guerre dans l’ex-Yougoslavie
" Les démocrates en général et les ouvriers en particulier s’opposent à toute " protection " des Slaves par les renards et les loups. Ils sont pour l’autodétermination des peuples, pour une démocratie complète, pour la libération des Slaves de toutes les protections des grandes puissances.
Les nationalistes et les libéraux n’arrivent pas à se mettre d’accord sur les différents moyens que doit utiliser la bourgeoisie d’Europe pour piller et asservir les peuples des Balkans. Seuls, les ouvriers mènent une politique réellement démocratique, pour que soient instaurées dans tous les pays une liberté et une démocratie sans restrictions, contre toutes les " protections ", tous les pillages et toutes les interventions ! "

Lénine, extrait d’un article de la Pravda, 18 octobre 1912


Questions à propos de la guerre en ex-Yougoslavie

De nombreux travailleurs s’interrogent à juste titre sur les causes de la guerre actuelle dans l’ex-Yougoslavie et sur ses conséquences éventuelles. Leurs inquiétudes provoquées par l’intervention actuelle de l’OTAN, sont fondées car il n’y a rien de bon à attendre de la part de gouvernements qui mènent la guerre sociale aux travailleurs dans le monde entier pour le compte des milliardaires et qui se sont lancés sans vergogne et sans crier gare dans une nouvelle aventure guerrière. Après leurs attaques en Irak et en Afrique, ils frappent cette fois en Europe, contre des peuples des Balkans qui sont emportés dans le chaos de la misère, des bombardements, des massacres et des exodes, sans que rien ne puisse apparemment briser ce cycle infernal. En fait, les travailleurs ont les moyens de l’enrayer. Mais cela nécessite avant tout pour eux d’avoir une claire conscience des intérêts et des objectifs de tous les protagonistes de cette guerre et avant tout de ceux des grandes puissances.

Jusqu’où peut aller l’escalade de l’OTAN ?

Les " stratèges " de l’OTAN n’en savent rien eux-mêmes. Ils naviguent à vue, prenant le pouls des " opinions publiques ", jouant sur leur répulsion devant les scènes d’horreur présentées à la télévision, pour intensifier la guerre toujours plus, en veillant en même temps à ne pas provoquer dans leurs citadelles de crises politiques majeures. Ils se préparent à une guerre longue, y compris terrestre, jusqu’au point où ils pourront retirer ailleurs leur armada en se considérant comme victorieux à la face du monde. L’enjeu de cette guerre dépasse largement le prétexte invoqué de faire céder Milosevic. Ces " humanitaires " qui tirent de plus en plus " dans le tas " sans aucun scrupule, veulent obtenir le ralliement sans faille de tout leur personnel politique de droite ou de gauche et parvenir à abasourdir et à anesthésier la classe ouvrière des pays riches. C’est aussi une victoire politique qu’ils espèrent arracher dans leurs métropoles et engranger pour l’avenir. Car ils savent que les soubresauts violents de l’économie capitaliste entraîneront tôt ou tard pour eux la nécessité de mener bien d’autres guerres pour mater les peuples et les travailleurs qui se soulèveront contre leur ordre. Dans les Balkans, ils avivent par leur intervention les haines entre les peuples et renforcent leur asservissement à tout un chapelet de régimes dictatoriaux. Cela participe de la mise en place d’un nouvel ordre mondial sanglant permettant aux bourgeoisies impérialistes de continuer à prospérer.

La guerre peut-elle se généraliser ?

Après la Bosnie, le Kosovo ! C’est ce que tous les observateurs de la situation pouvaient affirmer après les accords de Dayton de 1995 conclus sous l’égide entre autres des Etats-Unis et de la France et qui laissaient à Milosevic une entière liberté de manœuvre pour continuer à opprimer et à martyriser la population albanaise du Kosovo. Aujourd’hui il n’y a rien d’absurde à se demander, après le Kosovo, s'il y aura la guerre en Macédoine, au Monténégro, en Albanie, en Voïvodine ou à nouveau en Bosnie ? Aucun de ces cas n’est à exclure. Le pouvoir des gouvernements locaux peut être déstabilisé par l’afflux des réfugiés sur le territoire qu’ils dominent. La guerre et ses conséquences attisent les appétits des privilégiés et des mafias locales cherchant à conserver ou à consolider leur pouvoir et leur trafic sous prétexte de " cause nationale sacrée " à défendre. Le moyen le plus facile pour eux serait d’encourager le déchaînement de la xénophobie à l’égard de telle ou telle communauté. Ce dérivatif au mécontentement social et politique pourrait être utilisé contre les Albanais par les nationalistes serbes de Macédoine ou du Monténégro mais aussi en Grèce (qui comporte une immigration albanaise importante) par le gouvernement " socialiste " qui soutient la Serbie orthodoxe tout en étant membre de l’OTAN. En retour, la xénophobie pourrait s’exercer en Albanie contre la minorité grecque qui vit au sud de ce pays.

L’autre fruit pourri de cette guerre qu’on ne peut exclure serait la floraison d’actions terroristes à l’échelle internationale tant du côté des nationalistes serbes que des nationalistes albanais.

Quel avenir pour le peuple du Kosovo ?

L’intervention des grandes puissances a permis à Milosevic d’accélérer brutalement la " purification ethnique " contre le peuple kosovar qu’il avait de fait entreprise depuis février 1998. Le peuple kosovar se trouve dispersé dans plusieurs pays à l’instar du peuple kurde ou du peuple palestinien. C’est son droit à l’existence qui est dénié par le régime de Milosevic avec la complicité des grandes puissances. Elles montrent leur mépris à l’égard des Kosovars qu’elles se préparent à parquer dans des camps entourés de barbelés à Guantanamo ou en Macédoine. Leur droit à l’autodétermination a été piétiné par les uns et par les autres qui se sont ingéniés à ruiner la possibilité pour les Kosovars de disposer de leur sort par des moyens pacifiques et démocratiques. Du coup, les nationalistes de l’UCK qui disposent d’une base arrière financière en Suisse et d’une base arrière militaire en Albanie tentent d’apparaître comme les seuls représentants du peuple kosovar, comme la seule force susceptible d’obtenir l’indépendance avec l’aide des troupes de l’OTAN. Mais les puissances de l’OTAN ont dit clairement à Rambouillet que l’indépendance du Kosovo était exclue. Si elles révisent leur position à l’issue de cette guerre, ce sera pour concocter un plan de partition du Kosovo, la partie comprenant les monastères " berceau de la Serbie " et surtout comprenant l’essentiel des richesses revenant à Milosevic et la partie la plus pauvre étant éventuellement gouvernée par l’UCK. Dans ces conditions, " l’indépendance " du Kosovo ne serait qu’un leurre et n’aurait pas plus de contenu que celle des Palestiniens dans les territoires administrés par Arafat.

Comment les travailleurs peuvent-ils être solidaires des peuples de l'ex-Yougoslavie ?

Personne ne peut dénier à un peuple le droit à l'indépendance, c'est-à-dire à avoir une existence séparée des autres peuples. Mais la revendication d'un tel droit est en quelque sorte l'aboutissement d'un gâchis et du refus des classes privilégiées occidentales et d'ex-Yougoslavie à accorder aux peuples le droit de vivre ensemble.

Pendant près de quarante ans après la seconde guerre mondiale, les peuples de Yougoslavie ont vécu ensemble. Pendant deux générations, des communautés différentes cohabitaient sans problèmes majeurs y compris dans de nombreuses villes et de nombreux villages et les mariages inter-communautaires se multipliaient. Les affrontements sanglants qui ont commencé à la fin des années 80 ont été le résultat de la lutte des classes yougoslaves privilégiées jouant la carte de la démagogie nationaliste contre l'intérêt des peuples, avec l'encouragement des grandes puissances.

Les liens entre les peuples et les travailleurs yougoslaves ont été brisés. Seule une lutte de classe en sens inverse, unissant consciemment tous les travailleurs des Balkans permettra aux peuples de la région de vivre ensemble dans des conditions matérielles permettant leur collaboration et des progrès dans tous les domaines. Il n'y a pas d'autre issue réellement humaine. Car être " humanitaire ", c'est agir et défendre des idées permettant de bâtir cette unité de classe entre les travailleurs, non seulement dans les Balkans, mais dans toute l'Europe.

Ici la meilleure forme d'aide aux peuples de l'ex-Yougoslavie consiste pour les révolutionnaires, pour les militants de gauche, comme pour tous les travailleurs qui prennent conscience de la gravité de la situation, à combattre sans ménagement la politique des fauteurs de guerre que sont Jospin, Chirac et tous les politiciens qui leur emboîtent le pas. C'est en combattant notre propre impérialisme que nous œuvrerons à la reconstruction d'un mouvement ouvrier vivant et puissant. C'est ainsi que nous pourrons aider les peuples de l'ex-Yougoslavie à sortir de l'impasse sanglante dans laquelle ils ont été acculés avec la participation active des grandes puissances.

 

Pour son cinquantième anniversaire, l'OTAN au devant de la scène, aujourd'hui, comme du temps de l'URSS, une machine de guerre contre les peuples des pays pauvres

C'est à quelques jours de son cinquantième anniversaire que l'OTAN (Organisation du Traité de l'Atlantique Nord) a déclenché les premiers bombardements en Yougoslavie. Coïncidence sans doute, mais son utilisation, pour cette guerre menée par les grandes puissances, avec à leur tête les USA, contre un des peuples les plus pauvres d'Europe, est bien révélatrice, rétrospectivement, du rôle qu'elle a joué dans le passé.

D'abord simple traité, signé le 4 avril 1949, puis organisation militaire, l'OTAN était, officiellement, une alliance pour la défense des peuples d'Europe contre le " danger soviétique " et " communiste ". On était alors en pleine guerre froide, alors que les puissances impérialistes reprenaient l'offensive contre l'URSS.

A la fin de la guerre, et dans les deux années qui suivirent, les dirigeants américain et anglais, Roosevelt et Churchill, avaient fait alliance avec Staline. Une même crainte de soulèvements populaires les y poussait, et les dirigeants de l'impérialisme n'avaient guère d'autre choix que d'accepter la collaboration de la bureaucratie stalinienne, alors que l'armée soviétique, qui avait repoussé les armées allemandes, occupait une grande partie de l'Europe.

Il s'agissait, pour les uns et les autres, de maintenir l'ordre impérialiste, et d'étouffer toute tentative de révolte des peuples. Tandis que la population des villes allemandes était écrasée sous les bombes, et qu'au Japon, les premières bombes atomiques anéantissaient Hiroshima et Nagasaki, l'armée soviétique se chargeait de rétablir, en Europe de l'Est, des Etats à la tête desquels elle plaça, en collaboration avec les puissances impérialistes, des gouvernements qui comptaient dans leurs rangs les mêmes politiciens réactionnaires qu'avant guerre. C'était l'époque également où, dans plusieurs pays d'Europe, les Partis communistes furent associés au gouvernement, pour faire accepter aux travailleurs de " retrousser les manches ".

Mais en 1947, alors que le danger de soulèvements populaires en Europe était écarté, l'impérialisme, Etat américain en tête, reprit l'offensive contre l'URSS : en Europe, les ministres des PC furent chassés des gouvernements, et partout, se déchaîna la propagande anti-communiste. Alors que l'impérialisme tentait d'en reprendre entièrement le contrôle, la bureaucratie stalinienne renforça son emprise sur les pays de l'Est. Elle y imposa l'étatisation complète de l'économie pour les couper du marché mondial, et une dictature féroce, pour en garder le contrôle politique.

Quand l'OTAN fut créée en 1949, la propagande des dirigeants impérialistes ne cessait d'agiter le spectre d'une troisième guerre mondiale préparée par l'Union soviétique. Mais cette alliance militaire, conclue par les principales puissances impérialistes, n'eut jamais à intervenir en Europe qu'elle était censée protéger, pour la bonne raison que Staline et la bureaucratie soviétique ne souhaitaient rien d'autre que le statu quo.

Mais il y avait alors une guerre, bien réelle celle-là, menée par les puissances impérialistes contre les peuples qui se soulevaient en masse contre l'esclavage colonial : en Indochine, à Madagascar contre le colonialisme fran-çais ; en Malaisie contre le colonialisme anglais ; en Chine, où une révolution populaire, dirigée par Mao, renversait la dictature de Tchang Kaï-chek.

L'OTAN faisait partie du dispositif mis en place par l'impérialisme américain pour justifier aux yeux de sa population, au nom de la " lutte contre le communisme et l'expansionnisme soviétique ", son entrée dans la guerre contre les peuples, en dehors de l'Amérique du Sud, sa chasse gardée traditionnelle. En 1950, c'était la guerre de Corée, et 15 ans plus tard, celle du Vietnam où il succéda à l'impérialisme français au terrorisme duquel la population avait résisté.

Aujourd’hui, l’impérialisme américain n’a plus ce prétexte pour justifier sa politique guerrière contre les peuples, pour leur imposer l’ordre mondial capitaliste dont il est le gendarme. Parallèlement, la disparition de l’URSS, dont l’existence avait pu permettre à certains États des pays pauvres d’échapper à une emprise totale de l’impérialisme, a fait tomber toutes les digues qui s’opposaient à la pénétration des oligarchies financières et aux intrigues des Etats qui les servent, y propageant la crise économique, une misère accrue, et les ferments des divisions qui servent leurs visées.

La guerre en Yougoslavie, qui en est un résultat, s’inscrit dans une montée des tensions à l’échelle internationale. En menant cette guerre, sous l’égide de la seule OTAN, l’impérialisme américain, fait signer tous les Etats des pays riches à ses côtés. Il est sans doute hors de propos de parler aujourd'hui d’un début de troisième guerre mondiale, mais les dirigeants impérialistes savent par contre, qu’il faut préparer la recrudescence de leur guerre contre les peuples.

 

Charlie-Hebdo, au nom des bons sentiments, mène sa petite guerre contre " Krivine, Hue, Laguiller "…

" Alors, Krivine, Hue, Laguiller ! Vous trouvez qu'ils ont trop de papiers, trop de logis, qu'ils sont trop bien traités par la police, les Kosovars ? " peut-on lire dans l'éditorial du dernier numéro de Charlie-Hebdo, éditorial qui lui a valu d'être cité dans des revues de presse… La petite officine de ce qui se veut l'anti-conformisme passe avec armes et bagages du côté de l'OTAN, applaudit les humanitaires Chirac-Jospin, et part en guerre contre " la gauche radicale ". La méthode est digne des plus mauvais textes de calomnies.

" Comment des intellectuels qui se veulent de la gauche de la gauche peuvent-ils défendre une seconde les agissements d'un Etat malade du nationalisme ? " s'interroge en toute candeur pro-OTAN Philippe Val. Sa logique a la solidité des logiques militaires : qui ne soutient pas les bombardements, défend Milosevic ! Un monde simple de certitudes. Qui devient presque subtil quand il s'agit de dévoiler les calculs de Robert Hue très sérieusement accusé " d'irresponsabilité " lui qui, " inquiet de la montée dans les sondages de la liste trotskyste, a cru bon de vouloir les doubler par la gauche pour gratter quelques points aux européennes… "

La charge grossière accepte une concession, " que l'on critique la façon dont l'OTAN intervient, c'est compréhensible ", mais ce n'est que pour mieux frapper : " que l'on critique l'intervention, c'est plus grave ".

Pour ajouter " évidemment, on est tous pacifistes. Et après ? ". En clair, pacifiste, quand y a pas la guerre !

L'anticonformisme de Charlie-Hebdo n'est le plus souvent que cynisme. Une nouvelle bonne démonstration que l'on passe vite de l'anticonformisme cynique au plat ralliement… cynique.

 

Le Parti communiste se dit contre la guerre, prétend faire pression sur le gouvernement, mais ses ministres font la politique du gouvernement 

Les militants et sympathisants du Parti communiste sont nombreux à s’interroger aujourd’hui sur les possibilités de leur parti d’exercer une pression sur le gouvernement Jospin pour faire cesser l’intervention de l’impérialisme français dans l’ex-Yougoslavie. Certains se demandent s’il est légitime que leur parti reste au gouvernement comme celui-ci l’a affirmé, voire souhaitent qu’il s’en dégage. Pour des raisons diamétralement opposées à celles mises en avant par les politiciens de droite, comme Seguin, qui affirme qu’il " est impensable que lorsque la France est en état de guerre, elle ait un gouvernement opposé sur la question de la guerre ". C’est justement parce que bien des militants sont sincèrement opposés à la guerre, qu’ils n’ont aucune solidarité avec ce gouvernement qui s’est engagé dans la guerre en la justifiant par des mensonges sur sa préoccupation du sort du peuple kosovar et sa volonté de mettre au pas Milosevic.

Mais, faute de perspective et parce qu’ils restent prisonniers du passé de leur parti, certains pensent que celui-ci pourra peser dans le sens d’une négociation. Reprenant les déclarations de Hue qui a déclaré que le PC était plus utile à l’intérieur de ce gouvernement qu’à l’extérieur, certains militants se demandent quelle sorte de pression leur parti peut exercer. D’autant que la nécessité d’aller au gouvernement pour que les ministres communistes exercent une pression dans le sens des intérêts des travailleurs, et même que les militants communistes et les travailleurs doivent eux aussi exercer leur pression sur les ministres, n’est pas un argument nouveau. Il a déjà servi à justifier la participation au gouvernement Jospin vis-à-vis de tous ceux qui, après l’expérience des années 81, étaient réticents à ce que leur parti s’engage à nouveau dans cette voie. Et pour beaucoup, les attaques contre les travailleurs et l’empressement du gouvernement à servir les intérêts de la finance ont démontré que les ministres du Parti communiste n’exerçaient aucune pression dans un sens favorable aux travailleurs.

A ces camarades, nous devons dire clairement que leur parti ne pourra exercer aucune pression sur le gouvernement Jospin. Celui-ci parle d’une seule voix avec Chirac, derrière Clinton et tous les représentants des classes dominantes. Ce sont ceux-là mêmes qui sont le principal obstacle à ce qu’une paix démocratique voie le jour parce qu’ils défendent la loi du plus fort contre les peuples et contre les travailleurs. La seule pression qui peut s’exercer est celle venant d’en bas, du refus d’accorder la moindre confiance à ce gouvernement qui fait le contraire de ce qu’il prétend, de ne pas être dupes de sa duplicité. A l’inverse, la pression qui s’exerce par en haut, qui vient du gouvernement, se fait pour imposer silence aux ministres du Parti communiste comme jeudi 1er avril où, à la sortie de la réunion des ministres à Matignon, aucun n’a osé faire la moindre déclaration. Les militants soucieux des intérêts des peuples, les travailleurs qui ne veulent pas se laisser imposer le silence, n'ont d'autre issue que de rompre toute solidarité avec ce gouvernement Jospin entièrement dévoué aux intérêts de l’impérialisme.

 

Les Verts kaki en campagne avec l’OTAN

Dans une interview à Libération, le 6 avril, Cohn-Bendit s’est prononcé franchement pour que les frappes aériennes de l’OTAN soient suivies au plus tôt de l’intervention sur le terrain des troupes militaires : " un débarquement militaire s’impose sur le terrain. Maintenant. ". Et pour que son ralliement (il faudrait plutôt dire son enrôlement) soit total, il pratique l’amalgame en mettant dans le même sac " le cynisme des Chevènement, Hue, Krivine, Pasqua, De Villiers, Le Pen, Mégret " " qui osent rendre responsable l’Otan " de ce qui se passe dans les Balkans. Pour lui, envoyer les troupes sur le terrain, " c’est être plus humain et moins politique ". Confortablement éloigné de la réalité concrète du terrain, Cohn-Bendit répète les déclarations des galonnés de l’OTAN et joue ensuite au grand stratège auprès des dirigeants de l’impérialisme, qui n’ont d’ailleurs pas besoin de lui.

Mais il ne s’agit pas simplement de propos réactionnaires d’un petit-bourgeois fasciné par la puissance guerrière de l’OTAN et de l’armée en général. C’est aussi un discours qui cherche à faire avaler la couleuvre aux militants et sympathisants écologistes. " Les responsables politiques doivent parler à leurs opinions publiques, les préparer à l’intervention des troupes ". Voilà donc le rôle qu’il se donne : souffler sur les braises et participer au bourrage de crâne.

Cela dit, cette prise de position va dans le sens de la politique menée par les Verts depuis le début du conflit : jouer les-va-t-en-guerre. Dès le 28 mars, les Verts déclaraient qu’ils refuseraient les frappes aériennes " qui se limiteraient à une gesticulation militaire ", et trouvaient que Jospin ne s’avançait pas suffisamment dans le sens d’une intervention terrestre. Mercredi 31 mars, Dominique Voynet s’est clairement prononcée pour une action au sol. Elle qui aime jouer la ministre modeste qui ne connaît pas bien ses dossiers, se sent soudain beaucoup plus sûre d’elle-même lorsqu’il s’agit d’envoyer l’armée dans les Balkans. Elle entend sans doute par là montrer qu’elle tient à n’importe quel prix à rester au gouvernement, elle qui, il y a moins d’un an, expliquait à la presse que ce qui la ferait démissionner du gouvernement Jospin, ce serait " une nouvelle guerre du Golfe. " Le 6 avril, c’était le député Vert, Noël Mamère, qui, sur les ondes de France Inter se plaignait des hésitations de l’OTAN...

Tout cela n’est que la suite logique de la politique des Verts. Cohn-Bendit s’était déjà prononcé pour l’" économie libérale ". Il adapte sa position en fonction des événements, et lorsque cette " économie libérale " conduit aux bombardements en Yougoslavie, il approuve et en redemande. Voynet expliquait à la presse que ce qui l’avait poussée à participer au gouvernement, c’était l’envie " d’aller au-delà du discours ", c'est-à-dire…jusqu'au bout de tous ses préjugés sociaux.

 

Point de vue : contre Milosevic et l’OTAN, pour l’indépendance du Kosovo

Les principaux pays impérialistes, coalisés au sein de l’OTAN, ont engagé un conflit en Europe et bombardent quotidiennement le territoire de la " petite " fédération yougoslave (Serbie et Monténégro).

Dans le même temps, comme il y a 8 ans lors de la guerre du Golfe, ils déploient une formidable propagande pour faire croire qu’il s’agit d’une guerre juste, menée au nom de la démocratie et du droit des peuples.

C’est un mensonge cynique. Lorsque voilà dix ans Milosevic a liquidé le statut d’autonomie du Kosovo, les " démocrates " occidentaux n’ont même pas protesté. C’était une affaire intérieure à la Serbie, et Milosevic demeurait l’interlocuteur obligé lorsqu’il s’agissait de modérer les excès de ses amis " tchetniks " qui sévissaient en Bosnie et en Croatie.

L’impérialisme intervient pour imposer son ordre

L’Union européenne et les Etats-Unis n’ont commencé à se préoccuper du Kosovo que l’année dernière, lorsque l’UCK (Armée de Libération du Kosovo) s’est développée et qu’un état de guerre s’est installé dans le pays. Ce ne sont pas les destructions de villages et les déportations de populations qui les ont fait réagir, c’est la crainte que les affrontements ne déstabilisent le sud des Balkans.

Tous les Etats de la région risquaient d’être impliqués dans un conflit. En premier lieu l’Albanie, dont le régime politique est instable, mais aussi la Macédoine, dont la minorité albanaise, concentrée près de la frontière kosovare, représente près de 40 % de la population. Et au delà, la Bosnie divisée en trois entités et où la paix reste fragile, le Monténégro, dont l’union avec la Serbie est de plus en plus conflictuelle, la Grèce, alliée de la Serbie et hostile à l’existence même de la Macédoine, la Turquie où vivent deux millions d’Albanais et où la question kurde est explosive…

C’est ce risque d’embrasement au cœur de l’Europe qui a motivé l’intervention des gouvernements occidentaux. Français et Britanniques ont pris l’initiative des négociations de " paix " de Rambouillet, pour faire avaliser un accord établi en commun avec les autres membres du " groupe de contact " (Allemagne, Italie, Etats-Unis, Russie).

Le texte de l’accord niait le droit démocratique à l’autodétermination du peuple kosovar. Il prévoyait le désarmement de l’UCK et un statut d’autonomie dans le cadre de la Serbie, garanti par 30 000 soldats de l’OTAN. Les représentants des Albanais du Kosovo ont cependant accepté de le signer, parce qu’ils ne voyaient aucune issue sur le terrain et parce qu’ils nourrissent des illusions dans les gouvernements occidentaux.

En revanche, Milosevic a rejeté un accord qui prévoyait, certes, le maintien du Kosovo dans le cadre de la Serbie, mais imposait la présence de forces militaires étrangères : un compromis qu’il ne pouvait accepter sans que les partis d’opposition, dans une surenchère nationaliste, ne l’accusent de brader la patrie serbe.

C’est à partir de ce refus qu’il est devenu le " méchant " à punir. Les gouvernements impérialistes ne lui reprochent plus seulement de mettre en danger la stabilité des Balkans, mais aussi et avant tout de défier leur autorité de gendarmes du monde, garants de l’ordre dont les grands groupes capitalistes ont besoin pour prospérer.

Sur ce terrain, les dirigeants américains et européens sont à la fois rivaux et complices. Clinton veut affirmer le leadership américain, au travers d’une intervention de l’OTAN que les USA dirigent et contrôlent entièrement, mais il agit en étroite liaison avec ses alliés européens qui doivent affirmer la viabilité de leur projet économique et politique commun à la veille de l’élargissement de l’Union à certains pays d’Europe centrale et orientale.

Tous ont bien compris que c’est la crédibilité du gendarme impérialiste qui est en jeu. Il leur faut terroriser tous ceux qui seraient un jour tentés de relever la tête. C’est pourquoi ils ont réagi immédiatement en déchaînant la guerre, sans s’embarrasser des oripeaux démocratiques qu’ils arborent quand ça les arrange, sans vote des parlements, sans l’aval de l’ONU. C’est pourquoi ils affirment aujourd’hui leur volonté d’aller jusqu’au bout, de faire plier le genou à Milosevic, quitte à engager des troupes sur le terrain et à s’enfoncer dans une logique de guerre.

Milosevic, un produit du stalino-titisme

Milosevic et son régime, leur idéologie, leur méthode de gouvernement et leur pratique fasciste-nazie de la " purification ethnique " sont les produits de la décomposition de la bureaucratie titiste. Malgré la fiction autogestionnaire et l’équilibre proclamé entre les nationalités constitutives de la Yougoslavie, la bureaucratie exploiteuse, à dominante serbe, avait édifié un Etat de type stalinien. Lorsque cet Etat s’est effondré et que la crise économique a commencé à provoquer des grèves et des mobilisations populaires, elle a cherché à sauvegarder son pouvoir et ses privilèges, tout en préparant à son profit le " retour au marché ". Elle a trouvé son représentant en Milosevic, un démagogue qui a exalté le nationalisme grand-serbe afin d’offrir un exutoire au mécontentement de la population.

Cette croisade a commencé au Kosovo. Elle a donné lieu à un déferlement de haine, faisant appel à l’union des slaves orthodoxes contre un peuple musulman assimilé à l’ancienne domination ottomane, avec une campagne hystérique contre de prétendues exactions dont auraient été victimes les Serbes.

La reconquête du Kosovo s’est immédiatement traduite par l’abrogation du statut qui lui accordait une certaine autonomie. Les Albanais ont été chassés de l’administration, de l’université, de tous les postes de responsabilité et remplacés par des Serbes. L’enseignement de la langue albanaise a été entravé, la presse fréquemment saisie. Police et armée serbes ont fait régner la terreur.

Mais le nationalisme grand-serbe ne s’est pas limité à l’oppression des Albanais. Il a réagi à la dislocation de la Yougoslavie en tentant d’imposer par les armes la constitution de la Grande-Serbie, en découpant des zones serbes au sein des autres républiques, chassant et massacrant les habitants d’autres nationalités. C’est une réalité qui interdit de mettre tous les nationalismes dans le même sac.

Sous Tito, les antagonismes nationaux avaient été mis sous l’éteignoir, en partie par l’émergence d’une " conscience nationale yougoslave " née de la lutte contre l’occupant nazi, mais surtout parce que l’épuration régulière au sein de la Ligue des Communistes était souvent présentée comme une lutte contre les " déviationnistes nationalistes ". C’était un moyen pour le pouvoir central de disqualifier les aspirations à une démocratisation du régime, comme on l’a vu en 1971 avec la répression du " printemps croate ".

Les nationalismes ont resurgi après la mort de Tito, instrumentalisés par les fractions de la bureaucratie qui voulaient asseoir un pouvoir local, favorisés aussi par une crise économique qui a poussé les républiques les plus riches à s’affranchir du pouvoir fédéral. Quant aux déclarations d’indépendance de la Macédoine et de la Bosnie-Herzegovine, elles ont été surtout un refus de se laisser entraîner dans une guerre contre la Croatie. Défendre la " nation bosniaque " signifiait vouloir continuer à vivre dans une république où cohabitaient peuples et cultures.

Le nationalisme serbe n’a rien à voir avec celui d’un peuple dominé en lutte pour ses droits nationaux. A l’inverse, son caractère grand-serbe en fait clairement un nationalisme oppresseur, qui dénie les droits élémentaires d’autres peuples, tout comme le nationalisme turc écrase le peuple kurde.

Le réveil de la classe ouvrière serbe, qui ne joue plus aujourd’hui aucun rôle indépendant, passera par le rejet de ce chauvinisme. Seule cette rupture et la reconnaissance du droit à l’indépendance des Kosovars pourra permettre la reconstruction de la solidarité de classe par-delà les frontières.

L’intervention militaire impérialiste ne change rien à la barbarie de la politique de Milosevic. Nous n’avons rien de commun avec ceux qui manifestent contre les bombardements au nom de la Grande-Serbie et de ses " droits historiques sur le Kosovo ". Tout au contraire, nous soutenons la lutte des combattants de l’UCK contre le nationalisme grand-serbe et la purification ethnique. Nous combattons l’intervention de l’OTAN parce qu’elle exprime la volonté d’imposer l’ordre des exploiteurs contre les peuples, qui sont les premières victimes de cette guerre, à commencer par les Kosovars jetés sur les routes de l’exil.

Pour l’indépendance et l’intégrité territoriale du Kosovo

Depuis la liquidation du statut d’autonomie, la revendication de l’indépendance n’a cessé de grandir au Kosovo. L’écrasante majorité de la population s’est prononcée dans ce sens dès 1991 par un référendum, non reconnu par le gouvernement de Milosevic. Les Albanais (90% des habitants) y voient la seule garantie pour mettre fin à l’oppression serbe, le seul moyen de recouvrer leurs droits élémentaires, de pouvoir parler, écrire, enseigner leur langue, de ne plus être des citoyens de seconde zone.

Les gouvernements impérialistes dénient aux Kosovars leur droit à l’autodétermination. Ils veulent imposer leur tutelle à l’ensemble des peuples, préparent probablement un dépeçage du Kosovo, comme ils ont imposé la partition de la Bosnie. Une telle division, réalisée sur une base ethnique, correspond à la proposition de " cantonalisation " faite par l’église orthodoxe serbe en vue d’une reprise des négociations. Elle servirait à justifier la présence de troupes de l’OTAN, rebaptisées " force de paix ".

Défendre l’indépendance et l’intégrité territoriale du Kosovo ne signifie en rien céder devant le chauvinisme. Un Kosovo libre et indépendant pourrait choisir de se fédérer à d’autres nations ; c’était d’ailleurs le sens de la revendication de la LDK, le parti d’Ibrahim Rugova, qui à l’origine souhaitait faire du Kosovo une république à part entière au sein de la fédération yougoslave. Il pourrait choisir de s’unifier avec l’Albanie, ce qui serait au moins un premier regroupement allant à contre-courant de la tendance à l’éclatement des nations balkaniques. L’union des peuples au sein d’une nouvelle entité fédérale régionale comme au sein des Etats-unis socialistes d’Europe ne pourra se réaliser que par un accord entre nations libres et égales en droits, décidant démocratiquement de la forme que prendra cette union.

Gérard Combes et Jean-Philippe Divès (militants de VDT, membres du courant international " Cours Nouveau " issu de la LIT)