Page 3



Un Kosovo multiethnique et démocratique ne pourra se construire que contre les grandes puissances, au sein d'une libre fédération des peuples de l'ex-Yougoslavie

Cela fait maintenant plus de deux mois que le Kosovo est passé sous l’administration de l’ONU qui a mis en place une véritable administration coloniale dirigée par le " french doctor " Kouchner. 40 000 soldats de la Kfor, américains, britanniques, français, allemands, italiens et russes qui devraient être épaulés par 3 100 policiers occupent le pays, soi-disant pour y assurer la sécurité et la paix. Mais les grandes puissances se moquent tout autant des populations, aujourd’hui qu’elles " garantissent la paix ", que quand elles faisaient la guerre. Ainsi après avoir bombardé la Serbie pendant 79 jours soi-disant pour garantir le multiethnisme au Kosovo, les grandes puissances occupent militairement la région en y imposant une paix armée qui creuse le fossé entre les différentes communautés.

Les bombardements de l’OTAN ont plongé toute la région dans une misère qui exacerbe toutes les haines en réduisant les populations les plus pauvres à la lutte quotidienne pour la survie. Et l’occupation militaire ne fait qu’envenimer les choses.

Depuis la fin des bombardements les affrontements entre Serbes et Albanais se sont multipliés, si bien que si près de 740 000 Albanais sont revenus au Kosovo, 160 000 des Serbes du Kosovo ont fui la région ainsi que nombre de Tsiganes qui se retrouvent parqués dans de nouveaux camps de réfugiés. Les agressions, les assassinats se multiplient contre tous les civils qu’ils soient serbes ou albanais. Aux actes de vengeances des Kosovars rentrant d’exil, répondent les provocations des différentes milices paramilitaires qui ne visent qu’à attiser les haines. Mais il y a aussi tous les jours des accrochages avec les forces de la Kfor qui sont ressenties par la population de plus en plus comme des forces d’occupation qui leur imposent un régime policier.

Ainsi dans la ville de Mitrovica, coupée en deux parties, une serbe l’autre albanaise, séparées par un pont gardé par les troupes françaises, les accrochages se sont multipliés. Les soldats français maintiennent l’ordre en entérinant de fait la partition en deux de la ville qui empêche les Albanais de passer dans la partie contrôlée par les Serbes où se trouvent leurs habitations, l’hôpital et l’université. Ce qui a abouti à plusieurs affrontements entre soldats français et manifestants albanais.

Si les troupes de la Kfor sont incapables ne serait-ce que de garantir la sécurité des populations civiles ce n’est pas comme l’a affirmé cyniquement Kouchner parce qu’on ne peut pas mettre un soldat derrière chaque habitant mais parce que les troupes occidentales ne sont pas là pour aider à surmonter les haines, à reconstruire réellement le pays pour le sortir du chaos créé par les bombardements de l’OTAN. Elles ne cherchent pas à créer un cadre possible pour une réelle démocratie multiethnique. Elles se comportent comme des troupes coloniales imposant une paix armée contre les peuples, imposant par en haut une administration, des lois et de fait, une partition sans que la population ne puisse s’exprimer. Les grandes puissances décident qui a le droit de porter des armes ou pas, elles ont ainsi imposé que l’UCK dépose les armes. L’ONU a aussi créé un conseil qui doit mettre en place toute une machine administrative, ainsi que des lois sans que les populations serbes ou albanaises ne soient consultées. Les grandes puissances veulent pouvoir distribuer les postes et ainsi choisir le personnel politique qui leur sera le plus inféodé. Elles continuent à faire ce qu’elles font depuis des années dans l’ex-Yougoslavie, s’appuyer sur tous les politiciens et autres apprentis dictateurs qui sont suffisamment dociles pour permettre aux entreprises occidentales de faire des affaires, tout en maintenant l’ordre social contre la population.

Depuis des années elles ont ainsi encouragé et soutenu les différentes fractions nationalistes qui ont conduit à l’éclatement de l’ex-Yougoslavie, et aux différentes guerres qui ont mis toute cette région à feu et à sang. Elles voudraient apparaître aujourd’hui comme les championnes de la démocratie et du respect des droits des peuples, mais elles sont, de fait, responsables d’une situation qui leur échappe. Prises au piège de ce qu’elles prétendaient combattre, elles cherchent à étouffer par un régime policier qui maintient " la paix ", les haines que leur politique contribue à attiser. C’est là tout leur mensonge, les dirigeants des grandes puissances parlent d’humanitaire pour faire la guerre, de droits des peuples pour leur imposer des dictatures !

Et si aujourd’hui les dirigeants occidentaux veulent la démission de Milosevic, ce n’est pas par souci de démocratie mais pour chercher à le remplacer par des politiciens en qui ils puissent avoir confiance tout en étant pas trop compromis aux yeux de la population qui manifeste de plus en plus ouvertement sa colère. En effet depuis plus d’un mois et demi, tous les jours, il y a des manifestations en Serbie pour réclamer la démission de Milosevic, mais l’opposition officielle que les occidentaux soutiennent, semble surtout craindre d’être débordée par la colère de la population serbe au point que ces principaux responsables viennent de dire qu’ils ne participeront pas à la grande manifestation prévue jeudi 19 août.

Dans ce cadre, la seule réponse aux tensions entre les communautés c’est la répression, ce sont de nouvelles dictatures. Il ne peut y avoir d’issue que sur la base d’une réelle démocratie qui permettent aux différents peuples de coopérer et de décider de leur sort. Un Kosovo multiethnique, indépendant et démocratique inséré dans une fédération des peuples de l’ex-Yougoslavie ne pourra se construire que contre les intérêts des grandes puissances qui derrière les grandes déclarations sur les droits de l’Homme imposent leur ordre social en dressant les peuples les uns contre les autres et contre tous les politiciens locaux qui derrière leur démagogie nationaliste ne sont que leurs valets.

Charles Meno

 

Massacre des Algériens d'octobre 61 : 35 ans de mensonges d'Etat

Depuis le procès Papon, le massacre de plusieurs centaines d’Algériens, assassinés et noyés dans la Seine par la police dans la nuit du 17 octobre 61 a été révélé au grand public. En effet, depuis 61, tous les gouvernements, qu’ils soient de gauche ou de droite, avaient nié ces faits et ne reconnaissaient en tout et pour tout que 3 morts suspectes.

Elisabeth Guigou avait demandé, fin 98, un rapport sur ces événements, autorisant pour la première fois l’ouverture des archives. Ce rapport vient d’être partiellement publié.

Il confirme l’ampleur du massacre. Il reconnaît officiellement 48 morts, mais estime leur nombre bien plus élevé, car il n’a été possible de consulter que les archives incomplètes (une partie des archives aurait donc disparu) du seul département de la Seine, alors, que beaucoup de cadavres d’Algériens ont été emportés par la Seine bien loin de Paris. De plus, son auteur n’a eu accès ni aux archives des hôpitaux, ni à celles de la Commission de sauvegarde des libertés publiques.

Son rapport révèle aussi que si le 17 octobre 61 a été un " pic " dans les statistiques de découvertes de morts suspectes, c’est, en fait, durant toute l’année 61 que des morts suspectes d’Algériens ont été signalées (246 victimes rien que pour cette année-là).

Ce qui est révélé au grand jour et ne peut plus être nié ce sont 35 ans de mensonges officiels au nom des " intérêts supérieurs de l’Etat " pour couvrir les crimes de la bourgeoisie, de son Etat et de sa police durant la guerre d’Algérie. Car le rapport montre bien que, contrairement aux allégations, 10 jours après les faits le gouvernement était parfaitement au courant de l’ampleur des massacres. D’ailleurs, les quelques lettres citées de magistrats, plus scrupuleux que leurs collègues, qui ont alerté les pouvoirs publics sont restées sans réponse.

Bien au contraire, toutes les plaintes déposées par des familles de victimes se sont soldées par des non–lieux. Par contre, deux procédures engagées par le ministère de l’Intérieur et par des policiers pour diffamation ont abouti à la condamnation des journaux qui avaient osé dénoncer ces crimes.

Serge Constant

 

Aventure militaire, valse des premiers ministres, fuite en avant financière : la camarilla bourgeoise au pouvoir en Russie prise de panique

Depuis le samedi 7 août, une nouvelle guerre s’est déclenchée dans la Fédération de Russie, dans la région du Caucase, entre la Mer Noire et la Mer Caspienne, dans la petite république du Daguestan (50 000 km², 2 millions d’habitants), une guerre qui s'inscrit dans la suite de la guerre en Tchétchénie…

Depuis plusieurs mois, des bandes armées sillonnaient ce territoire, faisant parfois des morts parmi les soldats russes, certainement sous la direction de Chamil Bassaïev, un ancien commandant des troupes tchétchénes qui avaient arraché à Eltsine la reconnaissance de l’indépendance de la Tchétchénie, après une guerre qui aurait fait plus de 60 000 morts, entre décembre 1994 et août 1996.

Depuis le début du mois, au Daguestan, ces bandes sont allées trop loin aux yeux de Moscou, en s’emparant de plusieurs villages dans la région frontalière de la Tchétchénie, où elles ont probablement leurs bases arrières, et proclamant leur intention de constituer un " Etat islamique indépendant ".

Une étape de plus dans le démantèlement de l’ex-URSS

Dans cette région qui est l’une des plus pauvres de l’ex-URSS, 40 à 80 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, le chômage permanent touche 20 % de la population active, l’économie fonctionne à moins de 30 % de ses capacités, l’agriculture, excédentaire au temps de l’URSS, s’est quasiment écroulée.

Apparatchiks et politiciens sont devenus des seigneurs de guerre, avec leurs bandes armées qui vivent sur l’habitant. Quels sont leurs objectifs ? Profiter de l'affaiblissement du pouvoir russe pour s'émanciper de la tutelle de Moscou dans ce mini-Etat du Daguestan, peut-être en s'alliant avec la Tchétchénie qui offrirait à cet Etat enclavé un débouché sur la mer Caspienne, ou négocier une autonomie, sur la base d’un rapport de forces lié au contrôle d’un oléoduc indispensable au pays, celui qui amène le pétrole de la Mer Caspienne en Russie.

Le démantèlement de l’ex-URSS n'a pas été au bout de sa logique destructrice. Les luttes de clans au sommet de l'Etat encouragent les ambitions locales des petits seigneurs locaux, qui cherchent à s’imposer pour exploiter directement la population et jouer de rapports de forces avec le pouvoir central.

 La fuite en avant militaire du pouvoir

L’Etat russe a répliqué avec son habituelle brutalité : bombardements, missiles, hélicoptères d’assaut, et il annonce l’envoi de forces massives. Les morts se compteraient déjà par centaines. A l’approche des combats, ce sont des milliers de villageois daguestanais qui ont commencé à fuir, se réfugiant dans la capitale du Daguestan, plus éloignée de la zone de conflit.

Pour le pouvoir de Eltsine, il n’est pas question que se renouvelle la défaite de Tchétchénie. Mais il ne fait que courir après les événements, pris dans ce nouvel engrenage, une série de bombes à retardement qui se déclenchent les unes les autres. Pour " maintenir l’ordre " et l’unité de la Fédération, le pouvoir central n’a rien à offrir vu le désastre de la situation économique. Il ne peut qu’envoyer la troupe, dans une fuite en avant militaire, expédient pour se maintenir au pouvoir, en flattant les préjugés nationalistes russes voire en s'en servant pour justifier des mesures antidémocratiques, comme l'éventuelle annulation des élections législatives à venir.

Effervescence pour la succession de Eltsine

Aussi incapables de diriger l’Etat que de maîtriser les régions montagneuses du Caucase, les hommes du pouvoir sont pris de la même frénésie à l’approche des élections législatives de décembre 1999, et de la présidentielle de l’an 2000.

Dans la camarilla de Eltsine… tous se préparent à sa succession. Alors, les luttes de clans font rage parmi les anciens eltsiniens, des partis se constituent, les premiers ministres changent tous les trois mois… L’impuissance sénile du pouvoir face à la crise use les politiciens et fabriquent autant de rivaux qu'il y a eu de promus.

La bande à Eltsine s’accroche pour se maintenir aux postes de commandes qui lui permettent de contrôler les secteurs que sont l’armement et les finances publiques, où les affaires de détournement se multiplient. Aussi, Eltsine vient une fois de plus de changer de premier ministre, remplaçant Stepachine, incapable de s’imposer, après trois mois de pouvoir, par Vladimir Poutine, un " tueur " paraît-il… Cet ancien espion du KGB aurait, en fait, comme principal fait d’armes d’avoir discrédité un procureur lancé dans des procédures anti-corruption, gênantes pour la bande à Eltsine, en mettant en scène un coup tordu.

L’usure des premiers ministres, comme les difficultés militaires sont la mesure de l’effritement du pouvoir. Derrière ces luttes de clan, dans cette fuite en avant, s'exprime l’incapacité de la camarilla bourgeoise à diriger le pays. Tout lui échappe sur le bateau ivre russe.

L’ère nouvelle de la propriété privée est là, celle du capitalisme qui détruit tout, celle de la mondialisation qui en guise d’intégration à son système ne connaît que la destruction des économies existantes, la mise en concurrence des peuples les uns contre les autres et le langage des armes pour mater les populations.

Les sanglants événements du Caucase préparent, à plus ou moins long terme, les suites de l'intervention impérialiste dans l'ex-Yougoslavie.

F. C.