correspondances d’entreprises



CHU de Bordeaux - Obligation du passage nuit–jour : la goutte qui fait déborder le vase

Mardi 13, nous étions 130 à l’assemblée générale de tous les établissements du CHU. Cette AG avait été décidée il y a 15 jours, après que nous ayons envahi le Comité Technique d’Etablissement où la direction avait refusé de discuter devant le personnel de son projet d’obliger le personnel de nuit à passer de jour un mois par an.

Chacun se sentait cette fois plus fort car plus nombreux et plus lucides sur la politique de la direction. Au-delà du problème nuit-jour, nous avons discuté du manque de personnel.

Une camarade a raconté comment, se retrouvant seule pour 30 malades, elle a appelé le cadre de garde et convoqué 2 surveillantes pour leur dire que si la situation se reproduisait, elle refuserait de l’assumer, concluant " il faut qu’on apprenne à réagir systématiquement, ce n’est pas vrai qu’on doit tout accepter, il faut qu’on apprenne à dire non ". Une autre disait " On est éparpillé sur plusieurs établissements, on a peu de contacts et les informations circulent mal entre nous. La direction cherche à faire passer ses coups en douce, il faut se rassembler ". Et une camarade insistait " On a tous compris que la direction essaie de nous diviser pour mieux régner, on a tous compris qu’il faut qu’on soit solidaire ".

Tout le monde racontait la situation dans son secteur et tout ce que les dernières années nous ont enseigné. Deux d’entre nous ont raconté qu’il y a quelque temps, la direction avait infligé une sanction collective pour avoir coincé la porte d’un malade agité qu’il était impossible de surveiller par manque de personnel. Toute l’équipe avait été sanctionnée, y compris ceux qui étaient en repos, en congés ou en maladie ce jour-là. Mais les pressions et les tentatives d’intimidation avaient été telles que seules 6 personnes avaient osé mettre la direction au tribunal. " Nous avons gagné et c’est une leçon : il faut savoir qu’on peut résister. Ces gens-là qui cherchent à nous intimider sont tout petits, c’est nous qui sommes forts quand nous nous battons ".

Le sentiment de tous était que la bagarre ne fait que commencer, aussi, puisque un nouveau CTE était prévu ce mercredi, nous avons décidé de nous y inviter.

Les syndicats se sont rangés aux décisions de l’AG même si, au début, leur attitude semblait plus qu’ambiguë. Ce qui ressortait de leurs interventions, c’est qu’ils avaient demandé à la direction une enquête et un questionnaire pour, selon les propres termes de l’un d’eux, " avoir une photo de ce que c’est que ce personnel de nuit "… Et cela alors que lors du dernier CTE, le personnel présent avait refusé un tel questionnaire, ce qui a été relevé par plusieurs.

Mercredi, nous nous sommes retrouvés à 200 et, cette fois, nous avons contraint la direction à discuter en bloquant les issues. Après nous avoir traités de " staliniens " et nous avoir expliqué qu’une direction qui se respecte " ne travaille pas sous la contrainte ", " une question de dignité " paraît-il… elle a bien dû nous écouter car, justement, nous non plus, nous ne voulons plus travailler sous la contrainte.

Pendant 2 heures, profitant des micros installés autour des tables de la direction, nous lui avons demandé de s’expliquer sur ce qui se passe dans les services et dénoncé son cynisme et sa politique. Les syndicats ont fini par peser dans le sens de la direction, nous demandant à tour de rôle de sortir afin qu’elle puisse donner une réponse aux " élus ". Au bout de 2 heures, la majorité l’a finalement accepté après un vote, mais en laissant les portes ouvertes afin de tout entendre. Au moment où nous écrivons, il semble que la direction ait amorcé un léger recul, mais la réunion n’est pas terminée.

Quoi qu’il en soit, cette après-midi a été pour tous une leçon de choses, avec la conviction générale que tout ça n’est qu’un début.

 

Dentressangle : élections professionnelles, un succès contre les manœuvres de la direction

Il y a à peine un an, nous étions une quinzaine de la société Norbert Dentressangle à faire grève, pour nous opposer à 23 licenciements. C’était le 2ème plan social en moins d’un an sur les dépôts de Bordeaux, alors qu’en même temps, le groupe affichait des millions de bénéfices, la famille Dentressangle se classant 71ème fortune de France. Alors que jamais aucun salarié ne s’était syndiqué dans la boîte, nous avons créé une section syndicale CGT en même temps que nous commencions la grève.

Habituée à diriger ses salariés en se servant de délégués du personnel complètement soumis à sa politique, la direction a tout fait pour empêcher que ce syndicat existe. Ainsi après avoir licencié 11 des syndiqués, elle a cherché à faire taire toute contestation possible en essayant à 3 reprises de licencier la nouvelle déléguée syndicale.

Finalement, le 28 mars dernier, ont eu lieu de nouvelles élections des délégués du personnel et du comité d’entreprise. Malgré toutes les pressions et intimidations de la direction pour que la CGT ne soit pas présente, nous avons réussi avec plusieurs copains à monter deux listes sur deux des dépôts de la région bordelaise, permettant ainsi à nombre de nos collègues de pouvoir, en votant, exprimer leur solidarité et leur ras-le-bol face aux attaques que nous subissons depuis des mois. Mais même si la CGT est arrivée en tête, le quorum n’ayant pas été atteint, il y a eu un deuxième tour pour lequel certains des anciens délégués, qui n’avaient pas hésité à signer le dernier plan social, se sont représentés.

Finalement, à l’issue du second tour, nous avons emporté les 2 sièges d’élus sur le dépôt de Lormont et 3 sièges sur 6 sur les dépôts de Blanquefort. Nous sommes présents dans les collèges ouvriers, employés et maîtrise.

Pour nous, travailleurs de Dentressangle, c’est une victoire car une claire réponse aux manœuvres de la direction qui a toujours cru pouvoir nous diviser et pouvoir isoler ceux qui veulent s’opposer aux mauvais coups qu’elle prépare.

Aujourd’hui, c’est tous ensemble que nous avons gagné ces élections et c’est tous ensemble que nous allons nous préparer à lutter contre les futures attaques de la direction.

  

 Hopital en danger : silence

Echo du bulletin " Travailleurs de la Santé " édité par des militants de Voix des Travailleurs sur les établissements hospitaliers d’Elbeuf

A l’hôpital des Feugrais à Elbeuf, certains services ont des taux d’occupation qui dépassent les 120 %.

En médecine et en pneumologie, les chambres individuelles sont occupées par des lits supplémentaires, jusqu’à deux ou trois, ce qui, en pneumologie, rend l’isolement des malades contagieux plus que difficile !

Les durées d’hospitalisation sont réduites au minimum, et bien souvent les malades reviennent parce qu’il rechutent. Du même coup, le service des urgences est souvent débordé, faute de lits. Les patients sont souvent transférés dans des hôpitaux jusqu'à 200 km de là, avec tous les problèmes que cela suscite, particulièrement pour les personnes âgées.

Cette situation est difficile à comprendre lorsque l’on sait que des lits ont été fermés à l’hôpital de Martot, et qu’à l’hôpital de Louviers (avec lequel Les Feugrais viennent de fusionner) la place existe, à condition évidemment de faire suivre personnel et matériel en conséquence.

Face au problème, les responsables proposent le silence car il ne faut surtout pas affoler la population ! Faudra-t-il attendre qu’un accident arrive pour qu’ils se décident à agir ? Et qu’ils n’aillent surtout pas accuser le personnel, car il risque lui aussi de leur demander des comptes !

  

 Ford Blanquefort : Ce n’est qu’un début… préparons la suite !

A Ford, les syndicats sont assez faibles et il n’y a pas de traditions de lutte, le dernier débrayage remontant à décembre 95.

Après s’être entendus sur une plate-forme commune (voir VDT n°85), FO et la CSL (les syndicats " responsables ", toujours prêts à signer la moindre proposition de la direction), avec pour la première fois la CGT, avaient décidé de faire une consultation du personnel, le mardi 6 avril, pour " exiger de la direction de Ford la prise en considération des demandes " minimales " exprimées par les organisations syndicales " à savoir principalement le respect des dates de réunion, une " réelle négociation du volet social " et la " mise en place de la réduction du temps de travail ". Sur le bulletin, on pouvait marquer si, oui ou non, nous " envisagions d’agir par une action de soutien… ", le genre même de fausse démocratie où, sous couvert de consultation et d’unité, personne ne propose quoi que ce soit, mis à part de discuter avec le patron.

Nous avons été 900 sur les 3 400 à remettre le bulletin avec nos noms et nos numéros de badge et 660 à nous dire prêts à faire quelque chose.

Suite à cela… rien, si ce n’est un affichage discret, appelant à une AG des salariés pour le jeudi 8, en fin d’équipe. Finalement, c’est le bouche à oreille qui a permis de faire connaître le rendez-vous pour le débrayage, la volonté de quelques uns d’entre nous de ne pas laisser passer cette occasion de dire notre ras-le-bol.

Alors jeudi, vers 13 h 30, nous avons commencé à nous rassembler à une machine à café de Transaxle, l’une des deux usines, pour le débrayage. Avec l’arrivée de l’équipe d’après-midi, nous nous sommes retrouvés à 70 ou 80. Le moral était bon. Le responsable de FO, surpris de nous voir, nous a quand même fait sa litanie, s’excusant de l’impréparation et nous remerciant de notre soutien… il aurait bien voulu nous amener directement à l’autre usine, mais un camarade s’est mis en travers de l’allée, pour que le cortège, qui n’attendait que cela, se dirige vers les ateliers, les secteurs et la chaîne d’assemblage, afin de recruter des copains, en sifflant et en interpellant nos camarades sur les lignes.

Dans l’autre usine, quelques collègues ont voulu débrayer, mais ils se sont retrouvés très peu nombreux avec des délégués syndicaux habitués à rester entre eux… qui leur ont conseillé de retourner travailler.

Quand nous nous sommes rejoints à Autotrans, nous étions au total plus de 120, face à quelques grosses huiles de la direction. Les représentants syndicaux ont parlé de leur plate-forme commune sur les 35 heures et ont renouvelé leurs remerciements… gênés. Et la direction a fait son discours habituel : " on ne peut rien dire … mais on pense à vous … vous comprenez, la concurrence "… bref, il aurait presque fallu leur tendre un mouchoir !

Entre nous, ce qui se discutait surtout, c’était le ras-le-bol des conditions de travail, de l’augmentation des cadences et des pressions de la hiérarchie. Alors, chacun était content d’avoir marqué le coup, le faisait savoir autour de lui le lendemain, en se disant que la prochaine fois, on ferait tout notre possible pour être plus nombreux.

  

 Rhône-Poulenc Biochimie (76) : Troisième semaine de débrayages pour nos salaires et nos emplois

Durant la semaine écoulée, les débrayages de trois heures se sont poursuivis. La production qui fonctionne en rythme continu est fortement perturbée.

Les assemblées générales du matin réunissent entre 90 et 150 personnes et les débrayages sont reconduits tous les jours. Avec les vacances, il y avait moins de monde pour bloquer les camions aux deux entrées mais l’ambiance est bonne et de nombreux postés repassent, après leur quart ou pendant leur repos, se tenir au courant. Nous avons réussi à dégotter une grande tente qu’on a installée devant l’entrée coté direction. Avec les banderoles colorées et les fanions jaunes et rouges, ça donne un coté " occupation ". La détermination et l’unité affichées par l’intersyndicale SUD-CGT-CFDT sont appréciées par les grévistes.

Un affichage a été fait autour de l’usine et sur les grands axes. Notre mouvement est régulièrement couvert par la presse locale et la télé régionale. Nous avons reçu la visite d’un groupe d’une association de chômeurs de l’agglo elbeuvienne, ainsi qu’une délégation de militants CGT d’autres entreprises comme Renault, l’Hôpital, les communaux, etc.. L’ambiance était fraternelle et ils sont restés partager nos sandwichs le midi. Le lendemain, une délégation de Sud-rail est venue également apporter son soutien ainsi qu’un chèque de 1 000 F.

Mardi 13, la direction a, une deuxième fois, convoqué les syndicats. Seul élément nouveau : le versement d’une prime de 1 000 F au 4ème trimestre... mais sous condition d’avoir atteint un indice de production. Sur les effectifs, c’est du même ordre, car la direction conteste l’estimation faite par l’intersyndicale qui a recensé, à partir des besoins exprimés par les grévistes, 42 emplois possibles. Elle y oppose la mise en place de groupes de travail appuyés d’experts....

" On se moque de nous ! ", " si c’est ça, on continue ! ", a été le sentiment général exprimé par de nombreux travailleurs lors de l’annonce de ces résultats qui sont vraiment aux antipodes de nos revendications.

Cette troisième semaine s’annonce donc décisive pour la suite. Ces derniers jours, dans les services d’appuis, des gars à la normale ont commencé à reprendre le travail. La question financière, la fermeté affichée par la direction, mais aussi les pressions exercées par l’encadrement y sont pour beaucoup. La direction, relayée par une partie de l’encadrement, met particulièrement tout son poids pour faire rentrer dans le rang les agents de maîtrise et les techniciens qui sont encore dans la grève.

Le fait que les postés de production tiennent bon est un point important qui va peser dans le rapport de forces face à la direction. Mercredi matin, une nouvelle assemblée a voté la poursuite du mouvement. Des braseros et des palettes ont commencé à être mis en place aux deux portes de l’usine.