Aux camarades de la Ligue communiste révolutionnaire
Nous publions notre dernier courrier adressé aux camarades de la LCR dans le cadre de la discussion que nous avons engagée avec eux et leur direction dans le cadre d'un processus de "fusion-intégration" de notre courant à la LCR.
Chers camarades,
Nous voudrions dans cette lettre non seulement apporter des éléments de réponse à votre lettre du 16 novembre 1998, mais aussi essayer de définir les pas nouveaux que nous souhaiterions réaliser dans les mois qui viennent pour conforter nos relations.
Tout d'abord, nous voudrions vous dire notre satisfaction devant l'évolution de ces dernières à tous niveaux, évolution qui permet d'envisager l'avenir avec une certaine confiance.
Pour aborder la question en termes politiques, il nous semble que le fait que nous ayons, comme vous l'écrivez dans votre lettre " milité les uns et les autres, des décennies durant, dans des courants distincts, avec ce que cela signifie d'habitudes et de pratiques différentes ", ne semble pas constituer un si grand obstacle, du moins pour qui veut comprendre, trouver des terrains d'entente, et non faire de toute différence d'appréciation une divergence justifiant des existences séparées.
Le fait que nous ayons eu la démarche qui nous a amenés à ouvrir la discussion actuelle, permettant d'envisager notre intégration dans la LCR, ne résulte pas simplement, comme vous l'écrivez, d'un " choix par défaut ". L'exclusion de Lutte ouvrière des camarades qui sont à l'origine de notre tendance n'est pas un accident de hasard, mais la conséquence du fait que Lutte ouvrière ne pouvait plus être la tendance autour de laquelle il soit envisageable de voir se regrouper les forces permettant de jeter les bases d'un futur parti des travailleurs. Cela ne signifie pas que nous ayons choisi la LCR, au sens du plein exercice de notre libre arbitre. Nous n'avons ni voulu, ni souhaité notre exclusion de LO. Par contre, nous pensons aujourd'hui très clairement que la LCR est la tendance susceptible de contribuer au regroupement des révolutionnaires et au-delà de jeter les bases de recompositions plus larges.
Au lendemain de notre exclusion, dans un texte adressé aux camarades de la LCR de la tendance R !, nous écrivions " La LCR ne pourrait être cette force politique qui pourrait uvrer dans le sens de cette orientation (une politique unitaire vis-à-vis de l'ensemble des forces révolutionnaires en vue de constituer un cadre militant permettant de regrouper tous les militants en rupture avec la gauche) qu'à condition de rompre en toute clarté les ambiguïtés de ses relations politiques avec différents mouvements et tendances qui n'ont rien d'ouvrier, rien de communiste, rien de révolutionnaire ".
Nous souhaitons aujourd'hui que la LCR devienne cette force, c'est en cela que nous n'agissons pas par défaut mais en fonction d'un choix politique bien conscient. En discutant de vous rejoindre, nous voulons agir dans ce sens-là. Plus précisément, notre " fusion-intégration " correspondrait à un premier pas, modeste certes, mais important néanmoins, dans ce sens-là.
Définir nos raisons de souhaiter notre intégration à la LCR revient d'une certaine façon à répondre à votre demande " de clarifier notre appréciation sur la politique récente de la LCR ". Pour préciser, nous serions de ceux qui, aujourd'hui, parmi vous, se réjouissent de l'accord avec Lutte ouvrière, en regrettant qu'il se limite à un accord électoral, et défendraient l'idée de la nécessité d'insérer cet accord dans la perspective des " choix de poser en termes nouveaux la construction d'un parti large, intégrant diverses expériences " comme vous l'écrivez dans votre lettre, c'est-à-dire un parti des travailleurs. Nous militerions dans le sens de la recherche constante de l'unité entre révolutionnaires comme priorité. Cela n'exclut pas une politique de front unique vis-à-vis d'autres tendances ou partis mais les deux politiques ne se situent pas au même niveau.
Et puisque nous abordons la question des européennes, autant vous dire tout de suite que nous souhaiterions pouvoir mener campagne avec vous comme si nous étions, si vous en êtes d'accord, déjà une minorité intégrée à votre courant.
Par ailleurs, la discussion autour de notre appréciation de la période actuelle nous semble quelque peu faussée par des éléments subjectifs, optimisme ou pessimisme. Lors de la discussion que nous avons eue à ce propos, lors de notre première rencontre réunissant dix militants de chaque tendance, il est apparu que nos analyses étaient beaucoup plus proches que l'on aurait pu le croire. Nous sommes confrontés à la même réalité objective, nous en avons une appréciation assez similaire. Simplement, peut-être du fait de " notre culture politique ", nous mettons en exergue les facteurs positifs, c'est-à-dire ceux qui créent les conditions d'une renaissance du mouvement ouvrier et qui sont les éléments à partir desquels nous pouvons, sans nous faire d'illusions, élaborer une politique. Peut-être cette différence de " culture politique " résulte-t-elle du fait que, dans le passé, vous avez espéré des progrès du mouvement révolutionnaire grâce à des recompositions par en haut si l'on peut dire, alors que notre passé à Lutte ouvrière nous a plus habitués à l'attendre, de façon peut-être trop " unilatérale ", d'un travail en bas, d'implantation dans le monde du travail. Ces différences de " culture politique " ont-elles encore un sens ? Si oui, quels contenus prendront-elles, c'est en discutant ensemble, en militant dans la même perspective et en vérifiant dans nos activités la valeur, la fécondité des idées et des raisonnements, que nous pourrons éclairer ces questions au lieu de les rendre confuses en restant prisonniers du passé.
C'est ainsi, pensons-nous, que peut aussi se mener la discussion sur la nature, les délimitations sociales, programmatiques, du " parti large " que nous voudrions contribuer à construire les uns et les autres.
Les questions nouvelles auxquelles nous sommes confrontés, exigent des réponses qui ne se formuleront pas par simples déductions à partir d'on ne sait trop quels dogmes, mais bien au contraire à partir d'un débat pleinement démocratique et ouvert, tournant le dos à tout esprit doctrinaire.
Nous sommes tout à fait d'accord qu'il ne s'agit pas pour nous dans la discussion actuelle de " dépasser d'un coup les différences, ou de dessiner des formulations de compromis " mais, en uvrant au même projet, de les définir, de les corriger, de les surmonter. Il ne s'agit pas " d'escamoter les différences " mais de leur donner leur juste place relative au projet comme aux filiations qui nous sont communes.
Il nous semble, à cette étape de la discussion, possible de dire que le terrain est libre pour une plus large collaboration de notre tendance avec votre organisation.
Les doutes, les méfiances ou plutôt les incompréhensions, une vision déformée de l'autre, sont en voie d'être surmontés, nous semble-t-il. En fait, dès que l'occasion est créée, ces barrières tombent facilement pour céder la place à la franche discussion politique.
C'est pourquoi il nous semble utile dès maintenant de nous donner les moyens de consolider nos collaborations. Nous l'avons déjà dit, nous souhaiterions mener la campagne à venir, sans anticiper sur vos décisions, avec vous. Par ailleurs, nous vous invitons à participer, en tant qu'observateurs, à nos différentes réunions de direction. Peut-être la réciproque serait-elle, dans la mesure du possible, utile.
Les premiers éléments d'appréciation des AG et des bureaux de ville communs sont tout à fait positifs, leur systématisation nous semblerait, là aussi, une très bonne chose. Peut-être serait-il d'ores et déjà possible d'envisager sur certains secteurs des cellules communes ou que des camarades puissent s'intégrer à des cellules de votre organisation. Cela aiderait à donner un contenu concret et vivant à nos discussions, en les insérant dans " la perspective d'une organisation commune ".
C'est ce qui nous semble possible de faire dès maintenant pour préparer les étapes suivantes de notre regroupement et permettre de donner à nos discussions toute leur portée au regard de " tous les militants et travailleurs qui s'intéressent aux recompositions possibles au sein de l'extrême-gauche et du mouvement ouvrier " puisque nous souhaitons les uns et les autres que cette discussion soit publique.
Pour conclure cette lettre que nous vous adressons à la veille de votre conférence de la mi-janvier, nous vous souhaitons, chères et chers camarades, d'excellents travaux, en vous adressant en ce début d'année tous nos vux de réussite.
Bien fraternellement
le 9 janvier 1999
Dans un article paru dans VdT N°72, le journal dénonce, à juste titre, lembargo de Cuba et la volonté de reconquête américaine. En revanche, à aucun moment, il ne désigne les propres responsabilités de l'équipe Castro dans la situation désastreuse où se trouve lîle, 40 ans après la révolution.
Il me semble quil est difficile de nier que le régime cubain est une dictature anti-ouvrière où toutes les organisations des travailleurs (syndicats, partis) sont interdites, où le moindre mouvement de résistance de la classe ouvrière et de la paysannerie pauvre, des intellectuels est durement réprimé. Où la seule force politique qui a le droit de s'exprimer (mise à part léquipe castriste) est léglise catholique, le nouveau pilier du régime en déconfiture.
Sont libres également à Cuba les capitaux espagnols, français, sud-américains qui sy comportent avec la bénédiction de l'équipe castriste, comme dans n'importe quel pays " ex-colonie " d'Afrique ou dAsie.
Alors quelle est lunique force qui pourrait empêcher que Cuba ne redevienne une colonie directe de l'impérialisme US ? Ce nest certainement pas léquipe castriste qui réprime pour garder le pouvoir, pour cacher ses propres responsabilités. Ce ne sont pas
les gouvernements impérialistes français, espagnols, etc. non plus, qui sont " contre " lembargo US... pour sauvegarder leurs propres intérêts.
Cette force est celle des travailleurs du monde entier. Mais ils ne défendront Cuba que dans la mesure où ils se reconnaissent encore dans la révolution cubaine. Or la dictature castriste nen offre quune image repoussante. (Tandis que les jeunes filles cubaines sont amenées à se vendre pour pouvoir manger, cette caste vit dans le luxe. On peut lire le livre passionnant dun des premiers compagnons de Castro et du " Che ", " Benigno " : " Vie et mort de la révolution cubaine ", Fayard).
De plus, ce qui reste encore des acquis de cette révolution (santé, éducation...) est en train dêtre liquidé par le régime. Solidarité avec les travailleurs de Cuba ? Oui, mais aucune solidarité avec le régime castriste.
Ce débat dépasse, bien entendu, le cadre cubain. La question que le sort de la révolution cubaine nous pose, cest : est-ce quil est possible de défendre les acquis des travailleurs, sans parler de pouvoir entamer le moindre pas vers le socialisme démocratique, sans la liberté sans entraves pour les travailleurs ? Poser la question cest y répondre.
Janos