pilule, la direction avait remis, dès le début, du personnel supplémentaire venant des ateliers d’usinage et d’autres secteurs de montage du bâtiment. La direction annonce que 45 personnes sont venues en plus sur les Tabliers en renfort. Mais le compte n’y est pas car cela fait 10 % de personnel en plus alors que la cadence a été augmentée de 20 % ! Déjà, au bout d’une semaine de ce régime infernal, un travailleur a été victime d’un malaise et a dû être emmené à l’infirmerie de l’usine. Un autre a dû être retiré de la chaîne à cause d’une tendinite au bras. Pour le moment, la direction n’a pas son compte de moteurs et les usines de Montage comme Douai attendent après les moteurs venant de Cléon. Les travailleurs disent qu’à terme, la cadence sera intenable. La direction le sait et pour l’instant se garde bien de pousser le bouchon de peur d’une réaction de colère.

La direction de Renault-Cléon en choisissant de passer en force sur tous les terrains que ce soit les 35 H, la vente de la Fonderie, le départ massif sur cinq ans des ouvriers les plus âgés en échange d’une pincée d’embauches, et sa volonté affichée d’envoyer les personnels des bureaux ou des Méthodes vers les ateliers de production, veut faire vite et bien pour satisfaire ses appétits financiers. Elle finira aussi par créer les conditions d’une véritable explosion de colère tant l’aggravation de l’exploitation va devenir inacceptable pour les travailleurs.

 

A Bordeaux : juges et matraques contre les chômeurs !

Le 8 janvier, un militant d’AC s’est vu proposer en réunion, par l’ANPE, " une formation d’une heure par semaine sur 3 mois " par un organisme privé pour… apprendre à se présenter devant un employeur. Ce camarade de près de 50 ans, tout à fait capable de trouver du travail… s’il y en avait, a dénoncé avec vigueur devant les autres chômeurs convoqués comme lui, ces stages bidons avec lesquels ces entreprises se font du fric, disant " ne plus supporter la précarité et ces méthodes d’infantilisation ".

La réunion ayant été perturbée, une plainte a été déposée par l’ANPE pour " séquestration, bousculade avec ITT de 8 jours de l’employée pour choc moral ". Dès le mercredi 13, notre camarade, convoqué au commissariat, s’est retrouvé en garde à vue et est passé au Tribunal le lendemain matin, en procédure d’urgence !

Nous avons de suite occupé cette ANPE, contacté les autres militants, un avocat, les médias… Face à notre réaction, le responsable de l’ANPE gêné, a déclaré : " la procédure nous a échappé et on peut effectivement se questionner sur cette garde à vue ". Pour nous, la réponse est claire. Les récentes déclarations sécuritaires du gouvernement ne visent pas que la jeunesse des banlieues. Comme le disait un camarade : " La politique du gouvernement sera de plus en plus contestée et il veut casser cette contestation ".

Comme il n’y avait rien contre lui, notre camarade a été remis en liberté sous les vivats des dizaines de militants chômeurs et salariés présents venus le soutenir depuis le matin avec drapeaux et banderoles.

Mais le message est clair de la part de l’Etat. Et après les juges, nous avons eu droit aux matraques ! Le vendredi 15 janvier, nous étions 150 dans les rues à manifester avec l’objectif d’occuper la Chambre du Commerce, mais la police était déjà là en force. En apercevant un jeune manifestant dans une voiture de police, arrêté peu avant pour un bris de lampadaire, un groupe a voulu bloquer cette voiture pour demander sa libération qui a eu lieu d’ailleurs une heure après. Les CRS, aidés de la brigade anti-criminalité, une première, ont réagi très violemment. Au point qu’un jeune copain est resté sur le pavé, devant être hospitalisé avec 20 jours d’ITT ! Et c’est nous qui avons dû appeler les pompiers alors que la police affichait de façon provocante son mépris. " Ce n’est plus la gauche plurielle mais la matraque plurielle " avons-nous crié.

La police est à nouveau intervenue en force pour dégager ceux qui continuaient à bloquer les quais après le départ de la CGT et de l’APEIS. Un autre militant a été à nouveau arrêté et retenu pendant 2 heures.

Depuis, nous avons appris qu’un camarade de Bayonne a été violemment frappé, que deux militants de Paris ont été arrêtés et placés en garde à vue ce même jour. Désormais, les choses sont claires sur ce qu’il y a à attendre de ce gouvernement : des coups ! Mais la lutte continue et nous la préparons avec tous ceux qui le veulent. Ainsi nous manifesterons samedi 23 janvier à 15 H au Grand Théâtre de Bordeaux avec les enseignants contre la précarité !

 

Les travailleurs de De Carbon toujours mobilisés

Les salariés de De Carbon, filiale de Delphi, elle-même filiale de General Motors, sont décidés à empêcher leur direction de procéder à la suppression de 147 emplois sur le site d’Andé, dans l’Eure. Avant les congés de fin d’année, ils sont allés manifester à Etrépagny, dans l’Eure, aux côtés de salariés des transports Fortin, eux aussi menacés de licenciements. La semaine suivante, ils manifestaient dans les rues de Louviers. Le 23 décembre, autour du pot de l’amitié, il a été fait le point des actions passées et à venir.

Au retour des congés, les discussions syndicats-direction sur la réduction du temps de travail ont abouti sur un projet d’accord baissant la durée à 34,7 heures et permettant de sauver 40 emplois. Selon cet accord, l’aménagement du temps de travail serait organisé sur l’année : les salariés travailleraient soit quatre jours, soit cinq par semaine. Le recours aux heures supplémentaires serait ramené à 80 heures maximum, contre 94 heures actuellement. En échange, il faudrait accepter un gel des augmentations de salaires prévues pour l’année 1999 (1 %).

Les travailleurs ont voulu se réunir, sans les cadres, pour en discuter et se prononcer à main levée sur cet accord. Sur les 500 salariés réunis, trois se sont prononcés contre et deux se sont abstenus. Tous sont convaincus que c’est leur lutte, leurs manifestations, leurs actions qui leur ont permis de sauver 40 emplois. Mais si on ajoute les mesures d’âge et les reclassements sur le groupe, il reste encore 70 personnes sans solution. Voilà pourquoi de l’avis de tous, il faut continuer à mettre la pression.

Les salariés ont obtenu des motions de soutien de la part des conseils municipaux voisins. Mais ils savent que leur propre soutien, c’est eux-mêmes. C’est sous leur pression que la direction a fait passer l’indemnité additionnelle de 0 à 40 000 puis 70 000 francs par personne. Ce n’est pas suffisant. Les travailleurs de De Carbon exigent 250 000 francs. Comme il est hors de question de baisser le ton, ils envisagent maintenant de durcir le mouvement. Pour se faire une petite caisse de soutien financier, en cas de grève, ils ont organisé pour la deuxième fois une opération péage gratuit sur l’autoroute A13. A cette action du samedi 16 janvier, ils étaient 90 environ.

Chacun dans l’usine sait que le groupe Delphi envisage de rayer de la carte le site d’Andé. Ces 147 fermetures de postes ne sont peut-être qu’un avant-goût de ce qui attend les travailleurs. Mais la lutte des De Carbon n’est pas terminée. Elle est peut-être un avant-goût de ce qui attend les patrons de la région.

Des militants de VDT et de la LCR

 

Ateliers et Chantiers du Havre (ACH) : patrons et gouvernement précipitent la fermeture

Trois cargos chimiquiers étaient jusque-là en cours de construction aux ACH et étaient censés assurer du travail jusqu’en juin 2000. Jeudi 14 janvier, la direction des ACH a annoncé le " gel " de la construction du troisième chimiquier. Bien des travailleurs se doutaient déjà que cette commande n’irait pas jusqu’à son terme. La direction et l’encadrement ont utilisé en vain la perspective de la construction des trois navires pour donner du cœur à l’ouvrage aux ouvriers. Cette annonce s’est accompagnée du licenciement de 150 intérimaires et d’autres fins de contrats pour les jours et les semaines à venir.

Mercredi 20, les travailleurs des ACH ont tenu à montrer leur mécontentement : à 7 H 30, près de 400 travailleurs, soit une bonne partie des effectifs moins les cadres, étaient présents à l’entrée du site de Graville à l’appel de la CGT. Il s’agissait d’attendre Fournier, le directeur général, pour lui demander des explications sur les raisons du " gel " du troisième chimiquier. Le secrétaire du syndicat a affirmé à juste titre qu’on avait l’impression que les patrons voulaient se débarrasser au plus vite des ACH, précipiter la fermeture et donc le plan social. Il a fait état aussi explicitement des critiques dont fait l’objet la politique du syndicat, demandant aux travailleurs " ce qu’ils avaient à proposer ". Ce n’est pas si simple quand la CGT elle-même ne contribue pas à clarifier la situation. Dernier exemple en date, justement dans l’affaire du " gel " du troisième chimiquier : selon la CGT, c’est Fournier qui est responsable, mais pas le gouvernement. A qui la CGT voudra-t-elle faire croire cela ? En novembre, Pierret, secrétaire d’Etat à l’Industrie, avait " fermement invité " Fournier à se placer dans la perspective d’un plan social dans les 6 mois à venir, et il avait aussi clairement menacé : " il est important d’éviter qu’un nouvel accroissement significatif des pertes puisse amener l’Etat à préférer ne pas achever la commande en cours ". Les patrons tireront donc prétexte d’un " nouvel accroissement significatif des pertes " et la boucle sera bouclée : ces gens-là s’entendent comme larrons en foire. Et si la CGT veut faire croire le contraire, c’est pour ménager le gouvernement. Autre exemple : elle défend auprès des travailleurs l’idée d’un Pierret méchant, et d’un Jospin gentil, sous prétexte que le premier ministre a soi-disant donné instruction d’examiner avec attention deux rapports sur des perspectives de reprise du chantier. Les travailleurs ne sont pas dupes de ces manœuvres. Ils sont conscients d’être trahis par la gauche plurielle au gouvernement et ont de moins en moins confiance en la CGT, qui ne dénonce pas les manœuvres, contribue ainsi à la démoralisation, et n’organise pas une riposte à la hauteur des enjeux.

 

Norbert Dentressangle : refus de licenciement confirmé

En juin dernier, nous avons fait grève 15 jours contre un plan social prévoyant 23 licenciements, alors que les profits sont en hausse. Nous nous sommes pour cela organisés en créant une section syndicale CGT.

Suite au blocage des dépôts, la direction a essayé de licencier 14 d'entre nous pour faute lourde. Mais grâce à notre détermination et notre solidarité, nous avons réussi à faire lever ces sanctions, ainsi que les amendes prononcées par le tribunal et à faire augmenter les primes de départs pour chacun des salariés licenciés.

Mais la direction a voulu maintenir le licenciement pour faute lourde pour notre déléguée syndicale, ce que l'Inspecteur du travail a refusé, demandant sa réintégration et annulant la mise à pied conservatoire. La direction a alors fait appel en saisissant le ministère des Transports pour contester la décision de l'Inspecteur.

Face à cette attitude, les copains de la boîte, sur deux dépôts différents, ont tenu à marquer leur solidarité, en faisant circuler une pétition, signée massivement, pour dénoncer les manœuvres de la direction visant à se débarrasser et à faire taire tous ceux qui contestent ses attaques.

Après quatre mois de délai, le ministère des Transports vient de rendre son verdict, en confirmant la décision de l'Inspection du travail, donc le refus du licenciement. Sa décision s'appuie sur le fait que la déléguée reste la seule salariée gréviste visée par une procédure de licenciement pour faute lourde, alors que rien de plus ne peut lui être reproché, reconnaissant ainsi qu’il s’agit d’une discrimination syndicale.

Pour l'ensemble des copains de la boîte, c'est une seconde victoire. En restant tous solidaires après la grève, nous avons réussi à faire échouer les plans de la direction qui étaient de nous diviser. Et c’est sur cette solidarité qu’il nous faut compter face aux nouvelles attaques qu’elle nous prépare.