la sale guerre dans l’ex-Yougoslavie



L’indépendance, un droit indiscutable pour le peuple kosovar ; mais quel contenu à cette indépendance et quelle force peut la garantir ?

Pour tous les militants du mouvement ouvrier qui se préoccupent du sort des peuples opprimés, le droit pour un peuple de revendiquer son indépendance et de s’armer pour l’obtenir ne saurait être contesté. Ce droit n’est pas à géométrie variable. Il vaut pleinement pour le peuple kosovar qui subit une oppression qui n’a cessé de s’intensifier à partir de 1981 et surtout depuis la suppression de son statut d’autonomie en 1989 par Milosevic. Le droit à l’indépendance à laquelle aspire le peuple kosovar est d’autant plus indiscutable que, aussi bien les chefs de guerre de l’OTAN que Milosevic et sa clique de tueurs, sont d’accord entre eux pour lui dénier ce droit. A la conférence de Rambouillet, les diplomates de l’OTAN ont parlé hypocritement de lui accorder " une autonomie substantielle ", une façon méprisante d’affirmer que ce peuple kosovar n’est pas majeur et doit être obligatoirement mis sous tutelle d’un Etat et de forces d’occupation étrangères.

L’argument des impérialistes, comme quoi il est impossible de modifier les frontières dans la région en acceptant l’indépendance du Kosovo, ne tient absolument la route puisque ces derniers ont non seulement reconnu l’indépendance de la Slovénie et de la Croatie en 1991, mais aussi celle de la Macédoine. Certes, ils lui ont donné à l’ONU le nom étrange et provisoire d’" ancienne république macédoine de Yougoslavie " afin de ne pas froisser la susceptibilité nationaliste de l’Etat grec (membre de l’OTAN) pour qui seule sa province du Nord a le droit de s’appeler Macédoine ! Sans compter que les Etats impérialistes ne se sont pas gênés pour créer de nouvelles frontières à la conférence de Dayton en 1995, en créant trois entités " indépendantes " au mépris de l’intérêt des populations, en entérinant les rapports de forces entre les différentes bandes nationalistes après trois ans de combats et de massacres dits de " purification ethnique ".

Face aux impérialistes et à leurs marionnettes sanglantes comme Milosevic ou Saddam Hussein, qu’ils n’arrivent pas toujours à contrôler autant qu’ils le souhaiteraient, les révolutionnaires défendent le droit de tous les peuples à disposer d’eux-mêmes, à revendiquer l’indépendance, voire la séparation totale avec un autre peuple. Adopter une autre position reviendrait, d’une manière ou d’une autre à faire des concessions aux puissances impérialistes et aux appareils d’Etat qui assurent des relais musclés à leur domination sur tous les continents.

Pour faire disparaître l’oppression nationale, indépendance de classe et combat internationaliste

Ceci dit, l’indépendance, telle que la conçoivent les différents mouvements nationalistes, n’est pas une solution à l’oppression d’un peuple. Face aux questions nationales non résolues par les révolutions et par le développement historique, il n’y a que deux réponses possibles : celle apportée par les nationalistes et celle apportée par les internationalistes.

En ce qui concerne le Kosovo, dans la mesure où le nationalisme modéré de Rugova et de son parti, la LDK, basé sur la diplomatie et la négociation, a fait faillite du fait de l’intransigeance de Milosevic et du faible appui du camp impérialiste, la place s’est trouvée libérée pour un nationalisme que certains disent radical parce qu’il utilise des moyens armés. En ruinant l’option Rugova qui espérait l’appui des Américains, les grandes puissances ont de fait mis le pied à l’étrier à l’UCK comme " seule et unique représentante " des aspirations à l’indépendance du peuple kosovar. Mais sur le plan social et politique, si l’UCK est plus " radicale " que Rugova, ce n’est pas dans un sens plus progressif, au contraire. Car rien dans ce que mettent en avant ses dirigeants, ni dans le comportement de ses troupes, n’indiquent que l’UCK a l’intention de créer un Etat démocratique, ni un Etat cherchant prioritairement à satisfaire les besoins des couches pauvres de la population kosovare. Rien n’indique que l’UCK est prête à respecter les droits des minorités tsiganes, bulgares, serbes ou autres qui vivent au Kosovo. Une partie de ses dirigeants ont été de fidèles supporters du dictateur albanais Enver Hodja. Pour former ses soldats il y a quelques années, l’UCK a bénéficié de l’aide des services secrets militaires de l’Allemagne et elle s’appuie pour son financement sur les réseaux mafieux albanais en Occident.

L’indépendance du Kosovo étant le point unique du programme de l’UCK, comme première étape vers la " grande Albanie ", elle ne peut s’appuyer en dehors des jeunes qu’elle recrute, que sur la sympathie des Albanais de par le monde, ce qui est notoirement insuffisant pour atteindre leur but qui est de diriger un appareil d’Etat au Kosovo. Se situant dans cette perspective étroitement nationaliste dans un monde dominé par les puissances impérialistes, l’UCK ne peut finalement compter dans l’avenir que sur leur bienveillance à octroyer une telle indépendance. Cette éventualité ne peut être exclue a priori. Mais il est évident que dans ce cas, l’UCK serait utilisée d’abord sur le terrain comme force terrestre, défendant les intérêts de l’OTAN sans réserves. Dans l’hypothèse d’une guerre terrestre, les USA préféreraient armer des fantassins kosovars que d’engager trop ses GIs.

C’est pour allécher les grandes puissances dans ce sens, que les dirigeants de l’UCK, épris de reconnaissance internationale, s’étaient contentés de la promesse de large autonomie qu’elles lui avaient laissée comme os à ronger. Tout se paye par " les petits ", dans un monde dominé par le libéralisme, mais rien ne dit que " les grands " honoreraient les éventuels services rendus par l’UCK.

Mais quel contenu aurait l’indépendance du Kosovo dans un monde dominé par les puissances impérialistes ? Les réticences qu’elles ont à aider de façon efficace les réfugiés donnent un avant goût de ce que serait leur " aide " pour reconstruire le Kosovo. Ce pays a été appauvri de longue date par les républiques les plus riches de Yougoslavie, par les pillages de l’Etat serbe et par les prévarications et dépenses somptuaires des bourgeois et bureaucrates kosovars eux-mêmes.

Les destructions actuelles laisseront un pays dans un état désastreux où la seule indépendance politique apporterait la fin des exactions de l’Etat serbe, mais ne changerait rien au sort misérable de la population. D’autant plus qu’elle pourrait très bien se doubler d’un protectorat militaire occidental (de l’OTAN ou de l’ONU peu importe) comme c’est le cas actuellement pour la Macédoine et pour l’Albanie. A supposer que le territoire ne soit pas, en plus, rogné de sa partie la plus riche par un traité international, le Kosovo indépendant serait probablement plus misérable encore que l’Etat palestinien que veut proclamer Arafat et qui se réduit à une partie de la Cisjordanie et à la bande de Gaza.

L’indépendance du Kosovo qui ne soit pas un leurre ne pourra être obtenue que par l’action combinée des travailleurs et des paysans kosovars et des travailleurs des autres pays environnants. Cela suppose qu’une politique internationaliste soit défendue dans les Balkans battant en brèche le chauvinisme du régime de Milosevic mais n’hésitant pas non plus à mettre en évidence que le nationalisme de l’UCK mène à une impasse et à une soumission aux Etats occidentaux. C’est la classe ouvrière kosovar, serbe et de tous les autres pays des Balkans, qui peut recréer, au travers de sa lutte révolutionnaire, les conditions d’une entente fraternelle et d’une collaboration entre tous les peuples. L’indépendance du Kosovo prendra alors un contenu progressiste et démocratique. Elle sera garantie par l’indépendance de classe des travailleurs kosovars et de tous ceux des Balkans contre toutes les formes de domination et d’oppression des impérialistes et des bourgeois et cliques militaires balkaniques.

Nous pouvons y œuvrer ici même, non seulement en défendant le droit à l’autodétermination du peuple kosovar, en dénonçant les crimes de Milosevic et en dénonçant tous les gouvernements impérialistes qui mènent la guerre aux peuples mais surtout en contribuant à recréer un mouvement ouvrier internationaliste à l’échelle de toute l’Europe.

Le libéralisme, c'est la guerre - La démonstration de force de l'OTAN sème la haine et prépare des révolutions

Les puissances de l'OTAN continuent à mener une guerre aérienne à outrance, tout en menant avec le secrétaire général de l'ONU et les diplomates russes, un petit ballet diplomatique pour faire diversion. Les dirigeants russes dont les médias essaient de faire grand cas comme étant incontournables dans le règlement du conflit, apparaissent de plus en plus pour ce qu'ils sont, des fantoches au service de l'OTAN jouant sans conviction leur rôle de pseudo intermédiaires entre la Serbie et les puissances occidentales.

Les chefs de l'OTAN veulent mener le plus loin possible leur démonstration de force et tout ce qui va à l'encontre est nul et non avenu. Il suffit de relever que l'initiative du révérend et politicien américain Jesse Jackson auprès de Milosevic pour tenter de libérer les trois soldats prisonniers n'était pas du tout du goût des autorités américaines. Que les trois GI restent dans les mains de Milosevic comme victimes du dictateur, aurait parfaitement fait leur affaire mais Jackson a joué les importuns en les ramenant aux USA ! Il n'y avait plus qu'à organiser une cérémonie gigantesque pour les accueillir et pour donner le change.

Donc, pas question de prendre en compte les gestes de Milosevic, la guerre de l'OTAN doit se poursuivre indépendamment des concessions que le dictateur de Belgrade pourrait être amené à faire. A partir du moment où les Chirac et les Clinton ont décrété qu'ils faisaient une " guerre propre ", les bombes qui massacrent en Yougoslavie des populations serbes, hongroises, monténégrines et kosovars sont toutes des bombes démocratiques et humanitaires. De temps en temps, ils lâchent une petite phrase d'excuse pour une " bavure " un peu plus grave qu'une autre, sans qu'il y ait un moment de répit dans le déluge de feu qui s'abat sur ces peuples. Mais toute leur guerre est une bavure monstrueuse, destinée à consolider leur ordre à l'échelle de l'Europe car ils savent que les classes populaires risquent un jour de se révolter contre la poignée de financiers et de privilégiés qu'ils protègent. Par la guerre, ils veulent renforcer le pouvoir de ces gens-là, leur capacité à rançonner l'économie mondiale, à mener leur guerre économique et sociale à coups d'attaques spéculatives en Bourse et de licenciements massifs. C'est une même guerre de classe sous des formes différentes.

Elle amène les dirigeants des Etats riches à se préoccuper des inquiétudes et de l'hostilité que provoque leur intervention militaire parmi les peuples. Dans leurs propres métropoles, la méfiance dans la population est importante et elle a tendance à s'accroître. Mais c'est dans l'ensemble des Balkans que la situation se dégrade politiquement pour l'OTAN, en proportion de la quantité de bombes qu'il déverse. D'ici, il est impossible de savoir si le peuple serbe est si soudé que cela derrière Milosevic, comme des médias complaisants ont essayé de nous le faire croire pour justifier les bombardements. Mais la haine de ce peuple contre les puissances impérialistes sera durable. C'est pour prévenir le risque que cette haine populaire en Serbie, en Voïvodine ou au Monténégro, prenne le caractère d'une mobilisation collective révolutionnaire, que l'OTAN cherche à briser totalement la population. A cela s'ajoutent l'inquiétude et même la colère grandissantes dans les pays limitrophes de la Serbie qui reçoivent des bombes comme en Bulgarie, qui subissent les contrecoups économiques de la guerre et qui risquent d'y être entraînés.

Dans cette configuration sociale potentiellement explosive, les haines nationales ou les méfiances entretenues pour diviser les peuples ne seront pas des barrières intangibles. Elles ne seront pas suffisamment solides pour empêcher une prise de conscience collective parmi les travailleurs de cette partie de l'Europe et au-delà. A savoir que la misère et la barbarie que subissent tous les peuples balkaniques à des degrés divers ont finalement leur origine fondamentale dans les pouvoirs installés à Washington, à Paris ou à Londres, là où se trouvent les grandes places boursières drainant une partie importante des richesses de la planète, là où se trouvent des hommes d'Etat qui ont laissé avec bienveillance les Milosevic et les Tudjman consolider leur pouvoir ignoble.

Une guerre de brigands pour imposer leur ordre, fondé sur la concurrence et le pillage des peuples !

A quels intérêts économiques obéit la guerre des puissances impérialistes américaine et européennes en ex-Yougoslavie ? Comment des bombardements qui détruisent toute l’infrastructure d’un pays, et ruinent son économie, peuvent-ils servir les intérêts des trusts et des financiers qui se tiennent derrière les Etats de l’OTAN ?

Cela nous paraît irrationnel.

Mais ces mêmes puissances qui veulent mettre au pas le dictateur Milosevic pour préserver la " stabilité " de la région, ne sèment-elles pas un chaos et des haines qui ne font qu’aggraver tous les facteurs qui peuvent déstabiliser l’ensemble des Balkans ? C’est tout aussi irrationnel, du point de vue de l'ensemble de la société, humanitaire pourrions-nous dire. Mais l’impérialisme est incapable d’agir autrement, parce que sa logique obéit à des intérêts privés et donc rivaux, à la concurrence pour l’exploitation des richesses et des peuples. C'est pour cela que les politiciens masquent les véritables objectifs auxquels ils obéissent derrière les impératifs formels du droit et de la morale, qui seraient au dessus des intérêts privés. En fait ils en sont la justification et la garantie.

C’est la pénétration des capitaux occidentaux en Yougoslavie, commencée une quinzaine d’années avant la mort de Tito, qui a ravivé les rivalités nationales - la concurrence entre cliques dirigeantes locales pour s’accaparer des privilèges aux dépens les unes des autres -, qui ont abouti à l’éclatement de la Yougoslavie et en ont plongé les peuples dans la guerre civile.

La lutte menée pendant la deuxième guerre mondiale contre l’occupation des armées allemandes avait réuni, sous la direction du Parti Communiste yougoslave, le parti stalinien de Tito, des peuples, que les vieux empires turc et austro-hongrois jusqu’au début du XXème siècle, puis les puissances impérialistes européennes jusqu’en 1945, n’avaient cessé de dresser les uns contre les autres pour faciliter leur domination. Mais le régime de Tito, sous lequel ces peuples ont pu cohabiter sans guerre pendant 35 ans, ne visait qu’à s’assurer une place dans le monde impérialiste, sans remettre en cause celui-ci, même si Tito était loin d’être aux ordres. Or, sur un marché mondial déjà dominé par des bourgeoisies puissantes, il n’y avait plus de possibilité pour la Yougoslavie de développer et de moderniser son économie, ce qui aurait permis de fondre réellement et durablement ces peuples dans un seul ensemble.

D’un autre côté l’indépendance que pouvait se permettre Tito, fort d’un réel soutien populaire, à l’égard de l’URSS, lui permit de faire appel aux capitaux occidentaux, bien plus tôt que n’ont pu le faire la plupart des autres pays de l’Est.

Dans les années 70, comme ils le firent dans tous les pays pauvres, FMI, Etats des pays riches, banques, prêtèrent à l’Etat Yougoslave, qui en retour, achetait en Europe ou aux Etats-Unis, des équipements, des biens de consommation, et offrait des facilités aux investissements occidentaux. Ainsi dans l’automobile, Fiat qui s’est associé à Zastava, mais aussi Renault, Citroën, Alfa Romeo, British Leyland, Mercedes, se sont associés à des entreprises yougoslaves, ou ont installé des usines d’assemblage, pour profiter d’une main d’œuvre moins chère et s’ouvrir le marché yougoslave. De même dans le textile où les entreprises yougoslaves travaillèrent comme sous-traitance d’entreprises occidentales.

L’Etat yougoslave utilisa les emprunts faits à l’étranger pour développer son industrie mais celle-ci ne put trouver de débouchés à ses productions, alors que les marchés dans ces secteurs étaient en train de se saturer. Les exportations yougoslaves, en particulier de métaux non ferreux comme le cuivre, le plomb, le chrome, augmentèrent, mais leur valeur sur le marché mondial diminua dans le même temps où les importations renchérissaient. La dette de l’Etat yougoslave, qui n’était que de 1 milliard de dollars en 69, passa à 21 milliards en 81.

Dans les années 80, cette crise s’aggrava terriblement, le pouvoir d’achat des travailleurs ne cessa de baisser (de 50 % en 89 par rapport à 80), le chômage d’augmenter (15 % de la population active en 1990), l’inflation, la hausse des prix, atteignirent jusqu’à 10 000 % en rythme annuel dans les derniers mois de 1989.

Devenu, dès les années 70, un des " bons élèves " du FMI, l’Etat yougoslave desserra son emprise sur l’ensemble de l’économie, remplaçant une planification par en haut qui organisait les échanges intérieurs par une " décentralisation " que chacune des cliques qui étaient à la tête des républiques ou des régions autonomes de la Fédération mit à profit pour mettre la main sur leurs richesses, et les disputer à l’Etat fédéral, et les plus riches d’entre elles, en particulier la Slovénie et la Croatie renforcèrent leurs liens avec les impérialismes européens, dont surtout l’Allemagne.

Alors que, à la fin des années 80, les grèves ouvrières déferlaient sur tout le pays, les dirigeants locaux, issus de la bureaucratie titiste, convertis à l’économie de marché, se lancèrent dans des campagnes ultranationalistes, utilisant les vieilles haines du passé, pour diviser les travailleurs entre eux, et les dresser les uns contre les autres, allant jusqu’à fomenter, comme Milosevic au Kosovo, des pogromes contre la population albanaise.

L’engrenage de l’éclatement était en route, sous l’œil bienveillant des puissances impérialistes qui, tout en se prononçant officiellement pour le maintien de l’Etat fédéral, avec qui traitait le FMI, encourageaient, au nom du " droit des peuples bafoué par le communisme " titiste, ces nationalismes. C’était pour les trusts et les financiers occidentaux autant de promesses d’une ouverture de la Yougoslavie à leurs capitaux.

D’abord reconnues par l’Allemagne fin 91, les républiques séparatistes croate et slovène, le furent par tous, et si les guerres qui s’en sont suivies, ont suspendu un temps les perspectives immédiates d’investissements et de profits, la reconstruction, à l’aide de capitaux prêtés par des organismes internationaux, tels que le FMI, la Banque mondiale, la BERD, les Etats, ouvre de juteux marchés aux entreprises occidentales.

Les Albanais du Kosovo : sacrifiés lors du découpage des Balkans par les puissances impérialistes, citoyens de seconde zone dans la Yougoslavie de Tito et victimes de la furie nationaliste de Milosevic

Les peuples des Balkans ont connu pendant plusieurs siècles la domination de l’empire austro-hongrois et de l’empire ottoman. Régulièrement, des révoltes ont tenté d’en secouer le joug, mais ils ne s’en libérèrent qu’au XIX° siècle et, pour certains, qu’au début du XX°. Cette lutte obtint le soutien d’autres puissances européennes : la France, l’Angleterre et la Russie. Mais le tsar était animé par la volonté de contrôler l’accès à la Mer noire plus que par l’amour de ses frères slaves orthodoxes, et la liberté de la malheureuse Grèce, si elle enthousiasma nombre de grands poètes, n’était pas l’objectif premier de la Bourse et de la City. L’empire turc chancelait, il s’agissait de s’en partager les dépouilles.

Le sort des peuples fut réglé par des traités entre grandes puissances, à Berlin (1878), à Londres (1912) et à Versailles (1919), sans qu’ils n’aient leur mot à dire. En 1913, après les guerres balkaniques, dont la première chassa définitivement les Turcs d’Europe (à l’exception d’Istanbul) et dont la seconde opposa la Bulgarie à la Grèce et à la Serbie, les frontières furent tracées par une commission nommée par les grandes puissances. Ce furent des frontières artificielles, qui ne correspondaient ni aux découpages territoriaux existant au sein de l’empire ottoman, ni aux différentes cultures, langues et religions, et encore moins, bien entendu, au libre choix des peuples. De ce fait chaque pays comprenait des minorités nationales qui auraient préféré un autre sort.

C’est de cette époque que date la division des Albanais entre plusieurs Etats. L’Albanie indépendante, après le dépeçage organisé par les grandes puissances, ne conserva que la moitié du territoire qu’occupaient les provinces albanaises au sein de l’empire turc. La Serbie revendiqua et obtint le Kosovo, ainsi que la Macédoine, dont le nord était majoritairement peuplé d'Albanais. D’autres territoires furent attribués à la Grèce, à la Bulgarie et au Monténégro. Le partage se fit donc au bénéfice des Etats orthodoxes au détriment d’un peuple qui avait été islamisé sous l’empire ottoman, et dans lequel les puissances européennes voyaient un allié moins sûr.

Le traité de Versailles confirma la division des Albanais. Les Kosovars furent intégrés contre leur gré dans la première Yougoslavie, le " royaume des Serbes, Croates et Slovènes ", qui allait rapidement subir la dictature d’Alexandre 1er. Avec la complicité de l’Angleterre et de la France, la monarchie imposa la suprématie des Serbes sur les autres peuples, dans le même temps qu’elle écrasa le mouvement ouvrier qui commençait à s’organiser. Le nationalisme grand-serbe, qui exaltait le souvenir de la grandeur de la Serbie médiévale et la vocation de la Serbie moderne à dominer à nouveau les Balkans, connut une grande vogue parmi la bourgeoisie et de nombreux intellectuels. Au nombre de ses leitmotivs, la reconquête du Kosovo, ce berceau de la Serbie historique où se trouvent les plus vieux monastères orthodoxes, occupé par les Albanais musulmans. Un projet d’expulsion des Albanais vers la Turquie connut même un début de réalisation, avant d’être interrompu par la deuxième guerre mondiale : la " purification ethnique " n’est pas une idée neuve.

Occupée par les armées allemandes et italiennes, la Yougoslavie fut divisée entre des Etats fantoches, dont les gouvernements étaient au service des fascistes. En Croatie, celui d’Ante Pavelic, chef du groupe terroriste et fascisant des Oustachis, organisa l’épouvantable massacre de centaines de milliers de Serbes, ainsi que d’opposants croates. Les Tchetniks, partisans du gouvernement royal exilé à Londres et du nationalisme grand-serbe, exercèrent de sanglantes représailles contre la population croate, et si leurs victimes furent nettement moins nombreuses c’est qu’ils n’avaient pas l’appui d’un appareil d’Etat.

Après de telles horreurs, la nouvelle Yougoslavie de l’après-guerre apparaît comme un havre de paix et de concorde entre les peuples. Tito et les dirigeants du Parti communiste yougoslave, qui avaient combattu à la fois les nazis, les Oustachis et les Tchetniks, ont voulu briser cette logique d’affrontement entre les nationalités. Cependant la nouvelle conscience nationale yougoslave, née dans la lutte de libération, ne fut pas exempte des travers nationalistes et hégémonistes. On ne demanda pas l’avis des peuples non slaves (Albanais, Hongrois, Italiens…) qui furent intégrés de force dans la fédération, raison pour laquelle ils n’ont pas figuré au rang des " nationalités constitutives " (les Musulmans de Bosnie, qui sont des slaves islamisés, obtinrent ce statut en 1961). 350.000 Italiens, qui étaient loin d’être tous des fascistes, abandonnèrent Fiume et l’Istrie. Quant aux Albanais du Kosovo, qui souhaitaient se réunifier avec l’Albanie, pourtant promise elle aussi à un destin " socialiste ", ils furent brutalement réprimés à la fin de la guerre par l’armée de libération.

Pendant les années qui suivirent, le régime titiste traqua toutes les manifestations de nationalisme albanais au Kosovo, et plus durement encore après la rupture avec Enver Hodja, le chef d’Etat albanais, qui s’était rangé du côté de Staline contre le Parti communiste yougoslave. Ce n’est qu’après l’intervention soviétique en Tchécoslovaquie que, les gouvernements yougoslave et albanais ayant renoué des relations, la situation des Kosovars s’améliora et qu’ils purent bénéficier d’une certaine autonomie au sein de la république serbe. Cette autonomie fut élargie avec le statut que leur accordait la Constitution de 1974.

Dans l’histoire de la République socialiste et fédérative de Yougoslavie, il n’y eut guère qu’une quinzaine d’années pendant lesquelles les Albanais du Kosovo purent jouir de droits politiques et culturels qui les mettaient sur le même plan que les autres nationalités. Ces possibilités, ainsi que le caractère repoussant de la dictature d’Enver Hodja, firent reculer l’indépendantisme et la volonté de réunification avec l’Albanie au profit de la revendication d’une république du Kosovo dans le cadre d’une fédération yougoslave. Mais cette revendication, qui était au centre de la grève insurrectionnelle de 1981, durement réprimée, fut toujours rejetée.

Lorsque Milosevic, le démagogue que la bureaucratie serbe avait choisi pour défendre ses intérêts, reprit à son compte les délires du chauvinisme grand-serbe, c’est contre les Albanais du Kosovo qu’il engagea sa croisade. Ces derniers furent confrontés à une campagne haineuse, à l’occupation militaire de leur province, à la dissolution de leur parlement et à l’abrogation du statut d’autonomie. Dès lors la revendication d’un statut de république devenait bien plus irréaliste que celle d’indépendance, qui fut plébiscitée par les Kosovars lors du référendum clandestin de 1991.

Cette indépendance est-elle crédible aujourd’hui, alors que l’armée serbe a chassé plus du tiers de la population du Kosovo et que l’intervention impérialiste de l’OTAN vise à imposer un protectorat avec une occupation militaire permanente ? Les conditions de la lutte des Albanais du Kosovo se sont incontestablement dégradées. Mais dans le même temps la reconnaissance de leur droit à l’indépendance est un préalable à toute solution durable, car la possibilité de reconstruire une solution fédérale, dans un cadre nécessairement plus large que celui de l’ex-Yougoslavie, ne peut être ouverte que si tous les peuples concernés y adhèrent en toute liberté.

Kosovo : Arrêt des bombardements, Aider les peuples des Balkans

La solidarité du monde de travail commence à s'organiser en France aussi pour les travailleurs des Balkans. Comme première étape, un convoi syndical se prépare pour début juin pour les camps des réfugiés Kosovars.

Il répondra à l'Appel d'Agim Hyseni, président du syndicat d'Education du Kosovo, pour aider ce syndicat à reconstruire le système d'éducation dans les camps. Agissons dans nos syndicats pour que la solidarité active des travailleurs puisse s'exprimer !

Un secrétariat se met en place pour tout cela, au nom de " CONVOI SYNDICAL BALKANS ", e-mail : csb@ras.eu.org, fax 01 44 62 12 43, le " siège " est au syndicat de la DMT/SUD (le syndicat des chauffeurs de la Poste), 23 rue de la Mare, Paris 20ème.

Chaque jour qui passe, la guerre au Kosovo aggrave la situation des populations civiles déjà largement touchées par les années de guerre larvée et de privations provoquées notamment par les dirigeants nationalistes serbes.

La responsabilité de l'Union Européenne et des USA via l'OTAN est écrasante : loin d'aider la population du Kosovo, les bombardements ont permis au gouvernement serbe d'intensifier l'épuration ethnique et de multiplier les massacres au Kosovo tout en réprimant les opposants serbes et en ressoudant autour de lui la population de Serbie dans un réflexe de défense nationaliste.

Nous demandons :

- l'arrêt immédiat des bombardements de l'OTAN,

- le retrait des troupes serbes du Kosovo, le retour des réfugiés et la recherche d'une solution politique qui passe obligatoirement par la prise en compte des aspirations du peuple kosovar et le respect de son droit à l'autodétermination dans un Kosovo pluri-culturel,

- l'accueil des réfugiés qui le souhaitent et leur libre circulation dans tous les pays d¹Europe.

Dans ce contexte de guerre et de montée des nationalismes dans l'ensemble des Balkans, l'expression autonome de la société civile, des syndicats et des associations est un élément décisif pour le maintien et le développement de liens entre les communautés basés sur le dialogue et les valeurs démocratiques et pour la reconstruction de solidarités et de luttes sociales dépassant les clivages entre les peuples.

Nous prenons contact avec les syndicats indépendants du Kosovo, de Serbie,de toutes les parties de l'ex-Yougoslavie et des Balkans pour étudier avec eux la forme concrète que peut prendre notre solidarité.

le 3 mai 1999, SUD-PTT, SUD-Education, CGT-ONIC, SOB (Secours ouvrier pour la Bosnie), CNT