Un Kosovo multiethnique et démocratique ne pourra se construire que contre les grandes puissances, au sein d'une libre fédération des peuples de l'ex-Yougoslavie
Cela fait maintenant plus de deux mois que le Kosovo est passé sous ladministration de lONU qui a mis en place une véritable administration coloniale dirigée par le " french doctor " Kouchner. 40 000 soldats de la Kfor, américains, britanniques, français, allemands, italiens et russes qui devraient être épaulés par 3 100 policiers occupent le pays, soi-disant pour y assurer la sécurité et la paix. Mais les grandes puissances se moquent tout autant des populations, aujourdhui quelles " garantissent la paix ", que quand elles faisaient la guerre. Ainsi après avoir bombardé la Serbie pendant 79 jours soi-disant pour garantir le multiethnisme au Kosovo, les grandes puissances occupent militairement la région en y imposant une paix armée qui creuse le fossé entre les différentes communautés.
Les bombardements de lOTAN ont plongé toute la région dans une misère qui exacerbe toutes les haines en réduisant les populations les plus pauvres à la lutte quotidienne pour la survie. Et loccupation militaire ne fait quenvenimer les choses.
Depuis la fin des bombardements les affrontements entre Serbes et Albanais se sont multipliés, si bien que si près de 740 000 Albanais sont revenus au Kosovo, 160 000 des Serbes du Kosovo ont fui la région ainsi que nombre de Tsiganes qui se retrouvent parqués dans de nouveaux camps de réfugiés. Les agressions, les assassinats se multiplient contre tous les civils quils soient serbes ou albanais. Aux actes de vengeances des Kosovars rentrant dexil, répondent les provocations des différentes milices paramilitaires qui ne visent quà attiser les haines. Mais il y a aussi tous les jours des accrochages avec les forces de la Kfor qui sont ressenties par la population de plus en plus comme des forces doccupation qui leur imposent un régime policier.
Ainsi dans la ville de Mitrovica, coupée en deux parties, une serbe lautre albanaise, séparées par un pont gardé par les troupes françaises, les accrochages se sont multipliés. Les soldats français maintiennent lordre en entérinant de fait la partition en deux de la ville qui empêche les Albanais de passer dans la partie contrôlée par les Serbes où se trouvent leurs habitations, lhôpital et luniversité. Ce qui a abouti à plusieurs affrontements entre soldats français et manifestants albanais.
Si les troupes de la Kfor sont incapables ne serait-ce que de garantir la sécurité des populations civiles ce nest pas comme la affirmé cyniquement Kouchner parce quon ne peut pas mettre un soldat derrière chaque habitant mais parce que les troupes occidentales ne sont pas là pour aider à surmonter les haines, à reconstruire réellement le pays pour le sortir du chaos créé par les bombardements de lOTAN. Elles ne cherchent pas à créer un cadre possible pour une réelle démocratie multiethnique. Elles se comportent comme des troupes coloniales imposant une paix armée contre les peuples, imposant par en haut une administration, des lois et de fait, une partition sans que la population ne puisse sexprimer. Les grandes puissances décident qui a le droit de porter des armes ou pas, elles ont ainsi imposé que lUCK dépose les armes. LONU a aussi créé un conseil qui doit mettre en place toute une machine administrative, ainsi que des lois sans que les populations serbes ou albanaises ne soient consultées. Les grandes puissances veulent pouvoir distribuer les postes et ainsi choisir le personnel politique qui leur sera le plus inféodé. Elles continuent à faire ce quelles font depuis des années dans lex-Yougoslavie, sappuyer sur tous les politiciens et autres apprentis dictateurs qui sont suffisamment dociles pour permettre aux entreprises occidentales de faire des affaires, tout en maintenant lordre social contre la population.
Depuis des années elles ont ainsi encouragé et soutenu les différentes fractions nationalistes qui ont conduit à léclatement de lex-Yougoslavie, et aux différentes guerres qui ont mis toute cette région à feu et à sang. Elles voudraient apparaître aujourdhui comme les championnes de la démocratie et du respect des droits des peuples, mais elles sont, de fait, responsables dune situation qui leur échappe. Prises au piège de ce quelles prétendaient combattre, elles cherchent à étouffer par un régime policier qui maintient " la paix ", les haines que leur politique contribue à attiser. Cest là tout leur mensonge, les dirigeants des grandes puissances parlent dhumanitaire pour faire la guerre, de droits des peuples pour leur imposer des dictatures !
Et si aujourdhui les dirigeants occidentaux veulent la démission de Milosevic, ce nest pas par souci de démocratie mais pour chercher à le remplacer par des politiciens en qui ils puissent avoir confiance tout en étant pas trop compromis aux yeux de la population qui manifeste de plus en plus ouvertement sa colère. En effet depuis plus dun mois et demi, tous les jours, il y a des manifestations en Serbie pour réclamer la démission de Milosevic, mais lopposition officielle que les occidentaux soutiennent, semble surtout craindre dêtre débordée par la colère de la population serbe au point que ces principaux responsables viennent de dire quils ne participeront pas à la grande manifestation prévue jeudi 19 août.
Dans ce cadre, la seule réponse aux tensions entre les communautés cest la répression, ce sont de nouvelles dictatures. Il ne peut y avoir dissue que sur la base dune réelle démocratie qui permettent aux différents peuples de coopérer et de décider de leur sort. Un Kosovo multiethnique, indépendant et démocratique inséré dans une fédération des peuples de lex-Yougoslavie ne pourra se construire que contre les intérêts des grandes puissances qui derrière les grandes déclarations sur les droits de lHomme imposent leur ordre social en dressant les peuples les uns contre les autres et contre tous les politiciens locaux qui derrière leur démagogie nationaliste ne sont que leurs valets.
Charles Meno
Massacre des Algériens d'octobre 61 : 35 ans de mensonges d'Etat
Depuis le procès Papon, le massacre de plusieurs centaines dAlgériens, assassinés et noyés dans la Seine par la police dans la nuit du 17 octobre 61 a été révélé au grand public. En effet, depuis 61, tous les gouvernements, quils soient de gauche ou de droite, avaient nié ces faits et ne reconnaissaient en tout et pour tout que 3 morts suspectes.
Elisabeth Guigou avait demandé, fin 98, un rapport sur ces événements, autorisant pour la première fois louverture des archives. Ce rapport vient dêtre partiellement publié.
Il confirme lampleur du massacre. Il reconnaît officiellement 48 morts, mais estime leur nombre bien plus élevé, car il na été possible de consulter que les archives incomplètes (une partie des archives aurait donc disparu) du seul département de la Seine, alors, que beaucoup de cadavres dAlgériens ont été emportés par la Seine bien loin de Paris. De plus, son auteur na eu accès ni aux archives des hôpitaux, ni à celles de la Commission de sauvegarde des libertés publiques.
Son rapport révèle aussi que si le 17 octobre 61 a été un " pic " dans les statistiques de découvertes de morts suspectes, cest, en fait, durant toute lannée 61 que des morts suspectes dAlgériens ont été signalées (246 victimes rien que pour cette année-là).
Ce qui est révélé au grand jour et ne peut plus être nié ce sont 35 ans de mensonges officiels au nom des " intérêts supérieurs de lEtat " pour couvrir les crimes de la bourgeoisie, de son Etat et de sa police durant la guerre dAlgérie. Car le rapport montre bien que, contrairement aux allégations, 10 jours après les faits le gouvernement était parfaitement au courant de lampleur des massacres. Dailleurs, les quelques lettres citées de magistrats, plus scrupuleux que leurs collègues, qui ont alerté les pouvoirs publics sont restées sans réponse.
Bien au contraire, toutes les plaintes déposées par des familles de victimes se sont soldées par des nonlieux. Par contre, deux procédures engagées par le ministère de lIntérieur et par des policiers pour diffamation ont abouti à la condamnation des journaux qui avaient osé dénoncer ces crimes.
Serge Constant
Aventure militaire, valse des premiers ministres, fuite en avant financière : la camarilla bourgeoise au pouvoir en Russie prise de panique
Depuis le samedi 7 août, une nouvelle guerre sest déclenchée dans la Fédération de Russie, dans la région du Caucase, entre la Mer Noire et la Mer Caspienne, dans la petite république du Daguestan (50 000 km², 2 millions dhabitants), une guerre qui s'inscrit dans la suite de la guerre en Tchétchénie
Depuis plusieurs mois, des bandes armées sillonnaient ce territoire, faisant parfois des morts parmi les soldats russes, certainement sous la direction de Chamil Bassaïev, un ancien commandant des troupes tchétchénes qui avaient arraché à Eltsine la reconnaissance de lindépendance de la Tchétchénie, après une guerre qui aurait fait plus de 60 000 morts, entre décembre 1994 et août 1996.
Depuis le début du mois, au Daguestan, ces bandes sont allées trop loin aux yeux de Moscou, en semparant de plusieurs villages dans la région frontalière de la Tchétchénie, où elles ont probablement leurs bases arrières, et proclamant leur intention de constituer un " Etat islamique indépendant ".
Une étape de plus dans le démantèlement de lex-URSS
Dans cette région qui est lune des plus pauvres de lex-URSS, 40 à 80 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, le chômage permanent touche 20 % de la population active, léconomie fonctionne à moins de 30 % de ses capacités, lagriculture, excédentaire au temps de lURSS, sest quasiment écroulée.
Apparatchiks et politiciens sont devenus des seigneurs de guerre, avec leurs bandes armées qui vivent sur lhabitant. Quels sont leurs objectifs ? Profiter de l'affaiblissement du pouvoir russe pour s'émanciper de la tutelle de Moscou dans ce mini-Etat du Daguestan, peut-être en s'alliant avec la Tchétchénie qui offrirait à cet Etat enclavé un débouché sur la mer Caspienne, ou négocier une autonomie, sur la base dun rapport de forces lié au contrôle dun oléoduc indispensable au pays, celui qui amène le pétrole de la Mer Caspienne en Russie.
Le démantèlement de lex-URSS n'a pas été au bout de sa logique destructrice. Les luttes de clans au sommet de l'Etat encouragent les ambitions locales des petits seigneurs locaux, qui cherchent à simposer pour exploiter directement la population et jouer de rapports de forces avec le pouvoir central.
La fuite en avant militaire du pouvoir
LEtat russe a répliqué avec son habituelle brutalité : bombardements, missiles, hélicoptères dassaut, et il annonce lenvoi de forces massives. Les morts se compteraient déjà par centaines. A lapproche des combats, ce sont des milliers de villageois daguestanais qui ont commencé à fuir, se réfugiant dans la capitale du Daguestan, plus éloignée de la zone de conflit.
Pour le pouvoir de Eltsine, il nest pas question que se renouvelle la défaite de Tchétchénie. Mais il ne fait que courir après les événements, pris dans ce nouvel engrenage, une série de bombes à retardement qui se déclenchent les unes les autres. Pour " maintenir lordre " et lunité de la Fédération, le pouvoir central na rien à offrir vu le désastre de la situation économique. Il ne peut quenvoyer la troupe, dans une fuite en avant militaire, expédient pour se maintenir au pouvoir, en flattant les préjugés nationalistes russes voire en s'en servant pour justifier des mesures antidémocratiques, comme l'éventuelle annulation des élections législatives à venir.
Effervescence pour la succession de Eltsine
Aussi incapables de diriger lEtat que de maîtriser les régions montagneuses du Caucase, les hommes du pouvoir sont pris de la même frénésie à lapproche des élections législatives de décembre 1999, et de la présidentielle de lan 2000.
Dans la camarilla de Eltsine tous se préparent à sa succession. Alors, les luttes de clans font rage parmi les anciens eltsiniens, des partis se constituent, les premiers ministres changent tous les trois mois Limpuissance sénile du pouvoir face à la crise use les politiciens et fabriquent autant de rivaux qu'il y a eu de promus.
La bande à Eltsine saccroche pour se maintenir aux postes de commandes qui lui permettent de contrôler les secteurs que sont larmement et les finances publiques, où les affaires de détournement se multiplient. Aussi, Eltsine vient une fois de plus de changer de premier ministre, remplaçant Stepachine, incapable de simposer, après trois mois de pouvoir, par Vladimir Poutine, un " tueur " paraît-il Cet ancien espion du KGB aurait, en fait, comme principal fait darmes davoir discrédité un procureur lancé dans des procédures anti-corruption, gênantes pour la bande à Eltsine, en mettant en scène un coup tordu.
Lusure des premiers ministres, comme les difficultés militaires sont la mesure de leffritement du pouvoir. Derrière ces luttes de clan, dans cette fuite en avant, s'exprime lincapacité de la camarilla bourgeoise à diriger le pays. Tout lui échappe sur le bateau ivre russe.
Lère nouvelle de la propriété privée est là, celle du capitalisme qui détruit tout, celle de la mondialisation qui en guise dintégration à son système ne connaît que la destruction des économies existantes, la mise en concurrence des peuples les uns contre les autres et le langage des armes pour mater les populations.
Les sanglants événements du Caucase préparent, à plus ou moins long terme, les suites de l'intervention impérialiste dans l'ex-Yougoslavie.
F. C.