Rapport Charpin sur les retraites : ce que Juppé avait rêvé, Jospin sapprête à le faire
Jeudi, le rapport Charpin sur lavenir des retraites est présenté officiellement aux syndicats et aux organisations patronales. Officiellement, parce ceux que lon désigne comme les " partenaires sociaux " du point de vue de la collaboration des classes, le connaissent déjà pour la bonne raison quils font partie de cette commission dont Jospin a chargé, il y a maintenant un an, le commissaire au plan, Charpin. Et cela fait un an que patronat et gouvernement mènent une campagne systématique contre les retraites.
Selon eux, il faudrait établir une égalité, par le bas, entre les salariés du privé et du public, pour préserver le système de la retraite par répartition dans lavenir, il faudrait que les salariés ne pensent pas égoïstement quà eux mais se préoccupent des générations futures, la prolongation de la durée de vie créerait un déséquilibre entre les actifs daujourdhui et les retraités de demain, etc. Les profits ne cessent daugmenter et égoïstement, les groupes capitalistes et les financiers en demandent toujours plus : ils veulent à la fois pouvoir exploiter davantage les salariés, en même temps quils regardent avec avidité vers les sommes que représentent les retraites et qui échappent jusquici à la spéculation financière. Charpin, à qui Jospin a recommandé d" élaborer un diagnostic aussi partagé que possible avec les partenaires sociaux " donne satisfaction à la logique du capital. Il propose de rallonger à 42,5 ans dici 2019 la durée de cotisation pour avoir droit à une retraite à taux plein, daugmenter dun trimestre par an la durée de cotisation pour les fonctionnaires de 2000 à 2019 et de mettre en place un fonds de réserve doté de 500 milliards dici 2020 pour soi-disant sauver la retraite par répartition.
Si le chômage vide les caisses de la Sécurité sociale, la productivité qui continue daugmenter de 2 % à 2,5 % par an, permet largement de faire face au coût supplémentaire des retraites. Cela, tous les apologistes du capitalisme se gardent bien de le dire parce quil sagit pour eux de tenter de culpabiliser les salariés, de leur faire croire quil est logique daccepter des reculs de leurs droits, que le chômage, inévitable, impose de remettre en cause ce qui ne la pas encore été.
Le gouvernement Jospin sait aussi que son prédécesseur, Juppé, avait déclenché le plus grand mouvement de contestation sociale depuis Mai 68, en voulant sattaquer aux régimes de retraite du Public. Il rêve, sans doute, darriver à faire ce quavait fait Balladur, en 1993, en imposant, pour le privé, 40 ans de cotisations au lieu de 37,5 pour partir à la retraite. Les directions syndicales, muettes à lépoque, avaient laissé faire sans réagir. Mais aujourdhui, une fraction de plus en plus large des salariés a envie de redresser la tête et la chantage des partis de gauche et des directions syndicales ne marche plus. Il est vital que la politique de la gauche gouvernementale dattaque des retraites soit stoppée.
" Ce nest pas un gouvernement de gauche, cest un gouvernement de capitalistes ! "
Vendredi 19 mars, nous étions entre 300 et 400, à lappel de la CGT et de militants de FO, pour manifester contre le rapport Charpin sur les retraites. La CGT avait organisé un forum devant le Palais des Congrès de Bordeaux où Charpin participait à un colloque. A la tribune, les responsables de lUD ont proposé douvrir le débat et ont fait circuler le micro afin de " prendre en compte " ce que pensent les militants et les travailleurs et, pendant une heure et demie, nous avons discuté des attaques contres les retraites, de la politique du gouvernement et de la nécessité de préparer la riposte tous ensemble, travailleurs du public et du privé, retraités, jeunes, chômeurs ou intérimaires.
Les premières interventions ont dénoncé la propagande qui accompagne le rapport Charpin, insistant sur le fait quil faut prendre sur les profits et imposer lembauche. Très vite, au-delà des retraites, cest lensemble de la politique du gouvernement qui a été mise en cause. De nombreux militants ont pris la parole pour le dénoncer : " Ce nest pas un gouvernement de gauche, cest un gouvernement de capitalistes " ; " Où est-ce que vous avez vu un gouvernement de gauche ? Un tel gouvernement ne sen prendrait pas aux retraites, aux fonctionnaires, aux travailleurs, ne privatiserait pas, cest un gouvernement de droite " ; " Le gouvernement devrait montrer lexemple en matière demploi : au lieu de cela, il en supprime, il ferme des lits dans les hôpitaux, il sen prend aux enseignants, il augmente la précarité avec les emplois-jeunes ". Un retraité, qui milite depuis 1934, a appelé à préparer les luttes : " On nous dit que la lutte de classe cest ringard, quil ny a plus que de vieux attardés de la CGT qui en parlent, quil ny a plus de patronat mais une entreprise caritative qui sappelle le Medef, quil ny a plus de travailleurs. Mais ce sont toujours les luttes des travailleurs qui ont fait avancer les choses et aujourdhui cest une urgence, il faut occuper la rue, cest le seul moyen de nous faire entendre ". Plusieurs ont rappelé les grèves de novembre et décembre 95 qui ont fait reculer Juppé sur les retraites des fonctionnaires : " Aujourdhui, cest cela quil faut recommencer, tous ensemble, public et privé ".
Les applaudissements qui ponctuaient les interventions montraient que ce qui était dit était partagé par la grande majorité. Seule la tribune avait lair embarrassée. Face aux critiques du gouvernement pluriel, un responsable CGT est intervenu pour dire : " Il ny a quand même pas que la gauche qui agit comme ça, il ne faut pas oublier que la droite na pas fait mieux " Mais pas plus son discours que celui des autres membres de la tribune, nont changé le ton du débat : pour nous tous, il était évident quune page est en train de se tourner, que bien des mensonges ne peuvent plus prendre, et chacun se sentait renforcé de pouvoir ainsi discuter librement des intérêts de notre classe et de la nécessité de préparer la riposte.
Assises dAC ! La lutte contre le chômage concerne tous les travailleurs avec ou sans emploi
Le week-end du 20 et 21 mars, ont eu lieu, à Créteil, les Assises annuelles dAC ! . Nous étions environ 200 militants de 57 collectifs à nous rencontrer pour faire le bilan après 5 ans dexistence, échanger nos expériences et nos points de vue.
Le programme de ces 2 journées, très dense avec plusieurs forums et assemblées générales, a été le cadre de nombreuses discussions fraternelles, parfois vives et animées qui montraient que le besoin de sexprimer, de clarifier les idées était grand et nécessaire. Si nous nous retrouvons tous ensemble pour lutter contre le chômage, cest aussi avec ce que chacun apporte, avec ses idées politiques, ses perspectives, parfois différentes. Ce qui est inévitable dans une organisation qui regroupe des chômeurs, des salariés, des syndicalistes et des militants de gauche ou dextrême-gauche.
Les discussions nous ont permis, sur le fond, de faire tous le même constat que la réalité impose. Sur les revendications durgence, comme le relèvement des minima sociaux, les transports gratuits ou même une simple prime, nous nous sommes heurtés depuis 2 ans à ce gouvernement de la gauche plurielle qui sattaque à lensemble des travailleurs, avec ou sans emploi, avec ou sans papiers. Quant à la loi Aubry sur la réduction du temps de travail, elle apparaît comme une vaste escroquerie entièrement au service du patronat. Aussi nombre de militants veulent se servir de la campagne électorale pour les Européennes pour interpeller et dénoncer les partis de la gauche gouvernementale.
Ce qui ressortait de beaucoup dinterventions, cest la conviction quil ne sagit pas seulement de défendre un " statut de chômeur " mais de mettre fin au chômage, ce qui nest possible que par une lutte densemble de tous les travailleurs avec ou sans emplois : " Est-ce que A.C ! doit seulement être un aiguillon plus radical que les autres ou un mouvement pour imposer dautres règles, aller au-delà dun mouvement de chômeurs et parler de quelle société nous voulons. ", " on ne peut espérer gagner nous seuls sur nos revendications. Il faut réunir tous ceux qui luttent. On n'a pas le choix. ".
Cest en effet sur ces bases-là que sest créée A.C ! il y a 5 ans, comme cela a été souvent rappelé. Mais, comme dans les autres organisations ouvrières, syndicales ou politiques, lensemble des militants sont à un tournant. On ne peut plus avoir lillusion quun changement, ni même une amélioration, viendra de la politique de ce gouvernement qui, comme les autres, défend les intérêts des " riches ". La nécessité dunifier nos forces pour avancer et gagner apparaît de plus en plus clairement pour en finir avec le chômage et lexclusion.
Une grande partie de ces Assises dA.C ! a été consacrée à la marche européenne qui se conclura à Cologne le 29 mai et qui appelle a de " profondes transformations de la société impulsées demain par des luttes sociales sans frontières ".
Une perspective encourageante pour le présent et lavenir !
Cenon (banlieue bordelaise) : manifestation des parents contre trois fermetures de classe
83 fermetures de classe dans le primaire sont annoncées dans la région bordelaise. Sur Cenon, 3 postes dinstituteurs vont être supprimés. Toujours classée en ZEP (zone déducation prioritaire) et en zone franche, la commune dénombre plus de 2 600 chômeurs. Les familles ont de plus en plus de difficultés à finir le mois dignement et la misère samplifie dans les cités populaires. La suppression de trois classes est donc ressentie comme un nouveau coup dur, une dégradation des conditions denseignement pour les enfants et une injustice.
De tels faits se sont produits par le passé et les parents ont montré à plusieurs reprises, quelquefois avec succès, leur volonté de sopposer à des fermetures de classes.
Ces mesures sont si mal ressenties par la population, que la municipalité socialiste sest sentie obligée de prendre position en conseil municipal contre cette mesure. La FCPE, de son côté, a pris des initiatives pour quune riposte soit organisée. Il sagit à la fois pour eux de dénoncer une mesure qui provoque la colère des parents et aussi de faire en sorte que cette contestation prenne le ton le moins contestataire possible, solidarité gouvernementale oblige.
Cest le sentiment que nous avons eu lors du rassemblement qui sest produit devant lécole Camille Maumey et auquel a participé une soixantaine de parents. Les " officiels ", maires, conseillers municipaux, se seraient bien contentés de nous avoir réunis pour que nous écoutions sagement leurs discours. Mais nous en avons décidé autrement en partant en manifestation, banderoles en tête, dans Cenon, malgré les réticences du secrétaire général de la FCPE. Nous avons provoqué un bouchon sur lavenue Thiers, une grande artère de la rive droite de Bordeaux, expliquant aux automobilistes et aux passants les raisons de notre mobilisation. La police était plutôt désorientée et mécontente de nos changements successifs de parcours, que nous décidions au fur et à mesure de notre marche.
Nous nous sommes quittés, contents davoir exprimé notre mécontentement à légard de ces mesures et davoir marqué à légard des représentants de la municipalité que nous avions bien lintention de déterminer nous-mêmes la façon dont nous allons mener la lutte contre les mesures prises par lInspection académique. La manifestation a été aussi loccasion de tisser des liens entre parents des différentes écoles concernées et nous sommes bien déterminés à ce que les choses nen restent pas là.
La FCPE soutient Allègre, les parents soutiennent les enseignants !
Après avoir approuvé la réforme des lycées et dernièrement la Charte du XXIème siècle, la FCPE (Fédération des Conseils de Parents d'Elèves) a envoyé un courrier à tous les CPE (conseil de parents délèves) où elle expliquait quelle ne soutenait pas les enseignants pour la grève du 15 mars, considérant que les réformes sont nécessaires et que celles proposées par Allègre " vont dans le bon sens et offrent une meilleure prise en charge des élèves en difficultés " et rajoute que " lavenir des jeunes ne peut servir un combat de personnes et se refuse à entrer dans un tel débat " (se référant à " Allègre démission "), elle termine par : " nous nous battrons pour une politique audacieuse de léducation afin de faire progresser lécole et faire vivre les idées républicaines dégalité, de justice, de progrès et de fraternité ". Cest clair comme de leau de roche : si Dupont-Lahitte, secrétaire national de la FCPE, était ministre au gouvernement, il ne parlerait pas autrement !
En réponse, lors dune réunion du conseil de parents délèves de lécole Camille Maumey, à Cenon dans la banlieue de Bordeaux, nous avons rédigé une lettre signifiant notre désaccord avec la position de la Fédération. Nous considérons que les revendications du corps enseignant sont aussi les nôtres et que lévolution du système éducatif ne saurait se faire en occultant les conditions de travail des principaux acteurs que sont les enseignants. Nous avons rajouté : " en guise de " politique audacieuse ", nous sommes confrontés tous les ans à des fermetures de classes et pour nous, cest inacceptable ! ". Nous avons affirmé notre solidarité avec les enseignants en grève en affichant notre déclaration dans lécole.