Les politiciens amusent la galerie pendant que patronat et financiers imposent leur politique avec la complicité de la gauche
Ne nous laissons pas faire !
Après la crise qui a secoué les conseils régionaux autour de la lutte des politiciens pour leur présidence et le partage des postes, le psychodrame politique sest déplacé la semaine dernière vers lAssemblée Nationale à loccasion du vote concernant lEurope. Seguin a accepté selon ses propres mots lhumiliation en se pliant au refus de participer au vote du RPR alors que celui-ci était parti pour voter contre. Chirac, responsable vis-à-vis de la grande finance et du grand patronat, a choisi lEurope. Seguin et les siens se contorsionnent, sagitent et en bons politiciens dociles se plient. Leurs convictions sont à géométrie variable, fonction de leurs petits calculs politiciens. Eternels démagogues, ils finissent cependant toujours par se plier aux intérêts quils servent, ceux des puissances de largent.
En déposant mercredi dernier, une motion de censure contre le gouvernement, ils tentent de sauver leur image de marque au moment où ils se ridiculisent en éditant une affiche où ils se traitent eux-mêmes dimbéciles !
Pour ces pitres dont le seul problème est de ne pas perdre trop la face pour pouvoir continuer leur métier dillusionnistes, les temps sont difficiles. Leur crédibilité en a pris un sacré coup.
Alors, quand les partis de la gauche plurielle au gouvernement regrettent et sinquiètent de leffondrement de leurs adversaires, il y aurait de quoi sétonner si lon oubliait que tous ces politiciens sont dune certaine façon solidaires. Le problème de beaucoup des députés qui se disent de gauche ressemble à celui de leurs collègues de droite : comment faire lopposé de ce quon a dit la veille sans que les salariés, les petites gens ne saperçoivent quon les dupe.
Les uns et les autres, quand ils accèdent au pouvoir, sont contraints de se plier à la volonté de ceux qui dirigent effectivement la société dans les conseils dadministration des grandes entreprises, des banques, ou dans les sommets de lEtat. Le théâtre dombres du Parlement nest là que pour donner lillusion quil serait possible de changer les choses par les élections. La comédie qui sy joue est destinée à nous tromper pendant que la machine économique et étatique tourne pour les intérêts dune minorité de privilégiés.
Lagitation de ces saltimbanques nest pas un spectacle de grande qualité, la farce est lourde et les acteurs mauvais, surtout que derrière cette farce se profilent des dangers bien réels, eux.
Aujourdhui, à cause de la montée du chômage, dune crise économique qui nen finit pas, la marge de manuvre des politiciens est de plus en plus étroite. Inévitablement ils se discréditent. Ce discrédit vient nourrir les ambitions de lextrême-droite qui profite de leffondrement de la droite comme de la complicité de la gauche avec les intérêts des privilégiés.
Cest ce que viennent de montrer une nouvelle fois, dimanche dernier, à Toulon, les résultats du premier tour de lélection législative partielle occasionnée par linvalidation du député Front National. Ceux qui voudraient se faire passer pour une relève honnête face aux politiciens discrédités, se voient invalidés à peine élus. Ils ont aussi une curieuse façon de pratiquer à leur propre usage ce quils doivent appeler la préférence familiale, puisque cest la femme du député invalidé qui était candidate du Front National.
Ces politiciens réactionnaires et racistes naspirent eux aussi quà servir les classes privilégiées, en se préparant à mener une politique ouvertement anti ouvrière pour satisfaire les besoins de la bourgeoisie face à lapprofondissement de sa propre crise.
Si la candidate du Front National arrive en tête au premier tour et a de grandes chances dêtre élue au second, la grande majorité des électeurs écurés sest détournée de ce qui apparaît à beaucoup comme une course pour le pouvoir, sinistre farce qui ne les concerne pas. On ne peut que les comprendre.
Ce ne sont pas les urnes qui feront barrage à la menace de lextrême-droite, mais nos luttes dont nous ne pouvons nous abstenir.
Demain, comme dans le passé, il ny a que la lutte du monde du travail qui peut défendre le progrès et la démocratie pour construire une société moderne garantissant le bien-être à tous.
Contrairement à ce que prétendent politiciens et journalistes, labolition de lesclavage na pas été le simple fait dun homme politique dont tous cherchent à sapproprier, 150 ans plus tard, un peu de sa grandeur, mais bien de luttes tenaces, acharnées, violentes, des opprimés pour leur libération, dabord les luttes des esclaves eux-mêmes comme celles du peuple de Paris dans la révolution de 1789 puis dans celle de 1848.
Si nous voulons éviter de voir le monde moderne plonger dans une nouvelle catastrophe sociale du fait de lirresponsabilité du patronat et des financiers comme des Etats qui les servent, cest à nous, les salariés, les parias de ce monde, quil revient de faire une nouvelle révolution pour en finir avec la domination de laristocratie financière et construire une société libre et fraternelle reposant sur le travail humain.
Laffaire Dutroux : mensonges dun Etat corrompu et manuvres de diversion
Jeudi dernier, Dutroux, le meurtrier pédophile coupable reconnu de la séquestration de 6 jeunes filles de 8 à 19 ans, et de lassassinat après torture, de 4 dentre elles, a réussi à sévader pendant trois heures. Sorti de sa prison pour aller consulter, sous la surveillance de deux gendarmes, son dossier au tribunal de Neufchateau, il sest saisi de larme de lun dentre eux, en a menacé lautre et sest enfui après avoir volé une voiture. Dutroux, escorté par seulement deux gendarmes, nétait pas menotté. Après son évasion, la gendarmerie de Neufchateau na même pas averti les polices locales voisines, et cest seulement grâce à la présence desprit dun garde-forestier quil a été rattrapé alors que sa voiture sétait embourbée.
Cette évasion confirme à un tel degré que Dutroux bénéficie dune protection en haut lieu que le premier ministre belge, Dehaene a annoncé le soir même la démission des ministres de lIntérieur et de la Justice, et cinq jours plus tard, celle du commandant en chef de la gendarmerie. Ministres et politiciens de tous bords ont fait front commun pour tenter détouffer la colère prévisible de la population belge. Le nouveau ministre de la Justice a brandi la menace de lextrême-droite, à qui cette crise profiterait, tandis que dimportantes forces de police étaient déployées autour du Parlement où devait avoir lieu une manifestation qui, bien quinterdite, a rassemblé 500 personnes.
Ce nest que grâce au combat des familles des victimes, qui nont pas hésité à appeler la population à se mobiliser que des éléments de lenquête sur laffaire Dutroux ont été rendus publics, ce nest quaprès la Marche Blanche qui avait rassemblé 300 000 personnes à Bruxelles en octobre 96, peu de temps après la découverte dans une des maisons de Dutroux, des corps de deux de ses dernières victimes qua été mise sur pied une Commission denquête parlementaire.
Les faits mis en évidence lors de lenquête parlent deux-mêmes : Dutroux, déjà condamné en 1989 à 13 ans de prison pour viol et séquestration de jeunes filles, a obtenu une remise de peine en 1992, ainsi quune pension d invalidité mensuelle denviron 7000 F par mois, et un port darmes. Quand il a été arrêté, il était propriétaire de plusieurs maisons, de huit voitures, dune caravane, et cest en toute impunité, alors quil était censé être surveillé par la gendarmerie quil a pu se livrer à ses activités monstrueuses. Une de ses voisines, intriguée par les travaux au bulldozer quil faisait dans le jardin dune de ses maisons la nuit, sétait faite tancer par le commissaire de la police judiciaire auprès duquel elle avait porté plainte.
Au mépris de ces faits, mais en accord avec toutes les autorités, avec le concours du roi qui est intervenu à plusieurs reprises, invitant les parents des victimes, faisant des discours aussi hypocrites que solennels pour faire de ce qui est de la responsabilité des autorités et de lEtat une responsabilité collective de la population belge, les députés de la Commission parlementaire ont rendu en février dernier, un rapport qui, accusant un dysfonctionnement de lappareil policier et judiciaire , rejette explicitement lidée que Dutroux aurait bénéficié de protections. Mais cela na trompé personne, et une manifestation pour la vérité et contre la loi du silence , a rassemblé au même moment 25 000 personnes.
Il est en effet évident que Dutroux nest quun des derniers maillons dun réseau de pédophilie qui a ses clients et ses ramifications dans les milieux daffaires, le personnel politique et lappareil de lEtat. Les cassettes retrouvées chez lui se vendaient entre 80 000 et 160 000 F lune. Un des co-inculpés de Dutroux, Nihoul, est un faux expert immobilier, ancien roi de la moule approvisionnant les plus grands restaurants de Bruxelles en poisson et foie gras, financier de campagnes électorales, responsables dassociations humanitaires.
Certes, cette monstruosité quest la pédophilie est répandue dans tous les milieux, engendrée quelle lest par la perversion de tout ce qui touche au sexe, à cause de lhypocrisie et de la bigoterie régnantes - et cest particulièrement vrai en Belgique où le poids de lEglise est prépondérant -, à cause également de la violence dont tous les rapports humains, conditionnés par la société dexploitation où nous vivons, sont empreints. Mais cette violence quexercent sur les êtres les plus faibles ceux qui détiennent sur eux une autorité quelconque, à seule fin de satisfaire un désir pervers et sadique, se donne dautant plus libre cours que leurs auteurs sont riches et puissants, ou, comme Dutroux, assurés de limpunité.
A laffaire Dutroux sont liées, aux yeux dune grande fraction de la population, dautres affaires dont les enquêtes, elles non plus, nont jamais abouti : celle de lassassinat du ministre socialiste Cools, impliqué dans une affaire de pots de vin, celle des Tueurs du Brabant qui avaient fait 29 morts dans des tueries en apparence gratuites de 82 à 85, celle de lassassinat au Rwanda, en avril 94, au moment du déclenchement du génocide, de 10 soldats belges. Les comités des parents des victimes ont manifesté ensemble à plusieurs reprises, et il y a eu autant de commissions denquête parlementaires, qui ont abouti à des conclusions aussi mensongères que celle concernant Dutroux.
Cette violence, cette corruption au plus haut niveau, sexerçaient en toute impunité et officiellement ou presque dans les anciennes colonies de lEtat belge, Zaïre, Rwanda, Burundi. Et ce jusqu'à la fin des années 70 où lEtat belge a passé la main à lEtat français qui y a perpétré les mêmes crimes. Lappareil de lEtat belge est truffé de ces anciens officiers ou fonctionnaires de la coloniale, liés à ceux qui, anciens soldats dabord, barbouzes des services secrets ensuite, ont offert leurs services de tueurs à la mafia, à ses réseaux de prostitution et de pédophilie, et constitué larmature de groupes terroristes dextrême-droite dont on pense quils sont à lorigine des tueries du Brabant dans les années 80.
Les politiciens belges, depuis le début des années 80, alors que léconomie senfonce dans la crise, que les groupes capitalistes licencient, ont fait assaut de démagogie nationaliste, exploitant, pour tenter de détourner la population des causes réelles de laggravation de ses conditions dexistence, les problèmes linguistiques divisant les Wallons de langue française et les Flamands de langue hollandaise, le gouvernement allant jusquà prévoir en 99, linstauration dune fédération. Mais les travailleurs, une fraction importante de la population, ne sont pas dupes, et expriment leur défiance à légard de tous les partis qui se montrent les défenseurs de lappareil dEtat corrompu et du secret qui le protège. Cest le même secret qui protège les tripatouillages de lEtat avec les groupes capitalistes, cest parce quil sert ces mêmes intérêts, quil ne peut y avoir de vérité possible, sans lintervention consciente de la classe ouvrière en tant que telle, postulant à remplacer cet état corrompu parce quau service des riches par lexercice du pouvoir par toute la population.
Seine Saint-Denis en force ...
Vers lélargissement
30 ans après mai 68, lamphithéâtre Richelieu de la Sorbonne a été de nouveau occupé le mardi 28 avril. A la suite de la nouvelle manifestation massive de la Seine-Saint-Denis (en lutte depuis huit semaines) un millier de manifestants ont envahi ce lieu symbolique.
Cest encore 4 à 5000 manifestants( enseignants, élèves, parents) qui ont défilé de la Bourse vers Matignon, essentiellement de la Seine St-Denis, mais aussi des autres départements de la région parisienne.
LAG qui a réuni à la Sorbonne les délégués dune centaine détablissements en lutte a discuté, dans une atmosphère de lutte et de démocratie ouvrière les propositions des syndicats, des réponses à donner à Allègre, du Premier mai, des modalités de lélargissement de la lutte.
Il y avait matière à débattre, car face à leur détermination les choses commencent à bouger. Samedi dernier près de 8000 manifestants étaient dans la rue. La police a bloqué les manifestants à lapproche du palais de Matignon et devant leur volonté doccuper le pavé, elle a chargé et a arrêté cinq enseignants, un parent délève et deux élèves. Les manifestants nont pas désarmé et ils ont pu être libérés. Mais ces violences policières de la part dun gouvernement de gauche ont agi comme un élément supplémentaire dans le développement de la solidarité.
Dimanche soir, les manifestants ont envahi les studios de R. T. L. et vivement conspué Allègre... et ironie de lhistoire, plusieurs centaines dentre eux ont bloqué et bombardé doeufs le principal conseiller dAllègre : Geismar, ancien leader de mai 68, qui il y a trente ans se trouvait de lautre côté de la barricade.
Il y a dautres éléments nouveaux : les parents délèves du 93, notamment au travers de la FCPE soutiennent massivement la grève. Dans certains établissements, pour soulager du poids financier de la grève les enseignants, ils organisent des occupations, ou des écoles désertes - sans enfants.
Du côté des élèves on a vu apparaître un mouvement délèves : le MESD, le Mouvement des Elèves de Saint- Denis en lutte, qui tient ses propres AG à Saint Denis une fois par semaine et ses délégués interviennent dans lAG des établissements en lutte.
Fait sans précèdent, au bout de deux semaines de vacances scolaires la mobilisation a donc repris avec force. Tout espoir dAllègre de voir le mouvement sessouffler sest évanoui. En même temps lAssemblée générale des établissements en lutte a adressé un appel aux syndicats en leur demandant fermement de prendre leurs responsabilités et dappeler à lélargissement de la lutte.
Suite à cet appel, les représentants, dans la région parisienne, de la CGT, de FO, du SNES et de SUD-Education ont lancé dimanche soir un appel à lélargissement du mouvement, à la convocation des AG détablissements dans la région parisienne pour rejoindre le mouvement et à se mettre en grève totale le mardi 5 mai.
Craignant lexplosion, Allègre a finalement cédé sur la première revendication des grévistes, il daigne les recevoir. Son communiqué alambiqué admet à mots couverts la présence des représentants de tous les acteurs de la lutte et pas seulement les syndicats reconnus. Ainsi le jeudi la délégation se rendra chez Allègre dans la composition exigée depuis sept semaines : huit représentants syndicaux, huit de lAssemblée des établissements en grève, deux des parents délèves et deux représentants délèves. Tout le monde, les appareils syndicaux, mais avant tout Allègre, a été obligé de reconnaître le poids décisif de ceux qui luttent et qui organisent eux même leur lutte.
Le mouvement de la Seine St.-Denis sest fait reconnaître et apprécier au-delà des établissements scolaires et des parents délèves. Des contacts ont été établis par exemple avec les travailleurs de lHôpital Avicenne de Bobigny en lutte.
Parents licenciés, enfants sacrifiés disait une banderole de la manifestation de samedi dernier. Cest une lutte de tous les travailleurs. Nous sommes solidaires avec cette lutte, avec ses objectifs et les méthodes démocratiques de ses acteurs. Il faut tout faire pour que la grève du 5 mai soit un succès, pour la transformer en une grève reconductible, pour élargir cette lutte et la soutenir partout afin que le mouvement fasse reculer Allègre et obtienne gain de cause.