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Nouvelle guerre dans l’ex-Yougoslavie :
Piégées par leur propre escalade, les puissances impérialistes imposent leur ordre aux peuples par la terreur

Dans le règlement de la situation au Kosovo, c’est à présent l’intervention armée de l’OTAN qui est à l’ordre du jour avec toutes les conséquences catastrophiques qu’il n’est pas difficile d’imaginer pour l’ensemble des peuples de cette partie de l’Europe.

La phase diplomatique de ces derniers mois ne pouvait être qu’une préparation à la guerre car ce que proposaient les grandes puissances à la conférence de Rambouillet ne réglait rien et ne pouvait aboutir qu’à un fiasco. La méthode était révélatrice. Le " plan de paix " qu’elles proposaient à la partie serbe comme à la partie kosovare était à prendre ou à laisser mais il n’y avait en fait rien à négocier. Il était entendu que 28 000 soldats de l’OTAN occuperaient le terrain au Kosovo dont il n’était pas question d’accepter l’indépendance. Chacun a joué sa partition. Les dirigeants indépendantistes kosovars ont fait mine d’accepter ce plan… ils savaient que Milosevic le repousserait. La délégation de l’UCK, l’armée de libération du Kosovo, avait pris le risque de mécontenter une partie de ses partisans pour acquérir une certaine crédibilité sur le plan international en vue d’obtenir dans l’avenir la reconnaissance des grandes puissances comme porte-parole exclusifs du peuple kosovar.

De son côté, Milosevic ne pouvait pas accepter le déploiement des forces de l'OTAN au Kosovo qu'il considère non seulement comme une partie de la Serbie mais comme son cœur historique depuis le Moyen Age. C'est sur ce délire nationaliste que Milosevic s'est taillé une popularité, il y a dix ans, en supprimant le statut d'autonomie du Kosovo accordé par Tito. Depuis, il a consolidé son pouvoir en exploitant à fond les sentiments chauvins au sein de la population serbe. Au moment de l'éclatement de la Yougoslavie encouragé par les Etats occidentaux, Milosevic a été de fait encouragé à jouer à l'homme fort de la Serbie, et tout particulièrement par les gouvernants et les militaires français.

Milosevic est fondamentalement une créature des Etats impérialistes. Ils préféraient de beaucoup que ce type de dictateurs en Serbie, en Croatie ou en Bosnie détournent le mécontentement des travailleurs et des peuples, brisent les liens entre eux et les poussent dans des affrontements nationalistes fratricides.

Ils font preuve d'une hypocrisie sans nom en présentant Milosevic comme le seul et unique responsable de cette nouvelle guerre. L'ayant conforté pendant des années dans sa position d'ultra-nationaliste, comment pourrait-il en décrocher ? Parmi les politiciens mafieux à la tête de l'Etat serbe et liés aux milliardaires trafiquants qui profitent de l'embargo, il y a bien des concurrents prêts à prendre sa place s'il fait preuve de " mollesse ". Certains lui ont déjà reproché d'avoir cédé des territoires en Bosnie et en Croatie. Comment Milosevic, aujourd'hui, ne se sentirait pas toujours conforté dans sa position quand un Jospin vient de renvoyer dos à dos les autorités serbes et les dirigeants kosovars accusés de vouloir les uns une " Grande Serbie " et les autres une " Grande Albanie " ? Partant de là, tous les massacres que pourra commettre l’OTAN aussi bien contre la population serbe que contre la population kosovare seront pour Clinton et pour Jospin autant de mesures en faveur du " droit international " et de la " paix " en Europe.

L'OTAN, ce regroupement des armées des Etats les plus riches qui imposent leur loi à toute la planète, va donc fêter son cinquantième anniversaire comme il se doit, par des tueries, qui frappent des peuples pauvres et opprimés et épargnent les dictateurs locaux, leurs partenaires privilégiés. Mais dans le contexte de l'Europe balkanique, l'opération de " police " déclenchée par les puissances impérialistes comporte bien des risques. Certes, dans un premier temps les malheurs qui vont s'abattre avant tout sur le peuple kosovar mais aussi sur le peuple serbe, ne changeront pas immédiatement les rapports de force et les pouvoirs établis. Il est improbable que la Russie aille au-delà de protestations diplomatiques " énergiques ". Certes, elle soutient la Serbie en lui livrant du gaz à bon marché, mais elle s'est bien gardée de briser l'embargo des Occidentaux sur les armes en lui livrant, comme le voulait Milosevic, des systèmes de défense aériens. Les dirigeants russes ont trop besoin de l'aide financière occidentale our leur compliquer la tâche dans cette affaire.

Toute la région sera déstabilisée par l'exode massif des populations terrorisées, prises dans la tourmente guerrière. Les bombardements contre la Serbie se traduiront par des mesures de représailles de l'armée serbe contre la population kosovar. Déjà, depuis le départ des observateurs occidentaux de l'OSCE, en quelques jours, l'armée serbe a multiplié les exactions. Des dizaines de milliers d'habitants du Kosovo, des Kosovars mais aussi des Serbes, se sont enfuis, cherchant à gagner les pays limitrophes. Tout cela contribue évidemment à attiser la haine entre des communautés qui avaient fini par cohabiter entre elles. Mais au travers des pires épreuves, la conscience finira par émerger à nouveau, parmi les classes populaires, que les grandes puissances transforment indistinctement tous les travailleurs en chair à canon, avec la complicité des différents chefs de guerre locaux qui tentent de tirer leur épingle de ce jeu sanglant. La paix, la liberté et le droit de disposer de leur sort pour tous les peuples des Balkans ne pourront exister que par l'union des travailleurs, pas seulement en Serbie, au Kosovo et en Macédoine, mais aussi dans les métropoles impérialistes ; ici même, en particulier, où nous devons condamner les chefs de guerre et les oppresseurs que sont les gouvernants français faisant équipe avec tous les Etats de l'OTAN contre les peuples de l'ex-Yougoslavie.

Droit à l’avortement : le combat continue

25 ans après la légalisation de l’avortement imposée par les luttes, un rapport remis au gouvernement souligne l’insuffisance des moyens qui entrave ce droit et en limite l’accès.

Ce rapport, rédigé par un professeur de gynécologie-obstétrique de l’hôpital de Strasbourg, dénonce le manque de services hospitaliers pratiquant des interruptions volontaires de grossesse (IVG). Il dénonce le manque de médecins hospitaliers qui pratiquent des IVG, le fait qu’ils n’ont qu’un statut de vacataire et ne sont pas remplacés pendant leurs congés.

Dans certaines régions, l’absence totale de services hospitaliers pratiquant des avortements oblige les femmes à aller dans des cliniques privées très coûteuses (près de deux tiers des IVG sont réalisées dans le privé) où elles n’ont pas les mêmes garanties qu’à l’hôpital. Dans les services existants, le manque de personnel et de moyens ne permet pas d’accueillir les femmes dans les conditions humaines et matérielles qui seraient nécessaires.

Le rapport souligne le peu d’information donnée aux femmes, l’utilisation limitée (seulement pour 14 % des IVG) du RU 486, un médicament qui évite une intervention chirurgicale et les risques liés à l’anesthésie. Il dénonce la situation faite aux mineures, qui ne peuvent décider elles-mêmes d’avorter et doivent fournir une autorisation de leurs parents, et celle faite aux femmes de nationalité étrangère qui ne peuvent bien souvent pas accéder à ce droit.

Vu le peu de services pratiquant des IVG, les délais d’attente sont souvent longs. Près de 5 000 femmes sont chaque année obligées d’aller avorter à l’étranger et des milliers d’autres, qui n’en ont pas les moyens, sont contraintes à une grossesse non désirée.

Dans cette période où de nombreux droits sont remis en question, ceux des femmes sont particulièrement visés. Le droit à l’avortement est non seulement combattu par les réactionnaires et les commandos anti-IVG qui agissent en toute impunité, mais le manque de moyens limite son application. Face à la remontée de l’ordre moral, le combat pour faire respecter les droits des femmes, dont celui à l’avortement, est plus que jamais un combat d’actualité.

 

Corse : la progression des nationalistes exprime le rejet de la politique de l’Etat qui stigmatise toute la population pour camoufler des années de complicité avec la corruption.

Il aura certes fallu trois tours de scrutin, mais José Rossi et Jean Baggioni ont retrouvé leurs sièges respectifs à la présidence de l’Assemblée de Corse et à la tête du Conseil exécutif. Rien donc de changé à première vue, malgré le recul sensible de la liste de l’Alliance RPR-DL qui n’a recueilli le 14 mars que 27 % des voix.

Le score des cinq listes autonomistes ou nationalistes du premier tour n’a rien non plus d’un tremblement de terre, même si elles dépassent leur meilleur résultat, celui de 1992. Le plus marquant est qu’au second tour la liste " Corsica Nazione ", dont les dirigeants sont liés au FLNC " Canal historique ", ait pu rassembler l’essentiel de ces voix, alors que ces dernières années les dissensions entre groupes nationalistes ont dégénéré en véritable guerre, faisant bon nombre de morts. Cette dégénérescence n’a donc pas rebuté les 17 % d’électeurs qui ont permis à " Corsica Nazione " d’obtenir 8 sièges.

Naturellement, ces électeurs ne sont pas des adeptes du crime organisé. D’ailleurs, si les affrontements entre les fractions du FLNC ont révélé que certains nationalistes n’hésitaient pas à servir de portes flingues à d’authentiques mafieux dans leur lutte pour contrôler l’économie de l’île, les enquêtes menées en 1998 ont surtout mis à jour une série de scandales impliquant les politiciens des clans traditionnels.

Rien de spécifiquement insulaire dans ces phénomènes de corruption, si ce n’est le rôle important joué par les organismes agricoles. La Mutualité, la Chambre d’agriculture, le Crédit agricole, ont servi le clientélisme des élus : quelques milliers de Corses ont ainsi bénéficié d’aides et de prestations indues, alors que quelques dizaines empochaient un véritable pactole, au moyen notamment de faux prêts, jamais remboursés.

Fraude et népotisme n’ont guère ému les autorités, pas davantage que dans les Hauts-de-Seine ou à la mairie de Paris, jusqu’à l’assassinat, le 6 février 1998, du préfet Claude Erignac. Les réglements de comptes, les dizaines de meurtres non élucidés, ne troublaient sans doute pas suffisamment l’ordre public, mais en revanche la mort du représentant de l’appareil d’Etat mettait la République en danger. Il y avait alors urgence à " restaurer l’état de droit ". Commission d’enquête parlementaire présidée par Jean Glavany, multiplication des contrôles administratifs et judiciaires : depuis un an, les pouvoirs publics s’occupent de la Corse.

Si on en juge par la réélection de José Rossi, mis en cause pour de nombreuses irrégularités, il y a du travail à faire. En revanche, c’est la population corse qui subit de plein fouet les velléités de " restaurer l’état de droit ". La dénonciation d’importantes fraudes a été utilisée pour remettre en cause des avantages fiscaux dont elle bénéficiait en toute légalité au titre de la compensation du surcoût de la vie généré par l’insularité. Et surtout, l’enquête, qui n’a jusqu’à présent rien donné, sur l’assassinat du préfet Erignac, s’est traduite par plus de mille interpellations, souvent musclées, visant les sympathisants des organisations autonomistes ou des personnes de leur entourage.

La progression électorale de " Corsica Nazione " n’exprime ni une adhésion au programme de cette organisation, ni un renforcement des idées indépendantistes. Elle a été une des expressions du rejet de la politique de l’Etat bourgeois français qui, contraint de réagir après des années de complicité, stigmatise et criminalise l’ensemble des Corses pour mieux assurer l’impunité d’une minorité de véritables corrompus.

 

Pas de présomption d'innocence pour deux manifestants anti-Mégret

Jeudi 18 mars, une manifestation regroupant 1500 personnes s’est tenue à Rouen contre la présence de Mégret qui tenait un meeting ce soir-là. Les CRS ont protégé les abords du meeting, avec zèle, sans hésiter à matraquer violemment les manifestants hostiles à Mégret, des étudiants pour la plupart. Comme cela ne suffisait pas, plusieurs étudiants ont été arrêtés et mis en garde en vue. Deux d’entre eux, accusés d’avoir jeté des pierres et blessé des policiers, ont été maintenus en détention et jugés selon une procédure d’urgence le vendredi pour " troubles à l’ordre public ". Les policiers devant témoigner n’étaient pas présents… du coup, le procès a été reporté au 14 avril. D’ici là, les deux étudiants, Frédéric Lenormand et Laurent Bobovcan, devront rester en prison. L’emprisonnement des deux étudiants a suscité une grande colère parmi la jeunesse étudiante et lycéenne de la ville. Des pétitions demandant leur libération circulent, un rassemblement de protestation est prévu pour jeudi.

Il ne fait pas bon actuellement manifester sa haine de l’extrême-droite, ou se montrer solidaires des sans-papiers. Le gouvernement de la gauche plurielle fait passer le message en donnant aux services de police et aux juges carte blanche pour accentuer la répression.

 

Chiffres en bref

40 %

C’est la proportion de travailleurs au statut précaire parmi les salariés des collectivités locales, l’une des trois branches de la Fonction publique. Ils sont 1,6 million, représentent ¼ des fonctionnaires. A la précarité s’ajoute la discrimination : 60 % sont des femmes. Ce ne sont pas précisément ces chiffres que mettait en évidence le rapport Roché…

41 %

C’est la proportion de Noirs dans la population carcérale américaine. Ils représentent 15 % de la population totale : un Noir américain risque donc six fois plus qu’un Blanc de finir en prison. La " tolérance zéro ", véritable déclaration de guerre contre les plus pauvres, se traduit par l’incarcération de 1,8 million d’Américains, deux fois plus qu’en 1985. Un Américain sur 150 est aujourd’hui en prison, soit 5 à 10 fois plus que dans les autres pays occidentaux. Le taux national de récidives a doublé en quinze ans : il est passé de 18 à 35 %. Strauss- Kahn et Gayssot, qui se sont illustrés par des déclarations célébrant l’économie américaine ne connaissaient peut-être pas ces chiffres. Chevènement les connaît sans doute : conquis par les méthodes américaines, il a commandité une étude sur la police new-yorkaise...

5,8 %

C’est la baisse du Produit Intérieur Brut (PIB) en Corée du sud pour l’année 1998. Longtemps citée comme la preuve de la capacité du capitalisme à connaître un nouveau souffle, la Corée est encore aujourd’hui citée, notamment par rapport à l’Indonésie, comme celui des pays d’Asie du Sud Est qui se remet le plus rapidement de la crise financière. Le recul du PIB coréen est le plus fort depuis 45 ans. C’est à ce prix-là que les bourses européennes et américaine pavoisent.

80 %

C’est la proportion de licenciements dans le commerce qui se font sous l’accusation de vol. Ce fut le cas pour trois employées du LIDL de Rosny, le 15 septembre 98. Deux d’entre elles avaient été amenées, menottées, devant leurs collègues et la clientèle. L’une d’elles avait été amenée ainsi devant ses gosses et ses voisins. Elles étaient accusées d’avoir volé rien moins que 350 000 F de marchandises. L’accusation était mensongère : leurs camarades se sont mises en grève et ont occupé le magasin de Rosny. D’autres magasins se sont mis en grève. Plainte a été déposée. La population a manifesté sa solidarité. La lutte a payé : le 9 mars 99, Sandra, Nathalie et Joëlle ont été réintégrées à leur poste de travail au LIDL de Rosny. Mais pour trois qui ont réussi à dénoncer cette infamie, combien d’autres, en plus d’être licenciées, ont-elles dû subir l’injustice supplémentaire de l’accusation de vol, sans pouvoir faire reconnaître leurs droits ?