La terreur au Kosovo : les grandes puissances font semblant dêtre indignées
45 villageois dorigine albanaise ont été regroupés dans un ravin et assassinés froidement par les forces de répression serbes. Certains corps ont été retrouvés mutilés. Cette nouvelle tuerie à Racak au Kosovo, dans lex-Yougoslavie, a aussitôt déclenché une série de phrases ronflantes du côté des chefs dEtat en Amérique et en Europe sur " le droit international bafoué " et sur ce " crime contre lhumanité ". On assiste une fois de plus à la routine des déclarations diplomatiques " indignées ", dautant plus que les grandes puissances ont bien lintention de ne rien faire contre le régime de Milosevic qui martyrise le peuple kosovar.
Une fois de plus, les dirigeants de lOTAN font semblant de tergiverser sur lopportunité de bombardements sur la Serbie ou le Kosovo. Il est exclu pour eux denvoyer des troupes sur le terrain qui seraient prises sous le feu des troupes serbes et des guerilleros de lArmée de libération albanaise, lUCK. Il nest même pas certain que les 2000 observateurs occidentaux censés vérifier lapplication dun cessez-le feu qui nest jamais entré en vigueur, restent sur place. Par ailleurs, tout le monde sait que des " frappes aériennes " ne feraient pas reculer Milosevic. Ce dernier pourrait une fois de plus jouer à la victime et museler encore plus la population serbe sous prétexte dunité nationale face aux agresseurs de la Serbie. La guerre au Kosovo et les menaces de lOTAN ont dailleurs poussé Milosevic à associer au pouvoir Draskovic et ses amis. Ce soi-disant " démocrate " et opposant farouche à Milosevic vient dêtre nommé par lui vice-premier ministre dans la foulée du massacre de Racak. Après avoir déjà associé au pouvoir Seselj, le leader de lextrême droite, Milosevic renforce ainsi sa position.
Si les grandes puissances ont encaissé plusieurs affronts de la part de Milosevic, notamment son refus que le procureur du tribunal pénal international vienne enquêter sur place, cest bien parce que le dictateur serbe ne soppose pas à leurs intérêts fondamentaux. Sil sagissait dempêcher la police et larmée serbe de commettre ses exactions au Kosovo, il suffirait que ces mêmes grandes puissances permettent au peuple kosovar de disposer de lui-même sans aucune entrave, de choisir ses propres institutions, davoir ses représentants, ses écoles, ses universités et tout ce qui permet daccéder à sa propre culture comme à toutes les autres cultures. Si elles étaient si soucieuses de garantir de telles libertés, elles aideraient le peuple kosovar à les obtenir par tous les moyens, militaires, économiques et sanitaires. Cela est hors de question pour elles. Elles sont farouchement opposées à lindépendance du Kosovo et à la modification des frontières dans les Balkans. Ce en quoi, derrière leurs déclarations hypocrites de " démocrates indignés ", elles sont en plein accord avec Milosevic.
Depuis une dizaine dannées, elles nont fait quenvenimer en sous-main la situation dans lex-Yougoslavie, attisant les rivalités entre les divers clans nationalistes pour à la fois se tailler des zones dinfluence économique et politique et pour affaiblir la capacité des travailleurs et des peuples des Balkans à défendre leurs intérêts. Derrière les menaces contre Milosevic et la sinistre comédie des observateurs de massacres, cest toujours ce qui inspire la politique des Etats-Unis et des Etats de lUnion européenne.
Burkina Faso : lassassinat dun journaliste indépendant provoque la colère des jeunes et de la population
Norbert Zongo, journaliste burkinabé critique vis à vis du pouvoir et qui dirigeait le journal " lIndépendant " a été retrouvé mort le 13 décembre, carbonisé dans sa voiture ainsi que trois de ses proches, vraisemblablement assassinés. Norbert Zongo était connu pour ses enquêtes sur les " dossiers noirs " du régime de Blaise Compaoré. Il enquêtait, entre autre, sur la mort après tortures du chauffeur du frère du président, et il avait pour cela été menacé de mort à plusieurs reprises par des hommes du pouvoir. Il était membre du mouvement burkinabé des Droits de lHomme et des Peuples et était considéré par la CGT comme un " porte-parole du monde du travail et du peuple du Burkina Faso ".
Personne na cru à la version officielle dun accident, et lannonce de sa mort a provoqué des manifestations importantes dans plusieurs villes dont un rassemblement de 1 500 jeunes devant le siège du parti au pouvoir, le Congrès pour la démocratie et le progrès, et le palais de Justice. Son enterrement a été suivi par une foule de 15 000 personnes.
Le Burkina Faso est un des pays les plus pauvres du monde, ravagé par les épidémies, la soif et la famine, et pillé par les groupes capitalistes occidentaux dont Bouygues qui a construit, entre autres, le palais-bunker de Compaoré. De plus, le pays subit de plein fouet la baisse des cours du coton (près de 14 %) qui est la principale ressource du Burkina Faso.
Depuis des mois, le mécontentement des jeunes et de la population saccumule dautant que le gouvernement sest lancé dans une politique de privatisation et de démantèlement des quelques services publics existants, tels que lenseignement ou la santé, qui aggrave dautant la situation de la population.
Daprès un communiqué de lunion locale CGT de Massy, dont des militants reviennent du Burkina Faso, les manifestations et les meetings sont interdits depuis la mort de Zongo et violemment dispersés par les forces militaires et des milices armées et de nombreux manifestants et militants ont été arrêtés. Le secrétaire général de la CGT-B aurait également reçu des menaces de mort.
En France, le silence a été quasiment total sur la mort de Zongo ainsi que sur les réactions de colère et la répression.
Les mineurs roumains en lutte pour leur survie et celle de tout un pays
Depuis plusieurs semaines, des milliers de mineurs roumains de la vallée de Jiu, au centre du pays, sont en grève. 15 000 dentre eux ont entamé lundi 18 janvier une marche sur la capitale, Bucarest, située à 300 km. Dès le premier jour, ils se sont opposés, lors de heurts violents, aux forces de police qui ont barré les routes, tentant par tous les moyens de les empêcher davancer. Les mineurs ont franchi les barrages et repoussé les flics. Le gouvernement parle de faire appel à larmée. Le ministre du Travail a déclaré quil ne négocierait rien tant quils nauront pas repris le travail.
Les mineurs sopposent à la fermeture dune trentaine de mines qui représente la suppression de 6500 emplois. Ils exigent une augmentation de salaire de 35 %. Dautres revendications, comme la prime de départ et la mise à disposition de deux hectares pour chaque mineur mis au chômage, sont aussi avancées. Car, dans cette vallée sinistrée, comme dans beaucoup de villes industrielles roumaines actuellement, être chômeur signifie être réduit à la mendicité ou la famine si lon na pas un coin de jardin et quelques animaux pour subsister. Rien de changé de ce point de vue par rapport au temps de la dictature de Ceaucescu.
Depuis la chute du tyran, la situation des travailleurs, loin de saméliorer, sest encore dramatiquement dégradée. En sont responsables les gouvernements successifs, ceux des partis dits " démocrates ", formés de transfuges de lancien régime et lactuel gouvernement de centre droit, au pouvoir depuis 96. Ils ont tous favorisé " la transition " vers un système ouvertement en faveur des anciens ou nouveaux riches plus ou moins mafieux, corrompus jusquà la moelle et des capitalistes internationaux. Car le FMI et les financiers occidentaux sont également responsables : ils se servent de lEtat roumain pour pressurer encore davantage la population. En 96, le FMI, avec la Banque mondiale, a accordé un prêt de 750 millions pour le plus grand profit des banquiers étrangers qui empochent les intérêts, accroissant ainsi la dette. En même temps, ils exigent en contrepartie de lEtat roumain des mesures draconiennes pour réduire la dette. La réduction drastique du déficit budgétaire se fait au détriment de la population pauvre. Elle sest traduite par la libéralisation des prix que lEtat ne soutient plus dans lénergie, les transports, les produits alimentaires de base, provoquant une inflation galopante estimée à 45 % en 98. Toujours pour réduire le déficit budgétaire pour 99, le gouvernement actuel a un plan de fermetures dentreprises " non rentables " qui va encore augmenter le chômage qui frappe déjà 10 % de la population.
Mais la classe ouvrière nest pas résignée à subir sans rien faire. Après avoir connu la dictature sanglante, la démagogie ouvriériste de gouvernants qui tentaient ainsi de masquer la surexploitation des ouvriers, leurs tentatives de manipulations, les mineurs affrontent aujourdhui durement le gouvernement et son appareil répressif. Leurs luttes sont très difficiles mais ils continuent à y apprendre où sont leurs ennemis. Ils ne se limitent pas à un combat local. Demblée, ils le situent sur un terrain politique. En marchant sur Bucarest ils sattaquent au pouvoir dEtat et aux profiteurs roumains et étrangers, responsables de la catastrophe sociale qui ravage le pays.
Au fait, qui se soucie du nucléaire ?
Les déboires de la Cogema ont été largement relatés dans la presse : l'entreprise perdrait 30 milliards de francs, et de nombreux emplois seraient menacés par l'abandon de l'activité de retraitement des déchets nucléaires allemands, suite à la décision du gouvernement Schröder d'abandonner peu à peu le nucléaire. La situation est largement commentée et exploitée. Cohn-Bendit y a vu l'occasion de commencer avec un peu de publicité sa campagne, et s'est rendu sur le site de La Hague où il a été fraîchement accueilli ! Et, en effet, ce n'est pas lui qui pouvait répondre aux préoccupations des travailleurs, inquiets pour leur emploi Cohn-Bendit s'acclimate parfaitement bien à cette économie libérale et il nous le dit. Noël Mamère, qui expliquait à la télévision que ces travailleurs qui craignent de perdre leur emploi sont victimes d'une propagande, trahit le même mépris. Les Verts français, lorsqu'ils partent en guerre contre le " tout nucléaire ", ne se préoccupent absolument pas de répondre à tous les aspects du problème qui concerne les travailleurs : quelle reconversion pour ces secteurs, et quelle énergie de substitution développer ? Le " tout nucléaire ", politique adoptée par la France sous la pression de lobbies industriels, présente des dangers. Le problème des " déchets " n'a jamais été résolu, des accidents ou incidents sont possibles. Connaît-on des moyens techniquement plus fiables, plus respectueux de l'environnement ? Les réponses ne sont pas très claires. On peut remplacer les centrales nucléaires par des centrales au gaz ou au charbon, mais ces sources d'énergie envoient du gaz carbonique dans l'atmosphère, rejets de gaz à effet de serre Il faudrait alors couvrir le pays d'éoliennes et de cellules photovoltaïques. Est-ce possible, doit-on chercher dans d'autres directions, difficile de le savoir tant les intérêts défendus par les trusts du nucléaire comme la Cogema sont puissants.
Mais ceux qui, en face, lancent démagogiquement la revendication de " conservation des sites " ne se soucient pas plus des intérêts de la population. S'accrocher au nucléaire, revendiquer le privilège de continuer le traitement des déchets radioactifs, fleuron de la France, pour " conserver les emplois " cette politique, que mettent en avant les directions syndicales présentes dans ces sites de " déchets ", relève du même mépris. Car s'il y a des victimes du nucléaire, ce sont tous ceux qui y travaillent et vivent à proximité, ceux qui font fonctionner les centrales, les réparent, ou sont envoyés lorsqu'il se produit des " incidents ". Notre tâche est plutôt de réfléchir sur la nature des reconversions qui seraient utiles, c'est-à-dire nécessaires à toute la société, et viables pour ceux qui y travaillent.
Mais c'est justement ce problème que personne n'aborde aujourd'hui, pas plus les écologistes hostiles au nucléaire, qui ne dépassent pas la leçon de morale écologiste, que les syndicalistes, vantant comme une gloire de la France sa capacité à retraiter, en poubelle de l'Europe, tous les déchets nucléaires pour les transformer en armes nucléaires à base de plutonium. Quant aux gouvernements, allemand comme français, ce n'est vraiment pas leur souci : il s'agit de défendre les intérêts industriels et les négociations ministérielles à propos du contrat passé entre les électriciens allemands et la Cogema ne font même pas semblant d'aborder la question de l'environnement, puisque seules les clauses juridiques sont mises en avant. Tant que la planète sera dirigée en fonction d'intérêts financiers, les problèmes d'environnement ne pourront être abordés avec un minimum de sérieux. Il devient urgent pour l'humanité de se débarrasser de toutes les causes de pollution et, avant tout, l'argent.