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Les enseignants s’organisent pour dire non à la politique libérale d’Allègre !

Le jeudi 14 décembre 1999, étaient réunis en AG le collectif " Pour la démission d'Allègre ", constitué en grande partie d'enseignants qui avaient maintenu la grève du 10 septembre malgré la défection de la direction du SNES, la Coordination enseignante du Nord-Parisien, et la Coordination des AG de la Seine-Saint-Denis, émanant du mouvement de l'an dernier dans le 93. " Il faut que nous soyons forts, aujourd’hui le milieu enseignant est comme une victime résignée, il faut que ça change ! " a dit un enseignant, ce qui donnait le ton à cette réunion dont les 300 participants scandaient, un peu plus tard, " grève générale illimitée " ! Tout ceci ne fera pas plaisir à Allègre pour qui " il est plus facile de faire grève que de retrousser ses manches ". Ni à Monique Vuillat (secrétaire générale du SNES/FSU) dont un des généraux s'est fait siffler, huer dès qu'il a pris la parole.

Il est difficile de dénombrer combien d'établissements se sont mis en grève, depuis la rentrée de septembre, parfois en dehors de tout cadre syndical : les différents mouvements se sont déroulés de manière très localisée, sur plusieurs jours, parfois quelques heures. Il n'a pas échappé aux enseignants, sauf aux directions des syndicats majoritaires, que toutes ces mobilisations allaient dans le même sens, et que nous cherchions les moyens de répondre aux attaques du ministre, non par des grèves perlées de 24 heures, mais en nous organisant dans un cadre qui permette de dépasser des actions souvent minoritaires, trop corporatistes, séparant les différents degrés dans l'Education nationale ou les différents corps qui le constituent. Le mouvement du 93 avait su créer un tel cadre.

C’est avec le mépris pour les enseignants et la démagogie qui le caractérisent qu’Allègre distille, à coup de décrets, circulaires et charte, sa politique capitaliste pour rentabiliser l’école. Et qu’il ne tient pas les promesses qu'il avait faites aux enseignants, aux parents, aux élèves du département de la Seine-Saint-Denis. Bien au contraire, la liste des attaques contre l'école s'allonge, tous les secteurs sont touchés par des réformes qui ne répondent pas aux besoins, exprimés depuis longtemps par l'ensemble des enseignants.

Au cours de la réunion du jeudi 14, se sont exprimés des professeurs du secondaire sur la réforme des lycées et l'allégement des programmes. Celle-ci correspond à la mise en place de lycées " light ". Un enseignement à deux vitesses pour deux classes sociales antagonistes. Une responsable du CAPES de lettres est intervenue sur le projet de régionalisation du concours en exprimant sa crainte, justifiée, que celui-ci empêche les enseignants de choisir leur lieu de travail. Un MI/SE (surveillant) remettait à plat les chiffres avancés par Allègre sur la création de 14 000 postes de surveillants pour la rentrée. Alors que 3300 postes avaient été supprimés, et que le nouveau recrutement concerne 3000 postes à mi-temps et 11 000 emplois jeunes.

Feignant d'ignorer ce qui fait le ciment de nos luttes, à savoir des moyens pour l'école, Allègre met en place ses réformes à moyens constants. Ainsi, certaines écoles ont été spoliées au profit d'autres appartenant parfois au même secteur. C’est le cas, par exemple, pour la réorganisation des ZEP (Zone d'Education Prioritaire). En effet, les établissements ou écoles se sont vus retirer cette appellation et les moyens supplémentaires qui leur sont donnés, alors que d'autres, appartenant au même secteur, entrent en ZEP, et reçoivent un budget qui de toute façon est loin de répondre aux besoins.

L’indignation face à la politique scolaire du gouvernement emplit largement les salles des enseignants. Nous en faisons le constat : les pétitions, référendums, renvois de cartes d'électeurs, grève, formation de coordinations… ne suffisent pas. Dans des conditions de plus en plus difficiles de travail, Allègre joue les grands pédagogues lorsqu’il déclare qu’il faut " travailler autrement ". Comme s’il s’agissait de changer de pédagogie pour pallier la misère sociale. Ce mensonge est d’autant plus grave qu’il tend à nous désigner comme les responsables d’une école en échec. Il est d’autant plus grave qu’il permet d’ignorer les réelles difficultés de nos élèves, qui vivent dans une société qui ne leur offre guère de perspectives d’avenir en terme professionnel…

A la suite du mouvement du 93 et des actions menées depuis le début de l’année scolaire, la réunion du 14 janvier marque une tentative de regroupement des enseignants de l’Ile-de-France pour créer le cadre nécessaire qui nous permettrait de faire aboutir nos revendications. Le Collectif et les deux coordinations ont fait part de leur désir d’agir conjointement en appelant tous les collègues à convoquer dans les lycées, collèges, écoles, des AG pour y proposer la grève reconductible, et à rejoindre les établissements qui sont déjà en grève en Ile-de-France pour :

L’annulation de toutes les mesures prises depuis juillet 1998.

La re-négociation au grand jour de tous les problèmes concernés.

La démission de Claude Allègre.

Les délégués élus dans les AG feront le point jeudi prochain.

 

Sans-papiers : la demande de mise en liberté de Diawara a été rejetée, la lutte continue

La cour d’appel de Paris vient de rejeter la demande de mise en liberté de Diawara, travailleur malien condamné à un an de prison ferme pour avoir dû descendre de l’avion, où il avait été embarqué de force, après les protestations des passagers contre son expulsion. La Cour a estimé que sa remise en liberté " constituerait un trouble à l’ordre public "... L’ordre public, par contre, se satisfait parfaitement du fait que 63 000 travailleurs immigrés aient été déboutés de leur demande de régularisation et se trouvent condamnés à vivre dans la clandestinité, ainsi que beaucoup d’autres, faisant une proie rêvée pour le patronat pouvant exercer sur eux tous les chantages et exploiter leur travail comme bon leur semble.

Plusieurs autres travailleurs sans-papiers également débarqués d’avions dans des conditions similaires à celles de Diawara repassent en jugement et risquent eux aussi de lourdes peines de prison.

Le comité Diawara ainsi que des collectifs sans-papiers et plusieurs organisations appellent à des manifestations à Paris et dans plusieurs villes, samedi 23 janvier pour exiger la libération de tous les sans-papiers emprisonnés et la régularisation de tous.

 

 

Retraites : La gauche gouvernementale, soutenue par la droite, se dit prête à mettre en place des fonds de pension. Elle affirme que le système des retraites sera préservé… par l’enrichissement des compagnies d’assurances.

Le ministre de l’Economie, Strauss-Kahn, a affirmé, lors d’un colloque, mardi dernier, sur le thème significatif de " l’épargne dans l’ère de l’euro ", qu’il y aurait des fonds de pension avant la fin de l’année. En même temps, il s’est dit préoccupé par le maintien des livrets A qui drainent les économies de ceux qui n’ont pas les moyens -ni l’envie- de spéculer en bourse. Le directeur général de la Caisse nationale du Crédit agricole, lorgnant d’un regard concupiscent sur cet argent qui échappe à la spéculation, a remis en cause " une situation qui n’est pas saine sur le plan économique et financier puisqu’elle contribue à renchérir globalement les conditions de financement de l’économie ".

Le gouvernement s’apprête à mettre en place les fonds de pension pour que les financiers français ne restent pas privés d’un gigantesque gâteau, source d’enrichissement à court terme pour le capital financier. Alors que les détenteurs des fonds de pension, essentiellement américains et anglo-saxons, détiennent 58 % de la capitalisation boursière mondiale, les compagnies d’assurances françaises ne participent pas, jusqu’à maintenant, à la curée. Ce sont des fonds de placement étrangers qui détiennent des titres financiers dans les entreprises comme par exemple, la Société Générale 7,4 %, Saint-Gobain 3,6%, France Telecom 2,5 %. Les compagnies d’assurances n’ont que les contrats d’assurance-vie, souscrits individuellement, pour spéculer dans l’achat d’actions et elles exercent leur pression pour que le gouvernement leur donne les mêmes possibilités qu’à leurs concurrentes étrangères. Même si ces contrats représentaient 22 milliards de francs fin novembre 98 et que, selon Strauss-Kahn, l’objectif des 25 milliards sera atteint à la fin de l’année.

Jospin est prêt à mettre en place une politique qui donne entièrement satisfaction aux financiers, il ne parle pas de fonds de pension mais de " fonds salariaux " et de " fonds gérés avec les partenaires sociaux ". Pour préparer le démantèlement de la retraite, il compte s’appuyer sur un rapport que doit lui remettre le commissaire au plan, Charpin, d’ici fin mars, qui devra mettre l’accent sur des faits soi-disant objectifs pour tenter de convaincre que le système des retraites est périmé et non viable. Mais, comme les grèves de novembre-décembre 95 contre l’allongement des années de cotisation pour la Fonction publique ne sont pas oubliées, il compte sur le soutien des confédérations syndicales et annonce d’ores et déjà des réunions tous azimuts et peut-être même une Conférence du même type que celle sur les emplois et les salaires d’octobre 97. Prudemment, il a aussi annoncé que ce sera après les élections européennes.

Comme à son habitude, le gouvernement, relayé par différents " experts ", a lancé une campagne comme quoi la population vieillit, la durée moyenne de vie s’accroît et donc les retraités sont retraités plus longtemps, les générations d’après-guerre, nombreuses, arrivent à l’âge de la retraite alors que les générations actuelles, moins nombreuses, verseront moins de cotisations, les dépenses de santé augmentent, etc., tout cela aboutissant à une situation inquiétante en 2005 et catastrophique en 2040 !

Bien sûr, la catastrophe sociale qu’est le chômage réduit sans cesse le nombre de salariés ayant un emploi par rapport à ceux qui en sont privés et réduit d’autant les rentrées de cotisations dans les caisses de la Sécurité sociale. Mais le rapport entre ceux qu’on appelle les actifs et les inactifs n’est pas un problème de statistiques. L’alignement des retraites sur le coût de la vie depuis 93, et non plus sur les salaires, réduit de 2/3 le surcoût annoncé ; la prise en compte pour les salariés partant à la retraite des 25 meilleures années au lieu des dix auparavant fait faire une économie d’environ 15 % à la caisse de retraite. La productivité augmente au rythme de 2 à 2,5 % par an et donc, le coût supplémentaire des retraites pourrait être assuré par les gains de productivité. Ainsi, en 2040, la production de 1,7 salarié sera égale à celle de 4 salariés de 1995.

Rien ne justifie la remise en cause de la retraite. Il ne s’agit que de faire un cadeau somptueux aux assurances privées.

 

Grève contre les sanctions à la SNCF

Les agents de conduite de Marseille, en grève depuis le 14 janvier, ont été rejoints le mardi 19 dans leur mouvement par ceux d’Avignon et de Nice. Cette grève massive à Marseille est la réponse des mécanos aux menaces de sanctions prises par la direction. A la suite des 14 jours de grève que les agents de conduite avaient fait en novembre pour les effectifs, la direction a décidé de frapper fort : 29 grévistes de Marseille sont menacés de sanctions lourdes et elle veut envoyer quatre d’entre eux au conseil de discipline où ils risquent la révocation.

Prenant prétexte de ce qu’elle appelle une " séquestration " de cadres au cours de la grève, la direction veut faire un exemple en s’attaquant à un des secteurs les plus combatifs de la SNCF. La direction et le gouvernement, après les mouvements de l’automne et de l’hiver, veulent casser la combativité des cheminots. Cela s’était déjà manifesté avec les retenues maximum qui ont été décomptées aux contrôleurs grévistes, et avec l’intention affichée par la direction de faire passer une " charte d’entente sociale ", entendez une limitation du droit de grève par l’instauration de services minimum à l’occasion de la négociation sur la réduction du temps de travail.

Les agents de train de Marseille ont réagi à cette attaque et ils ont gagné la solidarité active de ceux de Nice et d’Avignon. Cette solidarité est nécessaire et doit s’amplifier. Car ce sont tous les cheminots et le droit de grève qui sont visés. Mercredi matin, la direction annonçait qu’aucun cheminot ne risquait la révocation : c’est un premier recul.