échos de la vie dans les syndicats… correspondances d’entreprises



Congrès de l’Union Départementale CGT de la Seine-Maritime à Dieppe : le difficile apprentissage de la démocratie

Les 31 mars, 1er et 2 avril, se tenait à Dieppe le congrès de l’UD CGT. 300 délégués de tout le département étaient là. La tribune a présenté comme une nouveauté, et c’en est une pour la CGT, le fait d’avoir disposé de nombreux micros de place en place dans la salle pour que tout le monde puisse intervenir rapidement. Il suffisait d’aller se mettre debout derrière un micro pour avoir la parole et tous les militants qui l’ont souhaité ont pu s’exprimer sans aucune censure dans la discussion. Il y a eu 3 thèmes de débat : la RTT, "le syndicalisme rassemblé" (comprendre l’unité syndicale), " la CGT qu’il nous faut et la qualité de vie syndicale ". Et 2 textes " les statuts " et " objectifs et repères revendicatifs " ont été débattus, votés et amendés en assemblée.

Débats sur la RTT…

Le responsable confédéral et les secrétaires de l’U.D. ont réaffirmé que la loi sur les 35 h était une bonne loi " qui va dans le sens du progrès social " et justifié la négociation boîte par boîte en disant : " les 35 h ne peuvent pas être la même chose pour une infirmière et un marin ", précisant également que grâce au système des mandatements pour négocier cette loi, sur le Havre, la CGT comptait 14 bases nouvelles. Mais un travailleur de l’EDF a dénoncé l’accord signé par la CGT et de nombreuses interventions avaient pour but de démontrer que les travailleurs le plus souvent ne trouvaient pas leur compte dans les accords signés. Tant sur la réduction du temps de travail que sur le rapport Charpin sur la retraite, qui prévoit le rallongement à 42,5 annuités pour la retraite à taux plein dans le public et dans le privé, une dizaine d’interventions ont demandé au congrès de se prononcer pour une action interprofessionnelle qui ne soit pas sans lendemain. Réponse de la tribune : ironie sur la révolution, " il ne suffit pas de la décréter. Avec 20 000 syndiqués sur 400 000 travailleurs, est-ce suffisant pour renverser le capitalisme ? La grève générale, oui, mais en avons-nous la force, avons-nous la capacité de mobiliser l’ensemble des salariés ? ". Autant les interventions réclamant une riposte générale ont été applaudies et bien vues de la salle, autant les réponses de la tribune ont été accueillies froidement.

… et sur la manière de mener le combat syndical

Mais le débat le plus houleux a été sans conteste celui sur le " syndicalisme rassemblé ". Il est présenté par la CGT comme : 1/ une nécessité pour l’efficacité : la CGT ne représente que 5 % des syndiqués, et 2/ une volonté des travailleurs : 77 % des salariés sont pour des interventions unitaires. Par ailleurs, selon les représentants de la direction présents à la tribune, il ne faut pas, comme le font de nombreux camarades, opposer l’unité à la base et celle au sommet, mais plutôt avancer sur les points d’accord. Pratiquement toutes les interventions allaient dans le sens de démontrer l’impossibilité de faire quoi que ce soit avec la CFDT : " traîtrise " des militants sur le terrain, dénonciation de la politique de Notat. L’intervention la plus violente a été, à 6 ou 7 reprises, celle des dockers du Havre, de Rouen et de Dieppe, qui, pour manifester leur colère vis-à-vis de cette politique, ont retiré leurs 6 candidatures de délégués à la Commission Exécutive de l’UD, dénonçant la proportion importante d’ingénieurs et de cadres (52 % ) à la direction de la CGT départementale : " ce n’est plus le point de vue ouvrier qui prime à la CGT ", ce qui, selon eux, est à l’origine des difficultés à se comprendre. Le débat sur le texte " repères revendicatifs " a donné lieu à de nombreux amendements. Certains n’avaient pas été retenus par la commission qui les a examinés, mais après débats et interventions de la salle, puis vote, ils ont été adoptés, un des plus importants étant la dénonciation du rapport Charpin sur les retraites.

Par ailleurs, le congrès s’est prononcé pour l’envoi d’une délégation à la manifestation contre les bombardements au Kosovo (2 abstentions) et pour le dépôt d’une motion à la sous-préfecture (4 abstentions). La motion qui ne mettait pas en cause l’implication du gouvernement français a été modifiée dans ce sens par la volonté d’un certain nombre de congressistes, malgré l’intervention musclée d’un syndicaliste : " ce n’est pas à la LCR de dicter les motions de la CGT ", " ça ne vaut pas le coup d’éclater le gouvernement ". Deux syndicats ont proposé des motions que la direction du congrès a refusé de porter à la connaissance des congressistes et qui, en conséquence, n’ont été ni discutées ni votées malgré les protestations des délégués concernés.

Justement, ce sont bien les discussions sur la démocratie dans les débats, ses limites, ses contraintes, comme la longueur des discussions, qui ont marqué ce congrès. La direction de la CGT, sentant une opposition grandissante à sa politique d’allégeance au gouvernement, y compris au sein de son appareil, marche sur des œufs et se sent contrainte d’instaurer un climat démocratique de discussion. Cela déroute et froisse une partie de ses militants, mais la plupart d’entre eux, ouverts à la discussion et à l’émergence d’un point de vue lutte de classe, s’en satisfont, surtout quand la discussion déborde du cadre limité du congrès, et que, fraternelle et vive, elle déborde largement dans les couloirs.

 

Echo d’un stage CGT : une semaine de discussions entre militants

Nous étions une quinzaine de militants de différentes boîtes privées et publiques à participer à ce stage CGT qui avait pour thème : le rôle du syndicalisme et ce que nous en attendons. Pendant une semaine, il y a eu de nombreuses discussions fraternelles entre militants sur le fonctionnement du syndicat comme sur les attaques actuelles du gouvernement et du patronat et la nécessité d’y faire face.

Plusieurs camarades soulignaient l’importance de relations démocratiques. Ainsi, un camarade de la Poste, militant PC et contre la participation des ministres au gouvernement, pense qu’il n’y a qu’en étant le plus démocratique possible, que l’on regagnera la confiance des salariés : " il faut qu’il y ait une transparence complète dans l’organisation. Tout doit se discuter avec la base et passer par le dialogue ". Un autre disait : " la CGT a beaucoup changé. Avant on ne pouvait pas discuter, les décisions étaient prises en haut, il fallait appliquer, aujourd’hui, on peut dialoguer ".

Et cela d’autant que plusieurs sont critiques sur l’évolution actuelle de la CGT, notamment sur son rapprochement avec la CFDT, un camarade qui est pour l’unité des syndicats, disant : " je ne vois pas comment ça va être possible quand tu vois la CGT serrer la main à l’autre. Ce sont toujours les premiers à signer sans demander l’avis de personne ". " Et puis quand tu vois que dans un même secteur d’activité, on n' est même pas capables de faire grève les mêmes jours ! "

Cette évolution inquiète d’autant plus que les attaques du patronat et du gouvernement se multiplient, ce qui se traduit par une dégradation des conditions de travail, que ce soit à travers la mise en place des 35 h ou comme dans les services publics, par la création des emplois-jeunes qui ont rendu précaires plus d’un tiers des salariés de la Poste. Face à ces attaques, nous ressentons tous la nécessité de renforcer le syndicat afin de renverser le rapport de forces et nous avons pu confronter nos différentes expériences pour essayer de gagner de nouveaux syndiqués malgré les pressions des patrons, surtout dans les petites boîtes.

Un camarade soulignait qu’il faut que la CGT n’en reste pas à des luttes défensives mais se prépare à mener des luttes offensives, ce qui veut dire qu’elle doit être indépendante du gouvernement de la gauche plurielle dont il n’y a rien à attendre. Lors d’une discussion collective sur les rapports que le syndicat doit avoir avec l’Etat et le gouvernement, nous nous sommes trouvés d’accord pour dire qu’ " étant donné que l’Etat n’est pas neutre, puisqu’il défend les intérêts du patronat, il faut construire une organisation qui soit indépendante de tout gouvernement pour qu’elle puisse répondre aux aspirations de la population. "

Nous étions tous contents de cette semaine de discussions qui a permis de confronter les expériences de chacun et de nouer des liens…

 

Tel est pris qui croyait prendre !

Récemment, la direction du dépôt UTL à Bassens, qui stocke des denrées alimentaires pour les magasins Carrefour, a trouvé une solution pour stopper les vols dans l’entrepôt, qu’elle trouvait trop nombreux.

Norbert Dentressangle, patron de ce dépôt, a fait appel à une boîte de surveillance et payé six personnes que la direction du site a postées, sur des palettes, en haut de racks pouvant aller jusqu’à sept mètres de haut, sans sécurité, afin de surveiller nos collègues qui embauchaient dès 3 h du matin, espérant ainsi les prendre en flagrant délit de vol.

Ce que la direction n’avait pas prévu, c’est que lorsque les collègues ont découvert les " mouchards ", pris de colère, ils ont obligé l’un d’entre eux à descendre. De peur, les cinq autres ont suivi et ont dû quitter l’entrepôt aussi vite.

Norbert Dentressangle, qui multiplie les plans sociaux depuis 1997 alors qu’il affiche 107 millions de bénéfices pour l’année 98, est prêt à tout, même au ridicule, pour sauvegarder sa propriété et accroître ses bénéfices.

 

Ford Blanquefort : la " discussion " sur les 35 heures s’ouvre

Sur le site de Blanquefort en Gironde, Ford possède deux usines comptant 3 356 salariés, plus, en moyenne, près de trois cents intérimaires. A l’usine Autotrans, on produit des boîtes de vitesses automatiques pour les voitures du marché américain, tandis qu’à Transaxle, ce sont les boîtes manuelles pour le marché européen.

Depuis quelques mois, sous prétexte de baisse des ventes en Europe, alors qu’il faut plusieurs mois d’attente pour une Focus, la production a baissé à Transaxle de 2 900 boîtes par jour à 2 700. Dans le même temps, à Autotrans, il faut battre tous les records pour atteindre près de 3 200 boîtes par jour. Et dans les deux usines, ce sont les pressions permanentes pour gagner sans cesse de la productivité.

A Transaxle, cela se traduit par des mutations, des changements d’horaires, avec les pertes de primes que cela entraîne, des incertitudes sur l’avenir, certains camarades disant " on est trop nombreux ", tandis qu’à Autotrans, les cadences sont poussées à l’extrême, et les arrêts-maladie se multiplient pour pouvoir souffler : il n’est pas rare que sur certaines équipes, il y ait autant d’intérimaires que d’embauchés, tant les absences sont nombreuses. D’ailleurs, la valse des intérimaires va bon train : certains sont là depuis plus de sept ans (hors période de carence) pour " surcroît temporaire (!) d’activité ", d’autres jugés trop faibles, trop lents, malades une journée, sont virés au bout d’une semaine. Dans les ateliers, si certains d’entre nous peuvent attendre plus d’une heure à l’embauche pour savoir à quel poste travailler suite aux réorganisations, nombreux sont ceux qui tiennent plusieurs postes à la fois.

Dans l’usine, FCN, la chaîne télé Ford, annonce inlassablement les profits record du groupe, mais reste plus que discrète sur les attaques contre nous : fermetures d’usines au Brésil et en Belgique, licenciements, chômage technique en Angleterre et en Allemagne.

C’est dans ce climat d’inquiétude que les discussions préalables à la négociation des accords d’établissements se sont ouvertes début mars, avec cette année, la discussion sur la mise en place des 35 heures sauce Aubry.

Du côté de la direction, après un mois de rencontres hebdomadaires avec les syndicats, c’est silence radio. Personne ne peut dire ce qui est prévu. Du côté des syndicats, il y a du nouveau : FO, la CFTC et la CGT ont fait une plate-forme commune sur les 35 heures, plutôt bien accueillie par les camarades de l’usine, contents de voir pour la première fois une unité syndicale à Ford. Mais la plate-forme est tellement plate que la CGC et la CSL se sont aussi prononcées pour !

Alors, on commence à être quelques-uns à discuter que la plate-forme en elle-même ne changera rien, et que nous n’aurons pas d’autres moyens que la lutte pour imposer une amélioration de nos conditions de travail, des embauches et une augmentation des salaires.

L’Inspecteur d’académie de la Drôme aux aides-éducateurs : " cherchez plutôt du travail ailleurs "

Le 24 mars dernier, plus de 40 emplois-jeunes de l’Education nationale ont manifesté devant l’Inspection académique de la Drôme, à l’appel du SNUIPP. Cette première mobilisation a incontestablement été stimulée par le mouvement des enseignants, avec lequel ils ont généralement marqué une entière solidarité.

Alors que certains sont embauchés depuis un an et demi, une foule de problèmes viennent s’ajouter à la modicité du salaire. Au cœur de ces problèmes, leur statut de droit privé qui, en cas de maladie ou d’accident du travail, ne leur permet pas de bénéficier des mêmes garanties que les fonctionnaires : certains d’entre eux ont dû, suite à un arrêt de travail, rembourser un trop perçu de traitement ! Une situation qui leur paraît d’autant plus inacceptable qu’ils sont payés sur des fonds publics pour remplir des missions de service public.

S’agit-il au moins d’un tremplin vers un véritable emploi ? Beaucoup voudraient y croire, et s’investissent à fond dans leur travail dans les écoles, où ce ne sont pas les besoins qui manquent. Mais la réponse de l'Inspecteur d'académie à la délégation qu’il a reçue leur a fait l’effet d’une douche froide : pas question d’une évolution vers un statut de droit public, ils doivent s’efforcer de quitter au plus vite le dispositif. Pour l’administration, les emplois-jeunes ne sauraient être autre chose qu’un parking à chômeurs.

C’est clair, les aides-éducateurs n’ont rien à attendre du bon vouloir du ministère, non plus que du reste du gouvernement. Leurs premières manifestations, qui ont touché quelques départements, devront se renforcer, prendre une dimension nationale. Pour cela, il leur faudra prendre leurs affaires en main, se coordonner, s’organiser. Les syndicats enseignants doivent les y aider, mettre les moyens nécessaires à leur disposition. Cela suppose qu’ils clarifient leur position vis-à-vis de la politique gouvernementale, car ils ont commencé par se faire les auxiliaires de l’administration pour mettre en place les emplois-jeunes avant de s’émouvoir des conséquences. L’action commune des aides-éducateurs, des enseignants et personnels de l’Education nationale peut imposer l’arrêt de tout nouveau recrutement d’emplois-jeunes et la titularisation de ceux qui sont en place sur des postes statutaires.

CIRMA : la direction voudrait nous mobiliser pour ses profits

A la Cirma, on travaille pour Alcatel, France Télécom, l’aéronautique, le ferroviaire, la navale, le CEA (Centre d’Energie Atomique)… On fait de la réparation-rénovation d’appareils de télécommunication et du câblage filaire.

L’entreprise, filiale de CEGELEC qui appartient au groupe ALSTOM, a été créée en 1960 et emploie 220 personnes réparties sur 3 sites dans le Sud-Ouest (Ambarès, Saint-Médard, Marmande). Tout marche bien pour le groupe : son chiffre d’affaires est passé de 86 millions de francs en 1997 à 133 millions en 1998. Il envisage d’ouvrir un site à Blagnac et de s'implanter à l’étranger.

Avec l’augmentation des marchés (téléphones mobiles d’Alcatel, câblage de torons électriques pour Airbus, Ariane et de nombreux paquebots des Chantiers Navals de l’Atlantique), on est de plus en plus d’intérimaires à travailler pour la Cirma, une bonne centaine, que la direction arrête et reprend quand elle a besoin. A Saint-Médard par exemple, on est 14 intérimaires à travailler avec 20 embauchés. Dernièrement, la direction a signé un nouveau contrat avec les Chantiers Navals de l’Atlantique pour l’équipement électrique des cabines de plusieurs paquebots, prévoit du travail pour un an et demi mais elle a interrompu notre contrat (rupture du stock de câbles). " Il y a un problème d’approvisionnement de matériel ", nous dit l’encadrement, qui nous explique que c’est à cause du flux tendu et nous prévient que quand on va reprendre le travail, il faudra faire des heures supplémentaires pour rattraper le temps perdu !

La direction voudrait qu’on soit flexible et mobile à son gré. Elle nous mute d’un site à l’autre quand ça l’arrange et dans les nouveaux contrats d’embauche, elle a introduit une nouvelle clause : " accepter le travail sur les futurs chantiers à l’étranger ", tout cela au nom de la compétitivité. Ce qu’on se dit, c’est que l’étranger, ça nous tente, on est prêt à y aller mais pas pour le patron.

 

Hôpital du Havre : début de mobilisation pour défendre les remplacements d’été

Cette année, l'hôpital du Havre, sous prétexte de déficit budgétaire, tente de nous imposer nos vacances d'été sans aucune indemnité de remplacement. Résultat, l'encadrement, dans de nombreux services, restreint les vacances d'été à dix ou quinze jours, malgré des textes de loi qui stipulent que " vingt et un jours consécutifs sont indispensables à un équilibre personnel et familial ". Ces petites-grandes vacances, évidemment ne font pas l'affaire du personnel. Devant le mécontentement des employés, une intersyndicale FO-CGT-SUD-CRC-CFDT a appelé à des assemblées générales sur les différents sites. Elles ont réuni quatre cents personnes venues dire leur mécontentement et leur volonté de ne pas accepter ce qu'on voulait leur imposer. A ces AG, la décision a été prise de recenser les besoins de remplacements nécessaires par service dans chaque catégorie et pour chaque mois d'été. De même, les agents ont décidé de reposer les vacances selon leurs souhaits et non pas selon le souhait de la direction. Puis, nous nous sommes donnés rendez-vous pour une nouvelle AG le 9 avril, pour faire le point de la situation et décider des actions à poursuivre. Entre temps, dans les services, certaines surveillantes ou surveillantes-chefs sont passées faire pression pour que les congés soient signés avant le 9, mais en vain. De plus, afin de bien nous préparer à cela, l'encadrement a eu pour mission de réunir les agents grade par grade et à tour de rôle pour nous faire comprendre que c'est sans espoir. Revenir tous les week-ends entre juin et septembre, aller boucher les trous dans tous les services, nous imposer tout au long de l'année, par des méthodes statistiques, une comptabilisation de tous nos actes afin de nous démontrer que nous sommes en sureffectif : on nous fait continuellement comprendre que l'hôpital va être géré comme une entreprise. On ne nous parle plus de qualité de service, mais de rentabilité, de disponibilité, de flexibilité. Alors, ces brimades sur nos vacances sont la goutte d'eau qui fait déborder le vase. L'enveloppe d'indemnité de remplacement existe, mais la direction préfère l’utiliser pour boucher un déficit de 25 millions, dû à une mauvaise gestion dont ni les malades ni nous ne sommes responsables. A l'hôpital du Havre, nous subissons donc ce déficit en plus des restrictions budgétaires que tous les hôpitaux publics connaissent. Gageons que notre mobilisation ramènera ce budget à ce pour quoi il était prévu : les remplacements d'été.

L'ouverture de la pêche aux congés : histoire ordinaire de la vie des entreprises

Dans une entreprise de formation, dans la région rouennaise, on a tous du mal à prendre nos congés quand on veut. Il y a pourtant pas mal d'étudiants qui seraient contents de travailler un mois ou deux pendant l'été, histoire d'arrondir les fins de mois. Le problème, c'est que nos patrons ne veulent plus embaucher pour les périodes d'été. Et comme de toute façon, ils ne veulent plus embaucher du tout, on se retrouve de moins en moins nombreux pour assumer une charge de travail qui, elle, va croissant (évidemment puisque la croissance repart, les média nous en rebattent les oreilles…).

Bien sûr, les 35 heures n'arrangeront rien au problème, au contraire. De toute façon, il faudra toujours continuer à faire le même travail sur moins de temps puisqu'il n'est, là encore, pas question de procéder à de véritables embauches. Alors, c'est tous les ans le même problème en pire. Il faut prendre ses congés… mais l'idéal serait quand même de ne pas les poser en juillet ou en août. On ne compte plus les cas où les couples dont les deux travaillent n'arrivent pas à être en vacances en même temps. Le problème majeur pour nos patrons, c'est que les congés, on les pose toujours sur le temps de travail.

Comme tous les autres acquis sociaux, les congés payés sont le résultat de la lutte des travailleurs, et le patronat n'a qu'une seule idée en tête : en reprendre le plus possible. Défendons notre droit aux vacances, nous les méritons bien.

35 heures chez Renault : les syndicats capitulent sur la flexibilité

Vendredi 25 mars, la direction de Renault bouclait les négociations centrales avec les syndicats sur les 35 h. Après deux mois de discussions à raison d’une séance par semaine, Renault propose aux travailleurs du groupe 35 h sous la forme d’une réduction du temps de travail équivalente à 2 heures par semaine au lieu de 4 (39 h à 35 h), soit 11 jours par an. Les 6 000 " embauches " claironnées par les médias se décomposent ainsi : 2 100 au titre des 35 h et 3 900 pour les mesures d’âge. Sur cinq ans, le nombre de départs à 55 ans (10 500) fera donc baisser les effectifs de 4 500, sur les 44 000 salariés actuels de Renault. A titre de comparaison, Renault a embauché 7 000 salariés depuis cinq ans sans accord pour cela !

Comme à Peugeot, en signant l’accord central le vendredi 2 avril, les syndicats CFDT, FO, CGC et CFTC ont préféré capituler devant les exigences patronales en matière de flexibilité et réduction d’effectifs. Les aménagements d’horaires en périodes hautes (4 mois) et périodes basses, ainsi que les alternances semaines longues (6 jours) et semaines courtes (3, 4 ou 5 jours) vont permettre à Renault et Peugeot d’ouvrir leurs installations 24 h sur 24, 7 jours sur 7 ! Les patrons peuvent ainsi éviter d’investir dans de nouveaux moyens de production (chaînes de montage et ateliers d’usinage supplémentaires) pour faire face aux volumes de fabrication pour les années à venir ! Et en ce qui concerne Renault, ce seront les plates-formes communes pour produire sur une même chaîne des véhicules Renault ou Nissan..

Quant à la CGT, elle a refusé de signer, critiquant à juste titre le nombre d’embauches inférieur au nombre de départs à 55 ans, ainsi que la mise en place de la flexibilité et de l’annualisation des horaires de travail. Ceci dit, en participant activement aux négociations durant deux mois, la CGT a joué pleinement son rôle de " partenaire social " pour arriver au terme de l’échéance du 2 avril avec un accord copie conforme de celui entériné à Peugeot en février dernier. Dans la foulée du dernier congrès, la CGT a joué le jeu de l’unité syndicale avec la CFDT, appelant à des débrayages tous les quinze jours et n’offrant comme seule perspective aux travailleurs de Renault que de se mobiliser pour " obtenir l’ouverture de nouvelles négociations " dans le but de conclure un " bon accord " chez Renault.

Pour l’ensemble des syndicats y compris la CGT, l’heure n’était pas à l’affrontement avec le gouvernement Jospin sur la question des 35 h. Même l’accord Renault-Nissan a été plutôt bien accueilli par la bureaucratie syndicale, et du coup pas dénoncé dans ce qu’il implique comme attaques à venir contre les salariés des deux groupes.

En ce qui concerne les 35 h, dans l’ensemble des usines du groupe, la CGT appelait seule à deux heures de grève le vendredi 2 avril, jour de la signature des 35 h à Billancourt. Cet appel venait un peu tard dans la semaine, à la veille d’un week-end de trois jours et d’une semaine de chômage technique dans les usines de montage. Comme on le voit, la direction de Renault avait pris ses précautions mais... les syndicats aussi, chacun jouant sa partition sans chercher à faire de fausses notes ! A Cléon, il y a eu environ 450 grévistes sur 5 000 salariés, contre 700, 1 200 et 1 100 aux trois débrayages précédents, à l’appel de la CGT et de la CFDT. Les travailleurs dans leur ensemble se disaient écœurés par la position de la CFDT qui entérine un " accord pourri ". Ce nombre de grévistes en retrait s’explique aussi par le chantage exercé par la direction de Renault pour avoir une signature sur les 35 h, passage obligé selon elle et les syndicats signataires pour que le gouvernement Jospin finance le plan mesures d’âge dans l’automobile. A Cléon, à la consultation organisée par la CGT aux portes de l’usine, 170 sur les 2 300 votants ont voté pour la signature de l’accord.

Si Renault a réussi à boucler, avec la complicité des directions syndicales, la première partie de son accord sur les 35 h, il lui reste à en faire appliquer les modalités sur le terrain ! Déjà, la majorité des travailleurs des usines de carrosserie-montage refuse les horaires variables et les samedis obligatoires comme à Douai. Le vendredi 26 mars, 3 000 grévistes de Renault Douai ont dit non à la flexibilité (28 samedis travaillés sur les chaînes Mégane-Scénic et 30 décès en 1998) ! Les usines de Douai, Sandouville ou Flins appliquent déjà de fait l’accord central depuis deux ans, avec des horaires de travail calqués sur les besoins de Renault, avec des semaines de 46 à 48 h, samedis inclus ! Les travailleurs de ces usines veulent revenir à des rythmes de travail et des horaires stables sous la forme 5 x 7h.

Les instituts de recherche aux petits soins des exploiteurs

L'INRS est un institut de recherche officiel, financé par la Caisse nationale d'assurance-maladie, dont les travaux et les orientations ont des conséquences directes dans le domaine de la santé du travail. Un organisme loin d'être indépendant, puisque pendant des années, l'INRS a justifié " l'usage contrôlé " de l'amiante bien que son caractère hautement cancérigène était reconnu, couvrant de son autorité les industriels et entreprises de BTP qui utilisaient ce matériau. En 1998, des résultats d'enquêtes épidémiologiques faites par des chercheurs de l'INRS sur les risques associés à l'aluminium ont tout simplement été " effacés " lors de la publication. Et récemment, un chercheur était licencié pour s'être intéressé de trop près au caractère cancérigène des éthers de glycol.

La politique suivie par la direction de l'INRS, en matière de " santé du travail ", consiste donc à minimiser la gravité de la situation, tout particulièrement en ce qui concerne les cancers professionnels, (ainsi 300 cas de cancers sont reconnus chaque année comme maladie professionnelle, alors que les estimations épidémiologiques attribuent aux risques du travail entre 5 000 et 10 000 décès par cancers par an), et d'une manière générale à mettre la recherche au service des entreprises pour que celles-ci aient le moins de contraintes possibles.

C'est dans la droite ligne de cette politique publique, qui n'a de public que le financement, que l'INRS a déterminé le nouvel axe de ses travaux pour les années à venir : " risque génétique et travail ".

L'objectif programmé est " l'identification des personnes à risque ", c'est-à-dire des personnes qui présenteraient un terrain génétique propice à telle ou telle maladie professionnelle. Les résultats de ces travaux, s'ils aboutissaient, permettraient aux entreprises, d'une part, de discriminer et sélectionner leur personnel en fonction d'un hypothétique " risque génétique ", d'autre part, de se dégager de toute responsabilité en matière de maladie professionnelle en invoquant une prédisposition génétique des travailleurs exposés à des pollutions ou à des matériaux cancérigènes. C'est pourquoi les syndicats CGT et CGC de l'INRS se sont opposés à ce programme : la direction de l'INRS a alors sollicité l'INSERM, l'Institut national de la santé et de la recherche médicale. Mais un article du journal Le Monde diplomatique du mois d'avril, signé par une chercheuse de l'INSERM, indique que des chercheurs de cet organisme, eux aussi, rejettent cet axe de travail. Ce sont effectivement les salariés de ces organismes, chercheurs et autres, en relation avec les salariés des entreprises, qui sont le plus à même de définir les besoins dans le domaine de la recherche en santé du travail. L'avenir est de ce côté, et c'est pourquoi il nous faut ne pas en rester à une simple dénonciation, mais nous donner les moyens d'une véritable pratique démocratique, à travers la collaboration large de tous les travailleurs concernés pour définir et mettre en œuvre des travaux de recherche correspondants aux besoins réels en matière de santé du travail. C'est-à-dire une politique véritablement publique, où enfin les moyens de la recherche et les compétences des uns et des autres ne seraient pas dévoyés au profit du patronat mais trouveraient un élan nouveau dans la perspective d'une fin utile à tous : le bien-être de chacun et non le profit de quelques-uns.

Rhône-Poulenc Elbeuf (76) : 2ème semaine de débrayages pour nos 500 F

Les débrayages de 3 heures qui ont démarré lundi 29 à l’appel de Sud-CGT-CFDT (voir VdT précédents) ont été massivement suivis et se sont poursuivis le week-end. Contrairement à ce qu’auraient voulu nos patrons, le pont de Pâques n’a pas entamé notre détermination. Déjà, les effets de la grève sont visibles dans tous les ateliers de production de biochimie et d’agrochimie. Les fabrications sont très ralenties car certaines phases d’opérations ne peuvent pas être lancées ou se trouvent arrêtées en plein milieu. De 7 h jusqu'à 16 h le soir, les deux accès de l’usine sont bloqués, ce qui perturbe encore plus le fonctionnement de l’usine et notamment tout ce qui concerne la logistique (matières premières, produits finis, etc.). Et lorsqu’après 16 h, les camions rentrent dans l’usine, ils se retrouvent, pour la plupart, coincés car il n’y a plus grand monde pour décharger ou dépoter la plupart des camions.

Vendredi matin, après que l’on ait appris que durant la nuit la direction avait fait rentrer plusieurs wagons de matières premières, les camarades de la manutention ont décidé de débrayer deux heures de plus, soit cinq heures. Résultat, les wagons n’ont pas bougé au grand désespoir du chef de service qui s’était démené comme un diable une partie de la nuit pour les faire acheminer jusqu’à l’intérieur de l’usine.

La direction, relayée par une partie de ses cadres, a durant ces derniers jours multiplié " les réunions de service " pour soi-disant " comprendre l’origine du mécontentement ". Selon elle, " ce ne serait pas la question des salaires qui serait prioritaire dans la tête des grévistes "... " car nos salaires ont augmenté de 30 % ". Oser dire que nos salaires ont augmenté de 30 % en 6 ans, c’est se moquer du monde. Nous savons tous qu’il en est rien car cela aurait voulu dire que chacun aurait eu une augmentation individuelle ou une promotion tous les ans. En réalité, le cumul sur 6 ans n’est que de 13 % d’augmentation collective, due en partie aux 500 F que nous avions eus en 95.

Par contre, nos patrons ont oublié de nous dire que, dans le même temps, le bénéfice net par action de RP a progressé de 200 % et le cours de l’action RP de 104 %. Toute cette intox de la part de la direction a fait bondir plus d’un gréviste qui ont profité de ces réunions pour dire ce qu’ils avaient sur la patate. Beaucoup de cadres sont déboussolés et surpris du mécontentement car même des agents de maîtrise et des techniciens font grève.

Mardi matin, après le week-end de Pâques, nous nous sommes retrouvés à 150 à l’assemblée générale. Compte tenu des congés et des vacances scolaires, c’est un bon résultat. La poursuite du mouvement a été votée à la majorité des présents. Coté négociation, c’est toujours au point mort. La direction s’est bornée à sortir un communiqué pour nous dire qu’elle était prête à discuter des autres points de la plate-forme revendicative... sauf des salaires. Ce chantage a été rejeté par l’ensemble des grévistes.

Comme beaucoup le prévoyaient, le bras de fer s’annonce difficile...