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Le 17 avril, manifestons notre soutien à Mumia Abu-Jamal, militant noir-américain condamné à mort par une société de classe raciste

Ancien militant des Black Panthers, journaliste surnommé " la voix des sans-voix " pour son engagement auprès de la population pauvre de Philadelphie, Mumia Abu-Jamal est emprisonné depuis 1982 dans le " couloir de la mort ", accusé du meurtre d’un policier blanc à la suite d’un procès truqué. Au lendemain de sa condamnation, ses défenseurs ont pu découvrir, dans le dossier de surveillance politique du FBI le concernant, cette note : " Mumia Abu-Jamal n’a pas de casier judiciaire mais c’est la nature de ses écrits qui le rend dangereux et lui vaut de figurer sur la liste de ceux qui menacent notre sécurité nationale ".

En octobre dernier, la Cour suprême de l’Etat de Pennsylvanie a rejeté son recours en appel pour un nouveau jugement et le Gouverneur a déclaré qu’il est prêt à signer l’autorisation de sa mise à mort. Mumia a d’autant moins de possibilités juridiques d’empêcher son exécution que Clinton a promulgué, il y a trois ans, une loi " Pour une peine de mort effective " réduisant les possibilités d’appel.

Depuis 1977, 500 exécutions ont eu lieu aux Etats-Unis et le juge Sabo qui a condamné Mumia, et qui appartient au syndicat ultra-réactionnaire de " l’Ordre Fraternel de la Police " auquel appartenait également le policier tué, détient le record des condamnations à mort aux Etats-Unis, dont 93 % de non-blancs.

Sur les 41 dernières personnes condamnées à mort à Philadelphie, 40 étaient noires ou hispaniques. Les Noirs représentent 13 % de la population américaine, mais ils représentent entre 40 et 80 % des condamnés à mort selon les Etats. Parmi les jurés qui ont condamné Mumia, un seul était noir. Les jurés noirs, surtout si ce sont des femmes et des pauvres, sont presque toujours récusés, tout comme ceux qui se déclarent opposés à la peine de mort.

Depuis son incarcération, Mumia vit, avec les 110 autres condamnés du " couloir de la mort ", dans un isolement total. Depuis la parution de son livre " En direct du couloir de la mort ", Mumia fait l’objet d’un isolement et de pressions accrus pour avoir, comme l’écrit Julia Wright, ancienne militante des Black Panthers, fille de Richard Wright et porte-parole du comité de soutien à Mumia en France " dévoilé les brutalités racistes et policières à l’encontre des exclus de Philadelphie, pour avoir ensuite décrit le calvaire de ses codétenus, pour avoir brisé le silence autour du traitement cruel et inhabituel des minorités raciales, pour avoir conseillé ses compagnons de mouroir et travaillé à leur appel ".

Le comité de soutien et de nombreuses organisations appellent à manifester, samedi 17 avril à 15 h, gare Saint-Lazare, à Paris : " Pour arrêter l’exécution de Mumia Abu-Jamal ; pour une révision de son procès ; contre la peine de mort aux USA ", en soutien à la manifestation américaine qui doit avoir lieu le 24 à Philadelphie.

 

Pinochet pas encore jugé mais déjà acquitté d'une grande partie de ses crimes

Les Lords et le secrétaire d’Etat britannique, le socialiste Jack Straw, ont très hypocritement décidé que Pinochet ne pouvait être jugé pour des tortures antérieures aux deux dernières années de sa dictature car l’Angleterre et l’Espagne n’ont pas signé de convention contre la torture avant 1988. Quel pointillisme juridique ! Après avoir reçu dimanche le soutien ostensible d’Henri Kissinger, le responsable américain des Affaires extérieures lors du coup d'Etat, et en tant que tel, de fait, responsable de la répression massive des travailleurs et des militants de gauche et d’extrême-gauche au Chili, le dictateur devra ainsi peut être laisser sa riche demeure des environs de Londres pour être enfin extradé en Espagne afin d'y être jugé.

Mais le dictateur n’est accusé que de 44 cas de torture parmi des milliers. Il est en effet difficile pour les familles de prisonniers, de disparus ou de victimes de la dictature de prouver devant la justice chilienne, qui est fondamentalement la même que sous Pinochet, qu’il y a eu torture. Mais surtout, l’essentiel de la répression a eu lieu lors du coup d’Etat de septembre 1973 et dans les années suivantes, puis lors de la vague de manifestations des années 1982-1987. En 1988, poussé par les grandes puissances, les Etats-Unis mais aussi l’Angleterre, l’Espagne et la France, à se donner une image plus " respectable ", Pinochet avait fait un référendum auquel la population chilienne avait massivement répondu " non " à son maintien au pouvoir. Il a par la suite laissé la place en 1990, en s’attribuant un poste de sénateur à vie, protégé par l’immunité parlementaire. Et la répression a continué comme le prouvent les assassinats politiques rappelés par le juge Baltasar Garzón de militants de la guerrilla du Front Populaire Manuel Rodríguez ou du PDD (centre-gauche), morts torturés à l’électricité, la presse chilienne justifiant ces tortures en parlant " plutôt de débordements policiers dus au climat d’impunité créé par les très nombreux crimes restés impunis, commis sous prétexte de défense de la sécurité de l’Etat ".

Quel que soit le verdict, certainement clément pour l’homme de main de l’impérialisme qu’est Pinochet, il sera fait cas des crimes de sa dictature et c’est le résultat du combat acharné des victimes et de leurs familles à travers le monde. En aucune manière celui des représentants actuels de la gauche au Chili et du principal d’entre eux, le socialiste Lagos, candidat aux prochaines élections présidentielles, qui, voulant se faire reconnaître par tous les milieux patronaux chiliens et internationaux, a été très discret sur l’affaire Pinochet, se contentant d’affirmer : " Pinochet représente le passé. S’il a commis des délits, comme n’importe quel citoyen, il doit être sanctionné. Mais moi, ce qui m’intéresse, c’est le futur ".

 

Parrain des patrons ", Ambroise Roux personnifiait les liens entre l’appareil d’Etat et la grande bourgeoisie

Celui que la presse nomme, à l’occasion de sa mort, " l’éminence grise " du patronat français, a toute sa vie entretenu les liens aussi bien avec le pouvoir qu'avec les groupes industriels, passant des cabinets ministériels à la direction des grands groupes et plaçant ses " amis ".

Président du conseil de surveillance du groupe Pinault-Printemps-Redoute et de la Barclays Bank, vice-président de Vivendi, président d’honneur d’Alcatel-Alstom, administrateur d’une kyrielle de grands groupes, Ambroise Roux a commencé sa carrière de jeune bourgeois comme ingénieur chez des " amis " de la famille, les Poulenc, de Rhône-Poulenc.

Membre de plusieurs cabinets ministériels sous la 4ème République, il est nommé directeur de cabinet à l’Industrie et au Commerce en 1951 et commence à tisser ses " réseaux d’influence ". En 1958, il devient directeur-général adjoint du plus grand groupe français, la Compagnie Générale d’Electricité (CGE), dont le principal client est l’Etat. Il en prend la direction en 1970, devenant le plus gros salaire de France, " mérité " précise-t-il. Il est, dans le même temps, le conseiller particulier de Pompidou , considéré comme son " Ministre-bis de l'Industrie ".

Lors de la nationalisation de la CGE (devenue Alcatel) en 1982, il crée l’Association française des entreprises privées (Afep) pour, dit-il, " redonner vigueur au capitalisme " et avoir " une machine efficace à défendre les intérêts patronaux ". C’est, en effet, une machine bien huilée, composée des représentants des plus grands groupes industriels français, et qui trouvera sans difficulté l’oreille de tous les gouvernements. L’ancien intime de Pompidou sera également celui de Mitterrand, de Chirac et de Balladur (un de ses anciens poulains, qu’il avait recruté à la CGE, lui donnant la présidence de plusieurs filiales).

A la tête des entreprises comme dans l’appareil d’Etat, Roux repère les hommes " utiles " et les fait nommer à la direction des grands groupes. De 1986 à 1988, il suit de près les privatisations et participe à la constitution des " noyaux durs " d’actionnaires. En remerciement pour ses bons services, il fait nommer Jean-Marie Messier, le conseiller chargé des privatisations au ministère des Finances, à la tête de la Générale des Eaux (qui deviendra Vivendi).

Sous la droite comme sous la gauche, l’Afep livre aux gouvernements ses projets " clé en mains ". Roux a résumé lui-même son action auprès du pouvoir : " on vous apporte nos dossiers. Vous êtes d’accord ? C’est vous qui êtes à l’origine de tout, nous n’existons pas… ". Parmi les " dossiers " retenus, il y a la baisse de l’impôt sur les sociétés de 50 à 33 %, les textes autorisant la rémunération des cadres supérieurs en stock-options, la loi permettant de reporter fiscalement les " pertes " des entreprises sur les bénéfices antérieurs, etc.

Ce " parrain " de la bourgeoisie française, polytechnicien, était un concentré d’obscurantisme et d’idées réactionnaires. Interdisant le port du pantalon aux femmes lors de son arrivée à la CGE, prônant l’alliance de la droite et de l’extrême-droite, fervent monarchiste (il célébrait tous les ans la mort de Louis XI…), il se voulait également " para-psychologue ". Auteur d’un livre sur " La science et les pouvoirs psychiques de l’homme ", il organisait très sérieusement des séances privées pour faire tourner les tables…, " pouvoir " qu’il avait fait étudier " scientifiquement " durant 3 ans par les équipes du laboratoire de recherche de la CGE...