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Bourses, spéculation, fusions : l’attente des profits d’une nouvelle offensive contre les travailleurs

Jusqu'à ces derniers jours, c’était l’euphorie sur les Bourses américaine et européennes : il leur a fallu à peine deux mois pour rattraper les lourdes pertes de la crise financière de la mi-août. C’est maintenant sur les marchés financiers des pays riches que la spéculation bat son plein, que les masses énormes de capitaux, qui avaient reflué des pays du Sud-est asiatique, puis de Russie, et d’Amérique latine, se sont reportées à la recherche de profits.

Ils s’étaient retirés de la Thaïlande, de la Corée du Sud, de l’Indonésie dès que les perspectives de profits y étaient apparues menacées par la saturation des marchés encombrés par une production gonflée artificiellement par la folle spéculation des années précédentes. Ce reflux, à partir du printemps 1997, a plongé ces pays dans la récession, et leurs peuples dans un abîme de chômage et de misère, mais leurs détenteurs ont fait poursuivre à ces masses de capitaux leur course avide en les reportant en Europe et Amérique, provoquant une première flambée boursière qui a pris fin à la mi-août, au moment de la banqueroute de l’Etat russe.

A ce moment-là, les financiers se sont débarrassés des actions et obligations émises par les entreprises, menacées par l’assèchement du crédit qui aurait pu s’ensuivre des lourdes pertes des banques engagées dans la spéculation sur tous les marchés des pays émergents, pour se reporter sur les bons du Trésor des pays riches, beaucoup plus sûrs puisque ces titres de la dette publique sont garantis par leurs Etats. Les Bourses américaines et européennes ont alors perdu jusqu'à 20 % et plus de leur capitalisation.

Mais depuis octobre, les capitaux sont revenus sur ces Bourses, leurs détenteurs rassurés par les Etats des pays riches, qui ont injecté des milliards pour colmater quelques-unes des brèches ouvertes dans le système financier international : renflouement du fonds spéculatif LTCM par la banque fédérale américaine, de l’Etat brésilien par le FMI, des banques japonaises par l’Etat japonais. La baisse du loyer de l’argent, des taux d’intérêts, par les Etats-Unis et quelques pays d’Europe, les y encourage également, en rendant le crédit moins cher et les emprunts d’Etat moins rentables.

C’est donc des perspectives de profits tirés de la production dans les pays riches que les financiers et tous les détenteurs de capitaux attendent maintenant leur tribut, c’est sur l’aggravation de l’exploitation des classes ouvrières d’Europe et des Etats-Unis, qu’ils spéculent. Ils investissent dans tous les secteurs de l’économie susceptibles de dégager des profits, et les anticipent, en en achetant les actions dont le prix monte bien au-delà des profits qui peuvent y être jusqu'à présent réalisés. Car les crises asiatique et russe réduisent encore les marchés et exacerbent la concurrence, les prix des matières premières, mais aussi celui de certains produits de l’industrie, baissent, restreignant la marge des profits.

Mais tant qu’il n’est pas renversé, le Capital a une solution, réduire encore la part du monde du travail, restructurer, licencier. Actuellement, les trusts les plus puissants de l’industrie et de la finance sont en train de se mettre en ordre de bataille, en s’alliant et en fusionnant pour gagner une force de frappe plus importante dans la guerre acharnée pour les marchés. Le montant des opérations de fusions entre grosses sociétés européennes qui se préparent à l’accélération de la concurrence qui suivra la mise en place de l’euro, a augmenté de 67 % cette année. Mais ce sont les trusts de tous les pays riches qui sont engagés dans ce mouvement, qui se fait à l’échelle internationale, et dans tous les secteurs. Ces dernières semaines, des dizaines de fusions ont été annoncées, Daimler et Chrysler dans l’automobile, Exxon et Mobil, déjà eux-mêmes deux géants, et Total et Pétrofina, dans le secteur pétrolier, Rhône-Poulenc et Hoescht, ainsi que Sanofi et Synthélabo dans la chimie et la pharmacie, Deusche Bank et Bankers Trust dans la finance, et bien d’autres, qui permettent aux sociétés rapprochées de faire ce que leurs conseils d’administration appellent des " économies d’échelle " ou de " synergie " en concentrant leurs activités sur un même secteur. Economiser sur l’utilisation des capacités de production, sur les frais de recherche, sur l’achat des matières premières qu’ils peuvent négocier à meilleur prix, compte tenu de leur puissance, et surtout sur la réduction de leurs effectifs.

Ces fusions s’accompagnent de milliers de licenciements, dont certains déjà annoncés, 9000 pour Exxon-Mobil, 5500 pour Deutsche Bank et Bankers Trust, mais qui ne se limitent pas aux entreprises concernées, car la naissance de ces géants pousse tous les trusts à restructurer et licencier pour faire face à la concurrence. Boeing vient d’annoncer 48 000 licenciements sur 2 ans, Shell en avait annoncé 3000, Texaco 1000, Volvo 6000, Siemens 60 000... Rien qu’au mois d’octobre, et seulement dans l’industrie, les entreprises américaines ont annoncé 91 500 licenciements.

C’est essentiellement l’annonce de ces fusions, promesses d’un accroissement des profits sur le dos des travailleurs, qui a dopé les Bourses ces dernières semaines. Cette euphorie boursière a fait clamer aux gouvernements que la crise financière était jugulée. Ils n’en savent rien, et rien n’est moins sûr, mais leur objectif est de tenter d’anesthésier les travailleurs au moment où ils se préparent à assister le Capital dans sa nouvelle offensive.

L’Etat prêt à payer pour aggraver la flexibilité et les licenciements dans les entreprises publiques

Le gouvernement avait annoncé que les 35 heures seraient applicables dans les entreprises du secteur public mais qu’il n’y aurait pas de mesures de financement de l’Etat comme dans le privé. La semaine dernière, Strauss-Kahn a annoncé qu’il souhaitait qu’un accord soit signé rapidement et de " façon exemplaire " à EDF-GDF et a laissé entendre que l’Etat pourrait fournir une aide entre 4 à 5 000 F par emploi, soit 600 millions de francs.

Ces négociations sur les 35 heures vont être l’occasion pour la direction d’EDF-GDF de renouveler ses attaques contre les salariés en supprimant des emplois et en remettant en cause les actuelles conditions de travail et d’embauche. Elle a en effet annoncé qu’à horaires constants, elle devrait supprimer 12 000 emplois. " Grâce " aux subventions de l’Etat et aux négociations sur les 35 heures, le nombre de licenciements serait " limité" ! Les 35 heures permettraient aussi à la direction d’instaurer un système à deux vitesses pour réduire les salaires : une partie du personnel travaillerait 35 heures payées 38 ; les nouveaux embauchés et les " volontaires " travailleraient 32 heures sur 4 jours, payées 32.

C’est en fait ce que la direction avait obtenu par un précédent accord que FO et la CGT avaient fait annuler sur le plan juridique. Pour se mettre à l’abri de tels jugements, le gouvernement a tout simplement décidé de modifier la loi : il proposera le 15 décembre, un projet de décret remettant le cause le statut du personnel et autorisant la création de primes à la réduction du temps de travail.

Strauss-Kahn a raison : ce qu’il veut imposer à EDF-GDF est "exemplaire" … de la politique du gouvernement !

 

Les étudiants-surveillants mobilisés à Angoulême

Déjà massivement en grève le 17 et le 19 novembre, les surveillants de lycées et collèges repartaient mardi 1er décembre pour une grève reconductible le jeudi 3. A l'assemblée départementale du matin, ils étaient environ 25 représentant les établissements d'Angoulême, Cognac et les petites villes proches. Les mauvais coups du gouvernement étaient dénoncés : Allègre qui avait promis aux lycéens 14 000 postes d'encadrement (en fait, 10 000 emplois jeunes et 1000 appelés du contingent pour 3000 surveillants) est en train, en créant ces 3000 postes pour janvier, de remettre en cause le statut d'étudiant-surveillant.

Etre surveillant est le seul moyen pour un jeune de famille modeste de gagner de l'argent pour faire ses études. Allègre veut qu'en janvier soient recrutés des surveillants à mi-temps et que les nouveaux postes soient proposés en priorité aux élèves des Instituts de Formation des Maîtres. Et cela semble un premier pas vers la généralisation du projet.

En ce cas, pour 14 heures et 2900 F, les établissements auraient à leur disposition comme surveillants des élèves-enseignants qui pourraient remplacer au pied levé (et à bas prix surtout !) un enseignant absent. L'encadrement des élèves serait complété sans doute avec des emplois-jeunes, présents du matin jusqu'au soir pour un SMIC, et qui si ça continue, vont devenir les bonnes à tout faire de l'Education Nationale.

L'après-midi, les étudiants-surveillants décidaient d'aller interpeller l'Inspecteur d'Académie. Ils ont été reçus après avoir un peu forcé sa porte. Celui-ci a nié le plan d'Allègre mais en même temps avec un certain mépris, a reproché aux jeunes d'être seulement un quart à réussir les études pour lesquelles ils étaient payés.

Tous les jeunes présents se sont promis de recruter pour revenir plus nombreux jeudi, de chercher le lien avec les enseignants, les jeunes, pour chercher leur soutien.

 

Turboméca Tarnos (Landes) : la direction à l’offensive

A Turboméca, la direction vient de faire connaître ses intentions en ce qui concerne la réduction du temps de travail.

C’est bien simple, elle n’entend discuter avec les syndicats que sur la base de l’accord signé par l’UIMM. Elle propose une durée hebdomadaire de travail de 36 heures 75, au lieu des 37 heures actuelles, bien sûr avec perte de salaire. Pour nous, cela voudrait dire 2,87 % de salaire en moins, soit une moyenne de 5111 F brut par an. Pour ce qui est de l’annualisation du temps de travail, ses intentions restent floues.

C’est contre ces propositions que les syndicats CGT, CFDT et FO ont appelé à un débrayage d’une demi-heure le mardi 17 novembre. Ce débrayage a été suivi à 75 % à l’usine de Mézières (région parisienne), à 55 % à celle de Bordes (près de Pau), et à 60 % à celle de Tarnos (près de Bayonne).

Les propositions de la direction sont ressenties par tout le monde comme une provocation, mais ce qui nous préoccupe le plus, c’est l’embauche définitive des salariés en CDD. Le jeudi 26 novembre, la CGT appelait à un arrêt de travail d’une demi-heure pour exiger l’embauche des CDD. Il y avait moins de monde que lors du précédent débrayage, la CFDT et FO n’y ayant pas appelé. Pour le moment, les CDD de 12 mois arrivant à terme sont prolongés à 18 mois, certains même à 21 mois.

Dans les ateliers, beaucoup de gars disent que l’on se dirige lentement mais sûrement vers un nouveau conflit comme celui de 97, où nous avions fait une heure de grève par jour pendant 5 mois pour obtenir l’embauche définitive des intérimaires présents à ce moment-là.

 

Ateliers du CHU de Bordeaux : il faut embaucher !

Depuis plusieurs années, la situation dans les ateliers s’est fortement dégradée et le personnel est insuffisant dans tous les corps de métier. Ces dernières semaines, à l’appel de la CGT, une semaine d’action a eu lieu qui a permis d’exprimer notre ras-le-bol. Parti de Pellegrin, le plus gros centre, le mouvement a regroupé chaque matin, lors de débrayages, jusqu’à 80 camarades des 3 hôpitaux. Par deux fois, nous sommes allés interpeller la Direction dans ses bureaux ; la deuxième fois nous étions plus de 80. Après le bla-bla d’usage, un directeur a fini par nous promettre un audit pour estimer les besoins en personnel. A l’AG qui a suivi cette entrevue, un peu surpris par la proposition du directeur, nous avons voté : " un audit, oui, mais sous notre contrôle à tous ". Car, comme le rappelait un copain : " on n’oublie pas le fameux Projet d’Etablissement, quand la Direction nous a fait noircir des pages et des pages de nos suggestions, dont on n’a plus jamais entendu parler… ".

A l’Hôpital-Sud, nous avons décidé de ne pas en rester là. Et, lors d’une AG de 24 camarades, nous avons voté la mise en place de notre propre audit. Partant de l’idée que nous n’avons aucune confiance dans ce que manigance la Direction et du fait que nous ne pouvons plus accepter la dégradation de nos conditions de travail, tous les départs en retraite non remplacés de ces dernières années, la dégradation des installations et le besoin urgent pour des jeunes de trouver leur place au travail à l’hôpital, nous avons décidé de calculer nous-mêmes tous les postes perdus et nos besoins en personnel. Pour ce faire une commission de 9 s’est mise en place qui récolte les informations, examine les anciens roulements de travail depuis 84 et prépare, à partir de là, notre cahier de revendications.

Dans quelques jours, une fois le travail fait, nous allons nous réunir à nouveau pour faire approuver ce cahier de revendications et envisager les moyens pour obtenir satisfaction. Et, bien sûr, comme depuis le début, nous le ferons en jonction avec tous nos copains des autres pôles hospitaliers.

La Direction, un peu inquiète, a mis à l’ordre du jour du Comité d’Etablissement du 7 décembre son projet d’audit. La CGT, sollicitée par la Direction semble vouloir y participer. Nous, nous n’en attendons rien.

 

Chômeurs : il y a un an le gouvernement n’a lâché que des miettes. Il faut des mesures d’urgence face à une situation d’urgence 

Mardi matin 1er décembre, à l’appel des organisations de chômeurs AC ! , CGT, MNCP, nous étions une centaine à manifester devant l’ANPE de Bordeaux pour exiger, comme l’an dernier, que soient débloquées des aides d’urgences sociales.

Il y a un an, c’est au plus fort de la lutte des chômeurs que le gouvernement avait accordé 1 milliard pour financer un fond d’urgence sociale, le FUS. Alors qu’il venait de débloquer 100 milliards pour combler le trou du Crédit lyonnais, il avait eu le cynisme de n’accorder qu’un milliard en " aide d’urgence " pour 3 millions de chômeurs et en réalité près de 8 millions de précaires. Ceux qui ont touché quelque chose ont reçu 1000 à 2000 francs ! Depuis, ce fond n’ayant même pas été renouvelé, les dossiers FUS traînent, alors que la situation des chômeurs, elle, continue à se dégrader.

A une centaine, nous sommes partis envahir les locaux de la DDASS. Il nous a fallu forcer un barrage de CRS pour nous installer dans le hall, contents d’avoir réussi notre coup et de nous retrouver tous ensemble et nombreux. Une centaine de dossiers ont été remis collectivement mais les CRS ont bloqué toute la journée l’accès aux étages, nous nous sommes installés dans le hall, bien décidés à ne pas partir avant d’avoir obtenu une réponse. Nous avons envoyé un fax à Martine Aubry pour lui rappeler que nous sommes toujours là et en colère. Et nous sommes restés toute la journée, pique-niquant dans le hall, à nous faire entendre et à discuter avec tous ceux qui venaient à la DDASS et qui nous témoignaient leur solidarité.

Finalement à 17h30, une responsable de la DDASS est descendue pour nous expliquer que le FUS ne serait pas reconduit cette année, mais que maintenant il existe le FDC (Fond de droit commun) qui traitera les dossiers au cas par cas, bref à part un nouveau sigle, rien de nouveau ! Beaucoup de copains ont alors exprimé leur colère devant ce mépris : " L’an dernier, on nous a déjà lanternés. Là, on a encore un an de misère de plus, on ne peut pas attendre, il y a urgence ! On a été gentil, mais on ne crèvera pas sans se battre ".

Mais la colère a encore grandi depuis un an, et de nouvelles actions sont prévues dès jeudi matin.