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Le Pen et Mégret se déchirent, l’offensive du mouvement ouvrier provoquera le déclin du Front national

Depuis l’université d’été du Front National la querelle entre Le Pen et Mégret a continué à s’envenimer. Mégret avait réagi à la volonté affichée par Le Pen de se faire remplacer par sa femme comme tête de liste aux élections européennes, au cas où il serait déclaré inéligible par la justice. Mégret avait déclaré que ce n’était pas " une bonne idée ". Par contre il se voyait bien lui, le " numéro deux ", numéro un sur la liste si le président en était " empêché ". La riposte de Le Pen n’a pas tardé. Il a rappelé que depuis vingt-cinq ans c’était lui le chef et que les numéros sur les listes et dans le Parti, c’était lui qui les distribuait. Il se réserve donc la prérogative de désigner tout seul les 87 candidats du FN aux Européennes. Sur la défensive, vexé comme un pou, Le Pen a rajouté pour couper court aux ambitions de Mégret, que lui, le numéro un serait candidat aux élections présidentielles de 2002 " si Dieu lui prête vie ". Ce n’est évidemment pas la première fois que Mégret ou un autre chef du FN fait de l’ombre à Le Pen qui avait justement nommé Mégret chef de campagne électorale en 1988 pour casser les dents trop longues de Stirbois.

Mais les enjeux de la querelle actuelle sont beaucoup plus sérieux. Elle se joue à trois niveaux : qui aura le pouvoir sans partage sur le FN, qui conduira le FN vers un nouveau succès électoral aux Européennes et enfin comment accéder au pouvoir gouvernemental. Le premier niveau est celui des rivalités personnelles au sein du panier de crabes que constitue la direction du FN. Ces messieurs viennent de se réunir pendant plus de six heures à huis clos pour tenter de laver leur linge sale en famille et présenter un visage à peu près uni au moins jusqu'à la fête Bleu Blanc rouge du FN le week-end prochain. Mais personne n’est dupe. Les petites phrases assassines opposant les Lepénistes aux Mégrétistes se sont multipliées dans la presse. Tout cela fait désordre et ressemble jusqu'à la caricature aux affrontements qui opposent les leaders de droite. Chacun voit son intérêt personnel avant toute chose, ce qui a l’inconvénient pour le FN de montrer au grand jour que Le Pen et Mégret sont des politiciens arrivistes comme les autres et que leurs diatribes contre le " système de la bande des quatre " ne sont évidemment que du vent.

Par rapport aux élections européennes les motivations de Le Pen et Mégret ne sont pas moins à un niveau arriviste au ras des pâquerettes. Il est sûr que bien des membres et des électeurs du FN ne seraient pas emballés de voter pour une femme, en l’occurrence Jany Le Pen qui n’a pas fait mystère de son souhait de rester " une femme au foyer ". Les arguments des Mégretistes assurant que dans ce cas ce serait " la veste assurée " aux Européennes peuvent porter particulièrement auprès des notables du FN avides d’accéder à de nouveaux fromages. Mais les partisans de Le Pen peuvent arguer que le nom de leur leader est plus porteur que celui de Mégret. Le résultat des Européennes est de toute façon très important pour que le FN se garde la possibilité d’accéder un jour au gouvernement. Un recul important découragerait rapidement une bonne partie de l’électorat FN dopé par les succès électoraux qui s’enfilent depuis des années.

Quant à la tactique pour obtenir un nouveau succès aux Européennes et pour progresser vers le pouvoir, Le Pen et Mégret divergent sensiblement. Mégret bombe son petit torse parce qu’il s’attribue le mérite d’avoir attiré au FN bien des politiciens de droite comme lui-même et, à l’occasion des Régionales, d’avoir attiré dans ses filets Millon, Blanc ou Soissons. Le Pen n’a jamais bien sûr craché sur l’électorat de bourgeois et de petits bourgeois de droite mais il ne veut pas brouiller l’image d’extrême droite et pseudo-radicale du FN par une alliance trop prononcée avec des politiciens RPR et UDF même complaisants. Car un des éléments de succès électoraux du FN est venu de sa capacité à dévoyer une partie de l’électorat populaire écœuré par l’ensemble des politiciens de droite comme de gauche.

Les divisions actuelles au sein du FN se jouent encore sur fond d’ambitions politiciennes à courte vue. Nul doute que si bien des travailleurs et des jeunes se regroupaient sur la base des idées socialistes et communistes et reprenaient l’offensive sur le terrain de la lutte de classes, ils contribueraient à un déclin rapide du FN. Bien des travailleurs et des chômeurs qui se sont égarés à voter pour le FN retrouveraient le chemin de la lutte de classes et découvriraient la force des idées et des méthodes d’action du mouvement ouvrier.

 

Les maux roses de la rentrée scolaire

Le SNES syndicat majoritaire des enseignants des collèges et des lycées avait appelé à une journée de grève le 10 septembre. Cette journée de grève était attendue par de nombreux enseignants car lors de cette rentrée scolaire les raisons de colère sont plus grandes que jamais. Les provocations verbales d’Allègre n’ont pas cessé et la politique menée par celui-ci est une véritable machine de guerre.

Pas de surprise à la rentrée pour les enseignants ou les élèves, les uns et les autres ont le plus souvent retrouvé les classes surchargées et les locaux inadaptés. Des établissements étaient d’ailleurs en grève dès la rentrée, des écoles occupées par les parents ou les instituteurs pour protester contre des fermetures de classes, des suppressions de poste ou la non nomination de profs. Les moyens financiers qui seraient nécessaires pour satisfaire les immenses besoins ne sont pas débloqués. L’obsession d’Allègre est de faire des économies. Le tour de passe-passe c’est le " redéploiement " c’est à dire la vieille tactique du " déshabiller Paul pour habiller Jacques ". Le projet de budget pour 99 prévoit la création de 3916 emplois au 1er septembre 99. Mais ce ne sont pas des créations. Même chose pour les ZEP (zones d’éducation prioritaire), elles seront redécoupées c’est à dire que le même nombre sera réparti autrement ou rebaptisé, R. E. P. (réseaux d’éducation prioritaire) selon la trouvaille royale de Ségolène. Le maître mot du ministère pour boucher les trous ce sont les emplois jeunes utilisés à toutes les sauces. Ils seront 20000 de plus (10000 dans le primaire, 10000 dans les collèges), soit un total de 50000. Ces jeunes diplômés (Bac +2 ou 3) font 35 heures payées au SMIC, sont employés par les établissements avec un statut de droit privé, sans garantie d’emploi puisqu’embauchés pour cinq ans maximum. Et pour couronner le tout, Allègre maintient son intention de financer ces emplois jeunes par l’abaissement du taux de paiement des heures supplémentaires des profs (dont une grande partie est obligatoire). Le résultat sera la précarisation d’une partie du personnel de l’Education nationale et la baisse des salaires pour l’autre. Autres dossiers chauds en perspective : la réforme des lycées et la suppression du mouvement national de mutation pour les enseignants qui signifie à terme la mise en place de recrutement " sur profil " avec totale liberté des chefs d’établissements.

Bref, la rentrée 98 avait toutes les raisons d’être combative ! Mais il a suffi qu’Allègre accepte de recevoir Monique Vuaillat dirigeante du SNES et se déclare prêt à " discuter " pour que le SNES remballe deux jours avant son appel à la grève du 10... avec l’argument que faire grève alors qu’Allègre voulait bien discuter serait compromettre toute chance de faire reculer celui-ci ! La volte-face du SNES a provoqué un profond mécontentement chez tous ceux qui avaient prévu de faire grève le 10.

Le SNES et avec lui toute la FSU se contenteraient bien d'une mobilisation limitée, qui démontre leur représentativité, mais ne risque pas de déborder sur une remise en cause de la politique de Jospin. Le maintien de l’appel de la FSU à la grève le 18 dans toute l’Education Nationale est donc pris avec circonspection par les enseignants. Indépendamment des calculs des dirigeants syndicaux, l’appel de la FSU à faire grève le 18 septembre dans toute l’Education Nationale est une occasion pour les enseignants de manifester massivement leur mécontentement.

 

Des parents en colère disent non à l’école au rabais !

A l'école Condorcet, dans la banlieue de Bordeaux, la rentrée scolaire a été mouvementée… pour l'inspecteur d’Académie.

Les parents d'élèves, scandalisés par le nombre de classes surchargées -31 élèves dans une classe de CM1- ont refusé de faire monter les enfants dans les classes. Ils avaient déjà attiré l'attention de la municipalité et de l'Inspection Académique en fin d'année dernière et réclamaient un poste d'enseignant supplémentaire et avaient obtenu de vagues promesses. Peu confiants et bien organisés, les parents s'étaient donné rendez-vous en nombre le jour de la rentrée, afin de vérifier par eux-mêmes s'ils avaient été entendus ou non. Résultat : pas de poste en plus.

L'attitude méprisante de l'inspecteur d’Académie présent le jour de la rentrée, essayant de renvoyer les parents chez eux car " ils n'avaient rien à faire dans l'école ", l'engagement plus que modéré des représentants de la municipalité qui leur demandaient d'attendre quelques jours (le maire a été hué par l'assemblée), n'ont fait que renforcer la détermination des parents, qui ont par ailleurs rencontré l'assentiment de la majorité des enseignants.

Réunis en assemblée générale, les parents ont décidé de bloquer les classes, avec chaînes et cadenas, montrant par là qu'ils refusaient que leurs enfants apprennent dans ces conditions, dans ce quartier en pleine cité, classée (heureusement) zone d'éducation prioritaire…Une partie de l'assemblée s'est rendue à l'Inspection Académique et les parents ont alerté la presse locale et M6 qui se sont rendus sur place.

Le lendemain dans l'après-midi, l'inspecteur a téléphoné pour savoir si l'école était toujours occupée par les parents. Réponse positive.

Le même jour dans la soirée, la déléguée des parents d'élèves était prévenue par le directeur de l'école que l'Inspection Académique venait de lui téléphoner afin de lui annoncer… la création d'un poste supplémentaire. Un nouvel enseignant doit arriver jeudi : les parents seront encore nombreux sur place ce jour-là pour s'assurer qu'ils ont effectivement été bien entendus !

 

Retraites : le gouvernement revient sur une de ses rares promesses

Depuis 1993, en application d’une mesure de Juppé, l’augmentation des retraites était calculée en début d’année sur l’inflation prévue. Il s’agissait pour le gouvernement Juppé de ponctionner jusqu’en 2010 près de 130 milliards de francs sur les retraites.

Cette mesure avait été prise pour cinq ans et arrivait à expiration fin 1998. Le gouvernement Jospin a décidé de la reconduire alors qu’une de ses rares promesses électorales de 97 avait été d’indexer l’augmentation des retraites sur celle des salaires, ce qui l’aurait amené à les augmenter de 2,3 % en 1999 alors qu’elles l’ont été de 1,1 % cette année.

Les 9 millions de retraités dont les pensions vont de nouveau être ponctionnées auront cependant droit à un " cadeau " du gouvernement. L’augmentation des retraites pour 98 avait été de 1,1 % alors que l’inflation va vraisemblablement se situer à 0,8 ou 0,9 %. Le gouvernement envisage de ne pas déduire les 0,2 % ou 0,3 % de différence sur l’augmentation de 99. Il y a des " cadeaux " qui en disent long sur ceux qui les font !

 

Seillière et les trente cinq heures : les patrons feront ce qu’ils voudront !

Dans une interview accordée à " Libération ", Seillière, président du CNPF a réaffirmé que le patronat comptait bien faire ce qu’il voulait. " On nous présente un godillot marqué 35 ? Eh bien, chaque métier s’adapte. L’un essaye de la transformer en sandale, l’autre en babouche, le troisième en basket ". Et il présente ainsi le résultat des accords passés par les fédérations patronales : " certains prévoient un aménagement des heures supplémentaires, d’autres des adaptations de salaires, d’autres l’annualisation du temps de travail, certaines branches n’arriveront à rien ".

S’il fait mine de contester cette loi " lourde et coûteuse pour les entreprises ", il condescend à reconnaître " qu’il peut même y avoir des cas - je ne le nie pas- où à la faveur des 35 heures, l’organisation du travail, les conditions de travail ou la productivité s’amélioreront ". Mais il y a une chose sur laquelle il est catégorique : " nous pensons que la loi ne créera pas d’emploi. "

Seillière s’en prend à plusieurs reprises à Martine Aubry et trouve " stupéfiant" que " comme dans une classe primaire, elle use du droit de décerner des bons points et des mauvais points". Seillière met Aubry en demeure d’entériner toutes les dispositions que les patrons ont imposées dans les négociations dans la deuxième et définitive mouture de la loi qui doit être votée en 1999 : " nous serons très actifs pour faire en sorte que le contenu de ces accords ne soit pas contourné ou détourné ".

Ce n’est pas que Seillière soit vraiment très inquiet. Ses protestations font partie de cette comédie que nous jouent depuis des mois le patronat et le gouvernement qui font mine de se quereller alors que sur le fond ils sont bien d’accord pour imposer flexibilité, annualisation et baisse des salaires. Mais le ton qu’il emploie à l’égard d’Aubry est significatif de leurs véritables relations : le baron sait bien que pour être bien servi, il ne faut pas hésiter à tancer le petit personnel.

 

Sans papiers Le Havre : grève de la faim pour des occupants non régularisés

Les sans-papiers occupent l'église depuis six mois maintenant. La mobilisation n'a pas faibli pendant l'été : manifestations à Rouen, au Havre, à Elbeuf et à Paris. Aussi le 1er septembre, lorsque la préfecture n'a rien annoncé concernant les 24 dossiers restants, la colère a monté d'un cran à l'assemblée générale du soir. Mercredi, à la conférence de presse tenue à l'église à laquelle sont venus les journalistes du Havre et ceux de FR3, trois sans-papiers ont annoncé qu'ils se mettaient en grève de la faim dès le lendemain. Ce même jour, tandis que quinze membres du collectif de soutien s'introduisaient dans les locaux de la sous-préfecture (au nez des RG), les sans-papiers manifestaient bruyamment dehors. Après une entrevue négative avec un sous-fifre du Préfet, nous nous sommes assis par terre décidés de ne pas en bouger. Trente CRS aidés d'autant de policiers en civil nous ont jetés dehors violemment sous les caméras de FR3. Ils ont ainsi filmé en direct deux CRS qui malmenaient une femme de 72 ans. En fin de semaine, quatre déboutés de droit d'asile ont été régularisés mais au titre de " malades ". Par ce biais, la France veut ménager quelques dictatures africaines. Les régularisations en tant que malades sont " bidon " car elles peuvent être remises en cause à tout moment, alors qu'une régularisation au titre de débouté du droit d'asile est faite pour dix ans. La mobilisation se poursuit. Une manifestation a eu lieu jeudi 10 au Havre. Le tout nouveau collectif régional qui regroupe les comités de Rouen, Elbeuf, et Le Havre appelle à une manifestation à Rouen le Samedi 12 à 14H, Place Saint-Sever.