Après les manifestations contre l'extrême-droite au gouvernement en Autriche, la défense de la démocratie, c'est notre mobilisation contre le libéralisme
Samedi dernier, 150 000 à 300 000 manifestants se sont mobilisés à Vienne contre le nouveau gouvernement formé par lextrême-droite et la droite. La veille, les lycéens sétaient mis en grève pour dire dans la rue leur haine du racisme, de lantisémitisme et de la xénophobie revendiqués par le parti dextrême-droite de Jörg Haider, le FPÖ. Depuis larrivée en force de lextrême-droite dans le gouvernement, le 4 février dernier, les manifestations sont quasi quotidiennes à Vienne. Et le Parlement ne peut se réunir que sous la protection de centaines de policiers. En solidarité avec les manifestants autrichiens, des manifestations ont eu lieu ce week-end en France dans de nombreuses villes, ainsi quen Belgique et en Suède.
Les salariés, les syndicalistes, les militants et sympathisants de gauche, les jeunes, nacceptent pas la formation du nouveau gouvernement formé avec lextrême-droite. Ils refusent que cette manuvre politicienne se pare de la démocratie, ils le dénoncent. Le chancelier conservateur autrichien, Schüssel, qui na pu accéder à ce poste que grâce à lalliance que son parti, lÖVP, a passée avec lextrême-droite, a déclaré avec mépris que ce ne sont pas les manifestations de rue qui remettront en cause " le verdict de la démocratie ". Tous les réactionnaires, si prompts aujourdhui à se revendiquer de la légitimité de la démocratie, ne le font que lorsque celle-ci sert leurs intérêts de politiciens carriéristes contre la grande majorité de la population.
La démocratie quils défendent, cest une démocratie truquée reposant sur des combinaisons politiciennes entre des partis qui ont pour objectif dimposer à toute la population une politique libérale plus dure au service du patronat, remettant en cause les droits des salariés. Des attaques contre les retraites, la réduction des dépenses publiques pour diminuer la dette creusée par les subventions au patronat, de nouvelles déréglementations du travail, tel est le programme du gouvernement de droite et dextrême-droite autrichien.
Comme le dit Schüssel, ce programme ressemble comme deux gouttes deau à celui défendu par le gouvernement précédent formé par le parti conservateur et le parti socialiste. Il ressemble aussi à la politique du gouvernement de la gauche plurielle, ici.
La nouvelle combinaison politicienne ÖVP-FPÖ na été possible que parce que les socialistes au pouvoir en Autriche - seuls ou alliés aux conservateurs - depuis 50 ans, convertis comme partout à la défense de léconomie de marché, se sont discrédités aux yeux du monde du travail. Une partie de leur électorat a cru faire un vote protestataire en votant pour lextrême-droite alors quelle ne peut venir au pouvoir que pour servir le patronat. Ce dernier, en soutenant aujourdhui le FPÖ de Haider, revendique plus de libéralisme et une aggravation des attaques contre les salariés.
Le parlementarisme permet aux partis de la bourgeoisie dimposer leur politique au service du patronat en la justifiant par le respect des résultats des élections. Il leur permet de mener une politique contraire aux intérêts de la population en se prévalant de son accord. Cest tout le système électoral qui est truqué en ayant pour but de désarmer les salariés et la jeunesse, en tentant de leur lier les mains pour leur faire accepter le libéralisme. La seule façon de défendre la démocratie, cest de sopposer par les mobilisations et les luttes à une politique réactionnaire qui tire toute la société en arrière.
Ici, les Le Pen et Mégret, encouragés par le succès du parti de Jörg Haider, espèrent bien retirer un bénéfice pour eux-mêmes de la participation de lextrême-droite au gouvernement dans un pays européen. Car si le Front national de Le Pen comme le MNR de Mégret sont en recul sur le plan électoral, les idées réactionnaires dont ils font leur fonds de commerce, elles, sont toujours bien présentes, défendues par les Pasqua et bien dautres hommes de droite.
Elles se nourrissent ici aussi des attaques contre les travailleurs, de laggravation du chômage et de la précarité, des licenciements, de laffairisme. Les affaires de la bourgeoisie vont tellement bien que les profits nont jamais été si élevés. Les coups tordus pour avoir de nouveaux marchés se négocient à prix dor comme le montre laffaire Dumas, le président socialiste en congé du Conseil constitutionnel, compromis pour avoir touché de confortables pots-de-vin.
Cette évolution nest pas fatale. Les salariés de Moulinex, jetés à la rue comme des " Kleenex ", refusent dêtre sacrifiés à la logique du profit. Ils lont dit en manifestant avec le soutien de la population, à plus de 7000, dans les rues de Caen, samedi dernier, contre les 2000 licenciements programmés. Les nombreux conflits qui se déroulent actuellement sont le seul moyen de battre en brèche une politique qui, en accentuant la dégradation des conditions de travail et de vie du monde du travail, favorise une évolution réactionnaire de toute la société.
Faire respecter les droits du monde du travail, demander des comptes sur les bénéfices des entreprises, contrôler la marche de la société, sopposer au fatalisme et à la résignation, ne pas laisser à la bourgeoisie la gestion de la société, voilà la vraie défense de la démocratie, la lutte pour les droits des travailleurs.