La logique de la guerre des chefs fait éclater le Front national sous la pression de l'opinion publique et des travailleurs
C'est la politique de la gauche au service de la bourgeoisie qui a nourri les succès passés du Front national. Si nous laissons faire, la même politique aura les mêmes effets, plus dangereux.
Après une semaine pendant laquelle les deux clans ont continué à se déchirer en étalant publiquement leurs murs de voyous et apprentis dictateurs, Le Pen a excommunié les mégrétistes " félons ", tandis que Mégret prépare la tenue dun congrès pour le mois de janvier.
Lextrême-droite sentre-déchire, tant mieux. Mais lélimination politique de Le Pen, ouvre à plus long terme la possibilité de la naissance dun véritable parti fasciste
Provisoirement, cette guerre interne affaiblit lextrême-droite. Elle rend ses succès électoraux à venir plus aléatoires et donc moins payants pour ceux qui en attendent des postes, quelques-uns dailleurs, ayant déjà frappé à la porte dautres partis. Mais rien ne dit quil se produise comme lespèrent les leaders de la droite - et du Parti socialiste -, une hémorragie au sein des cadres du FN.
A plus long terme, lélimination politique de Le Pen ouvre à lextrême-droite la possibilité de conquérir une place autrement plus solide de parti candidat à être un véritable parti fasciste. Si pour briser la classe ouvrière et ses organisations, et étouffer toute vie démocratique, la bourgeoisie a besoin des nervis de lextrême-droite, que Le Pen comme Mégret sont prêts à lui fournir, elle ne confierait probablement pas la responsabilité du pouvoir à un homme tel que Le Pen, baroudeur, tortionnaire, à peine capable de se maîtriser sur les plateaux de télévision.
Nous nen sommes pas encore à cette situation, et pour le moment, la division du Front National, comme toute division dans les rangs de nos adversaires, est un atout pour le monde du travail, dont il ne pourra profiter que si les causes de la montée des idées dextrême-droite lui apparaissent clairement.
Le FN à 15 % : le résultat de loffensive anti-ouvrière de la bourgeoisie menée par la gauche gouvernementale
Aux présidentielles de 1974, Le Pen avait obtenu 0,7 % des voix, et en 81, il navait pas pu se présenter. Cest aux municipales de 1983 que lextrême-droite a fait son premier score important, à Dreux. Aux européennes de 84, il faisait déjà environ 9 %, aux présidentielles de 88, Le Pen obtenait 14,4 %, et à partir de cette date, le Front National nest jamais redescendu au-dessous des 10 %, faisant ces trois dernières années 15 %, et jusqu'à plus de 30 % dans des élections locales au premier tour.
Cest une conjonction de deux circonstances qui a propulsé le Front national sur le devant de la scène politique : laccentuation de la crise économique et de loffensive anti-ouvrière du patronat, et le fait que cette dernière soit menée par ... la gauche au gouvernement.
Car si loffensive de la bourgeoisie, que celle-ci justifie par les arguments les plus réactionnaires, renforce tous les préjugés nourris par une société dexploitation, tels que le mépris social, lindividualisme, le nationalisme et son avatar, le racisme, il ny a rien dautomatique à ce que ces idées réactionnaires simposent. Cest une question de rapport de forces, une question politique, à savoir qui du monde du travail, ou de la bourgeoisie et de ses propagandistes les plus réactionnaires, est en mesure de faire lopinion.
Or, non seulement le gouvernement socialiste et, jusquen juin 84, communiste, sest attaqué matériellement à la classe ouvrière, lui imposant dès 81 laugmentation des cotisations sociales, le blocage des salaires en 82, les grandes vagues de licenciements dans lautomobile et la sidérurgie en 83, mais il la aussi désarmée moralement, intellectuellement, en menant cette politique au nom du monde du travail, du " peuple de gauche ", et des idées socialistes et communistes. Alors que ses capitulations devant lopinion de droite renforçaient directement les réactionnaires, en leur permettant des succès faciles, la gauche gouvernementale démoralisait des centaines de milliers de militants politiques, syndicalistes, associatifs. Se sentant solidaires des partis au gouvernement, et rappelés à lordre par leur direction sils émettaient des doutes et des critiques, ils nont plus trouvé la force de défendre ce quils avaient toujours défendu, les idées du progrès social nécessaire, de la lutte, de la dénonciation de lexploitation et du patronat, laissant ainsi la propagande réactionnaire émanant de la bourgeoisie et de ses politiciens se diffuser dans la vie de tous les jours par les mille canaux de la petite-bourgeoisie de droite.
Cest cette démoralisation de la fraction la plus consciente du monde du travail qui a permis que la démagogie de lextrême-droite contre les politiciens " tous pourris ", et sa propagande xénophobe et raciste, pénètrent largement dans les couches populaires et ouvrières, désespérées par la dégradation brutale de leurs conditions de vie, et chez bien des travailleurs désorientées politiquement. Dautant plus facilement que la propagande nationaliste des partis de gauche et en particulier du Parti communiste, avait contribué à préparer le terrain à la xénophobie de Le Pen.
Pour vaincre la menace de lextrême-droite, sorganiser sur la base dune politique qui rompe radicalement avec celle de la gauche gouvernementale
A partir de 86, la gauche gouvernementale a elle-même adopté une propagande de plus en plus ouvertement réactionnaire : éloge de la libre entreprise et de la Bourse, de Tapie, que le Parti socialiste opposait comme champion de la gauche à Le Pen, propagande contre limmigration, puis après la chute du mur de Berlin, flots danticommunisme.
Aujourdhui, le Parti socialiste, est converti à lultra-libéralisme au point que la droite ne sait comment sen distinguer. Quand Jospin, mardi matin sur RTL, se vante davoir " commencé à bloquer le Front national dans sa progression", en ayant osé "assumer" les questions de " sécurité " et " d'identité nationale", il tente de tromper les travailleurs en leur faisant croire que c'est en appliquant une politique réactionnaire favorable à la finance, c'est-à-dire allant dans le même sens que celle du FN, que l'on peut s'opposer à sa progression. C'est l'inverse qui s'est passé.
Le FN se brise parce que les méfaits de la politique réactionnaire du libéralisme ouvrent les yeux de larges fractions de l'opinion, que les chômeurs, les jeunes, les travailleurs retrouvent le chemin de la lutte et que les agissements du FN éclairent sur sa vraie nature anti-ouvrière et anti-populaire. La logique de la guerre des clans ne peut faire exploser le FN que parce qu'elle est aiguisées par des pressions et des forces qui lui sont extérieures, conséquences du changement politique qui s'opère dans le pays et au delà.
Le recul brutal de l'extrême-droite est la conséquence des transformations des consciences qui s'opèrent. Après avoir été démoralisé par l'offensive de la bourgeoisie menée avec la complicité des politiciens du PS et du PC, le monde du travail relève la tête. Cela suffit pour que les fous d'extrême-droite s'entre-déchirent pour préserver les privilèges sociaux et les postes qu'ils ont pu conquérir, au point de se détruire eux-mêmes.
Ceci dit, à relativement court terme, la même politique aura les mêmes effets. La nouvelle offensive que prépare la bourgeoisie contre les travailleurs avec la complicité de la gauche crée les conditions d'une renouveau rapide de l'extrême-droite, menace autrement plus sérieuse que celle de Le Pen.
Face à cette menace, les travailleurs sauront tirer les leçons du passé, comme des événements actuels. Cest en rompant avec Jospin, et tous les autres dirigeants de la gauche gouvernementale, quune fraction de la classe ouvrière retrouve confiance dans les luttes et aide le monde du travail à sortir de la démoralisation. Il faut aller jusqu'au bout des possibilités nouvelles qui s'ouvrent pour que naisse une force politique qui représente réellement le monde du travail et qui, en ouvrant la perspective dun combat radical contre la bourgeoisie et ses serviteurs du moment, arrache à lextrême-droite toute influence dans les couches populaires.
Les étudiants de lUniversité Toulouse le Mirail mobilisés contre le rapport Attali
A Toulouse, cela fait un mois et demi que les étudiants se mobilisent à propos du rapport Attali qui prévoit une privatisation de l'université. Après trois semaines de discussions en AG, les piquets de grève ont été votés fin novembre et c'est à plus de mille que nous nous sommes retrouvés en AG les jours suivants pour débattre sur le rapport mais aussi sur les conséquences du désengagement financier de l'Etat dans tous les services publics. Il y a eu une première manif le 24 novembre (regroupant 5000 étudiants), qui s'est terminée sur les rails au côté des cheminots en grève au lieu de rejoindre comme prévu le bureau du recteur. Au bout de deux semaines, la reprise des cours a été votée car les piquets de grève divisaient les étudiants. L'information est quand même passée et la mobilisation continue. Nous étions encore plus de quatre mille en manif lundi dernier (10/12) : des lycéens, des surveillants, des étudiants en BTS, du personnel IATOS, des profs nous ont rejoints. C'est par la coordination nationale réunie ce week-end à la fac de Toulouse le Mirail que nous avons appris que 20 autres facs étaient aussi mobilisées (les médias n'ont pratiquement jamais parlé de ce mouvement). De plus, des étudiants espagnols et italiens sont aussi mobilisés contre des surs jumelles du rapport Attali ; c'est pour cela que la journée du 17/12 sera une journée de mobilisation européenne.
Depuis le début, les revendications principales sont : la non-application du rapport Attali et un réengagement financier de l'Etat dans les services publics. Malgré la reprise des cours et la lassitude de certains, une partie des étudiants reste motivée et réalise que le rapport Attali n'est pas une finalité mais un moyen d'appliquer "un libéralisme à outrance", avec ceux qui auront droit à s'instruire s'ils ont les moyens de payer et la grande majorité des autres. Dès maintenant, des actions sont prévues pour après les vacances, comme la journée d'appel national à la mobilisation le 12 janvier.
" Faculté occupée, au moins une de sauvée ! "
Face à la logique de la rentabilité quAllègre veut imposer à luniversité avec le rapport Attali, les facs dAmiens, Toulouse, Grenoble, Paris I... sont en grève depuis plusieurs semaines. Depuis mardi 8 décembre, les étudiants de Rouen ont rejoint le mouvement. En plus du rejet immédiat du rapport Attali, nous réclamons le réengagement financier de lEtat, une véritable aide sociale, laugmentation du nombre de postes au CAPES, le respect du statut des surveillants, et la démission dAllègre comme préalable à toute autre politique pour léducation.
Un amphi est occupé en permanence. Les AG y sont quotidiennes et rassemblent à chaque fois entre 600 et 700 personnes. La grève est revotée chaque jour à une large majorité et un comité de grève ouvert est élu. Jeudi 10, une première manifestation de 1000 étudiants a eu lieu pour porter les revendications au recteur... qui a refusé de recevoir tous les représentants. Vendredi, plusieurs centaines détudiants ont fait le tour des facs pour expliquer leur mouvement et étendre la grève. Des militants du mouvement des chômeurs et des lycéens sont venus à nos AG et sont intervenus sur la nécessité de relier nos luttes : ils ont été très applaudis. Mardi 15, nous étions deux fois plus nombreux dans la rue à crier : " Etudiants, surveillants, lycéens et chômeurs, solidarité ", " Du fric pour léducation, pas pour les patrons ", et aussi " Allègre démission ". Lincontournable " Tous ensemble " a été bien sûr repris car il sagit de mettre concrètement à lordre du jour un rassemblement des luttes.
Il serait incohérent que les mouvements qui saffrontent à la même politique restent isolés, dautant plus que de nombreux politiciens se rallient à la cause dAllègre : dégraisser le mammouth. Lex-ministre de Balladur, Jean Arthuis vient de créer au Sénat une commission sur les effectifs enseignants qui va sans doute encore dire quil y a trop de profs... Pour linstant, les étudiants se préparent surtout à relancer le mouvement à la rentrée. Non pas pour se contenter quAllègre daigne nous consulter, ou quil nous envoie un questionnaire comme il a envoyé aux lycéens, mais pour rompre avec la logique de la rentabilité qui voudrait transformer les facs en ANPE, et les individus en marchandises.