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ACH : les représentants du gouvernement bloquent les négociations, les travailleurs, eux, bloquent le port

Bien qu’une forte minorité de travailleurs aurait préféré renouveler une action de blocage du port, la proposition de la CGT de faire une opération péages gratuits au niveau des ponts de Tancarville et de Normandie l’avait emporté mardi 15. Justification : demander de l’argent aux automobilistes pour financer une " montée " à Rouen. Ce fut le cas au-delà des espérances : mercredi 16, près de 400 000 F ont été collectés.

Jeudi 17, 500 travailleurs des chantiers ont donc défilé dans les rues de Rouen, perturbant la manœuvre du médiateur et du préfet qui pensaient être plus tranquilles à Rouen. Vendredi, en assemblée générale, les délégués CGT exposaient que les négociations étaient dans l’impasse. Le seul directeur présent sur le chantier était prié de quitter les lieux et de contacter le gouvernement. Il est parti sous les quolibets et sa Safrane a un peu souffert au passage.

C’est le bras de fer final et le gouvernement utilise tous les moyens classiques dans ce type de situation. Bove, le médiateur, menace de jeter l’éponge. En même temps, il fait le chantage suivant : pas d’achèvement du 1er chimiquier et de finition du 2ème = pas de plan social = le dépôt de bilan, ou bien même : pas de signature rapide du plan = pas de chèque du gouvernement pour les salaires fin juin.

On en était là le week-end. Lundi matin à 4 heures, un groupe de salariés des chantiers se retrouvait à l’écluse François 1er, point névralgique du port que les CRS avaient réussi à évacuer deux semaines auparavant. A la reprise du travail aux chantiers à 7 heures, la CGT n’a pas pu faire autrement que d’appeler les autres travailleurs à les rejoindre… mais aussi à se disperser au niveau de deux carrefours d’accès au port et au pont de Normandie. L’écluse François 1er occupée, les portables des délégués ont commencé à sonner. Ultime chantage : il n’était pas question pour Bove et consorts de reprendre les négociations sous la pression. Sept navires sont restés bloqués en amont de l’écluse François 1er ou au large, dont des porte-conteneurs de la CGM et de Delmas. Ces gens-là ont bénéficié de toute la célérité du sous-préfet qui a vite contacté les responsables CGT. C’est quand ils étaient prêts à accepter le marché " levée du blocage de l’écluse contre reprise des négociations " que les 150 travailleurs qui avaient bloqué dans la nuit de lundi à mardi votaient la continuation du blocage et ce n’est que sous la pression des CRS qu’il a été levé à 7 heures.

Ce blocage a donné aux représentants de l’Etat et aux patrons de l’agglomération une leçon salutaire. Mais il y en a d’autres qui ont peur : ce sont les hommes politiques locaux qui ont prévu en juillet à Rouen et au Havre " l’Armada du siècle ", rassemblement de bateaux qui doit attirer des centaines de milliers de touristes. Tout le monde sait maintenant que les travailleurs des ACH seront à leur manière de la partie et Bove laisse clairement entendre qu’une rallonge du plan social ne serait possible… que si les festivités se passaient dans le calme : encore du chantage ! S’ils veulent le calme, tous ces hommes politiques et le gouvernement savent ce qu’ils ont à faire : entre autres, garantir des congés de conversion de 10 mois, de vrais reclassements, avec un salaire minimum garanti de 7500 F net et verser 350 000 F d’indemnités pour tous.

SATELEC - Pierre Rolland (banlieue bordelaise) : Le patron nous fait payer son entrée en Bourse ratée

Depuis l'annulation du 12 mai dernier de l'entrée en Bourse (voir VDT n° 91), le patron affirmait que de toute façon, les 257 millions de francs de chiffre d'affaires prévus pour l'année 99 devaient à tout prix être atteints " pour conserver la confiance des actionnaires et des banquiers ".

Lundi 14 juin, lors d'une réunion avec un responsable de production, nous apprenions qu'actuellement le chiffre en est à une moyenne de 248,5 millions, soit un manque, comparé au budget, de 5,5 millions, mais supérieur par rapport à l'année précédente de 17,5 millions.

La direction a donc décidé de baisser les budgets de fonctionnement des services et les primes d'objectifs des cadres, ce qui représenterait une économie de 4,5 millions.

Pour le dernier million, la direction nous fait un véritable chantage à l'emploi. pour éviter d'avoir recours à un plan social, dit-elle, nous devons nous désister de notre sixième semaine de congés - obtenue depuis début 97 dans le cadre de la loi Robien - et ceux qui ne seraient pas d'accord seraient tout simplement licenciés. Cette sixième semaine étant supprimée, la société n'aurait plus besoin de la provisionner, et ferait une économie comptable de 1 million.

D'après le patron, si l'on refuse, c'est que l'on ne s'intéresse pas à la société et donc nous n'aurions rien à y faire. Et pour être aussi cynique, le responsable de production nous dit que quand la société marche bien, nous touchons la participation aux bénéfices et donc c'est normal que les salariés fassent un sacrifice quand elle est en difficulté.

Nous avons été plusieurs à exprimer notre désaccord et le sentiment général est que le patron n'en a jamais assez. A chaque fois que les patrons nous donnent le " choix " entre les mesures économiques ou le licenciement, on finit toujours par avoir les deux. C'est ce qui s'est déjà passé, il y a quelques années lorsque le patron demandait aux salariés de placer leurs participations aux bénéfices en actions Satelec - toujours sous peine de licenciement - pour effectuer un RES (Rachat d'entreprise par les salariés) en 1990. Le plan social est arrivé après, en 1992-93 où il y a eu une quinzaine de licenciements secs.

Personne n'est dupe, nous savons que le patron nous attaque pour augmenter ses profits et que l'année prochaine, il en voudra plus et qu'il n'hésitera pas pour cela à recourir à des suppressions de postes.

Aussi, une idée fait son chemin, celle de la nécessité de nous organiser collectivement pour faire face aux mauvais coups du patron.

Echo d’une réunion du comité de quartier des Aubiers (Bordeaux-Nord)

Nous vivons dans le quartier des Aubiers qui est une grande cité ouvrière un peu en dehors de la ville, sans aucune animation pour les jeunes et surtout où il y a un fort taux de chômage. Il y a régulièrement des dégradations, des agressions et des incendies de voitures. Vendredi 4 juin dans la nuit, le commissariat a été incendié et les appartements situés juste au-dessus ont dû être évacués. Juppé, maire de Bordeaux, tout juste sorti du conseil communal de prévention de la délinquance, en a profité pour s’inviter à la réunion de quartier qui se tenait le 8 juin. Il était flanqué du commandant en chef de la police de proximité et du substitut du procureur de la République. On a quasiment eu droit à un compte-rendu militaire de la situation aux Aubiers, de l’état des arrestations des 5 jeunes de la cité accusés par Juppé d’être les auteurs de l’incendie et d’être " un gang criminel ", écroués le soir même de l’incendie et passibles de 20 ans de prison. Il a fait appel à la délation pour dénoncer d’autres jeunes qui sont toujours montrés du doigt. Juppé s’est vanté d’avoir créé depuis janvier 5 postes de policiers supplémentaires aux Aubiers et il a annoncé que désormais le poste de police serait ouvert jusqu’à 23h. Il a confirmé qu’il y aurait dès le 1er juillet un centre de loisirs pour les jeunes dans la cité animé par… des policiers.

La parole a été donnée ensuite à la salle. De nombreuses personnes sont intervenues pour exprimer leur désarroi face au délabrement, à l’abandon de la cité. Elles demandaient plus de sécurité, dénonçant la police qui " laisse toujours la situation dégénérer avant d’intervenir ".

D’autres demandaient des comptes sur le relogement des habitants dont les appartements avaient été endommagés par l’incendie. Alors que Juppé avait affirmé que tout le monde avait été relogé, il a été plusieurs fois pris à partie par des habitantes qui disaient que c’était un mensonge et que si certains avaient été relogés, c’était grâce à leur famille. L’une d’entre nous est intervenue s’adressant à Juppé en lui disant qu’il avait été lui-même premier ministre du gouvernement précédent qui, comme tous les gouvernements successifs au service des patrons sont responsables du chômage, de la misère et de la dégradation des conditions de vie dans les quartiers et ensuite veulent rendre coupables à nos yeux les jeunes qui en sont victimes pour nous faire accepter qu’ils soient matés par la police.

Des jeunes ont pris le micro pour dire, en s’adressant au procureur, que les jeunes arrêtés avaient un alibi et que la justice n’en avait pas tenu compte. Un autre a dit qu’il faudrait un centre social pour eux et rien que pour eux. Les jeunes n’ont pas voulu rendre le micro et du coup Juppé a déclaré la réunion terminée.

A la sortie, les discussions étaient chaleureuses. Nous étions quelques uns à penser que plus de flics ne résoudraient rien et que c’était un problème d’une société malade du chômage. Une jeune a dit alors : " Juppé n’a pas répondu au problème politique réel : le chômage ". Nous nous sommes donné rendez-vous à la prochaine réunion de quartier, convaincus que c’est ensemble, les habitants de la cité, que nous trouverons les solutions à nos problèmes contre la politique des patrons et des politiciens comme Juppé qui quittent quelques instants leurs salons feutrés pour venir nous servir leur poison démagogique anti-jeunes et sécuritaire.

Economies à la Sécu : la CFDT main dans la main avec le gouvernement

Pour faire adopter son plan de restrictions à la Sécu, le gouvernement a trouvé un allié de poids avec la CFDT. Ce plan élaboré par le directeur de la CNAM, Johannet, est défendu avec force par Jean-Marie Spaeth, président de la CNAM et par ailleurs n°2 de la CFDT.

Dans les publications destinées aux militants et administrateurs des caisses de Sécu, ce plan qui s’attaque aux " mauvais " assurés, aux " mauvais " médecins en prescrivant des mesures restrictives de soins, est vanté comme un plan idéal qui permettra d’augmenter les économies. Un spot publicitaire du même tabac est par ailleurs diffusé sur les antennes.

Dans une interview à Libération, Jean-Marie Spaeth le justifie. Pour lui, ce plan est nécessaire parce que 25 % de la population renoncent à se soigner faute de moyens financiers. Ce " syndicaliste " n’accuse pas les licenciements et le chômage, responsables d’un important manque à gagner pour la Sécu, pas plus que les exonérations de cotisations pour les patrons. Loin de lui l’idée de s’attaquer aux racines du mal. Il propose de s’attaquer à certains soins pour résoudre les problèmes. C’est ainsi qu’il s’en prend aux veinotoniques, médicaments destinés à soigner certaines maladies d’origine veineuse. Sous prétexte de meilleure qualité des soins il veut en fait supprimer certains remboursements. Et comme il semble trouver le gouvernement laxiste, il propose que ce soit la CNAM qui définisse les règles du jeu. On peut lui faire confiance, il saura s’y prendre d’autant que, pour lui, la discussion sur l’étatisation ou non de la Sécu n’est qu’un débat " théologique " sans importance.

En son temps la CFDT avait soutenu le plan Juppé, maintenant elle demande que l’Etat lui laisse les mains libres pour faire encore pire.

A la Poste, petits boulots et précarité généralisés

La Poste est depuis des années à la pointe pour imposer la flexibilité et la précarité aux salariés qui travaillent pour elle. 71 000 " postiers " sont des contractuels relevant du droit privé, sur 310 000 salariés au total, presque un quart ! A comparer au recrutement par concours de 3 000 fonctionnaires pour les deux années à venir.

Sur ces 71 000 travailleurs, 14 500 seulement sont à temps complet, tandis que 7 600 travaillent moins de 800 heures par an, moins d’un mi-temps, et ne peuvent pas avoir accès aux couvertures sociales minimum.

La direction de la Poste propose actuellement un accord aux syndicats pour augmenter jusqu’à 800 heures les horaires de 4 000 d’entre eux, 4 000 personnes condamnées à survivre avec un demi-salaire. Quant aux autres, la Poste prétend que ce sont des agents d’entretien qui passent nettoyer une heure ou deux dans les bureaux de campagne et qui n’en veulent pas plus !

Autre volet de cet accord : 12 000 contractuels se verraient proposer de passer à temps plein, tandis que 5 000 travaillant aujourd’hui entre 35 et 38 heures par semaine seraient considérés comme travaillant à temps complet, avec la réduction du temps de travail.

Dans le contexte où la Poste cherche à imposer localement, bureau par bureau, centre de tri par centre de tri, ses projets sur les 35 heures qui, partout, se traduisent par des attaques sur les conditions de travail, par des suppressions de postes, des allongements de tournées, sans réelle augmentation des effectifs, elle aimerait pouvoir se donner une image sociale avec ces mesurettes. Pas de quoi faire oublier l’exploitation sans vergogne des travailleurs en situation précaire, ni la politique de division menée sans relâche depuis des années. Au contraire, cet accord révoltant ne peut manquer d’attiser la colère des travailleurs de la Poste.

Franck Coleman

Renault-Cléon : La direction peine à faire passer son accord sur les 35 heures malgré l’appui de certains syndicats

La direction de Renault-Cléon a tiré les leçons des premiers débrayages contre l’accord local sur les 35 heures qui avaient réuni 1000 grévistes le 1er et le 4 juin. Après avoir proposé 16 samedis obligatoires et gratuits dont la moitié dans l’équipe du soir (13h30-21h30), la direction a finalement remballé les 8 samedis du soir et ne propose plus que " 8 samedis du matin par an ". La " période haute " sera au maximum de 27 semaines par an et alternera semaines du matin de 4 jours glissants sur les samedis et semaines du soir de 5 jours pour les 3000 ouvriers en équipe 2x8 et en nuit. L’équipe dite " en normale " (hiérarchie, techniciens, méthodes, bureaux, c’est-à-dire 1500 personnes) aura aussi son lot de 8 samedis par an avec des semaines de 5 jours.

La direction a beau jeu d’annoncer 225 embauches pour les 35 heures… mais cela ne fait pas le compte ! En décembre dernier, lors de l’annonce de la fermeture de Rimex, l’usine mexicaine de Renault, la direction avait justifié le transfert de production de moteurs vers Cléon en promettant 250 embauches. Personne n’en a encore vu la couleur… Alors, ces 225 emplois ce sont ceux de Rimex. Cela veut dire concrètement que pour les mesures d’âge dans l’automobile (1171 personnes âgées de 51 ans et plus concernées par un départ d’ici 5 ans) comme au titre des 35 heures, il n’y a aucune embauche.

Le retrait des samedis après-midi et la collusion notoire entre la CFDT et la direction expliquent le faible nombre de participants (600 et 300) aux débrayages des 8 et 16 juin. Seule une fraction de travailleurs combatifs a répondu présente à ces deux débrayages, sans pouvoir peser sur les travailleurs qui se satisfont momentanément de ce premier recul de la direction. Celle-ci avait mis la barre d’autant plus haute (16 samedis) qu’elle se donnait ainsi une marge de manœuvre plus grande. Dans leur majorité, les salariés de l’usine sont bien conscients que s’ils ne s’étaient pas mobilisés dès le début des " négociations " locales, la direction aurait essayé de faire passer l’ensemble de son projet. L’attitude pitoyable de soumission des syndicats CFDT et FO, rivalisant dans la collaboration de classes, est rejetée massivement par les travailleurs (… au point que la CGC se permet d’annoncer qu’elle n’est pas sûre de signer l’accord). Face à un tel front patron-syndicats-gouvernement, ils ont jugé que l’épreuve de force s’avérerait difficile avec Renault sur la mise en place de la flexibilité. Mais si, pour l’instant, la direction n’a quasiment rien cédé, les débrayages sont un premier succès, notamment parce qu’ils ont redonné dans l’usine le goût de l’action collective. Ils ont permis aussi de poser des jalons pour un avenir proche car d’ici deux ans tous ces horaires seront sûrement bouleversés vu les prévisions de production : pour les seuls moteurs F et G, il est prévu de passer de 3600 par jour à 5400 en 2001.

Cette semaine, la CGT, syndicat majoritaire à Cléon (près de 80 % dans le collège ouvrier) organisait une consultation pour ou contre la signature de l’accord local et la réouverture de négociations. Sans illusions, mais avec la volonté de dire ce qu’ils pensent, 2187 travailleurs ont voté, dont 2033 contre.

Même si la direction obtient dans la dernière ligne droite le ralliement de la CFDT et de FO, ces chiffres et toutes les mobilisations ont prouvé que les travailleurs ne se satisfont pas de ces nouveaux horaires.

Grève pour l’embauche en réanimation cardiaque (CHU de Bordeaux)

Au service de réanimation cardiaque, à l’Hôpital-sud de Pessac, nous sommes en grève depuis vendredi 18 juin pour l’embauche de personnel et pour dénoncer nos conditions de travail qui ne permettent plus d’assurer la sécurité des malades. Le manque de personnel est tel qu’à la moindre absence on nous rappelle sur nos jours de repos, on demande à celles d’entre nous qui travaillent de nuit de venir dépanner le jour et vice-versa. Et au manque de personnel s’ajoute le manque de lits. C’est en permanence maintenant que des lits sont rajoutés dans les box exigus prévus pour un seul, avec tous les problèmes que ça entraîne si un malade pose un problème grave, ce qui n’est pas rare en réanimation. De plus nous manquons de matériel, parfois indispensable à la sécurité des malades. Quant aux locaux, dans ce service soi-disant de pointe, ils ne sont plus adaptés et n’ont jamais été refaits depuis l’ouverture, il y a 21 ans : il y a des fuites d’eau, le lino se déchire, le ciment part en poussière, et le revêtement du plafond tombe sur les malades…

Aussi, après s’être adressés à plusieurs reprises à la direction, nous avons voté la grève à 55 sur 59 présents pour exiger l’embauche d’infirmières et d’aides-soignantes, pour que les locaux soient rénovés et agrandis et pour obtenir du matériel.

Nous avons affiché des tracts dans le bâtiment pour expliquer les raisons de notre grève aux malades en attente d’intervention et aux familles, ainsi qu’à nos collègues des autres services car nous savons que ces problèmes se posent partout et que la direction craint que notre lutte fasse tache d’huile. Une partie de l’encadrement, voulant croire que nous ne tiendrions pas, a essayé de nous culpabiliser et s’est empressée de faire disparaître nos tracts.

Mais mardi, sur l’invitation de la CGT et de la CFDT, nous sommes allés à une dizaine au Comité technique d’établissement pour demander des comptes aux directeurs. Alors qu’avant la grève le directeur de l’Hôpital-sud nous avait reçus de façon arrogante, répondant entre autres au patron du service qui nous soutenait qu’il n’en avait rien à faire de ce qu’il pensait, là, les directeurs avaient bizarrement changé de ton. Ils ont dit nous " comprendre " mais ne pouvoir rien de plus que ce qu’on nous avait déjà promis : l’embauche de 2 infirmières début juillet et une en septembre, sans qu’on sache pour combien de temps, et rien pour les aides-soignantes. Par contre ils nous ont annoncé l’organisation d’un audit par une société privée pour " mesurer notre charge de travail "… audit qui coûterait, d’après eux, entre 30 et 40 000 F. Comme quoi ils savent trouver de l’argent pour financer une entreprise dont le but est, comme le disait un camarade, d’" étudier les besoins et expliquer à la direction comment s’en passer ".

Dès la sortie du CTE, nous avons appelé des radios et la presse pour leur demander de rendre compte de notre mouvement, avant d’aller rejoindre nos camarades du service pour décider de la suite…

CHU de Rouen : Grève pour respirer

Depuis près de 20 ans, Madame Janvresse, est connue au CHU de Rouen, comme une chef de service qui persécutait, harcelait, humiliait le personnel de la Virologie. Son attitude intolérable a été la cause de nombreuses dépressions, démissions, mutations (une cinquantaine environ) de la part du personnel qui a eu l’occasion de la côtoyer. Sa réputation dépassait largement les murs du labo qu’elle avait en charge. La direction a toujours été au courant de la situation, mais quand il s’agit de médecins et encore plus au grade de professeur, ils seraient, paraît-il, intouchables. Un audit avait été demandé par la direction pour tenter de trouver une solution à ce problème. L’audit " maison " concluait à une exiguïté des locaux et un manque de qualification en personnel médical qui seraient responsables d’un manque de dialogue.

Il était impossible de continuer à travailler dans ces conditions, c’est pourquoi le personnel du service s’est mis en grève à 100 % plus d’une semaine à partir du lundi 7 juin. La grève était totale et le personnel du labo de virologie a demandé le soutien du reste du personnel. Rassemblements, réunion d’information à l’ensemble du personnel, rendez-vous à la direction mercredi et à nouveau vendredi, recueil de témoignages écrits de personnels racontant ce qu’ils avaient vécu, le tout bien relayé par la presse locale et la télé, pétition largement signée… Il a fallu plus d’une semaine de grève pour que ce qui paraissait impensable se réalise enfin : le départ de Mme Janvresse, qui a été sommée de prendre des vacances sur le champ et de s’aérer pendant un mois le temps que les différentes instances officialisent le regroupement du labo de virologie avec le labo de bactériologie, ce qui fait qu’elle ne sera plus responsable. Le personnel mettait comme condition à la reprise du travail le fait que Madame Janvresse ne travaille plus dans les locaux avec eux. Un nouvel audit a été réclamé et a eu lieu le 15 juin par un professeur de virologie de Paris qui conclut à des techniques d’analyses dépassées, de multiples analyses réalisées alors qu’elles n’étaient pas demandées, un gâchis énorme très, très coûteux.

Le personnel du labo peut être fier de souffler maintenant et sa tranquillité, il ne la doit qu’à son action déterminée et massive.

Il fallait le faire ! Personne ne la regrettera.

Maquis des lois, irresponsabilité des Etats et absurdité des frontières : l’exemple de la situation d’un travailleur immigré apatride

Il y a peu, lors d’une assemblée générale des collectifs de Sans-Papiers et de soutien du Havre, une camarade de l’ASTI du Havre, Association de Soutien aux Travailleurs Immigrés, a raconté le cas de ce travailleur. Il constitue un exemple parmi des milliers d’autres cas qui relèvent du même mépris, de la même inhumanité de la part des Etats.

B. est né en Algérie en 1960, de parents marocains. En 1974-75 commence le conflit du Sahara entre l’Algérie et le Maroc. Il est expulsé d’Algérie avec ses parents, comme des milliers d’autres Marocains. Au Maroc, la famille fait l’objet de soupçons et de tracasseries de la part de l’Etat marocain. Ses parents décident donc d’émigrer en France en 1976. B. grandit en France. A 18 ans, un petit délit lui vaut de la prison ferme. L’arrêté de reconduite à la frontière pris contre lui en 1979 n’est pas appliqué. Après la prison, il devient donc un Sans-Papier. Sa famille, elle, obtient des papiers. Certains de ses frères et sœurs obtiennent même la nationalité française. En 1990, B. veut se faire reconnaître comme apatride, car ni l’Algérie, ni le Maroc ne veulent lui accorder la nationalité… quant à la nationalité française, il n’y pense même pas ! Il obtient son statut d’apatride en 1992. Eté 1997 : les lois Chevènement l’obligent à faire les démarches nécessaires pour obtenir un titre de séjour. Il entame des démarches pour la régularisation de sa situation, mais à la Préfecture, un fonctionnaire lui confisque sa carte d’apatride et lui notifie son arrêté d’expulsion qui, rappelons-le, date de 1979 ! Il est donc expulsé vers l’Algérie. Mais l’Etat algérien ne veut pas de lui et après avoir passé 40 jours au commissariat en Algérie, il est expulsé vers la France. De retour en France, il prend 6 mois de prison pour refus de justification d’identité : évidemment, il n’a plus de justificatif, sa carte d’apatride lui ayant été confisquée. B. est placé en rétention au centre d’Arenc, près de Marseille, connu pour ses conditions de séjour particulièrement difficiles et les tentatives de suicides d’Algériens menacés d’expulsion vers l’Algérie. L’Etat français entame des négociations avec le Maroc, l’Algérie, en vue de son expulsion, mais aussi avec la Tunisie… Aux dernières nouvelles, le ministère de l’Intérieur a promis une suite favorable à son dossier. B, qui a eu à faire avec toutes les politiques françaises vis-à-vis des immigrés depuis 25 ans, aurait des raisons d’être plutôt méfiant !

CRAM - ROUEN : Elections du CHS : la démocratie n’est pas à l’ordre du jour

En avril, devaient avoir lieu les élections pour désigner le nouveau CHSCT. Lors de ces élections, la direction avait pris les choses en mains pour imposer un mode de scrutin qui favorisait la CGT au détriment de la CFDT et de FO. Elle avait même refusé la présence des représentants de ces syndicats avec l’accord de la CGT. Malheureusement pour elle, le tribunal d’instance de Rouen a annulé ces élections en condamnant l’absence de neutralité de la direction et en rappelant les règles légales en la matière. Lors du procès, la CGT avait pris fait et cause pour la direction.

La CFDT et FO avaient proposé publiquement aux autres syndicats de se mettre d’accord pour respecter les règles et la démocratie. La CGT a refusé purement et simplement mais s’est bien gardée de rien écrire à ce sujet. Aussi mardi 22 juin, une nouvelle élection avait lieu. La direction n’était pas présente pour ne pas être accusée d’ingérence. Par contre, la CGT a pris les choses en mains avec beaucoup d’arguties juridiques et a montré beaucoup de hargne pour ne pas respecter les textes juridiques et détourner le jugement du tribunal de Rouen (qui lui donnait pourtant tort). Une seule chose l’intéressait : obtenir la majorité coûte que coûte et éliminer la CFDT. Si les élections avaient eu lieu selon les règles, la CGT n’aurait pas été majoritaire. Elle a donc passé outre aux remarques et protestations des autres syndicats pour organiser un mode de scrutin qui lui donnait la majorité absolue. La CFDT et FO ont donc décidé de refuser de prendre part aux élections, ce qui n’a pas empêché la CGT de faire comme si de rien n’était et de s’attribuer tranquillement tous les sièges au CHSCT ! Elle a tout juste fait grise mine lorsque le responsable de la CFDT a déclaré que " si le mur de Berlin était tombé, il subsistait dans certains esprits mais que cela n’empêcherait pas le combat pour la démocratie syndicale de continuer ".

Si dans le personnel toutes les subtilités " techniques " ne sont pas comprises, il n’empêche que beaucoup comprennent qu’il y a là un problème de démocratie qui les concerne et ils sont indignés par la collusion entre la CGT et la direction.

Accord sur les 35 heures à Solectron : la direction impose une baisse de salaire et généralise la flexibilité

Le 21 mai, l’accord sur la réduction et l’aménagement du temps de travail a été signé à Solectron par tous les syndicats sauf la CGT. Il concerne les salariés de la production non cadres en fixe. Pressée de toucher les subventions de la loi Aubry, la direction a mis la pression pour essayer de faire passer son accord avant fin juin, nous pressant de choisir entre différents types d’horaires en RTT par une lettre avec un formulaire à remplir impérativement dans les quinze jours.

La direction a ainsi ramené le temps de travail à 35 heures, voire 30, en décomptant du temps effectif les pauses et les temps de repas et en réduisant toutes les pauses à une seule de 5 minutes. Elle s’apprête à imposer 3 types d’horaires en 4x6, des horaires plus contraignants même si les journées sont plus courtes. Le premier horaire est de 29,58 heures avec 3,42 heures complémentaires à récupérer au bon vouloir de la direction et 8 samedis travaillés par an, le second de 29,58 avec 2,08 heures complémentaires et 5 samedis travaillés par an et le dernier de 29,58 heures. Cette réduction du temps de travail, la direction nous la fait donc payer en nous imposant une dégradation de nos conditions de travail, des horaires plus difficiles sur 6 jours et des pauses réduites. Elle généralise aussi la flexibilité avec les heures complémentaires et des samedis qu’on ne pourra plus refuser car ils font partie du contrat. Mais en plus, ces 35 heures entraînent une grosse perte de salaire avec tous les types d’horaires. Avec le deuxième horaire, nous perdons 2,7 % du salaire et avec le troisième 6,8 %. Dans le cas du premier horaire, nous perdons aussi du salaire puisque le salaire est maintenu seulement par une prime, l’ancienne Prime-Qualité-Productivité (PQP) transformée. C’est pour cela que, lorsque la direction fait dire que ce qui compte, c’est de regarder sur la fiche de paie ce qui se trouve en bas à droite, le net à payer, nous, nous regardons surtout ce qui est en haut à gauche : la décomposition exacte de notre salaire, le taux du salaire de base et le montant de la prime. Car une prime peut toujours être retouchée à la baisse, voire supprimée, comme c’est le cas pour la PQP. La direction dit d’ailleurs clairement dans une de ses lettres " qu’elle peut revoir certains éléments de rémunération en fonction d’éventuels changements des équilibres financiers apparaissant avantager l’entreprise ".

La direction insiste pour que nous prenions des contrats à 29,58 heures, en particulier de 18 heures à 24 heures, les horaires les plus durs, qui ne trouvent pas preneur. Et elle laisse même entendre que s’il n’y avait pas assez de volontaires, elle n’aurait pas de souci à se faire car les nouveaux embauchés dans le cadre de l’accord, au nombre de 40 environ, seraient prenants !

Cet accord sur les 35 heures est tout bénéfice pour le patron. Mais cela ne suffit pas au PDG Mollet qui fait semblant maintenant d’être inquiet pour la nouvelle loi sur les 35 heures. Lui, qui est en même temps le nouveau président de la commission sociale de la FMBSO (Fédération de la métallurgie de Bordeaux et du Sud Ouest) explique par exemple que " l’augmentation du coût de la masse salariale ne sera pas compensée par des gains de compétitivité suffisamment importants… c’est exactement comme si l’on nous demandait de courir un 100 mètres en nous attachant les pieds ". Mais nous, nous voyons bien qu’il baratine pour obtenir encore plus d’aides publiques. Par contre, lorsqu’il craint le risque " d’un bogue social " au début de l’an 2 000, nous avons vraiment envie de lui donner raison !