page 3



Au nom de la lutte pour l’emploi, encore des cadeaux aux patrons !

Lorsque le gouvernement s’apprête à prendre une mesure favorable au patronat, le scénario est toujours le même : un rapport est demandé à un " expert ", les ministres concernés s’appuient sur l’avis de " l’expert " qui n’a fait qu’écrire ce qui lui était demandé. Il ne reste plus pour pimenter le tout que d’inventer une polémique entre Strauss-Kahn et Aubry et d’attendre que Jospin du haut de sa sagesse, tranche le différend ! Amuser la galerie pour faire des cadeaux aux patrons, c’est cela la méthode Jospin !

En ce qui concerne les dizaines de milliards de cadeaux faits aux patrons par des réductions de charges sociales sur les bas salaires préconisées par le rapport Malinvaud, la seule divergence porte sur l’emballage du cadeau : Aubry prétend financer une partie de la mesure en augmentant les cotisations sur les salaires les plus élevés, Strauss Kahn lui ne veut pas entendre parler d’une hausse des cotisations patronales.

En fait, Aubry, Strauss-Kahn, Jospin, tout le monde est d’accord et Seillière s’en amuse : " il semble qu’actuellement, on rivalise d’ardeur entre différents partis de la majorité pour promouvoir la baisse des charges sur les bas salaires ". Le gouvernement actuel prolonge ce que le gouvernement Juppé avait entamé en 1993 : la réduction des charges sociales sur les bas salaires jusqu’à 1,3 fois le SMIC, qui a concerné cinq millions de salariés en 1997. En 1997, les patrons ont ainsi bénéficié d’une réduction de charges sociales de 40 milliards, cinq fois le montant de l’impôt sur la fortune ! Selon le ministère de l’Emploi, ces aides " ont favorisé sensiblement les employeurs de salariés à temps partiel ".

Quant à la façon de financer ces mesures, Jolliès, vice président du CNPF est catégorique : " cette mesure doit être financée par l’Etat et gagée par des réductions de dépenses publiques. Il ne faut plus augmenter les prélèvements obligatoires mais s’engager sur plusieurs années sur un programme d’économies budgétaires. "Et il cite la déclaration du nouveau directeur de la CNAM, affirmant qu’il est possible de faire 100 milliards d’économies sur les dépenses de santé !

 

Les Ralston en lutte pour le " zéro licenciement "

Le plan social proposé par la direction de l’entreprise apparaît aux yeux de tous comme une escroquerie. En plus des 110 mesures d’âge, ce plan se résume à 92 postes dans le groupe de transport Giraud (66 à Val de Reuil, 26 à Caudebec), 30 postes dans une entreprise de conditionnement dont le nom n’a pas été révélé, 16 dans une autre entreprise d’injection plastique et 50 postes de chauffeurs routiers régionaux. Cette dernière proposition est une véritable fumisterie : chauffeur routier, alors que la moyenne d’âge des salariés de Ralston est de 46 ans et qu’il y a de nombreuses femmes parmi nous. Quant aux emplois de Giraud, aucun élément du contrat de travail ne nous a été révélé. Puisque Giraud veut embaucher pourquoi n’embauche-t-il pas immédiatement des chômeurs de l’agglomération d’Elbeuf ? Bref tout cela ressemble fort à une nouvelle variante de patrons " chasseurs de prime ". Dans cette région particulièrement frappée par le chômage, ça fait beaucoup de patrons qui auraient envie d’un seul coup d’embaucher ! Pour un peu, ironisait un camarade, il faudrait presque que Ralston embauche, pour licencier encore plus de monde ensuite, afin de répondre à toutes ces offres d’emplois.

Bref, personne n’est dupe, et d’ailleurs la grève et l’occupation du mercredi 2 septembre ont été des succès. Pendant 24 heures aucune machine n’a tourné et les magasins de stockage ont été bloqués. Des pneus ont été incendiés aux deux entrées de l’usine de Caudebec. On n’avait pas vu cela depuis longtemps ! A un chef qui essayait de nous convaincre d’arrêter le mouvement, l’un de nous a répondu : " Mais ça y est, c’est la dictature ouvrière ! " histoire de l’énerver un peu plus.

Les salariés ne voulaient pas prolonger l’occupation, et préféraient poursuivre l’opération escargot. Dans l’usine, cette opération est suivie inégalement. Dans le secteur alcalin, la production ne sort plus qu’à 30 % environ, et au salin à 60 %. Par contre au conditionnement, secteur non officiellement menacé par ce plan de licenciement, la production sort entre 100 et 50 %, selon les machines. Des délégations se rendent au conditionnement pour essayer de convaincre les chefs de ligne et les conductrices de baisser la production en mettant en avant que même si ce n’est pas eux qui sont visés ( pour l’instant), ce sont leurs copains qui partiront et qu’il faut se serrer les coudes.

L’autre objectif est de réussir la manifestation du 19 septembre dans les rues de Caudebec et d’Elbeuf. Pour préparer cette manifestation, le jeudi 3 s’est réuni le comité contre les licenciements dans la région. Nous étions une bonne quarantaine : salariés, chômeurs, militants révolutionnaires, syndicalistes, enseignants, militants d’associations comme Ras l’front ou les Restos du cœur. Des représentants de l’Union Locale CGT, qui jusqu’alors n’avaient pas participé aux réunions du comité, étaient là, et ils vont faire un tract pour annoncer la manifestation. Par ailleurs, le comité d’organisation contre les licenciements à Ralston a envoyé pas moins de 300 lettres d’invitations.

Sur les mots d’ordre " Zéro licenciement, personne au chômage, interdiction des licenciements à Ralston comme ailleurs ", cette manifestation doit être un succès.

 

Sciences et Avenir : "au service de notre santé"... ou du gouvernement ?

Pour la deuxième fois en quelques mois, la revue " Sciences et Avenir " vient de publier une enquête à sensations sur les hôpitaux. Cet article qui se veut scientifique assomme le lecteur sous une masse de statistiques et constitue, de fait, une véritable imposture.

Très démagogiquement, avec des titres faits pour semer la terreur, " hôpitaux à risques ", " disparités dangereuses ", " une mortalité qui varie de 1 à 20 " cet article, insidieusement, plaide pour les fermetures des hôpitaux de proximité, les regroupements de services et les économies en matière de personnel et de soins.

L'article a fait discuter dans les services. Certains se réjouissant du bon score du CHU de Bordeaux, classé dans les premiers en matière de sécurité, mais personne n'étant dupe des buts poursuivis par les journalistes. Que l'on travaille à Bordeaux ou dans n'importe quel petit hôpital local, nous sommes bien placés pour connaître la pénurie de personnel, de matériel, les fermetures de services et de lits et les conditions dégradées faites au malades et au personnel. Et nous savons aussi trop bien que, malgré tout, si l'hôpital " tourne ", si les malades y sont accueillis et soignés au mieux des possibilités, c'est bien grâce à notre conscience et à notre dévouement et malgré l'avarice et l'incurie de ministres et de directeurs qui ne raisonnent que par souci de rentabilité et de carrière personnelle.

Alors, si effectivement, l'hôpital manque partout du nécessaire pour travailler, eh bien la faute en est à tous les gouvernements successifs qui saignent les services publics indispensables à la population pour mieux servir les intérêts privés du patronat. Et ce dont rêvent tous ces ministres, journalistes et médecins cités dans cette enquête, c'est un service de santé à l'américaine, performant et moderne pour les riches et ceux qui peuvent payer. Quant aux autres, qu'ils s'adressent aux SAMU sociaux !

Est-ce par hasard si, la même semaine vient d'être publié un rapport du Ministère de la Solidarité annonçant que les 17 500 lits fermés depuis 97 ne suffiront pas et qu'il faut persévérer dans la "rationalisation" en en fermant 34 000 de plus ?

 

35 h : les militants CGT ne sont pas dupes et le disent

Mardi 8 septembre, nous étions 160 militants CGT réunis pour l’assemblée générale de l’Union Départementale de Gironde. A la tribune, tout au long de la réunion, les membres du bureau ont essayé d’expliquer que la loi sur les 35 h pouvait donner de " bons accords ", qu’il " n’y a pas de fatalité " malgré " l’offensive du patronat qui profite des indemnités de la loi Aubry ". Mais dans la salle, personne n’était dupe. Le secrétaire de la métallurgie racontait comment le patronat a utilisé cette loi pour passer le nombre des heures supplémentaires de 94 à 205, augmenter la flexibilité en permettant la semaine de 48 h, 6 jours sur 7. Un autre dénonçait ceux qui veulent " voir la panacée dans la loi sur les 35 h ", les mêmes qui disaient que les emplois jeunes étaient positifs. Un travailleur de la SNPE expliquait que, concrètement sur son entreprise, l’accord sur les 35 h allait être inférieur à celui de la loi De Robien qui concerne déjà les travailleurs de son secteur.

Un militant, syndiqué depuis 6 ans, se demandait " où en est la CGT ? On aurait dû combattre cette loi, c’est une mauvaise loi. Quand c’était Juppé, on était dans la rue ; avec Jospin, on discute. Les problèmes de la rentrée, on n’en parle pas, il faut croire que tout va bien. Pendant le Mondial, on craignait d’être impopulaire. Alors moi j’ai l’impression que la CGT couvre les ministres communistes. Je suis pour que la CGT soit un syndicat révolutionnaire, alors que c’est un syndicat d’accompagnement ". Et un employé de la compagnie de bus bordelais " je suis d’accord, les 35 h c’est une loi scélérate, et les travailleurs nous le disent. Nous on ne veut pas de l’accord signé dans les bus marseillais que la fédération met en avant comme un bon accord, c’est un recul par rapport à la situation actuelle. Il y a 3 ans la CGT disait 35 h sans perte de salaire et avec embauche, aujourd’hui on en est loin ".

A la tribune, la secrétaire de l’UD, un peu excédée, demandait de " raccourcir " les interventions, oubliant de regarder sa montre quand d’autres tenaient des propos moins gênants... ce qui faisait dire à un militant " on se croirait à la télé avec les journalistes qui coupent Arlette ". A une camarade qui demandait à quoi servait la confédération, elle répondait " tu critiques, mais qu’est-ce que tu proposes ? ". Et la même expliquait que " la CGT n’a pas pour rôle de prendre la place des syndiqués et des salariés "... ce qui mettait des militants en colère " c’est ça, dis qu’on ne fait rien dans les boîtes ". Plusieurs camarades racontaient que des travailleurs se resyndiquent, que les sections revivent, que des jeunes viennent voir le syndicat mais qu’on n’a rien à leur proposer en dehors de l’entreprise. Mais pour la secrétaire les choses urgentes c’étaient " les affiches à coller partout " et la vente du " spécial 35 h " de l’Hebdo, le journal de la CGT.

A la sortie, beaucoup partageaient les critiques qui avaient été faites. Tout le monde était content de se retrouver, de sortir de l’isolement de sa boîte, d’échanger des informations et, pour certains, de prendre contact pour se rendre visite. Et en se quittant, ce qui se disait, c’est qu’on ne devrait pas tarder à se revoir.

 

Une mesure vexatoire contre les chômeurs

Le président du Conseil général des Pyrénées Orientales, avec l’appui du ministère du Travail, vient de prendre une décision qui menace de faire école : il veut imposer plusieurs heures de travail obligatoire comme condition à l’obtention du RMI. Toute personne refusant de se plier à ce diktat perdrait de ce fait ses indemnités et son droit au RMI.

Ce politicien zélé met en pratique les propos de Jospin lorsqu’il affirmait, à la grande satisfaction du patronat, " préférer une société de travail à une société d’assistance ". Les chômeurs qui sont les premières victimes de la violence patronale qui les met à l’écart de la vie sociale en les privant de travail sont présentés à la fois comme de possibles fraudeurs et comme les responsables de la situation dont ils sont victimes.

De telles mesures renforcent les préjugés les plus réactionnaires, le mépris social le plus affiché. Les mouvements de chômeurs craignent que le gouvernement qui soutient le patronat dans sa politique de licenciements et de précarisation du travail, qui a soutenu sa politique de bas salaires en refusant l’augmentation des minimas sociaux lors du mouvement des chômeurs, étende cette mesure dans le cadre de la loi sur l’exclusion.

C’est pour la dénoncer et la combattre que les mouvements de chômeurs, notamment AC ! et le MNCP, organisent une manifestation nationale à Perpignan le 19 septembre.

 

CRAM Rouen : inquiétudes et méfiances sur la loi Aubry

L'application de la loi Aubry devant être discutée pour la Sécurité Sociale en septembre nombreux sont ceux qui se posent des questions et s'inquiètent de savoir à quelle sauce nous allons être mangés.

Une grande partie du personnel méfiant, ne se fait aucune illusion : " Plutôt continuer avec les 39 heures que d'être pire avec 35 ".

Actuellement avec la fin des congés et le non remplacement des départs plusieurs secteurs affichent un gros retard comme au Contrôle où la direction a mis en place une cellule de crise pour faire face au moins à 3000 dossiers en souffrance. Alors, la perspective d'avoir à faire le même volume de travail en moins de temps est loin d'être acceptée. D'autant que l'on sait que la direction considérant que nous sommes en " sureffectif ", estime que les dits " sureffectifs " compenseront largement la diminution du temps de travail.

Inquiétude aussi sur les salaires. Le blocage ou la suppression des échelons d'ancienneté de 2 % qui sont envisagés est vu d'un très mauvais œil.

Inquiétude aussi sur les pauses qui concernent les agents en équipe ou effectuant des travaux pénibles ( ex : l'atelier d'impression). Une note interne de la direction du personnel de la Sécu envisage de les ajouter au temps de présence alors qu'actuellement elles font partie du temps de travail.. Ce qui aurait pour effet d'augmenter d'autant le temps de travail. Par exemple les employés de l'ordinateur devraient faire 2 heures et demi de plus et ceux de l'atelier d'impression cinq heures de plus par semaine. Inquiétude d'autant plus fondée que dans un établissement de la CRAM, la direction locale au motif de réorganisation des horaires veut retirer les pauses d'employés de ménage du temps de travail effectif.

Un certain mécontentement règne donc et d'ores et déjà des employés réfléchissent à une nécessaire riposte. Comme dit l'une d'entre elle : " Travailler le samedi d'accord, mais seulement le samedi ! ".

La direction a déjà réuni les syndicats pour tâter le terrain. Tout le monde sait que discrètement elle prépare ses attaques. Face à l'unanimité des syndicats ( CFDT, CGT, FO) contre la loi Aubry la direction a joué l'étonnée.

ECHOS DU BULLETIN FRONT DES TRAVAILLEURS (ART ET VDT) - SNCF (REGION DE ROUEN)

100 patates pour la peinture, ou du blé pour les cheminots ?

Le trafic voyageurs et fret est en hausse. Dans une circulaire Gallois a prétendu que c’était le fruit de la réforme. C’est surtout le fruit de notre boulot. Il fait semblant de découvrir que nos conditions de travail se sont dégradées et décide d’allouer une " enveloppe " de 100 millions de Francs, soi-disant pour les améliorer. En fait, il s’agit de cacher un peu la misère et de consacrer cet argent à des investissements de fonctionnement qu’on baptisera " amélioration des conditions de travail ".

Dans tous les secteurs nous sommes bien placés pour savoir que la première cause de la dégradation des conditions de travail, c’est le manque d’effectifs. Donc la première des choses à faire, c’est d’embaucher. Et puis il faudra bien poser la question des salaires. Ils sont rognés depuis des années. Pour retrouver un niveau correct, c’est une augmentation de 2000 F dont nous avons tous besoin. La direction ne peut pas gagner sur tous les tableaux, réduire les effectifs et les salaires et augmenter le trafic et les charges de travail. Nous devons imposer à la SNCF de payer correctement le nombre de cheminots nécessaire à son activité.