la paix contre les peuples dans l’ex-Yougoslavie



L’impérialisme fait du droit des peuples un champ de ruines

Le voyage de Clinton et de son épouse Hillary en Slovénie puis en Macédoine a été, dans le domaine des spectacles médiatiques destinés à tromper les peuples, un succès facile. A tout seigneur, tout honneur, les Clinton ont fait leur tournée juste avant celle des quatre principaux ministres des affaires étrangères européens. Que les représentants de la plus grande puissance impérialiste se fassent acclamer par quelques dizaines de réfugiés kosovars aux cris de " USA ! USA ! ", " OTAN ! OTAN ! ", leur permet d’engranger un peu de popularité y compris aux Etats-Unis. Les réfugiés kosovars ignorent encore à quel point les Etats de l’OTAN portent une responsabilité déterminante dans la situation tragique qui est la leur. Mais la façon dont les puissances impérialistes entendent régler les problèmes au Kosovo et dans les pays limitrophes ne va pas tarder à les éclairer.

Après avoir empoché les applaudissements, Clinton n'a d'ailleurs pas caché aux Kosovars que cela prendrait beaucoup de temps pour qu'ils puissent retourner tous dans leur pays et qu'ils ne devaient pas espérer une amélioration matérielle avant cinq ans. Il a de plus précisé que ce serait aux Etats européens de faire les dépenses nécessaires pour les aider et non aux Etats-Unis ! Certains journalistes européens font d'ailleurs remarquer que c'est déjà ce qui s'est passé en Bosnie après l'accord de Dayton : l'Union européenne a fourni une aide et les trusts américains ont raflé les marchés les plus intéressants. Ceci étant, au-delà des concurrences entre eux, les Etats de l'OTAN ont des intérêts communs et une stratégie commune dans les Balkans.

La " stabilisation " contre les peuples des Balkans, opportunité pour unifier l'Europe capitaliste

La guerre de l'OTAN a consolidé l'unité des bourgeoisies impérialistes européennes. Elle leur a fait touché du doigt les capacités et surtout les insuffisances de leur dispositif militaire. Elle va servir de puissant stimulant pour provoquer des fusions dans le secteur de l'armement et pour développer les commandes militaires des Etats de l'Union européenne. Cela va se faire évidemment aux dépens des budgets sociaux et contre le pouvoir d'achat des classes populaires européennes. La défense de la " morale " n'a pas de prix pour les patrons et les financiers et ce sont les travailleurs et les chômeurs qui paieront la note. Les Etats-Unis ont mis le pied à l'étrier aux grands Etats européens au travers de l'intervention de l'OTAN. Le message est clair, à eux de montrer leurs capacités à dominer l'ensemble du continent européen car pour leur part les Américains auront suffisamment à faire dans d'autres parties du monde en révolte contre la domination des grandes puissances.

L'occupation militaire du Kosovo qui intervient après celle de la Bosnie, de l'Albanie et de la Macédoine est le moyen fondamental sur lequel compte l'Union européenne pour stabiliser la situation des Balkans. La menace ou la répression ouverte contre les peuples, tels sont les moyens mis en œuvre tandis que l'aide financière ne sera accordée au compte-gouttes qu'aux populations les plus soumises.

La collaboration de la Russie à l'occupation du Kosovo est aussi un succès pour l'OTAN. Après avoir fait faire un tour de piste à 200 parachutistes russes sur l'aéroport de Pristina, les dirigeants russes ne pouvaient pas faire durer très longtemps leur bluff afin de faire monter davantage les enchères auprès du G7 : Eltsine et son clan ont un besoin pressant que le FMI renfloue les caisses de l'Etat russe.

Transformation des Balkans en un agrégat de protectorats, en un glacis pour préparer d'autres guerres

Les difficultés pour maîtriser la situation au Kosovo sont déjà extrêmes. La logique de la transformation du Kosovo en un protectorat militaire pour un minimum de trois ans ne peut qu'exacerber les tensions entre les communautés. Rien n'est envisagé sur le plan politique. La promesse d'une " autonomie substantielle " du Kosovo faite à la conférence de Rambouillet avant la guerre est passée à la trappe. Par contre le volant militaire secret des accords de Rambouillet prévoyant une occupation militaire de la Serbie par des troupes de l'OTAN toutes puissantes peut fort bien se concrétiser dans les mois qui viennent si une autre solution politique conforme aux vœux des Occidentaux n'émerge pas en Serbie.

Remplacer Milosevic par des politiciens autochtones capables de s'imposer au peuple serbe et de plaire à l'OTAN relève de la quadrature du cercle. Milosevic a pris soin de compromettre la quasi totalité de ses " opposants " qui auront du mal à faire face au ressentiment de la population serbe, aussi bien à l'égard de l'OTAN que de tous les politiciens serbes. Toutes les options comportent des risques de guerre ou de révoltes de telle sorte que les dirigeants de l'OTAN vont probablement considérer comme urgent de ne rien faire concernant la Serbie même, de laisser la situation de la population se dégrader pour anéantir ses capacités de réaction. Et il en va exactement de même en Macédoine, au Monténégro ou en Albanie qui s'enfoncent dans la misère et où les tensions entre communautés ne pourront durablement masquer et empêcher des explosions sociales.

Une guerre " morale " qui sent le pétrole à plein nez

Si les puissances de l'OTAN se sont subitement " prises d'affection " pour les Albanais du Kosovo et pour les " principes moraux ", ce n'est évidemment pas parce que, par on ne sait quel miracle, Clinton, Chirac, Jospin, Schröder ou Blair auraient renoncé à faire la guerre pour la défense des intérêts de leur bourgeoisie. Les réfugiés et la " morale " ont servi de leurre pour paralyser l'opinion publique et aligner derrière eux tous les politiciens. Mais la guerre vise la défense d'intérêts économiques importants que commande la région des Balkans. Elle est une région clef pour lancer leur offensive vers les richesses de l'ex-URSS et pour exercer un contrôle serré sur celles du Moyen-Orient. Les axes routiers des Balkans, le Danube et les pipe-lines doivent être sous leur contrôle strict, ce que la KFOR est en mesure de défendre durablement et beaucoup plus aisément que la vie de telle ou telle population. Le désespoir et la volonté de vengeance des populations les unes contre les autres seront utilisés par la KFOR pour régner et par l'UCK pour tenter d'être une force avec laquelle il faudrait composer.

Une fédération démocratique des peuples balkaniques, seul avenir pour échapper à la barbarie capitaliste

Les choix des puissances de l'OTAN au-dessus de la tête des peuples ne peuvent aboutir qu'à un surcroît de barbarie pour l'ensemble des pays des Balkans appauvris, humiliés et divisés par la guerre et par la paix armée de l'OTAN. Chaque option de l'OTAN sera pour eux une impasse plus ou moins sanglante. La seule solution politique d'avenir réside dans l'union des peuples des Balkans dans une fédération démocratique et socialiste leur permettant de cohabiter et de s'entraider, de se libérer de tous leurs oppresseurs petits ou grands. Il n'y a pas d'autre voix permettant leur émancipation et ce sont les travailleurs de toute l'Europe qui permettront sa mise en œuvre.

Samuel Holder

Les droits des Kosovars : la misère et l’oppression

La fin des bombardements de l’OTAN, l’entrée de ses troupes au Kosovo signifient-elles qu’avec la fin de la guerre, les aspirations des populations du Kosovo à vivre dans la paix pourront se concrétiser ? L’indépendance du Kosovo est-elle plus réalisable aujourd’hui qu’avant l’intervention des grandes puissances ?

Clinton, lors d’une visite qu’il a effectuée le 23 juin dans un camp de Macédoine, a mis en garde les réfugiés contre un retour immédiat prétextant le temps nécessaire qu’il fallait laisser aux soldats de la KFOR pour déminer. " Nous vous promettons d’aider le Kosovo et tous les pays de la région à se donner un meilleur avenir basé sur le respect des droits de l’homme ", a déclaré le chef de file des puissances qui ont utilisé l’arme de la guerre, du blocus économique et maintenant de l’occupation militaire contre les peuples des Balkans, en justifiant leur intervention par le mensonge de voler au secours des " droits de l’homme " bafoués par le régime de Milosevic. Milosevic a pratiqué la barbarie de la purification ethnique contre la population albanaise kosovare et ces méthodes barbares ont servi de prétexte aux pays de l’OTAN pour justifier la guerre et aujourd’hui le contrôle du Kosovo par leurs armées. En même temps que Clinton fait des discours sur les valeurs humanitaires qui seraient celles des pays fauteurs de guerre, le général Clark, commandant des forces alliées en Europe, a pris position pour l’accélération du déploiement des 55 000 militaires au Kosovo et réclame d’ores et déjà de renforcer leur nombre. Déjà, 180 000 réfugiés albanais ont quitté les camps dans lesquels ils ont été parqués, en Macédoine, en Albanie, au Monténégro, pour rentrer chez eux. Ils retrouvent, la plupart du temps, leurs maisons brûlées, leurs villages dévastés, leur pays est exsangue mais ils éprouvent le besoin irrépressible de rentrer plutôt que de continuer à survivre en parias dans les camps.

Les Albanais qui rentrent au Kosovo reviennent dans un pays encore plus pauvre qu’avant la guerre et quadrillé militairement par les armées de la KFOR qui vont rester là comme troupes de maintien de l’ordre. La paix octroyée aux populations est une paix armée où les conditions pour les différentes nationalités pour vivre ensemble ont été rendues très difficiles, voire impossibles pour longtemps. Les minorités sont poussées à quitter le sol kosovar, craignant pour leur vie et pouvant devenir à leur tour les victimes impuissantes du désespoir engendré par une situation insupportable. Déjà, une partie de la population serbe et de la minorité tzigane quittent le Kosovo et va connaître le même sort de réfugiés sans perspective que celui qu’ont connu les Albanais. Quant aux autres minorités, musulmane, monténegrine, turque, il n’est pas certain que la cohabitation reste possible avec la population albanaise. En fait, avec d’autres méthodes que celles qu’ont utilisées l’armée, la police, les bandes para-militaires serbes contre les Albanais, la situation qui se met en place dans un Kosovo devenu un " protectorat " des grandes puissances est celle d’un pays où seuls les Albanais auront le droit de survivre, en permanence contrôlés par les militaires, sous la domination des grandes puissances et où les droits démocratiques seront vidés de tout contenu.

Dans ces conditions, que pourrait signifier l’indépendance pour le Kosovo réduit à une seule de ses populations soumise à l’oppression permanente d’une tutelle étrangère ? Une situation comparable à celle de l’Irlande du Nord. La première des conditions pour que les populations puissent choisir la façon dont elles souhaitent vivre est que les forces de la KFOR quittent le Kosovo. L’exemple de la Bosnie en est une démonstration : 4 ans après la fin de la guerre civile et les accords de Dayton, 30 000 soldats de la SFOR occupent toujours les territoires serbe et croate qui sont devenus des territoires " ethniquement purs ", 475 000 réfugiés sont rentrés sur un total de 2 millions mais seulement 15 000 ont pu regagner leur territoire d’origine, 500 000 vivent en-dessous du seuil de pauvreté, 240 000 n’ont pas d’emploi, et c’est un Bureau du Haut Représentant qui assume de fait le pouvoir.

C’est le seul avenir que les grandes puissances construisent pour les peuples.

Valérie Héas