éditorial


 La corruption, résultat du libéralisme financier,
la seule démocratie,
les luttes et le contrôle des travailleurs

Dumas n’a pas démissionné. Non, vous n'y pensiez pas, Dumas s'est " mis en congé ". Il lui devenait difficile pour sa propre défense de défier la loi comme l'opinion. Son entêtement devenait gênant au moment où les affaires que la droite comme la gauche souhaitaient voir enterrer reviennent à la surface. Dumas, Chirac, Cresson, le monde des politiciens étale sa corruption. Comment s'en étonner ? Comment ces gens-là échappant à tout contrôle de la population, comme l'ensemble de la machine étatique, ne chercheraient-ils pas à bénéficier des miettes des profits des grands groupes financiers et industriels qu'ils sont là pour servir ?

La Commission européenne a été contrainte de démissionner suite à la publication d’un rapport révélant que la majorité des hauts fonctionnaires européens, dont Edith Cresson, ex-Premier ministre du gouvernement Mitterrand, avait fait bénéficier leurs proches d’emplois fictifs et favorisé l’accès d’entreprises à des contrats juteux. L'affaire Dumas a rebondi avec les déclarations de son ancienne amie, Christine Deviers-Joncour, qui révèle que les commissions de la société Elf ont permis à Dumas d’acheter un immeuble parisien de 17 millions de francs et que le reliquat de ces largesses - 22,5 millions de francs - est toujours sur un compte en Suisse. Chirac est directement mis en cause dans l’affaire des emplois fictifs de la Mairie de Paris pour laquelle Juppé et trois anciens secrétaires du RPR sont déjà mis en examen.

Si la Commission européenne a démissionné en bloc, si Dumas s’est mis en congé, le procureur de Nanterre a décidé que la justice était incompétente pour juger un Président de la République.

Mais que ces politiciens démissionnent ou pas, qu’ils soient inculpés ou non, n’a, du point de vue des travailleurs, aucune réelle importance. La seule préoccupation des hommes politiques ou des journalistes qui, en invoquant la morale, demandaient la démission de Dumas, est d'éviter que, par son acharnement à défier la justice, à se mettre au-dessus des lois, ce dernier ne ternisse un peu trop l'image d'une démocratie qui ressemble de plus en plus à " la putain de la République ".

C’est bien cela qui inquiète tout le beau monde des privilégiés, évêques compris, qui se préoccupe, par ministre de la Justice interposé, de trouver les arguties juridiques pour bâillonner la presse. Impuissants à trouver des remèdes à la corruption généralisée dont tous jouissent à un titre ou à un autre, ils voudraient se rendre intouchables.

En défiant la justice, Dumas agit, en fait, en plein accord avec la morale de la classe qu'il sert. La morale du capitalisme, c'est l'individualisme, l'intérêt privé à tout crin, le mépris de la collectivité. Les discours de morale sont faits pour anesthésier la population laborieuse, la duper. La prétendue démocratie joue le même rôle en nous laissant croire que nous pouvons influer sur la marche de la société. C'est un leurre. Les affaires en sont une cinglante démonstration.

La seule démocratie, dans cette société entièrement tournée vers la défense des intérêts des grands groupes capitalistes contre ceux de la majorité de la population, ne peut venir que de l'action collective, des luttes, de l'organisation et de la mobilisation des travailleurs et de la population, pour exercer leur pression sur l’économie, la politique et toute la vie sociale. Aujourd'hui, un coin du voile se lève sur les liens corrompus entre la classe des politiciens et celle des affaires, du fait des rivalités et des mauvais coups entre politiciens. Et c'est tant mieux.

Mais il nous faut voir au-delà des affaires. La véritable corruption morale de toute la classe des politiciens est bien plus profonde, même quand ils jouent aux " pères-la-vertu ".

Quel cynisme, quelle indifférence, quel mépris de la population faut-il avoir pour partir en campagne, comme le fait le gouvernement Jospin, contre les retraites et avoir le culot de nous expliquer que l’allongement de la durée de la vie conduirait en toute logique à exiger 42,5 ans de cotisations pour partir à la retraite d’ici à 2019 et que l’âge du départ doit être repoussé. Jospin n'a pas de crise de conscience. Il agit en plein accord avec la morale des classes dominantes qui soumet la collectivité aux intérêts d'une minorité qui se considère comme une élite à laquelle tout est dû.

Ces politiciens qui se disent de gauche sont d'autant plus corrompus moralement qu'ils prétendent vouloir défendre les intérêts des salariés, qu'ils utilisent l'influence des militants de leurs partis pour, par un mensonge cynique, se vendre aux classes dominantes.

Une fraction de plus en large des salariés est en train d'ouvrir les yeux, de s’émanciper de toute solidarité avec ces politiciens de la gauche gouvernementale. Cette rupture politique et morale est indispensable pour que tous ensemble, nous puissions mettre un coup d'arrêt à l'offensive que patronat et gouvernement, la main dans la main, mènent contre nous.

Les 40 000 enseignants qui ont, à nouveau, manifesté, samedi dernier à Paris, en sont le témoignage. De cette évolution va naître une nouvelle force d’extrême-gauche dans les usines, les bureaux, les quartiers, parmi la jeunesse pour aider à préparer les luttes, seul moyen d’imposer une véritable démocratie qui serve les intérêts de la collectivité.