éditorial


Pour le début de ce siècle : en finir avec le parasitisme des profiteurs, mettre en place la démocratie des producteurs

La nuit du passage de l’année 1999 à l’année 2000 a été très révélatrice. Les rôles y ont été inversés.

Chez eux ou dans la rue, des millions de travailleurs ont fait la fête, à l’exception des techniciens mobilisés pour faire face à un éventuel bogue informatique, et de tous les employés des services publics mobilisés, en plus de ceux qui les font fonctionner habituellement, pour réparer les dégâts causés par les tempêtes.

Par contre, à la télévision ou à la radio, on nous a largement parlé de tous nos ministres ou patrons passant le réveillon, qui au bureau, qui dans telle cellule de crise, parce que c'était selon eux, une nuit à haut risque, tant à cause du " bogue ", qu'à cause des foules dans les rues. Ce n’est pas qu’ils aient pu servir à quoi que ce soit : non, ils regardaient plutôt les autres travailler. Et le fait est qu’ils n’ont servi à rien. Tout s’est bien passé.

Tout s’est bien passé parce que pendant des mois, des millions de travailleurs anonymes ont tout vérifié pour que le passage à l’an 2000 ne produise aucune mauvaise surprise informatique.

Tout s’est bien passé, parce que contrairement à ce que pensent tous ces gens, des foules, même d’un million de personnes comme à Paris, peuvent se comporter de manière intelligente, tout en étant joyeuse, et pas comme des barbares avinés qui veulent tout casser.

Tous ces PDG, généraux, préfets, ministres mettaient en fait en scène leur propre pouvoir. Ils ont besoin de justifier leur place, mais au-delà, ils ont pour rôle de justifier ce fonctionnement social aberrant où une minorité prend des décisions pour une majorité.

La majorité, c’est nous, travailleurs, qui faisons que cette société fonctionne. Au quotidien, mais aussi en cas de catastrophe, naturelle ou pas, comme c'est le cas actuellement dans les régions dévastées par la tempête ou sur les côtes atteintes par la marée noire.

La minorité, c’est leur tout petit monde qui ne sert qu’à protéger le pouvoir d’une poignée de financiers.

Chirac lors de ses vœux, a semblé découvrir que les gens sont solidaires et que les travailleurs des services publics sont efficaces. A croire qu'il n'aurait jamais été de ceux qui décident des milliers de suppressions de postes depuis des années dans les services publics, et qui laissent entendre pour cela que les fonctionnaires seraient des " fainéants ", coûtant cher à la collectivité.

Ces gens-là cherchent à nous flatter, ils tentent de récupérer notre solidarité et notre sens de la responsabilité collective pour que nous fassions bloc avec eux, histoire d’oublier le chômage, les attaques contre nos conditions de travail et de vie, la loi Aubry sur les 35 heures, ou que ces dernières semaines ont vu se développer de nombreuses grèves.

La ficelle est grosse.

Oui les travailleurs, les gens du peuple sont des gens responsables et solidaires. Car quand on est un exploité, quand on travaille, la seule manière de s’en sortir c’est d’être solidaire.

Mais nous ne sommes pas solidaires de Chirac, Jospin, et de toute la clique des PDG comme Desmarest, le patron de Total-Fina. Car eux ne sont solidaires que du profit. Les yeux rivés sur les cours de la Bourse, ils sacrifient les emplois, les services publics, les considérations environnementales et abdiquent de tout sens de la responsabilité sociale.

Responsables devant les profits des grands actionnaires, ils sont irresponsables vis-à-vis de la société. Et quand il y a une catastrophe, ils viennent pleurer en disant que " c’est la faute au système " - ce qui est vrai -, qu’eux ne sont ni responsables ni coupables, mais qu’on peut leur faire confiance pour changer le système et le " réguler " comme le dit Jospin, à propos du libéralisme et du système de transport du pétrole.

Cela, c’est faux.

Ce n’est que boniments pour nous faire accepter ce système, ceux qui en profitent, et leur propre pouvoir.

C’est la " faute au système " ? Ils ne sont pas responsables ? Nous, travailleurs, quand nous conduisons un train, manipulons des matières dangereuses, soignons un malade, nous sommes responsables.

Jour après jour, nous faisons l’expérience que nous seuls sommes la classe utile, majoritaire à 90 %, la classe qui n’a pas le droit à la parole, mais qui est tout, et fait tout.

C'est ce que nous avons vu, une fois de plus, à la suite des tempêtes de ces derniers jours. On ne cesse de nous faire l'apologie de " l'économie de marché ", de la propriété privée, mais ce sont bien les salariés, en particulier des services publics, comme ceux d'EDF, qui nuit et jour ont travaillé à rétablir les infrastructures indispensables à la vie sociale.

La société ne tourne pas rond parce qu'elle est parasitée par la propriété capitaliste qui donne à une minorité les moyens de contrôler à son profit la marche de toute la société. La société marche à l’envers. Nous, les travailleurs la remettrons la tête à l’endroit, car notre solidarité est la condition même de notre existence.

L’avenir auquel nous portons nos vœux sera celui d’une démocratie nouvelle, où ce sont ceux qui travaillent qui prennent les décisions. C’est le seul moyen d’éviter les catastrophes sociales des dernières décennies et de faire du droit au bonheur une réalité pour tous les hommes.