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Les élections en Algérie: retrait de 6 candidats sur 7 pour cause de fraude, la mascarade démocratique se retourne contre le pouvoir
Bouteflika sera-t-il élu au premier tour ou au deuxième tour ? la question à l'heure où nous écrivons n'a plus de sens. L'issue incertaine de ce premier tour des élections présidentielles ne fait maintenant plus de doute puisque Bouteflika, le candidat du pouvoir, est seul dans la compétition. Avancées à cause dun conflit entre les clans militaires qui ont poussé Zéroual à la démission, ces élections ont été placées sous contrôle par ceux qui exercent le pouvoir réel, les chefs militaires et la bourgeoisie algérienne. Ce contrôle un peu trop grand s'est transformé en une fraude organisée dont certains journalistes estiment qu'elle peut " au mieux " concerner deux millions de bulletins de vote sur 16 millions de votants.
Sur les sept candidats officiels qui avaient été retenus, tous anciens Premiers ministres, ministres ou conseillers du pouvoir, six ont démissionné. Ils savaient bien qu'en participant à lélection, ils aidaient le pouvoir à donner une impression de " pluralisme ", mais ils ne pouvaient accepter de perdre tout crédit en couvrant une escroquerie politique aussi évidente que la fraude en grand. D'où leur retrait.
Bouteflika est le dernier candidat, celui du pouvoir et de la fraude. Il est un ancien dignitaire du régime Boumedienne, ce qui lui vaut déchapper au discrédit des précédents gouvernements. Mais sa campagne montre bien quil se place dans la continuité de leur politique. Comme lensemble des ex-candidats, il est partisan de la " paix et de la réconciliation nationale " : " jouvre les portes à toutes les tendances politiques du pays y compris au parti dissous [le FIS] et à ceux qui ont pris le maquis, à condition que leurs mains ne soient pas tachées de sang ". Il flatte les intégristes, déclarant : " les droits de la femme doivent être définis et codifiés par des ulémas [ des religieux] et cela dans le strict respect du Coran ".
Il multiplie les attaques contre les travailleurs : " lEtat providence est fini. Cessez de rêver et retroussez vos manches pour redresser le pays " ou " vous avez accepté le programme du FMI. Vous vous êtres gavés de kiwis, de pruneaux et autres produits importés avec largent du peuple ". De telles phrases sont une vraie provocation dans un pays où près de la moitié de la population vit en dessous du seuil de pauvreté et qui compte 28 % de chômeurs.
Bouteflika sen est aussi pris aux jeunes, enjoignant à des contestataires qui, en Kabylie, le chahutaient en criant " où sont les milliards ? " ( allusion aux démêlés de Bouteflika, affairiste notoire, avec la Cour des Comptes algérienne) de " retourner dans leurs douars ". Il suffit de savoir, pour juger de la virulence de " lopposition démocratique ", quAït Ahmed, candidat du FFS (Front des Forces Socialistes) a demandé que soit ouverte une enquête pour déterminer qui étaient les jeunes qui avaient chahuté Bouteflika !
Le candidat déclaré du pouvoir sen prend donc aux femmes, aux jeunes, aux travailleurs et sa politique de réconciliation nationale est un appel à tous les privilégiés et à toutes les forces réactionnaires à joindre leurs forces contre eux et mener à bien " la libéralisation de léconomie et du commerce et la diversification de lindustrie " qui sest traduite par la privatisation, au profit exclusif de la bourgeoisie algérienne, de plus de 1 000 entreprises publiques qui ont entraîné 360 000 licenciements.
Dans ces élections, les travailleurs et les couches populaires algériennes navaient pas loccasion de faire un geste clair de défiance à légard du régime. Beaucoup dentre eux avaient l'intention de sabstenir. Ils n'ont plus que cela à faire.
La population algérienne n'accepte pas passivement la domination de la " mafia politico-financière ". Tout au contraire, les travailleurs algériens ont mené des luttes dures ces derniers mois. Ce fut le cas des postiers, des universités paralysées par une grève, des métallos protestant contre les licenciements provoqués par les privatisations. Ces mouvement ont été durement réprimés : les postiers ont reçu 35 000 lettres de licenciements, les métallos ont été interdits de manifestation et le pouvoir sest refusé à satisfaire les revendications des universitaires. Cest pourtant sur ce terrain des luttes que les travailleurs algériens pourront faire entendre leur voix et défendre leurs droits. Et la nécessité en est chaque jour plus grande : la part des richesses produites par le pays pour assurer le service de la dette, et qui finissent dans les coffres des banques occidentales, représente plus de 50 % des exportations, et le revenu par habitant est aujourdhui ce quil était en 1975 !
La dernier épisode de la farce démocratique à laquelle se livre le pouvoir est l'expression de son incapacité à dompter la population.
Denain (59) : la mobilisation contre l'école au rabais se poursuit
Après trois manifestations, à Denain, Valenciennes et Lille, et plusieurs journées de grève contre les plans du Rectorat qui prévoient la suppression de trois filières sur les deux lycées de Denain (voir VdT n°81), les profs, parents et lycéens restent mobilisés pour exiger le maintien de l'ensemble des filières et des postes d'enseignement sur les deux lycées. Rien n'a été obtenu à ce jour, mais nous n'avons pas l'intention de baisser les bras. Le Rectorat refuse de céder car ses projets font partie d'une politique d'ensemble destinée à réaliser des économies dans l'éducation, de la maternelle au lycée. Ils ne sont que l'expression de la politique de gel de l'emploi, de réduction des moyens menée par le gouvernement à l'échelle nationale.
Ce sont surtout les deux lycées de la ville qui se sont mobilisés pour l'instant, mais nous essayons d'étendre notre mouvement aux onze collèges et aux écoles du secteur qui verront également des classes fermer et des postes supprimés à la rentrée prochaine : lettres aux parents et élèves, réunions dans les salles de profs, diffusion de tracts aux grilles des collèges, pétitions, contacts avec les enseignants et parents d'élèves à qui nous avons proposé de se coordonner. Il s'agit pour nous de populariser le mouvement en entraînant le plus largement possible les collègues et les parents d'élèves du primaire et du secondaire, d'autant plus que les syndicats, notamment le SNES, se sont refusés pour l'instant à aider ou soutenir une mobilisation qui déborde largement le cadre syndical et pose le problème d'organiser une riposte d'ensemble contre la politique du gouvernement.
Enfin, nous avons pris l'initiative d'organiser une réunion publique à la fin du mois contre l'école au rabais, pour dénoncer la logique du fric qui prévaut dans l'éducation, et pour affirmer que les élèves ont droit au meilleur de la culture, à une école pour tous. Cette campagne reçoit un écho très positif de la part des parents d'élèves qui refusent de voir l'avenir de leurs enfants sacrifié, de la part des commerçants qui prennent position en mettant notre affiche sur leur vitrine et lors d'interventions faites sur les marchés.
Parallèlement, des contacts ont été pris au niveau académique avec un collectif qui s'est mis en place depuis quelques semaines sur Lille, collectif qui reste embryonnaire mais qui tente de regrouper ceux qui veulent préparer un mouvement d'ensemble dans l'éducation.
Echos d'un meeting dArlette Laguiller ou la campagne à reculons de Lutte ouvrière
Lundi 12, 350 personnes sont venues écouter Arlette Laguiller à Pau, bien plus quau dernier meeting dans cette ville en avril 96 (220 personnes), quand Arlette était venue pour discuter de donner suite à lappel à construire un nouveau parti des travailleurs.
Le topo portait cette fois sur toutes les attaques contre le monde du travail, mais sans jamais se poser le problème des évolutions des consciences qui sont en train de se faire aujourdhui, et des possibilités qui en découlent pour lextrême-gauche de gagner à son programme de nouveaux militants. Non : " affirmer notre indignation, cest lobjectif principal de la liste " nous a-t-elle dit.
En conclusion, Arlette faisait le constat que " ces 3 dernières années, les élections ont montré quil existe dans lélectorat un courant faible encore mais significatif pour sopposer de façon radicale " à la politique du gouvernement et de la bourgeoisie. Mais de perspectives pour ce courant, il nen était pas question : " si par exemple [la liste] dépassait les 10 %, et bien ce serait lexpression dune radicalisation de lopinion [ ] ce sera un avertissement au patronat que le temps où il pouvait imposer de plus en plus de sacrifices aux travailleurs est en passe de se terminer ", deux dames commentant : " tu parles ! il faudra autre chose que ça ".
Les 10 %, " cest la meilleure façon de contribuer à ce que les revendications que nous avançons dans cette campagne électorale deviennent demain les objectifs que la population travailleuse portera en tête de ses luttes ". Quels liens humains, militants, sétabliront ? Ce nest pas le problème de LO, sans doute les idées feront leur chemin toutes seules, par une sorte de spontanéisme bien confortable pour ne pas prendre dengagements avec le public des meetings.
Cest de la salle quont été posés les problèmes de lextrême-gauche et de lavenir. Quelquun sétonnait que pas une seule affiche ou banderole de la salle ne témoigne de la liste commune avec la Ligue ! Un autre posait le problème de la construction dune nouvelle force politique et demandait " comment LO peut contribuer à la création de ce parti qui serait assez radical " ?
Enfin, un comité de soutien à la liste qui sest formé sur Pau, avec un camarade de Voix des travailleurs et des sympathisants dextrême-gauche, sest manifesté dabord pour inviter tous ceux qui voulaient contribuer au succès de la liste à rejoindre le comité, puis pour demander à Arlette : " nest-il pas urgent que les deux organisations sengagent à défendre la perspective dun nouveau parti des travailleurs, comme Arlette Laguiller en avait proposé lidée au soir des élections présidentielles ?".
Mais pour LO, ce qui compte, cest les divergences entre LO et la LCR qui " sont des organisations séparées depuis très longtemps ". Alors, " même si on arrivait à gommer toutes nos divergences, [ ] croyez-vous que les forces additionnées de LO et de la LCR feraient de toute façon un parti qui compterait réellement dans le pays, je ne crois pas. Nous sommes encore deux petits partis, il faut le savoir ". Ajoutant : " bien sûr on va continuer à discuter, mais ce serait malhonnête de vous dire que notre accord porte sur lavenir il porte uniquement sur la plate-forme commune ".
Toujours à reculons, Arlette a dit que " évidemment si demain on connaît une grève générale dans ce pays peut-être que ce seront les travailleurs et la nécessité de la lutte qui nous imposeront un rapprochement plus rapide ", précisant : " il faudrait du sang neuf, un apport important de dizaines de milliers de travailleurs, de jeunes, pour que enfin ce soit [ ] un parti, encore petit mais conséquent avec des gens pour pouvoir trancher nos divergences ". Mais la barre est mise si haut, le sectarisme est tellement aveuglant, quil lui était impossible de voir que le " sang neuf ", lavenir, était dans la salle.